Salel, Hippolyte
Biographie
Né le 11 avril 1797 à Montpellier (Hérault). Ancien maréchal des logis au 24e chasseurs, devenu relieur et doreur. Il était porteur de plusieurs certificats. Le premier, ainsi rédigé : « C’est avec plaisir que je trouve l’occasion de rendre justice au sieur Salel, depuis qu’il est employé sous mes ordres en qualité d’adjudant. Il a constamment fait preuve de zèle, de capacité et de fermeté. » Signé, le 17 septembre 1830 : Victor Bernard, commandant supérieur des Tuileries. Le deuxième, ainsi rédigé : « Je certifie avoir M. Salel sur tous les points les plus dangereux pendant les journées des 28 et 29. Il est à désirer qu’un aussi brave citoyen ne reste pas sans récompense. » Signé, le 17 septembre 1830 : Savalette (voir Savalette, Isidore, Paulin), chef d’escadron de la garde nationale à cheval. Le lieutenant-général Subervie le recommanda pour obtenir la Croix de Juillet. On trouve dans son dossier la lettre suivante (le destinataire reste inconnu), écrite par Château Giron de, René, Charles, Hyppolyte (voir ce nom), le concernant : « Mon cher collègue, permettez-moi de vous adresser et de recommander à tout votre intérêt, M. Salet, ancien maréchal des logis au 24e chasseurs. C’est un des hommes qui a le mieux servi notre cause et qui en a été le moins bien récompensé. On avait demandé pour lui une place de sous-officier dans la garde municipale à cheval et, croyant avoir la certitude de l’obtenir, il avait vendu son fonds de relieur, et dans l’attente de ce qui n’est pas arrivé, il s’est trouvé réduit à de cruelles extrémités pour un homme qui a de la famille et de l’honneur. Il a rendu de véritables services à notre cause et il aurait besoin d’un secours en argent, qui l’aide à remettre un peu d’ordre dans ses affaires, qui ont été extrêmement dérangées par son application au bien public. Il est impossible d’avoir de meilleurs recommandations. Je vous prie de parler de lui à la Commission centrale dont vous êtes membre et de faire en sorte qu’il obtienne en argent un secours qui lui est bien dû et qu’il obtienne la croix, qu’il a plus méritée que tout autre. Je vous recommande tout particulièrement cette affaire, mon cher collègue, parce qu’il y a une grande injustice à n’avoir rien fait pour ce digne homme. J’en suis indigné. Veuillez en parler aussi à Le…ptet … illisible à votre première réunion. Je désire bien savoir comment votre affaire s’est passée hier à Vaugirard. On se dégouterait de s’occuper du bien des autres si pareilles scènes se renouvelaient souvent. L’injustice est trop patente. » Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) XIVe arrondissement, sous-préfecture de Sceaux. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de l’arrondissement de Sceaux (une fois sous le nom de Sadel, Hippolyte in Archives nationales F/1dIII/39 et une autre fois sous le nom de Salel, Hippolyte même référence). Il apostilla le 7 septembre 1831, un certificat délivré en faveur de Le Roux, Jean-François et comme quoi tous les faits contenus dans la lettre de Le Roux étaient comme conformes à la vérité. Il prêta son serment et reçut sa croix le 28 juin 1831 à la sous-préfecture de Sceaux ; le serment était ainsi rédigé : « Je jure fidélité au roi des Français, obéissance à la charte constitutionnelle et aux lois du royaume. » En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut (sous le nom de Satel, Hippolyte), auprès de la mairie du (ancien) IVe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. Le 22 août 1832, il écrivait la lettre suivante au baron Athalin, aide de camp du roi : « Difficilement la vérité parvient au roi, parce que l’on tient à la mauvaise habitude de lui écrire. J’ai suivi cependant la hiérarchie et c’est à vous, monsieur, que je fonde mes espérances pour obtenir la justice que je réclame. J’ai fait, par ordre militaire en date du 2 août 1830 jusqu’au 27 novembre 1830, le service des Tuileries, en qualité d’adjudant et je n’ai touché, et à titre de secours, que ce qui est alloué à un homme de peine. Placé sous les yeux de M. de Rumigny, je me suis fait remarquer par mon désintéressement et mon dévouement pour le roi. Aux événements de mars 1831, j’ai avancé quatre-vingt-cinq francs pour calmer l’effervescence populaire ; la parole, en cette circonstance, de M. Rumigny était pour moi un contrat, et j’étais loin de penser qu’un jour je serai à la veille d’être poussé à avoir recours aux tribunaux. Le 20 courant, je lui ai fait donner assignation en justice de paix et il y a fait défaut. Cependant tout le scandale des embrigadements peut être reproduit par la presse sous d’autres traits s’il ne s’acquitte au plus vite envers moi d’une somme par moi déboursée et par lui autorisée. Je me plains, et d’une manière amère, contre cet officier parce que la manière indélicate qu’il a employée dans ses promesses, qui ne se sont jamais réalisées, pour se servir de moi, au risque de me compromettre dans l’opinion publique comme homme de police, profitant de ma misère et de ma confiance pour que je croie que du jour au lendemain il demanderait au roi une somme pour payer tant de dévouement, m’a réduit à perdre un de mes enfants de misère, en un mot à me faire bafouer de ceux à qui j’ai conté mes espérances. Enfin, quoique découragé, je n’ai pas hésité, le 5, de verser mon sang pour le trône de Juillet et je ne puis encore rien obtenir parce que ma misère m’a fait exempter de la garde nationale. Enfin, je sollicitai, le 14 courant, de votre bienveillance une avance de six cents francs, imputables sur les travaux que j’aurais à faire mais je vois avec peine que vos employés ont suivi leur routine ordinaire. Je croyais au moins à l’empressement qu’ils mettraient pour me faire tenir le montant d’un mémoire qui leur fut adressé du bibliothécaire (676,40 francs). Je me suis trompé et tant d’empressement paraît inusité dans l’administration. J’ai donc, monsieur, à vous remercier de la bonté que vous avez eue de me faire tenir des travaux mais ne pouvant attendre aussi longtemps mon salaire, je ne pourrais continuer. J’ai donc l’honneur, monsieur, de vous prier de consulter M. Viollet-le-Duc, duquel je suis connu, pour pouvoir me faire régler la solde de quatre mois de service aux Tuileries, en qualité d’adjudant, et M. de Rumigny, pour un an et plus qu’il m’a utilisé au service particulier du roi, auquel j’adresserai verbalement mes plaintes si vous n’y faites pas droit. » Viollet-le-Duc, alors conservateur des résidences et maisons royales, donnait, le 22 août 1832, les informations suivantes au baron Athalin : « Quand je fus mis en possession du gouvernement des Tuileries, il y existait un officier, prenant le titre de commandant militaire, nommé Victor, Bernard, installé par la victoire, disait-il, mais sans commission de qui que ce soit et non reconnu par les commissaires de la liste civile. J’eus à combattre les prétentions fort exagérées de ce vainqueur, qui toujours battu, prit le parti de la retraite. Il avait pris pour secrétaire, en lui donnant le titre d’adjudant, le signataire de la lettre que vous m’avez fait l’honneur de me communiquer, et que je vous renvoie. Salel est un homme énergique, ancien militaire, relieur de son état, qui avait pris une part active aux événements de Juillet, et qui quitta les Tuileries longtemps avant son chef. Il avait négligé son état. Il se voyant trompé dans ses espérances, qu’il accuse M. de Rumigny d’avoir encouragées. Je le connaissais comme bon ouvrier et homme de résolution. A ma demande, les commissaires de la liste civile lui accordèrent un secours qui le mît à même de reprendre son état de relieur. Mais, quoique les temps fussent malheureux, Salel, dans la matinée du 6 juin [1832, émeute républicaine à l’occasion de l’enterrement du général Lamarque, N.D.A.] dernier, contribua au succès de la journée, fut blessé et obtint les certificats les plus honorables. Ce fut alors que je vous proposai de lui faire avoir de l’ouvrage par les bibliothèques, ce qu’il obtint ; mais les lenteurs administratives l’ont privé jusqu’ici d’aucun salaire. Je ne saurais trop le répéter : Salel a une tête ardente, exaltée. Il est actif, intelligent et brave. Il peut être très utile ou fort dangereux. Mais il est accessible à tous les sentiments généreux ; l’injustice, ou ce qu’il considère comme tel avec son peu de lumières, le révolte et peut le porter à l’action la plus criminelle. C’est un homme à ménager mais on peut le faire en étant juste à son égard et je viens supplier, monsieur le baron, non seulement dans l’intérêt de Salel d’employer ce dernier moyen. Je ne saurais juger de la valeur des griefs qu’il fait valoir contre M. de Rumigny. Vous jugerez, monsieur le baron, de la suite à donner à cette affaire. » On trouve l’apostille suivante sur la lettre : « Je prie M. Puque de me proposer d’urgence le paiement de ce qui est dû à Salel. Le 23 août 1832. » Il retira le 4 août 1834, les pièces qu’il avait confiées à la Commission des récompenses nationales mais qui étaient sans rapport avec l’obtention de sa croix. En 1835, suite à une demande de secours qu’il avait faite et à des renseignements favorables transmis sur son compte par le préfet de police, il reçut, à titre de combattant de Juillet non pensionné, un secours de deux cents francs. Il demeurait 1, rue Favart à partir de janvier 1831 ; 12, rue Boucher en 1831 sur les listes de la Commission des récompenses nationales in Archives nationales F/1dIII/35 A et in Archives de Paris VK3 37 sur le registre de la mairie ; 66, rue des Vieux-Augustins en 1832 ; 69, rue de Cléry en 1835. Etat supplémentaire et définitif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat supplémentaire et définitif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, Le Moniteur universel 2 mai 1831 ; Archives de Paris VK3 37, Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, arrondissement de Sceaux, liste supplémentaire des décorés de Juillet, idem état nominatif des citoyens décorés de la Croix de Juillet, qui ont retiré leur croix des bureaux de la sous-préfecture de Sceaux après avoir prêté entre les mains du sous-préfet le serment prescrit par l’article 4 de l’ordonnance du roi du 30 avril 1831 (sous le nom de Salel, Abraham, Hippolyte) ; Archives de Paris VK3 52 (sous le nom de Salel, Hippolyte, Abraham) ; Archives nationales F/1dIII/35 A, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) IVe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale arrondissement de Sceaux et liste supplémentaire des décorés de Juillet ; Archives nationales F/9/1154, secours aux victimes de Juillet, 1831-1835, idem AB XIX 15 papiers des Tuileries, décorés de juillet 1830, citoyens qui ont pris part aux événements de 1830 ; Archives de la préfecture de police AA 398 in dossier Le Roux, Jean-François.