Rouzée, Alexandre, Balthazar, François
Biographie
Né le 17 mars 1800 à Paris. Homme de lettres, momentanément compositeur et correcteur typographe 29, rue de l’Hirondelle en juillet 1830, il avait travaillé successivement dans les imprimeries de Eberhart, David, Pochard, Selligue et Henry « dans lesquelles il a toujours mérité l’estime et l’amitié de ses chefs et de ses camarades ». Il combattit dans la journée du 28 juillet à la porte Saint-Martin contre la garde royale. Le soir, il participa à l’attaque de l’hôtel de ville, combattit les troupes royales au plus près, monté sur l’égout situé auprès de l’arcade Saint-Jean, pour forcer ce passage afin de s’emparer de l’hôtel de ville par les derrières du bâtiment, jusqu’au moment où il fut atteint d’une balle qui lui fractura la jambe droite et le laissa blessé toute la nuit sur le champ de bataille. Le lendemain, quand les insurgés se rendirent maîtres de l’hôtel de ville, Rouzée fut relevé parmi les morts et comme on s’aperçut qu’il vivait encore, transporté à l’Hôtel-Dieu. Il fut hospitalisé salle Sainte-Agnès et subit une opération douloureuse. Après trente-quatre jours de souffrance, le 31 août, il mourut des suites de sa blessure. L’Hôtel-Dieu délivra un certificat comme quoi il était « entré à l’hôpital le 29 juillet au matin, pour y être traité d’un coup de feu reçu à la partie antérieure de la jambe, compliqué de fracture avec esquille au tibia. […] Il a succombé le 31 août, aux suites de ce cette maladie à laquelle se sont joints des abcès aux poumons et une inflammation avec suppuration des veines du membre affecté ». Il fut enterré au cimetière du Père-Lachaise. Le Figaro, en date du 1er septembre 1830, relatait à son sujet : « M. A. F. B. Rouzée, correcteur typographe dans l’imprimerie de M. David, vient de succomber à l’Hôtel-Dieu, dans sa trentième année, aux suites de la blessure qu’il avait reçue à l’Hôtel de ville, le 28 juillet en défendant la liberté. Son inhumation au Père Lachaise devant avoir lieu aujourd’hui mercredi 1er septembre, à 2 heures précises, et le temps manquant pour en prévenir, par billets, tous ses amis, sa famille les invite à se trouver à l’heure indiquée, au parvis Notre-Dame, pour lui rendre les derniers devoirs. » Dans l’ouvrage qu’il écrivit, le docteur Ménière rapportait à son sujet : « Un compositeur d’imprimerie, le nommé Rougé, eut la jambe brisée par une balle, le mercredi matin à la place de Grève. Doué d’une constitution très irritable, on eut beaucoup de peine à se rendre maître des symptômes nerveux qui parurent dans les premiers temps, et l’on dut s’abstenir de pratiquer l’amputation comme ce cas l’exigeait. Plus tard, il survint des accidents singulièrement exagérés par l’imagination ardente du malade ; quelques accès de fièvre l’emportèrent le 31 août. Ce typographe n’est pas le seul dont nous ayons eu à déplorer la perte. » Le dossier des droits que son décès entraînait fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) VIe arrondissement. Deux certificats constataient les circonstances de sa mort. Le premier certificat, ainsi rédigé : « Nous, soussignés, déclarons et certifions les faits suivants, chacun de nous les attestant pour la portion de ces faits dont il a entièrement connaissance. Premièrement, qu’Alexandre, François, Balthazar Rouzée, âgé de trente ans, né le 17 mars 1800, compositeur et correcteur typographe, successivement employé dans les imprimeries de MM. Eberhart, David, Pochard, Selligue et Henry, dans lesquelles il a toujours mérité l’estime et l’amitié de ses chefs et de ses camarades, a fait partie des rassemblements insurrectionnels qui ont combattu vaillamment dans la journée du 28 juillet à la porte Saint-Martin contre la garde royale. Que, le soir du même jour, il déploya le même courage contre les Suisses à l’attaque de l’Hôtel de ville, jusqu’au moment où il fut percé d’une balle qui lui fractura grièvement la jambe et le fit tomber sur le champ de bataille, où il resta jusqu’au lendemain matin. Que, relevé parmi les morts, lorsque nous nous fûmes définitivement rendus maîtres de l’Hôtel de ville, il fut transporté à l’Hôtel-Dieu, salle Sainte-Agnès n° 31, où il subit une opération douloureuse. Qu’après trente-quatre jours de souffrance, il y est mort, le 31 août, des suites de sa glorieuse blessure. Deuxièmement que cette mort enlève toute espèce de ressources à son père, M. Jacques Rouzée, âgé de soixante-trois ans, demeurant à Paris, rue de Ménilmontant n° 55, ainsi qu’à sa mère, infirme et presque septuagénaire, et à sa sœur, dont il était l’unique appui et l’unique espérance. Troisièmement que la position de cette malheureuse famille, si cruellement privée de son dernier soutien, est d’autant plus déplorable qu’elle a déjà perdu, il y a dix ans, le frère aîné d’Alexandre (Prosper, Eloi Rouzée), savant orientaliste, mort au Sénégal, où il remplissait des foncions importantes, malgré son jeune âge et où l’avait entraîné son zèle enthousiaste pour la science et son désir ardent d’améliorer le sort de ses parents chéris, au péril de sa vie. Quatrièmement que la situation de la famille Rouzée, déjà dépouillée de toute sa fortune et de tous ses moyens d’existence par une décision injuste et arbitraire du Conseil d’Etat, en date du 11 août 1828, est encore aggravée en ce moment par la suppression de l’entreprise des vivres et fourrages des gardes du corps, dans laquelle le père d’Alexandre Rouzée exerçait les foncions de gérant, fonctions qui, en cessant le 1er août dernier, l’ont laissé sans place et sans ressources. A ces causes, nous estimons que M. Rouzée et sa famille ont des droits sacrés à la munificence nationale et nous lui souscrivons le présent certificat, pour valoir ce que de droit. » Signé, le 5 septembre 1830 : Marcel, J., J. (voir plus loin), ancien directeur de l’imprimerie d’Egypte, de l’Imprimerie royale, chevalier de la Légion d’honneur ; Eberhart, imprimeur-libraire ; David, imprimeur ; Besche, prote ; Lamiralle, compositeur ; Vallée, P., A. ; Morizot, J., J., professeur ; Henry, A., imprimeur ; Collet, associé ; Méguin, compositeur ; Charles, compositeur ; Lasserne, C., officier de la garde nationale ; Hugand ou Hugaud, chef d’atelier ; Boisseau, prote ; Sallé, sous-lieutenant des grenadiers de la XIe légion, lieutenant en demi-solde ; Lemenager, imprimeur ; Cardan, compositeur ; Meraut, propriétaire ; Germain, propriétaire ; Leclerq, imprimeur ; Fouques, imprimeur ; Pain, imprimeur ; David, imprimeur ; Dumortier ; Roche ; Leclerc ; Boisseleau ; Bequillon ; Lenfant ; Gangevin ; Lafontaine, imprimeur ; Pirard ; Blanchard, J., F., compositeur ; Boquillon, Edouard, compositeur ; Larcher, Eugène ; Denys ; Picot ; Lescot ; Praix, imprimeur ; Kinet, imprimeur ; Robin ; Tallon ; Mongella ; Portelute ; Cnandelier ; Bergerie ; Boisleplan, compositeur. Le second certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné, Pierre Hamelin (voir Hamelin, Pierre, Louis, Joseph, Michel, Ange), ancien cuirassier au 2e régiment, actuellement propriétaire et raffineur boulevard Saint-Jacques n° 4, à Paris, certifie que le sieur Alexandre, François Rouzée, homme de lettres et correcteur-typographe, décédé à l’Hôtel-Dieu le 31 août dernier, a été blessé à mes côtés, d’un coup de feu à la jambe droite, le 28 juillet à l’attaque de l’Hôtel de ville, après avoir longtemps combattu très près des troupes royales, puisqu’il était monté sur l’égout qui est auprès de l’arcade Saint-Jean. M. Rouzée faisait, ainsi que moi, partie du détachement qui cherchait à forcer ce passage pour s’emparer de l’Hôtel de ville par les derrières de ce bâtiment. » Signé, le 6 septembre 1830 : Hamelin, Pierre (voir Hamelin, Pierre, Louis, Joseph, Michel, Ange), propriétaire, demeurant 4, bd Saint-Jacques. Le 19 mars 1831, devant le juge de paix du (ancien) VIe arrondissement, comparurent : Marcel, Jean, Joseph, directeur de l’Imprimerie royale, chevalier de la Légion d’honneur, demeurant 55, rue de Ménilmontant ; Haymonet, François, Bonaventure (voir ce nom), commissaire de police du quartier du Temple, demeurant rue de Fossés-du-Temple ; Devienne, Pierre, Marie, Philippe, architecte, demeurant 6, rue de Lancry. Ils attestèrent avoir parfaitement connu Rouzée, Alexandre, Balthazar, François et savoir qu’il avait « été blessé mortellement le 28 juillet dernier à l’attaque de l’Hôtel de ville, le soir, d’un coup de feu à la jambe droite, après avoir longtemps combattu contre la garde royale ; il a été transporté le même soir à l’Hôtel-Dieu, où il est décédé le 31 août suivant, des suites de sa blessure ». Sa famille reçut un secours de cent francs (Remis à M. Marcel), le 11 septembre 1830, un secours de cinquante francs (Remis à M. Marcel), le 28 septembre, un secours de cent francs, le 18 octobre 1830, un secours de cent francs (Sur l’acquit de M. Marcel, est-il annoté en face de son nom), le 16 novembre 1830, un secours de cent francs (Remis à M. Marcel, est-il annoté en face de son nom), le 20 décembre 1830, un secours de cent francs (Sur l’acquit de M. Marcel, est-il annoté en face de son nom), le 18 janvier 1831, un secours de quarante francs (Remis à M. Marcel, est-il annoté en face de son nom), le 28 février 1831, un secours de soixante-quinze francs, le 9 août 1831, un secours de vingt-cinq francs, le 12 septembre 1831, un secours de vingt-cinq francs, le 12 octobre 1831, auprès de la mairie du (ancien) VIe arrondissement. Rouzée laissait des parents, Rouzée, Jacques, né le 28 octobre 1767 à Quitteville (Calvados) (bien le 28 octobre 1767 à Quitteville dans son acte de naissance ; mais le 29 octobre 1767 in Archives nationales F/1dIII/35 B et in Archives nationales F/1dIII/38 B, Commission des récompenses nationales, état des ascendants des citoyens tués ou blessés mortellement dans les journées de Juillet ; le 29 octobre 1767 in Archives de Paris VD6 360 n° 5, V-VI etc. ; parfois indiqué aussi comme né à Paris) (lui-même fils de Rouzée, Jean et de Fleuriot, Marie, Anne, son épouse) et sa femme, Dandelau, Marie, Félicité (Dandeleau, Marie, Félicité deux fois in Archives de Paris VD6 360 n° 5), née le 18 mars 1765 (mais le 18 mars 1795 in Archives nationales F/1dIII/38 B, Commission des récompenses nationales, état des ascendants des citoyens tués ou blessés mortellement dans les journées de Juillet) à Paris, infirmes. Le 19 mars 1831, devant le maire du (ancien) VIe arrondissement, comparurent : Marcel, Jean, Joseph, propriétaire, chevalier de la Légion d’honneur, demeurant 55, rue de Ménilmontant ; Haymonet, François, Bonaventure (voir ce nom), commissaire de police du quartier du Temple, demeurant rue de Fossés-du-Temple. Ils attestèrent que « Rouzée, Jacques, ancien employé, demeurant rue de Ménilmontant n° 55, dont le fils unique est mort des suites de blessures reçues dans les journées de Juillet, n’a aucune fortune quelconque et se trouve, par la perte de son fils, dénué de toute ressource ». Ils furent pensionnés (sous le nom de Rouzé, Jacques sur les listes du Bulletin des lois et sur celles du Moniteur universel) et il leur fut accordé par la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, une inscription de rente perpétuelle de cinquante francs. Il laissait aussi une sœur, dont il était l’unique soutien. Rouzée était le frère de Rouzée, Prosper, Eloi, savant orientaliste, mort vers 1820 au Sénégal, où ses recherches l’avaient envoyé. Les parents avaient demandé infructueusement la réversion de la pension sur la fille, le seul enfant qui leur restait et qui devait se retrouver sans aucun appui à la mort de ses parents. Le 24 juillet 1840, les restes de Rouzée (sous le nom de Rouzié, François, Balthazar dans le procès-verbal in Archives de la préfecture de police AA 420) furent exhumés du terrain situé au cimetière du Père-Lachaise, où ils avaient été placés, puis renfermés avec ceux de quatre-vingt-sept autres victimes dans quatre sarcophages, afin d’être transférés dans le caveau prévu à cet effet sous la colonne de Juillet, construite place de la Bastille, pour honorer la mémoire de tous ceux qui moururent en combattant pour les libertés publiques. Rouzée demeurait chez son père, 55, rue de Ménilmontant, parfois momentanément rue de l’Hirondelle, en 1830 ; ses parents, même adresse en 1831 ; sa mère, à Quetteville (Calvados) en 1831. Le nom de Rouzée (A.-F.-B. Rouzée) est inscrit sur la colonne de Juillet, place de la Bastille, et sur les tables du Panthéon. Le Figaro, 1er septembre 1830 ; Histoire de la révolution de 1830 et des nouvelles barricades, par F. Rossignol et J. Pharaon, Paris, chez Vimont, Levavasseur et Urbain-Canel, 1830, Nom des personnes qui se sont distinguées dans les mémorables journées p. 276 ; Bibliothèque historique de la Ville de Paris, manuscrits, 8-ms-1025, ouvrage de Victor Crochon, f° 355 ; Histoire de ce qui s’est passé dans cet hôpital pendant et après les trois grandes journées, suivie des détails sur le nombre, la gravité des blessures et les circonstances qui les ont rendues fatales, Prosper Meunière, docteur en médecine de la faculté de Paris, ancien chirurgien interne des hôpitaux et hospices civils de la même ville, Heideloff et Canel, Paris, 1830, p. 237-238, 260-261, 316 ; Liste n° 6, des ascendants de victimes de Juillet pensionnés, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Ascendants de citoyens qui ont succombé pendant ou à la suite des trois journées et qui ont obtenu une pension, Le Moniteur universel 5 septembre 1831 ; Compte-rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, liste nominative des ascendants auxquels il a été accordé des inscriptions de rentes du VIe arrondissement lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, Paris, Imprimerie de Crapelet, rue de Vaugirard, n° 9, novembre 1832, p. 102 ; Archives de Paris AP VD6 356 n °5, (ancien) VIe arrondissement, Commission des récompenses nationales, compte général des recettes et dépenses depuis le 7 octobre 1830 jusqu’au 31 octobre 1831 ; Archives de Paris VD6 360 n° 5, mairie du (ancien) VIe arrondissement, II, état nominatif des blessés du (ancien) XIe arrondissement dans les journées des 27, 28 et 29 juillet 1830 (sous le nom de Rouzet), idem Etat nominatif des père et mère des citoyens tués en juillet 1830 au-dessus de soixante ans, idem même référence III, Enregistrement des bons délivrés par MM. les membres de la Commission des blessés, contenant autorisation de délivrer des secours aux veuves, orphelins et blessés, sur le fonds de dix mille francs reçu à cet effet de la préfecture par M. Caius, maire du (ancien) VIe arrondissement et sur les souscriptions déposées entre les mains de M. Grondard, trésorier, idem même référence V-VI Renseignements sur diverses victimes des 27, 28 et 29 juillet 1830, tuées ou blessées, V Compte général des dépenses de la Commission des récompenses nationales du 7 octobre 1830 au 31 octobre 1831 (ascendants), idem même référence VII Répartition des fonds de la souscription nationale, inscription des ascendants ; Archives de Paris VD6 281 n° 1, Citoyens du (ancien) IVe arrondissement dont les noms sont inscrits au Panthéon ; Archives de Paris VK3 30, état des habitants du (ancien) XIe arrondissement de Paris qui ont été blessés dans les journées des 27, 28 et 29 juillet 1830 ; Archives nationales F/1dIII/35 B, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées aux ascendants pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) VIe arrondissement et par la caisse municipale pendant le mois de novembre, comprenant les arrérages à partir du 1er août 1830 ; Archives nationales F/1dIII/38 B, Commission des récompenses nationales, Ascendants des citoyens tués dans les journées de Juillet (5 états pour un total de 325 ascendants) ; Archives nationales F/1dIII/74 ; Archives nationales F/1dIII/82, état des citoyens tués ou blessés mortellement dans les journées de Juillet, aussi liste des victimes de Juillet 1830, colonne de Juillet et aussi liste générale des citoyens morts dans les journées de juillet 1830, en combattant pour les libertés publiques et dont les noms sont inscrits sur les tables du Panthéon et sur la colonne de Juillet ; Bulletin des lois, IXe série, tome 21, n° 746, Paris, imprimerie royale, février 1841, p. 85, liste générale des citoyens morts ou blessés mortellement dans les journées des 27, 28 et 29 juillet 1830, en combattant pour la défense des lois et des libertés publiques, les noms de ces citoyens sont inscrits sur les tables du Panthéon et sur la colonne de Juillet (et aussi Archives de Paris D1K1 138, qui contient les mêmes informations puisqu’il s’agit de ce même numéro du Bulletin des lois) ; Colonne de Juillet, liste officielle et par ordre alphabétique des citoyens tués ou blessés mortellement dans les journées de juillet 1830, Paris, chez Vve Demoraine et Boucquin, 1841 ; Archives de la préfecture de police AA 420.