Ruellan, Jean

Biographie


Né le 25 mai 1795 à Nantes, fils d’un architecte. Employé de l’octroi de Nantes. Ses droits furent examinés par la Commission des récompenses nationales de la préfecture de Nantes. Il reçut la médaille de Juillet, sur la proposition de la ville de Nantes par l’ordonnance du 17 juillet 1832. Le 26 avril 1831, il adressait la lettre suivante à la Commission des récompenses nationales : « Jean Ruellan, âgé de trente-cinq ans, fils d’un ancien architecte distingué de cette ville, fut fait officier dans les gardes nationales dans l’âge le plus tendre ; il sollicita pour être continué dans son grade, après le licenciement de l’armée ; mais une opinion que l’on lui créa fit ajourner sa demande. Rentré dans le civil, son caractère actif et obligeant le fit se rendre utile ; il a à citer diverses circonstances qui, à vos yeux, seront sans doute appréciées. Connu avantageusement de ses compatriotes, il a été fréquemment choisi par eux pour figurer dans les affaires d’intérêt public, toujours animé du sentiment de servir le bien public il a retiré de l’eau beaucoup de personnes, dans des incendies, les postes les plus périlleux sont de son choix : lors du jugement de MM. Mosneron, Ribordet, Vildaric, impliqués dans l’affaire Berton, un attroupement populaire a eu lieu ; il n’avait aucun caractère alarmant mais un déploiement inutile de force le rendit sérieux ; l’exposant empêcha que le colonel Rapatel du 5e léger et le commissaire de police Lafourcade ne fussent précipités d’une hauteur de 25 à 30 pieds dans la rivière. Cette action eut lieu vis-à-vis de la maison d’arrêt, où il reçut deux coups de baïonnette (un procès-verbal de cette affaire fut dressé par ledit commissaires alors en fonction). Les journaux ont parlé de tous ces faits. L’exposant ajoute qu’entièrement ruiné par suite des divers changements de gouvernement, il a été en outre condamné (par Cardaillac) à la déportation, qu’il évita par la fuite et qu’après quatorze mois d’une bien pénible absence le jour même de son arrivée il fut mis en prison et depuis continuellement persécuté. Enfin, le 30 juillet, désireux de partager les peines et dangers de ses compatriotes, il fut chargé de délivrer des outils à un parti nombreux d’habitants et il se porta avec eux à l’un des ponts de cette ville (Pirimil) en fit couper une voie, afin d’arrêter l’entrée à Nantes de deux à trois cents cuirassiers et de quatre à cinq cents hommes du 14e, qui étaient annoncés. Le même jour, il fut chargé par un très grand nombre d’habitants notables assemblés à la bourse à l’effet de se rendre près du général Dumoustier pour qu’il nous fasse l’honneur d’accepter le commandement en chef de la garde nationale, démarche qui eut le succès désiré. Tous ces faits, messieurs sont véridiques et peuvent être attestés par tous les Nantais. Il ose donc, messieurs, que vous daignerez prendre en considération l’exposé d’un père de famille, qui a perdu un emploi de 2.400 à 3.000 francs pour avoir pris part aux événements derniers. Il croit avoir des droits à l’obtention de la décoration spéciale et se confie à votre justice. J’ai l’honneur, etc. » Le maire de la ville de Nantes apostillait ainsi sa demande : « Le maire de Nantes atteste que le pétitionnaire a montré dans tous les temps et dans toutes les circonstance un véritable patriotisme, qui doit lui mériter la bienveillance de l’autorité. » Le 4 septembre 1831, plusieurs décorés de Juillet firent parvenir la lettre suivante au ministre de l’Intérieur : « Les soussignés, décorés de Juillet, ont l’honneur de vous exposer que, lorsque la commission d’enquête de la ville de Nantes mit sous vos yeux le travail qu’elle fit pour désigner ceux qui avaient mérité l’honorable distinction que Sa Majesté a bien voulu nous accorder, elle ne put être à même d’obtenir les renseignements nécessaires sur un de nos concitoyens, Jean Ruellan, employé d’octroi à Nantes. Confiants dans son bon droit, nous n’avons pas fait de démarches auprès de la commission car nous avions l’intime conviction que ce brave citoyen serait désigné dans le nombre des décorés, personne mieux que lui n’ayant mérité une pareille récompense à l’époque du 30 juillet, il s’est distingué par plusieurs actes de bravoure, de patriotisme et de dévouement pour le maintien de l’ordre public avant et depuis il en a toujours donné des preuves éclatantes. En conséquence, nous venons vous prier, monsieur le ministre, d’accorder à notre concitoyen Jean Ruellan la décoration de Juillet, à laquelle il a des droits que personne ne contestera. Nous espérons, monsieur le ministre, que vous voudrez bien prendre en considération notre juste sollicitation. Nous avons l’honneur, etc. » Signé : Hudôme jeune (voir Hudome, Jean) ; Pieau (voir Pieau, Charles, Louis) ; Santerre (voir ce nom) ; Ageron (voir Ageron, Joseph) ; Trastour (voir Trastour, Joseph, Joachim) ; illisible ; Gaudinot (voir Gaudinot, Narcisse) ; Kitchen-Vic (voir Kitchen-Vic, Félix) ; Pichaud (voir Pichaud, Pierre) ; Tournade (voir Tournade, Laurent). Le maire de la ville de Nantes, en date du 13 janvier 1831, délivra le certificat suivant : « Nous, maire de la ville de Nantes, certifions que le sieur Ruellan, Jean, âgé de trente-cinq ans, commissionnaire, natif de Nantes, y demeurant quai Turenne n° 9, est un homme de bonnes vie et mœurs et jouissant d’une excellente réputation. Certifions en outre que le sieur Ruellan est marié et père de trois enfants en bas âge. » Il était porteur du certificat suivant : « Nous, soussignés, habitants de Nantes et autres lieux certifions savoir et nous faire un devoir de le constater que M. Ruellan a dans toutes circonstances, même les plus difficiles, montré, indépendamment du plus pur patriotisme, un zèle et une bravoure peu communs, joints à un désintéressement qui a toujours été très préjudiciable à ses intérêts ; que, le 30 juillet dernier, sa conduite mérite un éloge particulier, que sa modestie repousse ; cependant nous ne pouvons taire qu’il faisait partie active et comme chef lorsque le pont de Pirmil fut coupé ; qu’ayant passé la rivière, à la conviction que donnèrent ses remontrances, les propriétaire des bateaux qui étaient sur la rive gauche de la Loire vinrent se placer à l’opposé et, par ce moyen, empêchaient au besoin une tentative vers la ville ; le motif du présent certificat ne nous permettant pas de nous étendre davantage à son sujet, nous nous résumons à ajouter qu’il se joignit aux habitants armés à la bourse, fut député vers le général Dumoutier, près duquel sa démarche eut tout le succès que l’on pouvait désirer alors et qu’enfin il reprit rang dans la compagnie d’artillerie de la garde nationale, où son service avant et maintenant mérite tout éloge. Ces motifs, joints à ses talents, lui méritent toute protection pour les demandes qu’il pourrait faire ; ce serait une justice à laquelle nous applaudirions. » Signé, à Nantes, le 5 janvier 1831 et pour les signatures lisibles : Touchy (voir Touchy, André), sergent-major ; Leduc, adjudant sous-lieutenant, chevalier de l’ordre de la couronne de fer ; Libert aîné, lieutenant ; Noël, capitaine de la garde nationale ; Froument, Bertrand, lieutenant ; Pichaud (voir Pichaud, Pierre) ; Hudome (voir Hudome, Jean) ; Sauvaget, sergent-major au 2e bataillon ; Stockholm, capitaine à la 2e compagnie du 3e bataillon ; Belville fils, officier au 32e de ligne ; Trastour (voir Trastour, Joseph, Joachim) ; Ageron (voir Ageron, Joseph) ; Rocher (voir Rocher, Michel), témoin oculaire des faits désignés ; Dupuis, major de la garde nationale, qui certifiait en outre « avoir vu le pétitionnaire faire partie du détachement armé stationné à la bourse le 30 juillet 1830 » ; Douinard aîné ; Laforet père, commandant des sapeurs-pompiers ; Moriceau, chef des canonniers. Il était détenteur du certificat suivant : « Le lieutenant-général soussigné, commandant la 12e division militaire, atteste que pendant qu’il commandait la garde nationale nantaise, lors des événements glorieux de juillet et premiers jours d’août 1830, M. Ruellan s’est montré un des plus intrépides défenseurs des libertés publiques, et les actions de courage et de générosité qu’il a déployées aux époques citées dans sa demande à M. le ministre lui donnent des droits à l’intérêt du gouvernement. » Signé, à Nantes le 1er févier 1831 : comte Dumoustier. On trouve dans son dossier, à la date du 19 août 1830, la lettre suivante à lui adressée, en ville : « Depuis plus de quinze jours, ne vous ayant point vu un instant à nos bureaux, j’ai dû savoir que la place que vous y occupiez ne pouvait désormais vous convenir ; en conséquence, je viens vous aviser que j’ai dû vous y faire remplacer. Vous voudrez donc bien regarder le mandat que vous avez reçu de moi-même comme révoqué. Quant à ce compte, il est réglé à ce jour et je vous prie d’en venir prendre connaissance, afin que vous ayez la conviction que la commission qui vous était allouée s’y trouve portée même pour toutes les livraisons à faire en vertu du marché à ce jour. J’ai l’honneur, etc. » Le 20 août 1831, il adressa la lettre suivante au préfet de Loire-Inférieure, au sujet de Touchy, André : « Privé de l’honneur d’obtenir de vous une audience que j’ai vainement sollicitée depuis quinze jours, j’ai celui de vous communiquer par écrit le sujet de mes visites et, ayant appris qu’il devait vous être adressée une liste supplémentaire des patriotes nantais qui, par leur conduite dans les jours de juillet, ont des droits incontestables à la décoration, je prends la liberté de vous désigner M. Touchy André qui, comme beaucoup d’autres, refuserait de faire valoir ses droits lui-même. Les nombreux oublis qui ont eu lieu dans la première liste étant l’unique cause de ma démarche, j’ai à croire, Monsieur le préfet, qu’elle sera prise par vous en considération. J’ai l’honneur etc. » Il demeurait 9, quai Turenne à Nantes en 1830 ; 9, île Feydeau en 1831. Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances n° 26, 2e section, ordonnance n° 1137 du 17 juillet 1832, Paris, Imprimerie royale, mars 1833, p. 2, ordonnance du roi qui décerne la Croix de Juillet à quarante-deux citoyens et la médaille de Juillet à cinquante-huit citoyens ; Archives nationales F/1dIII/80, dossier Loire-Inférieure et Etat des citoyens auxquels la médaille de Juillet a été décernée par l’ordonnance du 17 juillet 1832. ; Archives nationales F/1dIII/81, dossier Seine-Inférieure.

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