Saunière, Jean-Louis

Biographie


Né le 30 septembre 1798 à Carcassonne (Aude). Avocat à la cour royale depuis le 21 août 1824. Sous le titre Dévouement d’un avocat, la Gazette des tribunaux, recueillait, dans son numéro du 2 et 3 août 1830, le témoignage suivant, apporté par Dupont, négociant, 4, rue des Deux-Boules : « M. le rédacteur, Vous avez pris à tâche de recueillir les faits qui honorent le barreau ; aussi je crois vous faire plaisir en vous rapportant un trait de dévouement de Me Saunière, avocat. Quand tous les citoyens combattaient pour la défense de leurs franchises et de leurs libertés, la troupe de ligne paraissait hésiter dans l’accomplissement des ordres qu’elle avait reçus. Dans la journée du 28, une lutte sanglante venait d’avoir lieu rue des Prouvaires et rue du Roule. Le 15e régiment de ligne avait manifesté des intentions pacifiques : tout à coup, et avant que les bourgeois eussent cessé leur feu, Me Saunière se précipite au-devant du capitaine Maréchal, qui commandait ; il se constitue parlementaire actif entre les chefs et les habitants. Trois fois il revient à la charge ; il exhorte les uns, persuade les autres, et il parvient ainsi à rapporter aux citoyens la parole d’honneur qu’il avait reçue des chefs des soldats que dès ce moment ils ne tireraient plus sur le peuple. Me Saunière nous a raconté qu’au moment où les officiers du 15e promettaient de ne pas tirer, le colonel est intervenu pour les exciter ; mais ses ordres ont été méprisés, et les militaires se sont montrés fidèles observateurs de leur parole d’honneur. » On trouve aussi dans Une semaine de l’histoire de Paris, dédié aux Parisiens, baron de Lamothe Langon, Stuttgart, chez Hoffmann, 1830, le passage suivant, le concernant : « Les efforts faits dans la matinée par les citoyens avaient refoulé dans l’intérieur de la ville la garde royale et les Suisses, depuis le marché Saint-Jean jusque dans le Louvre, à travers les rues de la Verrerie, des Lombards, de la Ferronnerie et Saint-Honoré, ainsi que dans toutes celles adjacentes et qui sont percées entre celles-là et les quais. Ce fut aux attaques des rues des Prouvaires et du Roule que se signalèrent MM. Laissac, jeune avocat de Montpellier, aussi recommandable par ses talents que par ses vertus civiques, qui allait au feu en regrettant ses parents, mais qui ne faisait pas moins son devoir en brave ; et Saunière, Carcassonnais, avocat à la cour royale de Paris. Celui-ci, au milieu du feu, voyant que les soldats de la ligne manifestaient des dispositions pacifiques, s’élance vers eux, parle au capitaine Marchal qui les commandait, se constitue, malgré le péril évident, car les balles sifflaient encore, médiateur entre la troupe et les citoyens. Trois fois il revient à la charge, il exhorte les uns, persuade les autres, et parvient ainsi à rapporter aux habitants la parole d’honneur qu’il avait reçue des chefs et des soldats, de ne plus tirer sur le peuple. La paix est donc rétablie sur ce point par ses soins, et la ville lui doit une couronne civique, car il a sauvé la vie à nombre de ses habitants. Le colonel du 15e, qui apprend cette capitulation fraternelle, accourt pour la rompre ; il commande aux siens de recommencer leur feu, mais tous demeurent immobiles. “Vous avez juré fidélité au roi”, dit-il. On lui réplique : “Nous l’avons jurée aussi à la nation, et la nation est là pour nous sommer de tenir notre parole, tandis que le roi se cache, et nous fait égorger nos frères.” Le colonel, confondu, s’éloigna en donnant les témoignages d’un désespoir profond. » On trouve dans son dossier une Note sur M. Saunière, avocat à la cour royale de Paris, ainsi rédigée : « Le 28 juillet à midi et demie ou 1 heure, une lutte opiniâtre et sanglante venait d’avoir lieu rue des Prouvaires et rue du Roule ; la troupe de ligne semblait découragée ; elle manifestait des intentions pacifiques, cependant personne n’osait l’aborder, parce que le feu continuait encore. Tout à coup, on voit M. Saunière se précipiter au milieu des balles, au-devant du capitaine : il l’embrasse et l’engage à fraterniser ; le capitaine et les soldats paraissent étonnés. M. Saunière réclame la parole d’honneur qu’on ne tirera plus sur le peuple ; on lui répond qu’il ne peut l’obtenir, que lorsqu’il aura fait cesser le feu des habitants. M. Saunière revient alors au milieu de ses concitoyens, en leur disant que la troupe allait se rendre, il les invite à suspendre les hostilités, ce qu’il obtient. Il retourne alors auprès du 15e léger, il se constitue parlementaire actif entre la troupe et les habitants et il parvient à rapporter à ses concitoyens la parole d’honneur qu’il a reçue des chefs et des soldats que, dès ce moment, ils ne tireraient plus sur le peuple. Heureux d’avoir, au péril de ses jours, sauvé la vie à un grand nombre d’habitants, il veut encore consolider la paix qu’il vient d’établir. M. Saunière fait crier Vive la ligne ! Il fait entourer les soldats ; il invite le capitaine à augmenter la sécurité en se plaçant au milieu des bourgeois ; l’enthousiasme est dans tous les cœurs. Le colonel du 15e survient ; il ordonne de dissiper le groupe des habitants et s’éloigne. Il rappelle le capitaine Maréchal à son poste ; celui-ci revient tristement à la tête de ses soldats. M. Saunière lui dit, avant de le quitter : “Capitaine, j’ai reçu de vous et des soldats une parole d’honneur, je verrai si vous y serez fidèle.” “Soyez tranquille”, lui dit-il. En effet, M. Saunière se retire derrière la barricade de la rue Béthisy. Le colonel ordonne de faire feu et la troupe reste immobile. Le colonel se retire et aussitôt M. Saunière fait répéter les cris : Vive la ligne ! Ce trait de dévouement se trouve mentionné dans la Gazette des tribunaux du 2 août (voir plus haut) et dans un ouvrage intitulé Une semaine de l’histoire de Paris, pp. 252-253 (voir plus haut). Il est confirmé par une lettre écrite à M. Saunière par M. Maréchal, capitaine qui commandait le 15e. Il est attesté par un certificat signé par les témoins oculaires (ces deux dernières pièces sont déposées au ministère de la Justice). M. Plougoulm a les copies de la lettre du capitaine et du certificat. M. Audry de Puyraveau a pris des notes sur cette affaire. » On trouve aussi, dans ce même dossier, une copie de la lettre écrite par Barthe, président de la cour royale de Paris, député de Paris, à Audry de Puyraveau, membre de la Commission des récompenses nationales, et ainsi rédigée : « […] S’il désirait obtenir sur M. Saunière, avocat, quelques renseignements, je serais fort en mesure de les lui donner : M. Saunière a fait de fort bonnes études et jouit au barreau d’une bonne réputation ; il remplirait fort dignement les fonctions judiciaires qui lui seraient conférées. Si M. Saunière a mérité, par son courage, de fixer l’attention de la Commission, je peux garantir que sa capacité doit ne laisser aucune inquiétude sur le succès de la demande qui serait formée en sa faveur. » Enfin, on trouve une copie de la lettre écrite par M. Maréchal, capitaine au 15e léger à Saunière : « Monsieur, Je remercie le hasard qui m’a fait vous rencontrer avant-hier au soir au Palais-Royal : heureux de retrouver un homme qui avait si bien compris mes sentiments dans la position critique où mon état plutôt que mon devoir m’avait placé dans le mois de juillet. Je veux rendre à votre belle conduite le témoignage qu’elle mérite et tel est l’objet de la lettre que je vous écris. Le 28 juillet, à 1 heure et demie, je commandais une compagnie du 15e léger, qui venait pour remplacer la troupe qui s’était battue rue des Prouvaires et rue du Roule. Le feu continuait encore ; vous ignoriez mon caractère et mes dispositions… J’ai admiré, monsieur, le noble enthousiasme qui vous entraînait lorsque, pour hâter le moment d’une paix que j’appelais de tous mes vœux, vous vous êtes précipité au milieu du danger pour réclamer de moi la parole d’honneur que je ne commanderai pas le feu sur les habitants. Cet élan généreux, de votre part, m’a ému ; j’ai été sensible à l’accolade toute fraternelle que j’ai reçue de vous, à la tête de mes soldats et je n’ai pas hésité de vous donner, sur mon épée, la garantie que vous étiez venu demander pour vos concitoyens. Il est difficile de peindre la joie que vous en avez éprouvée. J’ai craint, un moment, que vous ne fussiez atteint par les balles qui étaient dirigées sur ma compagnie et je dois à la vérité de déclarer que c’est à votre dévouement et aux efforts qui l’ont accompagné que l’on doit la cessation des hostilités qui répugnaient à tous également. Je n’ai pas tardé à vous ouvrir mon cœur. Vous avez vu le colonel arriver sur ces entrefaites et nous ordonner de commander le feu ; vous pouvez dire si, en lui résistant, je me suis montré fidèle à la parole que je vous avais donnée. C’en était fait de moi si la cause du pays n’eût pas triomphé. Puissent le jour et les circonstances mémorables qui nous ont rapprochés ne pas s’effacer de votre souvenir et me donner un droit à votre estime, un titre à votre affection. J’ai l’honneur d’être avec une parfaite considération, Monsieur, Votre tout dévoué, Maréchal. » Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) IVe arrondissement. Il reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) IVe arrondissement (sous le seul nom de Saunière sur les listes du Bulletin des lois et sur celles du Moniteur universel et in Archives nationales F/1dIII/39). Le journal L’Aigle, journal de la liberté patriotique et littéraire, en date du 8 octobre 1830, donnait l’avis suivant, où le nom de Saunière apparaissait : « Les francs-maçons de toutes les bannières doivent célébrer une grande fête maçonnique et patriotique, dimanche prochain 10 octobre, à l’Hôtel de ville, en l’honneur du général Lafayette, leur frère. Cinquante blessés dans les mémorables journées de la liberté, seront invités au banquet. On souscrit chez les FF. Saunière (voir Saunière, Jean-Louis), rue des Mauvaises-Paroles n° 17 (sic). Lowasy, rue du Gros-Chenêt n° 23. Astier, rue Saint-Louis (Marais) n° 47. Boissage, rue du Sentier n° 3. » Sa médaille lui fut délivrée le 6 août 1831. En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut, auprès de la mairie du (ancien) IVe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. Il demeurait 3, rue Lenoir-Saint-Honoré en 1829 ; 22, rue de l’Arbre-Sec en 1830 ; 13, rue des Mauvaises-Paroles (mais 17, rue des Mauvaises-Paroles dans le journal L’Aigle) en 1831 (mais toujours 22, rue de l’Arbre-Sec en 1831 sur les listes de la Commission des récompenses nationales in Archives nationales F/1dIII/35 A). La Gazette des tribunaux, 2 et 3 août 1830 ; Une semaine de l’histoire de Paris, dédié aux Parisiens, baron de L*** L***, Stuttgart, chez Hoffmann, 1830, p. 172-174 ; Une semaine de l’histoire de Paris, dédié aux Parisiens, baron de L*** L***, Paris, Mame et Delaunay-Vallée, 1830, p. 252-253 ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Archives de Paris Vbis1K4 2, Département de la Seine, IVe arrondissement, contrôle nominatif des citoyens décorés de la médaille de Juillet, 1831 ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés du (ancien) IVe arrondissement ; Archives de Paris VD6 278 ; Archives nationales F/1dIII/35 A, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) Ve arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) IVe arrondissement ; Tableau des avocats à la cour royale de Paris, Paris chez Delaguette, 1829 ; L’Aigle, journal de la liberté patriotique et littéraire, 8 octobre 1830.

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