Sal, Nicolas, Joseph, Charles
Biographie
Né vers 1768 à Chigny (Aisne). Ancien militaire. Manouvrier, ou homme de peine, ou dérouleur sur les listes du Constitutionnel. Il fut vu sortir de son domicile, armé d’un fusil à deux coups, et des cartouches dans les poches de son gilet, dès le 28 juillet entre dix et onze heures du matin, déclarant « qu’il ne reviendrait pas que l’affaire ne fût finie ». Il prit part aux combats de la rue Saint-Antoine, à ceux de la rue de Rivoli, et, le 29, « les cheveux gris, le nez un peu long et bombé, les yeux bleus, les joues creuses, ce qui faisait croire qu’il n’avait pas de dents, le teint coloré et le visage allongé, portant à la jambe gauche d’anciennes blessures, ayant été militaire, […] vêtu d’une veste de toile blanche, d’un pantalon idem, avec des guêtres de cotonnade bleue, et coiffé d’une casquette à la prussienne », il combattait sur la place du Louvre, vers 13 heures « dans un groupe assez considérable de jeunes gens de l’Ecole polytechnique », quand il fut tué d’un coup d’arme à feu devant la grille du Louvre, du côté de l’église Saint-Germain-l’Auxerrois. Il fut enterré avec les autres peu après les combats, sans qu’un acte de décès ne puisse être dressé. Son décès fut déclaré par jugement du 31 mai 1831 du tribunal de première instance de Paris et transmis le 11 juin suivant à la mairie du (ancien) IXe arrondissement. Le dossier des droits que son décès entraînait fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) IXe arrondissement. Le 11 août 1830, devant le commissaire de police du quartier de l’Arsenal, comparut Louée, Martin, marchand de vin, demeurant 10, rue du Petit-Musc, qui déclara « qu’il connaît depuis un an le nommé Sal, Nicolas, Joseph, homme de peine, pour demeurer rue du Petit-Musc n° 10, que depuis le 28 juillet dernier il n’est plus revenu chez lui ; que cette disparition ferait présumer que celui-ci est au nombre des morts qui ont été inhumés avec leurs vêtements, en combattant pour les droits de la nation ; qu’il est à ma connaissance que le sieur Sal était célibataire, qu’il vivait avec une femme mariée, nommée Marie, Marthe, Carabin, épouse de Claude, Louis, Grosprêtre, qu’il paraitrait que cette femme qui se dit veuve Sal a cohabité depuis de longues années avec lui, qu’elle a eu des enfants de cet homme, que ceux-ci sont morts et qu’en conséquence elle n’est point la veuve Sal mais bien la femme Grosprêtre ; ajoute le déclarant que celle-ci n’est pas dans une position heureuse ; qu’il pense qu’elle est digne de la bienveillance de l’autorité soit par sa bonne conduite et sa malheureuse position ». Comparut aussi Duhamel, Victor, Honoré, Grégoire, ébéniste, demeurant 10, rue du Petit-Musc, lequel déclara « qu’il est à sa connaissance que le sieur Sal, Nicoals, Joseph, homme de peine, âgé de cinquante-deux ans passés, natif de Chigny (Aisne), demeurant rue du Petit-Musc n° 10, est parti de son domicile le 28 juillet dernier pour faire partie des défenseurs de la liberté française, qu’il paraîtrait que celui-ci est succombé puisqu’on ne l’a plus revu et qu’il aura été confondu dans l’inhumation des morts ; ajoute le déclarant qu’il n’était point marié mais qu’il vivait maritalement avec la femme Grosprêtre depuis grand nombre d’années, que celle-ci est dans une position malheureuse, ayant perdu celui qui l’aidait à vivre et qu’en conséquence il croit que ladite femme Grosprêtre est dans le cas d’être secourue par le gouvernement ». Comparurent aussi : Bassac, François, ébéniste, demeurant 10, rue du Petit-Musc ; Barré, Félix, charron, demeurant 10, rue du Petit-Musc ; Ometz, Antoine, Romain, ciseleur, demeurant 10, rue du Petit-Musc. Les trois attestèrent les précédentes déclarations. Comparut enfin : Sumille, Joseph, Etienne, ébéniste. demeurant 10, rue du Petit-Musc, lequel déclara « qu’il connaissait depuis un an environ le nommé Sal, pour demeurer dans la maison qu’il habite ; que le 29 juillet dernier ledit Sal se trouvait à côté de lui, armé d’un fusil à deux coups, dans la mêlée et l’a perdu de vue ; qu’il présume qu’il aura été tué dans les mouvements où on se dirigeait, soit sur la place Saint-Germain-l’Auxerrois soit de l’autre côté du Louvre ; que depuis lors ledit Sal n’est plus reparu, qu’il pense que ce malheureux aura été dans cette confusion enterré avec d’autres cadavres dont on n’aura pu dans ce moment constater le décès ». Le 20 avril 1831, devant le juge de paix du (ancien) IXe arrondissement, comparurent : Coquet, Pierre, François, Félix (voir ce nom), toiseur, demeurant 9, quai de l’Hôpital ; Sumille, Joseph, Etienne (voir ce nom), ébéniste, demeurant 10, rue du Petit-Musc ; Barré, Félix, charron, demeurant 10, rue du Petit-Musc. Ils attestèrent avoir connu Sal et savoir qu’ll vivait maritalement avec Carabin « depuis plusieurs années, qu’ils menaient une vie exempte d’autres reproches […], savoir, le sieur Coquet, que le 29 juillet dernier il s’est trouvé avec le sieur Nicolas, Joseph Sal environ sur les 1 heure au-devant de la grille du Louvre du côté de l’église Saint-Germain-l’Auxerrois, qu’ils concoururent ensemble à l’attaque du Louvre, qu’il venait de parler audit Sal lorsqu’il l’a vu tomber par terre, ayant été frappé d’une balle et qu’il n’a pas eu occasion de le revoir mais que le lendemain il a appris qu’il était décédé. Et par les sieurs Sumille et Barré a été déclaré qu’habitant la même maison que Sal, rue du Pettit-Musc, ils l’avaient vu le 28 juillet dernier entre 10 à 11 heures du matin sortant de la maison, armé d’un fusil à deux coups avec des cartouches dans les poches de son gilet, qu’il leur a dit qu’il ne reviendrait pas que l’affaire ne fût finie ; que le 29 ils l’ont vu dans un groupe assez considérable de jeunes gens de l’Ecole polytechnique, qu’il leur a encore dit qu’il ne reviendrait pas que tout ne fût fini ; qu’ils savent qu’il n’est pas rentré chez lui et qu’ils ont appris qu’il avait été tué « . Il laissait une concubine, Cabarin, Marie, Marthe, née le 5 avril 1777 (par erreur le 17 avril 1777 in Archives nationales F/1dIII/36) à Brie-Comte Robert (Seine-et-Marne) (elle-même fille de Cabarin, Jean-Claude, vigneron, et de Grenier, Marie-Louise, son épouse) ; épouse mais qui se disait veuve de Grosprêtre, Claude, Louis, journalière, qui fut pensionnée de cinq cents francs comme veuve de Juillet et à qui fut accordée par la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, une inscription de rentes ; elle vivait depuis de très nombreuses années avec Sal, avait eu trois enfants avec lui mais qui étaient tous morts en 1830. Elle reçut un secours de deux cents francs en septembre 1830, sur les secours distribués par Le Constitutionnel. Sal demeurait 10, rue du Petit-Musc depuis 1829 ; sa veuve, toujours 10, rue du Petit-Musc en 1831, aussi 3, rue Beautreillis ou 13, rue Beautreillis in Archives nationales F/1dIII/75. Le nom de Sal (N.-J. dit Charles Sal) est inscrit sur la colonne de Juillet, place de la Bastille, et sur les tables du Panthéon. Troisième et dernier état de distribution des secours patriotiques versés au Constitutionnel ; Liste n° 4, des veuves de victimes de Juillet, pensionnées annuellement de cinq cents francs, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Veuves de victimes de Juillet, qui ont obtenu une pension annuelle et viagère de cinq cents francs, Le Moniteur universel 5 septembre 1831 ; Compte-rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, liste nominative des veuves auxquelles il a été accordé des inscriptions de rentes du IXe arrondissement lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, Paris, Imprimerie de Crapelet, rue de Vaugirard, n° 9, novembre 1832, p. 106 ; Tableau général et alphabétique des pensions inscrites depuis le 1er janvier jusqu’au 31 décembre 1831, Imprimerie royale, Paris, 1832, p. 23 ; Archives nationales F/1dIII/33, lettre en date du 15 juin 1831 du parquet du tribunal de première instance de Paris ; Archives nationales F/1dIII/36, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées aux veuves pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831, par la mairie du (ancien) IXe arrondissement et par la caisse municipale pendant le mois de novembre, comprenant les arrérages à partir du 1er août 1830 ; Archives nationales F/1dIII/38 B, Commission des récompenses nationales, état des veuves des citoyens tués ou blessés mortellement dans les journées de Juillet (dossier de cinq états et 260 veuves) ; Archives nationales F/1dIII/48 in dossier Cabarin, Marie, Marthe ; Archives nationales F/1dIII/75 (sous le nom de Salles) ; Archives nationales F/1dIII/82, état des citoyens tués ou blessés mortellement dans les journées de Juillet, aussi liste des victimes de Juillet 1830, colonne de Juillet et aussi liste générale des citoyens morts dans les journées de juillet 1830, en combattant pour les libertés publiques et dont les noms sont inscrits sur les tables du Panthéon et sur la colonne de Juillet et aussi Compte rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, liste nominative des veuves, orphelins, ascendants et blessés auxquels il a été accordé des inscriptions de rentes, (ancien) IXe arrondissement, veuves ; Bulletin des lois, IXe série, tome 21, n° 746, Paris, imprimerie royale, février 1841, p. 85 (sous le nom de Sal dit Charles, Nicolas, Joseph), liste générale des citoyens morts ou blessés mortellement dans les journées des 27, 28 et 29 juillet 1830, en combattant pour la défense des lois et des libertés publiques, les noms de ces citoyens sont inscrits sur les tables du Panthéon et sur la colonne de Juillet (et aussi Archives de Paris D1K1 138, qui contient les mêmes informations puisqu’il s’agit de ce même numéro du Bulletin des lois) ; Colonne de Juillet, liste officielle et par ordre alphabétique des citoyens tués ou blessés mortellement dans les journées de juillet 1830, Paris, chez Vve Demoraine et Boucquin, 1841.