Rudler, François, Xavier, Napoléon
Biographie
Né le 8 décembre 1808 à Guepvillers (Haut-Rhin). Mécanicien (mais lui se dit ingénieur mécanicien, aussi in Archives de Paris VK3 33 et in Archives nationale F/1dIII/60 in dossier Labarbe, Marie, Adolphe, Ferdinand ; mais mécanicien in Archives de Paris VK3 34). Il adressa la lettre suivante à la Commission des récompenses nationales : « C’est pour me conformer à votre invitation que je vais vous tracer la marche que j’ai suivie dans les journées de Juillet. Le 27 vers 6 heures du soir, je fus rue Saint-Honoré. Etant sans arme et par conséquent exposant ma vie inutilement je partis sitôt que les gardes royaux en venant du côté du Palais-Royal firent des décharges sur le peuple. Le 28 à 8 heures et demie du matin, M. Joubert ([libraire rue Dauphine, et dont Louis Blanc parle dans son Histoire de dix ans, N.D.A.] me fit appeler par M. Pulet à sa librairie, rue et passage Dauphine et me dit de tâcher de rassembler le plus de jeunes gens possible et de les lui emmener chez lui à 6 heures du soir, en m’ajoutant qu’il s’y trouverait un grand nombre de personnes. Je partis donc pour voir mes amis mais malheureusement ils étaient déjà tous sortis. Je fus en même temps chez M. Autin, qui me donna un pistolet. Ayant rejoint M. Joubert à midi, il me donna un fusil et nous fûmes à peu près quarante personnes dans le passage Dauphine sous le commandement de M. Levasseur. Voyant que l’attaque ne se fit pas sentir dans cet endroit, nous prîmes la résolution, M. Levasseur, Joubert et moi, de quitter ce poste et nous parcourûmes le quartier du Pont-Neuf, sur lequel il y avait un fort renfort de la ligne, qui n’était pas offensif. MM. Joubert et Levasseur, voyant notre minorité en forces résolurent de s’en retourner chez eux et me donnèrent rendez-vous à 7 heures du soir. Il était alors 3 heures. Je retournai chez moi pour en ressortir immédiatement avec un de mes amis, qui, par hasard, rentrait dans le même moment, pour se changer. Nous nous rendîmes de la rue Saint-Jacques, au quai de la Cité, en passant place Maubert, où nous pûmes nous approvisionner de poudre et balles. En arrivant quai de la Cité, par la rue Chanoinesse, nous vîmes les Suisses et gardes royaux faire un feu soutenu sur le quai, où nous étions à peu près deux cents bourgeois pour riposter. Après avoir soutenu un feu ardent jusqu’à 6 heures et demie à peu près, heure à laquelle la troupe qui occupait la place de la Grève prit la fuite, je rassemblai cinq jeunes gens pour marcher rue du Cherche-Midi aux Vivres de la Guerre (car en ma qualité d’industriel je fus plusieurs fois avant la révolution examiner la construction des fourneaux à cuire les pains de munition). Nous trouvâmes à ce poste un renfort de quatre-vingts hommes de vétérans. Les portes étant fermées, j’appelai le chef de bataillon, qui vint à une croisée. Je lui dis qu’il nous fallait le pain en magasin. Il nous dit qu’il voulait le laisser mais qu’autant que possible il voulait éviter l’effusion de sang. Sentant notre minorité en forces, je ne demandais pas mieux et, sur ma parole qu’on ne tirerait pas, les portes se sont ouvertes et la compagnie sortit, dont un grand nombre de ses soldats furent désarmés. J’entrai alors au magasin, dont je connaissais déjà la place et j’en sortis deux pains, que je montrais au grand nombre de femmes qui étaient assemblées en cet endroit. Elles me secondèrent aussitôt et, dans un instant, tout le magasin fut vidé. Ainsi la troupe n’eut pas à manger pendant quarante-huit heures. J’établis alors un poste et m’en retournai chez moi dans le commencement de la nuit. Le lendemain 29, je fus place du Panthéon et me rendis place des Victoires avec la masse, en parcourant les rues de l’Odéon, Fossés-Saint-Germain-des-Prés, Dauphine, Pont-Neuf, rue du Roule, des Prouvaires, Montmartre et du Mail. Arrivés place des Victoires, nous y demeurâmes près d’une heure et alors nous nous rendîmes au Louvre. Là, je ne suivis pas l’attaque de la masse. Je fus avec un de mes amis, suivis de deux autres personnes, par le pont des Arts, derrière la maisonnette qui se trouve au milieu et, de là, en toute sûreté, je lançai des balles dans la cour du Louvre, sans que l’on nous aperçut. Lorsque les Suisses eurent pris la fuite, nous approchâmes de la porte, sans pouvoir y entrer, jusqu’à ce qu’un jeune homme, à peu près âgé de vingt-quatre ans, passa par-dessus la grille pour nous l’ouvrir. La porte ouverte, toute la foule se précipita pour entrer mais elle fut repoussée par un violent coup de feu que firent les Suisses qui étaient cachés derrière les colonnes du portail. Mais, sitôt que le feu fût fait, ils prirent la fuite par se cacher dans les caves et nous entrâmes à peu près une vingtaine qui coururent sitôt sous la porte qui donne au Carrousel. Là, le premier qui arriva reçut une balle d’un coup de canon du Carrousel et tomba aussitôt. Nous combattîmes sous cette porte pendant vingt minutes, dont un élève de l’Ecole polytechnique à cheval avait le commandement. Pendant cette durée de temps, il n’y eut qu’un homme de blessé à la jambe. Au bout de ce temps, nous avançâmes à peu près à quinze pour le Carrousel, en longeant les murs, pour nous mettre à l’abri derrière les petites boutiques qui se trouvent le long de l’allée qui donne au Carrousel. Dans ce trajet, j’ai trouvé un Suisse blessé et couché le long du mur, et, au bout, il y avait un homme de blessé qui devait provenir de la veille car je ne vois pas comment il est venu là. Et maintenant, je puis dire que je suis arrivé le premier sur la place du Carrousel où j’étais à peu près cinq minutes fusil en joue sans voir une âme, exception des personnes derrière moi. Là, au bout de cinq minutes, une compagnie de Suisses déboucha du café du Carrousel pour prendre la fuite, en gagnant la porte qui donne rue de Rivoli. Je fus le seul qui tira sur eux. Lorsqu’ils furent tous passés, un jeune homme arriva au Carrousel par cette porte et ne fit que dix pas et tomba mort. Après je fus visiter la place rue de Rohan et j’ai trouvé un Suisse blessé à côté du bourgeois blessé de même et, après quelques instants, les gardes royaux se rendirent, ayant à leur tête leur lieutenant, qui pouvait encore à peine se traîner, par l’effet d’une balle qu’il a reçue à la jambe. Encore quelques instants, il y eut un deuxième peloton qui se rendit. Nous eûmes alors à nous battre rue de Richelieu, où je rencontrais M. Joubert. Pendant ce combat, nous prîmes un caisson de canon attelé de quatre chevaux, dont l’un tomba mort en arrivant au Carrousel. J’ai visité ce caisson, il n’y avait qu’une cartouche d’une pièce de quatre. Voyant à la fin que la plupart des blessés provenait de la maladresse des bourgeois qui tiraient sur les autres, je m’en retournais à la maison. Il était alors 3 heures et demie. J’espère, monsieur, que vous aurez la bonté de vérifier les choses que j’avance, afin d’être récompensé en matière honorifique, selon que j’ai mérité. » Un rapport de la mairie relatait ainsi sa participation aux combats : « Le 28, était au Pont-Neuf et à la place Dauphine avec M. Joubert. Ensuite au quai de la Cité depuis 4 heures jusqu’à 7. S’est transporté au magasin des vivres de la Guerre, où il est entré par ruse avec cinq ou six hommes qui le suivaient et il a fait piller le pain par le peuple pour couper les vivres à la troupe. Le 29, a combattu au pont des Arts jusqu’à l’entrée du Louvre et de là à l’avant-garde jusqu’aux Tuileries. Il n’a cessé de combattre qu’après la victoire décidée à la rue de Rohan. » Le registre des délibérations du jury de la Commission des récompenses nationales, en date du 27 janvier 1831, ne contient pas de faits nouveaux autres que ceux déjà relatés dans le rapport de la mairie. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) XIIe arrondissement. Le jury de la Commission des récompenses nationales, chargé d’examiner les droits de chacun à une récompense, se prononça, dans sa séance du 27 janvier 1831, à six voix pour la croix, deux voix pour la médaille et aucune voix pour une mention. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) XIIe arrondissement. Il signa, le 3 septembre 1830, le certificat constatant les circonstances dans lesquelles avait été tué Labarbe, Marie, Adolphe, Ferdinand : « Nous, soussignés, attestons que M. Marie, Adolphe, Ferdinand Labarbe, étudiant en médecine, a combattu le 28 juillet 1830 pour la cause constitutionnelle et qu’il a reçu le même jour une blessure à l’attaque de l’Hôtel de ville, par suite de laquelle il a succombé le 16 août. Nous certifions en outre qu’il a laissé un enfant actuellement existant, né le 12 juillet 1830. » En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut, auprès de la mairie du (ancien) XIIe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. Il demeurait 185, rue Saint-Jacques en 1830-1831. Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la Croix de Juillet du (ancien) XIIe arrondissement ; Archives de Paris VD6 639 n° 5, liste générale alphabétique (cité deux fois dont la deuxième sous le numéro 520 et le seul nom de Rudler) ; Archives de Paris, VD6 672 n° 1 ; Archives de Paris VK3 33 Commission des récompenses nationales, mairie du (ancien) XIIe arrondissement, le 27 janvier 1831, jury pour l’examen des demandes de récompenses honorifiques, idem états nominatifs et listes de noms soumis à la Commission des récompenses nationales (1830-1831) (XIIe arrondissement ancien), en date du 27 janvier 1831, idem la mention de Ramont, Charles, Auguste, Pascal (à qui il procura un fusil) ; Archives de Paris VK3 34, liste de 829 noms, accompagnés d’observations sur les exploits des impétrants ; Archives de Paris VK3 51 ; Archives nationales F/1dIII/37, Commission des récompenses nationales, (ancien) XIIe arrondissement, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette Commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la mairie du (ancien) XIIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) XIIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/60 in dossier Labarbe, Marie, Adolphe, Ferdinand.