Secret, orthographié parfois Dusecret, Dominique
Biographie
Médecin à Port-Louis (île Maurice). Il sollicita, en novembre 1832, depuis l’île Maurice où il résidait la décoration de Juillet : « Domicilié aujourd’hui et propriétaire à quatre mille cinq cents lieues de la belle France, plein des souvenirs de la glorieuse et mémorable révolution de juillet 1830, à laquelle j’ai assisté et coopéré, qu’il me soit permis de m’adresser au représentant de notre bon et illustre roi Louis-Philippe, pour lui exposer, d’une manière franche et sincère, les motifs d’une réclamation que je crois juste, que je crois être de mon devoir de lui faire connaître parce que son bon cœur n’a en vue que de rendre à chacun ce qui lui appartient. […] Après douze années d’absence de l’Europe, j’arrivai à Paris le 9 juillet 1830 par la Messagerie royale rue Notre-Dame. Je fus loger rue de la Harpe, hôtel de Nasseau, n° 85. Je revenais de cette colonie. J’avais pris des arrangements avec le capitaine Rucapel, commandant le trois-mâts La Cécilia de Bordeaux pour relâcher à l’île de Sainte-Hélène… Je pris plusieurs vues de cette île devenue célèbre et dessinai la tombe de l’illustre captif. Je fis une grande provision de feuilles de saule qui ombragent son tombeau. C’était le 24 mars 1830. Débarqué à Bordeaux le 27 mai suivant, je me rendis à Paris, en passant par Auch, Toulouse, Montauban, etc. Je voulais voir ces villes que je ne connaissais pas. En traversant cette partie de la France, je n’entendis partout que mécontentement et parler des élections. C’était un combat de la France libérale et d’un ministère jésuitique. Dans chaque pause que je fis de Toulouse à Paris, je distribuais des feuilles de saule et de la terre prise par moi sur la tombe du grand Napoléon. J’en avais une grande provision que j’épuisai à Paris. A peine y avait-il quinze jours que j’étais arrivé dans la capitale de la France qu’elle fut déclarée en état de siège. Sur l’invitation affichée à la porte de l’hôtel de Nasseau le 26 et adressée aux jeunes gens des départements de la France pour venir appuyer la nomination des députés légalement élus par leurs pères, je fus du nombre de ceux qui se rendirent à l’hôtel de monsieur Casimir Perier. Le 27 juillet après-midi, je traversai avec peine la place du Carrousel. Je courus le plus grand danger de perdre la vie dans la rue Saint-Honoré. Sans une femme qui fuyant à mes côtés et qui ouvrit avec son passe-partout une porte où je me précipitai avec elle, j’aurais inévitablement reçu à mort le coup de sabre que me porta un gendarme à cheval, mais qui n’atteignit fort heureusement pour moi que mon chapeau. Ce fut fort tard et non sans courir d’autres dangers que je parvins à gagner la rue de la Harpe et enfin mon logement. Un grand nombre de jeunes gens logeaient dans le même hôtel que moi. Je les trouvais tous exaspérés. Alors, voyant que ma vie était en danger puisqu’elle était attaquée quoique citoyen paisible et tranquille, je mis la main à l’œuvre et partageais leur fatigue toute la nuit à la formation des barricades dont l’une était en face de la grande porte d’entrée de l’hôtel de Nassau, une un peu plus haut et l’autre un peu plus bas, touchant la rue de l’Ecole-de-Médecine. Ma chambre était au numéro 8, donnant sur la rue. Elle fut encombrée de pavés devant servir d’armes contre les troupes qui devaient passer, disait-on, dans quelques heures. Je passais donc toute cette nuit dans les travaux des barricades et à transporter des pavés dans ma chambre et dans celles des autres donnant sur la rue. Mon nom doit se trouver sur les premiers registres à la mairie du XIe arrondissement, où je fus un des premiers à aller me faire inscrire pour le service de volontaires. J’y montais plusieurs fois la garde. Je recevais régulièrement les convocations imprimées. Elles étaient, autant qu’il m’en souvienne, signées Dubourg et adressées à M. Dusecret ; erreur, j’avais signé sur le registre de la mairie de la manière qui suit : Dominique Secret. Dans la journée du 28, j’étais avec ceux qui entrèrent dans une espèce de couvent de jésuites, dont je ne me rappelle pas le nom mais qui est situé du côté du Panthéon puisque nous traversâmes cette dernière place, mais beaucoup plus loin, on disait qu’il y avait des armes. Nous en cherchions, nous en désirions, nous en avions besoin. Nous n’y trouvâmes aucune arme et nous nous retirâmes sans faire de mal à personne. Dans la journée du 29, j’étais du nombre de ceux qui contribuèrent à l’attaque et à la prise du Louvre. J’étais avec cette foule animée de jeunes gens des écoles de Médecine et de Droit qui passèrent par le Pont des Arts. Nous obéissions à un jeune homme de l’Ecole polytechnique. Outre mes armes, j’avais dans mes poches du linge et ma trousse d’instruments de chirurgien, qui me servirent bien. Je pansais des blessés de toute arme dans les rues, dans les cours de maison, etc. Enfin, dans cette belle journée, je ne revins que fort en avant dans la nuit à mon logement, presque entièrement couvert de sang, de poussière, et épuisé de fatigue. Je fus assez gravement malade. Le 4 août, j’étais au nombre de ceux qui furent présentés au roi et à la famille royale par le vénérable monsieur Dubois, doyen de la Faculté de médecine, conduisant en tête les jeunes gens de l’école même. Je donnais le bras à M. Colon, docteur médecin, exerçant sa profession dans le quartier de l’hôtel de ville. Dans le courant du mois, d’août, je donnais à des malheureux plus de cent cinquante francs. J’avais fait le voyage d’Europe pour aller prendre le titre de chirurgien de la Faculté de médecine de Paris. Je m’étais fait inscrire au bureau de la Faculté, quelques jours après mon arrivée dans la capitale, c’est-à-dire le 14 ou 16 juillet 1830. Je soutins mes examens les 8, 9, 10 septembre 1830. Le 12, j’eus mon diplôme. Je partis pour l’Angleterre. Je séjournais à Londres et revins à Paris dans le mois de novembre. J’oubliais de dire qu’avant d’avoir quitté Paris pour aller à Londres, j’avais souscrit et assisté au banquet patriotique donné passage du Saumon par les habitants du département du Gers se trouvant alors à Paris (nous étions cent dix), messieurs de Padenas, Persil, duc de Montebello, etc., y ont assisté. A mon retour de Londres à Paris, je lus dans un journal de la capitale un article par lequel monsieur l’abbé Chatel chef de la nouvelle religion catholique française se ferait un plaisir de fournir des curés constitutionnels aux personnes qui lui en ferait la demande au nom d’une commune. Je fus faire visite à monsieur l’abbé Chatel. Je fus charmé de l’accueil, de sa conversation et de la manière flatteuse avec laquelle il accueillit ma demande au nom de la ville et commune de Vic-Fezensac (Gers). Ma demande par écrit, datée et signée de mon nom, doit se trouver encore entre ses mains. Quelques jours après, je quittais Paris pour aller m’embarquer à Bordeaux, mais une maladie extraordinairement grave par suite de toutes mes fatigues retarda mon embarquement. C’est pour obtenir du gouvernement français de S.M. Louis-Philippe la permission et l’autorisation de porter la décoration de juillet 1830 que je rappelle ces faits. Sans doute que quatre mille cinq cents lieues d’Europe et ma qualité d’étranger ne seront pas, je pense, un obstacle à recevoir l’autorisation que je réclame aujourd’hui auprès du gouvernement de Sa Majesté. J’aurais pu joindre à l’appui de ma demande des pièces, que j’ai perdues dans mon malheureux naufrage, arrivé au cap de Bonne-Espérance sur le vaisseau anglais le Candian, capitaine Reed, le 17 juillet 1831. C’est dans ce malheureux naufrage que j’ai perdu tout ce que j’avais à bord dudit vaisseau, jusqu’à mes papiers, comme je le prouve par la copie d’une pièce légale et notariée que j’ai été obligé d’envoyer à l’Ecole de médecine de Paris, pour obtenir un duplicata de mon diplôme. C’est de la perte de tous mes papiers et de mon journal de voyage que vient mon embarras pour consigner ici les noms, les lieux, les dates, les convocations, les armes, etc. d’une manière précise et une foule d’autres circonstances qui n’eussent apporté aucune difficulté dans ma juste réclamation […]. » Il fut répondu à Secret que sa demande était présentée trop tardivement et que la Commission des récompenses nationales avait terminé ses travaux. Archives nationales F/1dIII/50 in dossier Constant, A. J. B., F/1dIII/75.