Samuseau, François

Biographie


Né le 7 juin 1803 à Paris. Ancien contremaître, durant dix ans, dans une fabrique de porcelaine et faïence et spécialement chargé de l’achat de tous les bois nécessaires au fonctionnement journalier de la fabrique. Il déposa un dossier devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février, et sur lequel il est inscrit qu’il était « combattant de Février et blessé en juillet 1830 ». Il sollicita, le 1er avril 1848, une place de brigadier forestier dans les forêts nationales de la république, « l’habitude et les connaissances spéciales du soussigné le mettent à même de se rendre utile et de remplir avec ponctualité et exactitude les fonctions », expliquait-il dans sa demande. Il joignait trois certificats à sa demande. Le premier certificat, ainsi rédigé : « J’atteste sur l’honneur que le citoyen Samuseau, demeurant rue de la Banque n° 3, a pris une part aussi active que courageuse aux événements de Février. Que dans la journée du 24 février nous nous sommes trouvés à l’affaire du château d’eau, quartier du Palais-National (lire Palais-Royal, N.D.A.), que le citoyen Samuseau est resté au combat jusqu’à la fin de l’action et que nous avons porté les blessés, dont un est mort dans nos bras d’une balle qui lui a traversé la cervelle. L’action terminée, nous sommes allés aux Tuileries, où nous avons fait tous nos efforts pour empêcher le pillage. » Signé, le 27 mai 1848 : Vandenberghen, gardien de Paris, demeurant 11, rue Jeannisson. Le deuxième certificat, ainsi rédigé : « Le 24 février, me trouvant avec plusieurs hommes de ma compagnie devant le poste du château d’eau, ci-devant Palais-Royal, je remarquai parmi les combattants qui entouraient le citoyen Pierre Lafon (voir Lafon, Pierre), actuellement commissaire de la république au département du Lot, un camarade nommé Samuseau, remarquable par l’énergie qu’il déployait et communiquait à tous. Plus tard, nous nous rencontrâmes aux Tuileries puis à l’Hôtel de ville, enfin partout où le devoir appelait tout bon patriote. » Signé, le 28 mai 1848 : Grobetz, demeurant 7, rue du Ponceau. Le troisième, ce certificat à en-tête du commissaire du gouvernement dans le Lot et ainsi rédigé à la date du 8 mai 1848 : « J’atteste que le citoyen Samuseau, demeurant à Paris, rue de la Banque n° 3, a pris une part aussi active que courageuse aux événements de Février. Que dans la journée du 24 il s’est trouvé à mes côtés dans l’attaque dirigée contre le poste du château d’eau (quartier du Palais-Royal), qu’il s’est associé au mouvement populaire avec bravoure et humanité, s’occupant après le combat du transport et du soin à donner aux blessés. Enfin que je l’ai retrouvé aux Tuileries, où il s’employait activement à la surveillance des richesses de tout genre livrées à la garde du peuple. » Signé : Lafon, Pierre (voir ce nom). On trouve dans le dossier du même Lafon, Pierre, quand ce dernier tenta de faire valoir ses droits auprès de la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février, une lettre de Samuseau, ainsi rédigée : « Je prends la liberté de vous rappeler que, le 24 février 1848 à 1 heure, moment de l’action la plus vive sur la place du Château-d'Eau, je vous rencontrai à cheval, courant les plus grands dangers et je vous engageai à continuer de prendre part au combat avec nous, ce que vous fîtes mais à pied. La mêlée devenant de plus en plus périlleuse et mes munitions s’étant épuisées, je fus obligé, en portant à plusieurs reprises des blessés, dont un mourut dans mes bras [par une balle qui lui avait traversé le cerveau, N.D.A.], chez le marchand de vins [situé au coin des rue de Richelieu et Saint-Honoré, N.D.A.], d’aller chercher des cartouches. Je revins de nouveau au combat et après avoir concouru, au péril de ma vie, à incendier le poste où mieux la forteresse du Château d’eau, je concourus à la prise des Tuileries malgré les promesses que nous faisait le maréchal... que nous ne voulûmes pas écouter. J’y arrivai à environ 2 heures et peu après au moment où je descendais du trône, du haut duquel je venais de chanter un couplet de la Marseillaise, j’eus le plaisir d’être accosté par vous, qui me donnâtes une poignée de main. Voici les paroles que vous m’adressâtes : – Comment vous voilà ? – Pourquoi cette demande ? – Donnez-moi votre adresse – Comment ! vous donner mon adresse ? mais donnez-moi la vôtre. C’est ce que vous fîtes et je vous remis la mienne. Depuis cette époque, citoyen Lafon, je n’ai pas eu le plaisir de vous voir mais j’ai constamment pensé à vous. Je me suis rendu à votre domicile pour avoir le plaisir de vous revoir et de fraterniser avec vous après la victoire, comme nous l’avions fait pendant la chaleur du combat. Votre concierge me donna l’adresse de M. Lagarde, rue d’Alger n° 10. Il m’a appris que vous étiez commissaire du gouvernement provisoire à Cahors, que vous alliez être conservé à la tête de cette administration départementale avec le nouveau titre de préfet. Permettez-moi, citoyen, de vous en féliciter et de crier bien haut que cette place, pour me servir d’une expression du champ de bataille où nous étions si près l’un de l’autre, connaissant les mêmes dangers, que cette place vous ne l’avez pas volée. Quant à moi, citoyen préfet, des devoirs impérieux à remplir envers plusieurs membres de ma faille m’ont conduit à demander l’emploi de garde forestier, que je suis apte à remplir. Le ministre, en me répondant une lettre dans laquelle il me promet cette place, m’a demandé un certificat des faits que je lui ai exposés dans ma pétition. Soyez assez bon, citoyen combattant, frère d’armes du 24 février, au Château d’eau et aux Tuileries, de me l’envoyer cette fois, car ma première lettre, que je n’avais affranchie, a pu ne pas vous parvenir. J’aurai avec la vôtre dix signatures de mes frères d’armes, dans le cas où la vôtre ne suffirait pas quoique cependant je pense que seule elle aurait plus de poids que les autres. P.S. Nul ne peut prévoir, citoyen préfet, si une récompense justement méritée lui sera accordée. Voudriez-vous être assez bon pour vous occuper de moi dans votre département dans le cas où je ne serai pas employé par le ministère, qui cependant me la promis. J’attends que vous vouliez bien honorer d’une réponse votre humble frère d’armes. » Samuseau fut proposé par la Commission pour une place de brigadier dans les Eaux et Forêts et pour recevoir le signe honorifique, qui devait perpétuer la mémoire de la Révolution de Février mais qui ne fut jamais institué. Il était marié et sans enfant en 1848. Il demeurait 3, rue de la Banque en 1848. Archives de la préfecture de police AA 396 in dossier Lafon, Pierre, idem AA 413.

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