Schwartz, Laurent, Christophe

Biographie


Né le 22 janvier 1783 à Stolber (Prusse). Chaudronnier. Il fit parvenir à la Commission des récompenses nationales un texte ainsi rédigé et intitulé Détail de ce que j’ai vu et fait dans les trois journées de Juillet. « Le 27, je suis parti de chez moi, à 3 heures après-midi. Je me suis rendu à la place du Palais-Royal, où j’ai vu le 3e régiment de la garde et plusieurs groupes de gendarmes, entre autres un maréchal des logis proférait des injures et des menaces contre le peuple qui se rassemblait en disant Je voudrais que nous puissions les pulvériser tous. Peut-être trois quarts d’heure après, quelques pierres ont été jetées après avoir essuyé une charge de gendarmerie. On entendait de toute part les officiers de la garde commander le feu sur cette canaille. C’est un sergent qui a commencé ; ensuite plusieurs coups de fusil ont été tirés et on leur a riposté par des pierres. Plusieurs charges ont été faites depuis la place jusqu’à la rue Croix-des-Petits-Champs, où le groupe des imprimeurs se trouvait. Cela a duré depuis 4 heures jusqu’à la nuit, tantôt dans une rue tantôt dans l’autre ; il y a plusieurs blessés tant d’une part que de l’autre. Le lendemain 28, je suis sorti de chez moi à 4 heures et demie du matin. Je suis arrivé à 5 heures sur la place du Palais-Royal. J’ai vu un régiment de la garde, qui s’y trouvait en station, faisant des patrouilles d’un bout de la place à l’autre, par pelotons de douze à quinze hommes et regardant tous les spectateurs avec un air d’hommes qui auraient désiré obtenir une vengeance de leur présence. Jusqu’à 6 heures et demie, il n’y eut ni insulte ni provocation de part et d’autre. Lorsque, vers 7 heures, un groupe nombreux d’ouvriers, arrivant par la rue Saint-Honoré du côté de la rue Saint-Denis se mirent à crier A bas les armes royales ! Aussitôt les individus à qui les armoiries appartenaient se sont empressés de les faire disparaître. Quand j’ai vu les groupes venir à tout instant, j’ai dit Il est temps d’aller fondre les balles. Je me suis donc rendu chez moi pour y prendre un verre de vin et une croûte de pain et les munitions qui m’étaient nécessaires. Je me suis alors rendu en toute hâte au pont d’Arcole ; il était 10 heures et demie, la fusillade était commencée. Lorsque je suis arrivé par le parvis à la rue des Marmousets, les balles commençaient à intercepter le passage par la rue du Chevet-Saint-Landry. J’ai repris celle des Marmousets pour descendre celle de la Colombe, où l’on prend la rue Basse qui arrive au Chevet-Saint-Landry. Quand mon fusil était chargé, je montais l’escalier en me baissant pour arriver en face le bureau du pont. C’est là que je me postais pour faire le coup de feu. Les petites rues basses étaient remplies de tirailleurs qui se trouvaient avec moi. Je suis resté dans cette position jusqu’à midi et demi et n’ayant plus de munitions, après en avoir donné à plusieurs personnes, ma poire à poudre se trouvait vidée. J’ai donc repris le même chemin par la rue de la Colombe pour pouvoir me soustraire aux balles. Je n’ai eu que le temps, arrivant chez moi, de prendre un verre de vin quand on est venu me dire qu’on allait désarmer la caserne des vétérans de la garde, rue du Jardin-du-roi. L’expédition étant faite, nous nous sommes transportés à la poudrière, où nous nous sommes trouvés au moment que le détachement parti de la mairie du (ancien) XIIe arrondissement venait de désarmer le poste qui s’y trouvait du 15e. Aussitôt nous sommes descendus par le boulevard au pont d’Austerlitz, où les cuirassiers se présentaient avec quelques tirailleurs de la garde qui venaient le long des quais. Pour passer, nous avons fait un feu assez nourri pour les empêcher d’effectuer le passage et nous avons filé le long des quais jusqu’au port aux vins, où nous empêché des malveillants qui voulaient y entrer. Là, on nous a fait prendre à chacun un verre d’eau. Nous sommes remontés par la rue de Seine-Saint-Victor et nous nous sommes rassemblés sur la place de la Pitié, où nous avons pris un tambour qui marchait à notre tête. Nous sommes partis et nous nous sommes dirigés sur la préfecture de police, avec M. Maes (voir Maës, Nicolas, Joseph) à notre tête, qui ne nous avait pas quitté d’un instant. Arrivés au pont Saint-Michel, nous sommes avertis de ne pas aller plus loin, que nous n’étions pas en force pour attaquer la préfecture, vu que toute la gendarmerie s’était jetée en masse dedans et nous n’étions que cent vingt à cent trente. M. Maes s’est enfin rendu aux vives instances qui lui ont été faites, n’a pas passé le pont mais, se promettant bien de revenir le lendemain matin et comme la nuit nous prenait, nous sommes rentrés chacun chez nous mais il a été décidé que le lendemain de 6 à 7 heures nous nous assemblerions sur l’Estrapade pour aviser un moyen de désarmer le dépôt de la garde royale qui s’y trouvait. En effet, nous nous sommes rassemblés le 29, tant du (ancien) XIIe arrondissement que des (anciens) XIe et Xe et nous nous sommes trouvés à peu près mille, ayant notre chef, M. Maes, à notre tête et les autres des jeunes gens de l’Ecole polytechnique. Ayant sommé les officiers de la garde de se rendre de bonne volonté, sur la parole d’honneur de chefs qu’il ne leur serait rien fait, en effet la chose s’est très bien passée, ils se sont rendus sans qu’il y ait eu un seul coup de fusil de tiré. Après ce, nous nous sommes rendus rue Neuve-Sainte-Geneviève, à la caserne, où était le bataillon du 15e. Nous les avons également sommés de rendre les armes. Voulant faire des difficultés, nous leur avons dit que le dépôt de la garde royale s’était rendu. Un officier a demandé à savoir la vérité et, après s’être convaincu du fait par les personnes qui l’y ont conduit, ils ont rendu leurs armes sans aucune difficulté. Après nous nous sommes rendus rue de Lourcine. M. Maes nous a quittés à la rue Sainte-Geneviève pour aller préparer son cheval et devant nous rejoindre à la place de l’Odéon. Et, étant devant la caserne occupée par le 15e et comme nous avions même avec nous un officier de celle de rue Neuve-Sainte-Geneviève, nous n’avons éprouvé aucune résistance. De là, nous avons été place de l’Odéon. Nous nous sommes rencontrés plusieurs détachements des (anciens) Xe , XIe , XIIe.. On nous a délivré un drapeau, nos chefs se sont mis à la tête et nous sommes partis pour la caserne de la rue Babylone, en passant par la rue de Varennes. Aussitôt notre arrivée, le feu a commencé vivement. Plusieurs de nous ont succombé ; entre autres un jeune homme de l’Ecole polytechnique a été frappé d’une balle au-dessous de l’épaule, passant dans la poitrine ; un autre, soi-disant mécanicien, en a reçu une à l’estomac ; un autre a été frappé dans le bas-ventre et est expiré aussitôt. Sans compter ceux que je n’ai pas vu tomber parce que je ne pouvais pas tout voir. Il y a eu plusieurs blessés. Arrivés près de la caserne, où le feu allait toujours très fort, les Suisses avaient mis leurs matelas sur leurs croisées pour mieux ajuster. Nous avons pris parti de de bien vite sauter dessous la caserne, ce qui a fait cesser le feu des Suisses, vu qu’ils n’osaient plus se montrer aux croisées et qu’ils ne pouvaient plus tirer sur nous. Quatre ou cinq personnes se sont détachées et ont couru chercher de la paille et nous avons mis le feu à la porte cochère, ce qui les a déterminés à partir. Pendant que la porte brûlait, un individu, armé d’une pioche, a enfoncé une petite porte donnant dans la caserne. C’était l’endroit où ils faisaient la lessive. Nous y avons trouvé beaucoup de linge, encore tout mouillé, sur des tréteaux, et derrière le cuvier, un Suisse qui y était caché, en chemise et sans armes. Nous ne l’avons pas maltraité. Nous l’avons sorti des groupes qui s’y trouvaient afin que rien ne lui arrivât. Nous l’avons remis à quatre bourgeois qui nous ont demandé à le remettre à l’Hôtel de ville et nous ont promis d’en avoir soin. La chose terminée, M. Maes a remis son cheval à son domestique et nous avons été avec Schwartz, Moré Barthélemy (voir Morel, Barthélemy, Michel ?) et M. Maes chercher les pompiers et, en tournant la rue de Bourgogne, nous avons aperçu vingt à trente gendarmes à cheval, qui avaient mis pied à terre, tenant leurs chevaux par la bride mais nous nous sommes mis aussitôt en devoir de nous défendre et M. Maes s’étant aperçu qu’ils étaient désarmés, nous a crié Messieurs ne tirez pas ! Ils se sont arrêtés et M. Maes leur a dit Vous êtes bien imprudents de venir près de la caserne. Si vous vous étiez trouvés, un quart d’heure plus tôt, vous auriez été fusillés. Ils l’ont remercié et ont pris de suite le chemin pour descendre à la caserne rue de Tournon. Nous sommes revenus jusqu’à la place du Panthéon, où l’on a posé un poste à la prison de Montaigu et nous sommes tous rentés chez nous. Le samedi 30, nous sommes partis pour Bicêtre, où on nous avait dit que les prisonniers se révoltaient. M. Maes s’est mis à notre tête. Nous étions à peu près cent vingt à cent trente. En arrivant dans Bicêtre, nous avons fait arborer le drapeau tricolore, qui n’y était pas encore, et le calme a été bientôt rétabli, les vétérans se sont conformés à tout ce qu’on leur a dit et ont reconnu de suite le lieutenant-général du royaume. Le 3 août, ayant appris que l’on partait pour Rambouillet, un ami m’est venu prévenir. Nous avons été trouver M. Maes chez lui. Il était déjà monté à cheval et il avait réuni et fait venir plusieurs personnes. On s’est trouvé environ cent quatre-vingts à deux cents et rendu à l’Hôtel de ville pour prendre des ordres et pour savoir le résultat auprès du général Lafayette. Ensuite, nous nous sommes rendus à la place de la Révolution, où nous avons pris les voitures et nous nous sommes rendus à Versailles. Là, on nous a donné du pain, de la bière, et après une heure de repos pour les chevaux, nous sommes partis pour Saint-Cyr et avons bivouaqué à l’avant-garde et y avons conduit les voitures de Paris. Le lendemain, ayant appris par une ordonnance qui avait été envoyée par le général Gerard que Charles X et sa suite étaient partis à 10 heures du soir, à 7 ou 8 heures du matin nous avons reçu l’ordre de rentrer à Versailles et de revenir à Paris. Voilà, messieurs, tous les détails que je puis vous donner de ces trois jours. » Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) XIIe arrondissement. Un rapport de la mairie relatait ainsi sa participation aux combats : « Le 27, aux rassemblements de la rue Saint-Honoré et place du Palais-Royal. Le 28, à 10 heures du matin, il combattit au quai de la Cité tant qu’il eut des munitions. Il fut ensuite à la poudrière et combattit au pont d’Austerlitz. Il fit partie du détachement commandé par M. Maës. Le 29, au désarmement des vétérans sous-officiers de la garde, de la caserne de la rue Saint-Geneviève et à Babylone. Il fut du petit nombre des combattants qui traversèrent la rue pour se mettre contre le mur de la caserne, d’où ils débusquèrent les Suisses qui venaient tirer par les croisées. Il est entré des premiers par la porte de la buanderie, qui fut enfoncée à coup de hache pendant que le feu était à la grande porte. Le 30, fit partie du peloton qui se rendit à Bicêtre, où ils firent arborer le drapeau tricolore. Le 3 août, fit partie de l’expédiiton de Rambouillet sous les ordres de M. Maës. » Le jury de la Commission des récompenses nationales, chargé d’examiner les droits de chacun à une récompense, se prononça, dans sa séance du 13 décembre 1830, à sept voix pour la croix, aucune voix pour la médaille et aucune voix pour une mention. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) XIIe arrondissement. En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut, auprès de la mairie du (ancien) XIIe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. Il fut compromis dans l’attentat de Fieschi. Il connaissait Morey depuis dix-sept ou dix-huit ans en 1835 : « J’ai fait sa connaissance parce qu’il est très bon tireur et que me livrant moi-même à l’exercice du tir au fusil, je l’ai rencontré dans les endroits où l’on tire des prix. [... Il y a dix-huit ans] Il était mon voisin, il exerçait déjà l’état de bourrelier. J’ai combattu avec lui dans les journées de Juillet, notamment à la prise de la caserne de Babylone. Il était armé d’un fusil et il s’est très bien conduit dans ces journées, à la suite desquelles lui et moi avons été décorés. » Deux mois après la révolution de Juillet, il fut nommé concierge des Archives. Morey vint le féliciter et passait le voir de temps à autre, lorsqu’il était dans le quartier. Fieschi l’accusa d’avoir caché des livres que Morey lui avait demandé de cacher et d’avoir fourni le moule qui avait servi à faire les balles : « Si M. le président a pris des mesures d’après les indications que j’ai données pour que les livres se retrouvent, ils ne tarderont pas à y être mis entre les mains de la justice. Ils sont déposés chez le portier de la maison où sont les archives du royaume ; je ne me souviens pas du nom de la rue. Le portier est un nommé Schwartz ; c’est lui qui a prêté le moule pour faire les balles. Elles étaient plus fortes que le calibre des fusils, voilà pourquoi il a fallu les forcer. » Il fut arrêté et perquisitionné – infructueusement – le 3 février 1836. Interrogé, il reconnut avoir eu plusieurs moules à balles mais les avoir vendus depuis longtemps, entre les journées de Juillet et son entrée aux Archives. Il nia en avoir donné à Morey et dit n’avoir « jamais reçu aucun ouvrage ni moule à balles de Morey ». Il précisa encore : – Que vous a dit Morey, dans la dernière visite qu’il vous a faite ? – Je ne me le rappelle pas, je crois seulement que nous avons parlé de maladie d’yeux parce que lui et moi en souffrons également. En tout cas il ne m’a pas parlé de ce qui devait arriver le 28 juillet ni tenu aucun propos sur la politique. » Il n’avait jamais été arrêté auparavant et nia avoir fait partie de la Société des Droits de l’Homme. Il reçut un secours de cinquante francs en 1849, un secours de cinquante francs en 1850, un secours de soixante francs en 1851, à titre de décoré de la Croix de Juillet. Il demeurait 11, rue Copeau en 1830-1831 ; 26, rue des Trois-Bornes en 1849-1851. Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la Croix de Juillet du (ancien) XIIe arrondissement ; Archives de Paris VD6 639 n° 5, liste générale alphabétique ; Archives de Paris, VD6 672 n° 1 ; Archives de Paris VK33 Commission des récompenses nationales, (ancien) XIIe arrondissement, propositions honorifiques du 20 janvier 1831, idem Commission des récompenses nationales, mairie du (ancien) XIIe arrondissement, le 13 décembre 1830, jury pour l’examen des demandes de récompenses honorifiques ; Archives de Paris VK3 34, liste de 829 noms, accompagnés d’observations sur les exploits des impétrants ; Archives de Paris VK3 52 classé par erreur in dossier Schwartz, Herman ; Archives nationales F/1dIII/37, Commission des récompenses nationales, (ancien) XIIe arrondissement, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette Commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la mairie du (ancien) XIIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) XIIe arrondissement ; Archives nationales CC/687 26e pièce et D 3 ; Archives nationales CC/697 p. 117, 118 ; Archives de la préfecture de police AA 369, Avis du prochain ordonnancement d’une somme de 10.545 francs pour être répartie entre 210 décorés, combattants et veuves de Juillet 1830, domiciliés dans le département de la Seine, ladite somme imputable sur le budget du ministère de l’Intérieur, exercice 1849, minute 44 et minute 47 ; Archives de la préfecture de police AA 369, Etat nominatif des décorés, blessés, combattants de Juillet 1830 et des veuves qui ont formé des demandes de secours, et sur lesquels il y a lieu de prendre des renseignements, en date du 29 mai 1849, minutes 57-61, idem rapport du 3 septembre 1850, Allocation de secours s’élevant ensemble à 12.610 francs à 218 décorés ou blessés de juillet, 25 veuves de décorés et 1 ascendant de blessé de Juillet, minutes 129-134, idem Proposition, en date du 6 septembre 1851, d’accorder à 286 décorés, médaillés, blessés, combattants, ascendants et veuves de Juillet 1830, des secours s’élevant ensemble à la somme de 15.600 francs, ladite somme imputable sur le chapitre 26 du budget de l’Intérieur, exercice 1851, minutes 194-199 ; Procès de Fieschi et de ses complices, chez A. E. Bourdin, Paris 1836, p. 260, 261.

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