Savinas, Jérôme, Fiacre

Biographie


Né le 12 fructidor an XIII à Mazan (Vaucluse), fils de Savinas, François-Xavier, cultivateur, et de Roman, Catherine, son épouse. Garçon charron. Il combattit les 27 et 28 juillet. Le 29, il se rendit à l’archevêché puis à la caserne de la rue du Foin et ensuite à celle de Lourcine, où il obtint enfin des armes ; il fut tué à l’attaque du Louvre. Méline, Claude (voir ce nom) dans le mémoire qu’il rédigea, intitulé Faits qui ont eu lieu les 27, 28 et 29 juillet, depuis la place du Palais-Royal jusqu’au chantier de celle du Chantre, rapporte à son sujet les faits suivants : « Le sieur Salvinas (lire Savinas), serrurier, demeurant rue Saint-Nicolas-du-Chardonneret n° 8, avait reçu une balle qui lui avait traversé le corps. Cet infortuné ne vécut environ qu’une heure. Jamais homme ne s’intéressa plus vivement au succès de nos armes car à chaque instant il demandait si le peuple était vainqueur et sur notre réponse affirmative il semblait respirer plus à l’aise. Enfin, près de mourir, il fit signe à mon fils de s’approcher et lui dit : “Je vous en prie, sommes-nous toujours en avant ?” Celui-ci répondit : “Nous avons pris les Tuileries.” Il murmura : “Je suis content, Vive la charte” et expira. […] Salvinas fut enterré au cimetière des Innocents. » Son décès fut constaté par un jugement en date du 1er juillet 1831. Le dossier des droits que son décès entraînait fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) IIIe arrondissement et aussi par celle du (ancien) XIIe arrondissement puisque la mère y est pensionnée. Le 9 novembre 1830, devant le commissaire de police du quartier Saint-Jacques, comparut la dame veuve Colas, Victoire, née Frotin, femme de ménage, demeurant 8, rue Saint-Nicolas-du-Chardonneret, qui déclara « que le nommé Fiacre, Gerome Savinas (sic) avait sa demeure chez elle depuis neuf mois ; qu’il a combattu dans les journées des 27 et 28 juillet et est revenu coucher le soir ; que le lendemain 29 il est sorti de nouveau pour aller au combat et que depuis il n’a plus paru ni donné de ses nouvelles, bien qu’il ait laissé ses papiers de sûreté, tous ses effets et les outils de son état chez elle, comparante ; que tout porte à croire qu’il aura succombé sur le champ de bataille ». Comparut ensuite Jannot, Désiré, Cléophas, boulanger, demeurant 8, rue de La Reynie, qui déclara « que le 29 juillet il s’est trouvé avec le nommé Jérôme, Fiacre Savinas, ouvrier charron, d’abord à l’archevêché puis aux casernes de la rue du Foin et de celle de Lourcine ; qu’ayant enfin obtenu l’un et l’autre des armes ils sont allés ensemble du côté du Louvre ; que là il a perdu de vue ledit Savinas et ne sait ce qu’il est devenu depuis ; mais qu’il présume qu’il aura péri en combattant puisqu’il a cessé de paraître depuis ce moment et qu’il n’a plus donné de ses nouvelles ». Comparut ensuite Lecoq, Emmanuel, Louis, marchand de vin, demeurant 8, rue Saint-Nicolas-du-Chardonneret, qui déclara « que le nommé Savinas, locataire dans la même maison que lui comparant est sorti de chez lui dans la journée du 29 juillet dernier pour aller combattre pour la liberté ; qu’il aura été tué probablement ce jour-là ; que du moins il n’a plus reparu ni donné de ses nouvelles depuis ». Comparut enfin Naille, Charles, Guillaume, propriétaire, demeurant 8, rue Saint-Nicolas-du-Chardonneret, qui déclara « que le 29 juillet dernier le nommé Savinas, Jérôme, Fiacre a quitté son domicile pour aller chercher des armes afin d’aller au combat ; qu’il est à présumer et presque certain qu’il aura été tué sur le champ de bataille puisque depuis ce jour il n’a point reparu, quoique tous ses effets, papiers et outils soient restés dans le logement qu’il occupait dans la maison dont le comparant est propriétaire ». Le 14 octobre 1830, le maire de la commune de Mazan certifia qu’il était « de notoriété publique dans cette commune de Mazan que le nommé Jérôme, Fiacre Savinas, fils de la susdite Roman, ouvrier charron de cette commune, travaillant de son état à Paris avant et pendant les glorieuses journées de Juillet, a perdu la vie dans lesdites journées en se battant avec d’autres ouvriers pour la triomphe de la cause de la liberté ; que ces bruits ont d’abord pris naissance par deux lettres que ladite Roman, veuve Savinas, a reçues de la veuve Colas, rue Saint-Nicolas-du-Chardonneret, n° 8 à Paris, portant que ledit Jérôme, Fiacre Savinas, dans les journées de combat, étant sorti de chez elle où il demeurait et mangeait et ne l’ayant plus vu reparaître après, elle avait fait toutes les perquisitions possibles parmi les cadavres et dans tous les hôpitaux et que toutes ses recherches ayant été infructueuses, tout lui faisait présumer qu’il avait péri ; lesquelles lettres timbrées de Paris nous ont été exhibées par ladite Roman ; que ces mêmes bruits ont pris plus de consistance par le rapport que fit, à son arrivée de Paris, M. Joseph, Vincent, Raymond Ripert, de cette commune, marchand de vins en gros, qui se trouvait en cette ville pour affaires de son commerce avant et lors des événements, duquel rapport il résulte que ledit Ripert avait vu ledit Jérôme, Fiacre Savinas avant le 26 juillet, qu’il s’était chargé de quelques commissions pour sa famille, qu’il lui avait promis de venir le revoir à l’hôtel où il logeait avant son départ, qui devait avoir lieu bientôt, et qu’étant parti de Paris le 5 août il ne l’avait plus revu, ce qui lui faisait présumer qu’il avait perdu la vie dans les combats ; lequel rapport ledit Ripert a confirmé ici même en notre présence. Que lesdits bruits ont été encore confirmés par le rapport qu’en fit M. Joseph Sautel de cette commune, autre marchand de vins en gros, lequel se trouvant à Paris pour affaires de son commerce lors des événements, dit à son arrivée que le 28 juillet, sur les 4 ou 5 heures du soir, étant sorti de son hôtel pour se rendre à Bercy pour ses affaires et étant au faubourg Saint-Marceau, il fit la rencontre de Jérôme, Fiacre Savinas, lequel était en manches de chemise et tout agité ; qu’ils parlèrent un instant ensemble, qu’il lui dit de venir le trouver à son hôtel le dimanche d’après et que s’il avait besoin d’argent il lui en donnerait, ce qui fut convenu ; que sur ces entrefaites, ayant vu paraître un piquet de carabiniers, il chercha à se soustraire ; que depuis lors quoiqu’il fût resté tout le mois d’août à Paris il n’a plus vu ni entendu parler dudit Savinas, sinon que quatre ou cinq jours après les événements le illisible, de cette commune, autre ouvrier travaillant à Paris, lui dit Le pauvre Savinas a été tué le 29 à l’affaire du Louvre, ses bourgeois m’ont dit qu’il était sorti ce jour-là à 4 heures du matin et depuis personne n’a plus eu de ses nouvelles ; lequel rapport Sautel a confirmé ici même en notre présence. Nous, maire susdit, toujours sur la demande de ladite Catherine Roman, veuve Savinas, certifions, en faveur de la vérité, que ladite Roman était mère de six enfants et qu’il lui en reste encore cinq vivant en famille tous ensemble ; qu’elle est âgée de soixante ans ; qu’elle et toute sa famille sont cultivateurs de profession ; que la succession du mari, ouverte en faveur des enfants, consiste en quelques pièces de terre, dont le revenu est évalué sur illisible du rôle est évalué à la somme de deux cent dix-neuf francs et quelques centimes, que la dot de ladite Roman, veuve Savinas, formant ses illisibles sur les biens de ladite succession est d’une valeur de deux mille quatre cent francs en principal et toute cette famille, tant du côté des mœurs que de la régularité de sa conduite et de sa probité, est digne des plus grands éloges ». Il laissait une mère, Roman, Catherine, veuve Savinas, née le 12 juillet 1769 à Mazan (Vaucluse) (elle-même fille de Roman, Antoine et de Reymond, Marie, Anne), qui élevait encore deux autres petits enfants, qui fut pensionnée et à qui fut accordée par la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, une inscription de rentes (et sans doute aussi une somme définitive puisque son nom apparaît dans la liste nominative du IIIe arrondissement des personnes au nom desquelles il a été déposé diverses sommes à la caisse de la préfecture du département de la Seine pour y être réclamées par qui de droit, avant le 1er janvier 1834, terme de la déchéance). Les parents s’étaient mariés le 13 septembre 1791 ; sur l’acte de mariage, Savinas, François-Xavier est indiqué comme le fils de feu Savinas, Noël, Antoine et de Légier, Delphine, sa veuve ; Roman, Catherine est indiquée comme la fille de feu Roman, Antoine et de Reymond, Marie, sa veuve. Savinas, Xavier (sic dans l’acte de décès) devait mourir le 2 novembre 1815 à Mazan. Elle avait choisi comme fondé de pouvoirs, Minot, Pierre, Joseph, demeurant 65, rue Montorgueil. Savinas demeurait 8, rue Saint-Nicolas-du-Chardonneret, chez la veuve Colas, logeuse, à qui il devait cinquante francs ; sa mère, à Mazan en 1831. Le nom de Savinas (J.-F. Savinas) est inscrit sur la colonne de Juillet, place de la Bastille, et sur les tables du Panthéon. Liste n° 6, des ascendants de victimes de Juillet pensionnés, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Ascendants de citoyens qui ont succombé pendant ou à la suite des trois journées et qui ont obtenu une pension, Le Moniteur universel 5 septembre 1831 ; Compte-rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, liste nominative des ascendants et blessés auxquels il a été accordé des inscriptions de rentes du IIIe arrondissement, p. 96, liste nominative du IIIe arrondissement des personnes au nom desquelles il a été déposé diverses sommes à la caisse de la préfecture du département de la Seine pour y être réclamées par qui de droit, avant le 1er janvier 1834, terme de la déchéance, p. 115, liste nominative du IIIe arrondissement des personnes au nom desquelles il a été déposé des inscriptions de rentes à la caisse de la préfecture du département de la Seine pour y être réclamées par qui de droit, avant le 1er janvier 1834, terme de la déchéance, p. 120, lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, Paris, Imprimerie de Crapelet, rue de Vaugirard, n° 9, novembre 1832 ; Archives de Paris VD3 1-2 in dossier Commission des récompenses nationales, (ancien) IIIe arrondissement, état des ascendants ayant droit à une pension ; Archives de Paris VD6 623 n° 8, (ancien) XIIe arrondissement, liste des personnes tuées dans les journées des 27, 28 et 29 juillet 1830, ou mortes par suite de blessures reçues dans lesdites journées ; Archives de Paris VD6 278 in dossier Méline, Claude ; Archives de Paris VK3 36, liste de veuves, d’orphelins, d’ascendants de citoyens tués en juillet 1830 (ancien) XIIe arrondissement (une liste de morts de cet arrondissement) ; Archives nationales F/1dIII/33 Commission des récompenses nationales, deuxième état des citoyens tués ou blessés mortellement dans les journées de Juillet avec indication du champ de bataille où ils ont été frappés (201 citoyens) (ancien IIIe arrondissement) ; Archives nationales F/1dIII/34, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées aux ascendants pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) IIIe arrondissement et par la caisse municipale pendant le mois de novembre, comprenant les arrérages à partir du 1er août 1830 ; Archives nationales F/1dIII/37, Commission des récompenses nationales, (ancien) XIIe arrondissement, état des sommes payées aux ascendants pour le compte de cette Commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) XIIe arrondissement et par la caisse municipale pendant le mois de novembre comprenant les arrérages à partir du 1er août 1830 ; Archives nationales F/1dIII/38 B, Commission des récompenses nationales, Ascendants des citoyens tués dans les journées de Juillet (35 ascendants) ; Archives nationales F/1dIII/53 in dossier Desportes, Léon, Sever ; Archives nationales F/1dIII/75 ; Archives nationales F/1dIII/77 in dossier Thibault ; Archives nationales F/1dIII/82, état des citoyens tués ou blessés mortellement dans les journées de Juillet, aussi liste des victimes de Juillet 1830, colonne de Juillet et aussi liste générale des citoyens morts dans les journées de juillet 1830, en combattant pour les libertés publiques et dont les noms sont inscrits sur les tables du Panthéon et sur la colonne de Juillet, et aussi Compte rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, liste nominative des veuves, orphelins, ascendants et blessés auxquels il a été accordé des inscriptions de rentes, (ancien) IIIe arrondissement, ascendants et aussi même référence liste nominative des personnes pour lesquelles il a été déposé diverses sommes à la caisse de la préfecture du département de la Seine pour y être réclamées par qui de droit jusqu’au 31 décembre 1833, (ancien) IIIe arrondissement, ascendants et aussi même référence liste nominative des personnes pour lesquelles il a été déposé des inscriptions de rentes à la caisse de la préfecture du département de la Seine pour y être réclamées par qui de droit jusqu’au 31 décembre 1833, (ancien) IIIe arrondissement, ascendants ; Bulletin des lois, IXe série, tome 21, n° 746, Paris, imprimerie royale, février 1841, p. 85, liste générale des citoyens morts ou blessés mortellement dans les journées des 27, 28 et 29 juillet 1830, en combattant pour la défense des lois et des libertés publiques, les noms de ces citoyens sont inscrits sur les tables du Panthéon et sur la colonne de Juillet (et aussi Archives de Paris D1K1 138, qui contient les mêmes informations puisqu’il s’agit de ce même numéro du Bulletin des lois) ; Colonne de Juillet, liste officielle et par ordre alphabétique des citoyens tués ou blessés mortellement dans les journées de juillet 1830, Paris, chez Vve Demoraine et Boucquin, 1841.

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