Rozé, Joseph, Ambroise
Biographie
Né le 18 prairial an VI à Haguenau (Bas-Rhin). Il fut l’un des accusés du procès des sergents de La Rochelle. Il déposa un dossier devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février, et qui nous donne quelques indications sur sa participation à la révolution de Juillet. Il adressa en effet la lettre suivante à cette dernière Commission : « Joseph, Ambroise Rozé a l’honneur de vous exposer qu’en 1813, à l’âge de quinze ans, il a commencé sa carrière politique en s'enrôlant dans les corps francs de l’Est (escadron Auger). Il fit pendant les deux invasions une guerre de partisans active et périlleuse ; son père, propriétaire aisé de la commune de Haguenau (Bas-Rhin) fut ruiné à cette époque à la suite des deux invasions. Le soussigné vint à Paris en 1821 ; quelques mois après son arrivée, il était reçu carbonaro et membre de la vente centrale la Washington, ce nom choisi par la majorité de ses membres dont il faisait partie prouve assez quel était l’esprit qui la dirigeait. Une vente militaire fut peu de temps après organisée dans le 45e de ligne, son chef Bories fut reçu par Recurt, Gauran, Laroque et Rozé. Cette vente particulière, qui était affiliée à la Washington fut bientôt au grand complet et entièrement composée de sous-officiers et soldats tous animés d’un excellent esprit ; Bories la représentait à la vente centrale et lui transmettait les décisions de la haute vente ; bientôt elle demanda des garanties et réclama une visite d’une députation de la vente centrale ; Henon fut désigné pour aller la haranguer, Gaurant et Rozé s’offrirent pour le seconder. La réunion eut lieu chez le sieur Gauchereau, marchand de vins à l’enseigne du Roi Clovis. Les trois députés s’y rendirent, fraternisèrent avec la vente militaire et lui inspirèrent la plus grande confiance ; le régiment partit pour La Rochelle, un traître, le sergent-major Goupillon, dénonça ses camarades au moment de l’exécution. Ils furent immédiatement arrêtés, il en fut de même des trois députés et de plusieurs autres membres de la vente centrale. Henon, Gauran et Rozé étaient les seuls contre lesquels il existait des charges sérieuses, le premier dut son salut à des révélations arrachées par l’adresse du préfet de police, les deux autres ne durent qu’à leurs dénégations et au dévouement des époux Gauchereau de ne pas partager le sort des quatre premiers martyrs de la charbonnerie. Après une captivité de huit mois dont quatre passés au secret le plus sévère ils furent acquittés. Dès les premiers jours de l’année suivante, le soussigné se rendit à Londres et de là à la Corogne où fut formé le peloton républicain qui devait devenir le centre du corps dont la mission était d’agir sur l’armée française et de rentrer en France sous la bannière tricolore et proclamer la république. Malheureusement la dispersion des patriotes français sur le sol de l’Espagne, l’impossibilité de se rejoindre, le mauvais vouloir des autorités espagnoles et enfin il faut le dire le dissentiment des Français réunis à la Corogne sur la forme du gouvernement à établir firent échouer cette nouvelle tentative. Cependant une proclamation à l’armée française avait été lancée par le peloton républicain ; cette pièce tomba entre les mains de la police française et une condamnation à mort contre les signataires, dont le soussigné faisait partie, fut prononcée par une cour royale d’un département du Nord. Quatre ans d’exil tant en Angleterre qu’en Allemagne en furent la suite. A son départ de Paris, le soussigné avait laissé son père à la tête d’un cabinet d’affaires en pleine prospérité. A son retour, il se trouva encore une fois ruiné, par suite de l’infidélité d’un commis. De nouveaux devoirs lui étaient imposés, il eut à pourvoir aux besoins de ses parents, il y réussit avec l’aide de son beau-frère, Locquin, imprimeur et comme lui ancien carbonaro. Sa mère mourut de chagrin en novembre 1829. La révolution de 1830 survint. Le soussigné fit son devoir de patriote ; dans les rues Coquillière et Croix-des-Petits-Champs, au Louvre et aux Tuileries, il combattit pendant deux jours. Si à cette époque il s’était adressé à la Commission des récompenses, il aurait probablement réussi à se faire une position mais à tort ou à raison il pensa qu’elle avait débuté par une faute en instituant une décoration. Il dut donc s’abstenir et resta dans l’oubli le plus complet ; enfin, il dut à l’amitié de Bastide et Thomas un emploi de mille sept cents francs dans l’octroi de Paris. En 1832, lors de l’enterrement du général Lamarque, il coopéra à une dernière tentative pour faire triompher la république. Il fut un des combattants qui s’emparèrent du poste de la garde municipale de la Bastille et désarma le poste de la ligne de la barrière de Montreuil, qu’il habitait, et remit les armes au peuple. Quelques jours après, son père fut atteint d’une attaque de paralysie. A partir de ce moment, la carrière politique du soussigné fut terminée. Il dut faire ce sacrifice pour conserver son emploi, seule ressource qui lui restait pour arracher à la misère son père resté infirme. Depuis cette époque, il s’est entièrement adonné à remplir ses devoirs d’agent de perception de la Ville de Paris, en aucune circonstance il n’a dérogé à ses principes politiques et a toujours cherché à les propager. Sa carrière administrative a été laborieuse et pénible et il était proposé pour l’avancement lorsque la révolution de 1848 éclata. Il trouva au pouvoir son ancien camarade Recurt, qui lui fit rendre justice. Si en dehors de cet avancement gagné par dix-huit ans d’honorables services la Commission pense que le soussigné ait droit à une récompense nationale pour les services politiques qu’il vient d’énumérer, elle pourra améliorer encore la positon d’un républicain sincère et dévoué, qui est loin d’être riche, ou si elle le préfère tirer d’une position très précaire sa sœur, veuve d’un carbonaro. Il attend avec pleine confiance la décision des citoyens membres de la Commission et a l’honneur d’être etc. » Sa sœur, la veuve Locquin fut recommandée par la Commission pour un emploi de directrice des postes. Il était marié et père d’un enfant en 1848. Il demeurait bâtiment de l’octroi à la barrière du Trône en 1848. Archives de la préfecture de police AA 412.