Séjan, Albert
Biographie
Né le 19 mai 1799 à Paris. Ancien officier comptable dans l’armée d’Espagne en 1823. Il adressa, le 13 octobre 1830, la lettre suivante à la Commission des récompenses nationales : « J’ai l’honneur de vous adresser ci-joint, avec l’exposé rapide de ma conduite pendant et après les journées eusse des 27, 28 et 29 juillet, deux pièces justificatives. J’ai pensé qu’il fallait éviter toute démarche qui pouvait paraître douteuse et bien que l’ensemble des faits qui se rattachent à ma personne soient connus de plusieurs personnes honorables, MM. de Schonen, général Carbonel et M. Lefort maire du (ancien) Ier arrondissement, je me suis abstenu d’en solliciter des certificats. Dès que les fameuses ordonnances furent connues, je me suis rendu à la Bourse et, là, avec un grand nombre d’amis nous nous sommes concertés pour opposer une résistance ouverte. Le 26 et le 27 j’ai parcouru avec M. Allègre (voir Allègre-Baillet, Jean, François, Cyrille ?) presque tout Paris pour connaître la disposition des habitants et celles des troupes. Les événements marchant plus vite que nous le pensions, nous ne pûmes donner suite à nos projets et l’effervescence qui régnait nous fit bien augurer du succès. Le 28 à 7 heures du matin, je vis M. de Schonen qui m’apprit ses intentions. Je me rendis alors sur les lieux des événements. Sur le boulevard, je rencontrais un nombre considérable d’hommes donc peu étaient armés et qui ne demandaient qu’à se battre. Après avoir causé avec eux, ils me proposèrent de me nommer leur chef. Ayant accepté cette mission, je pensai à les armer. Nous marchâmes rue Chauchat et rue Cadet et nous désarmâmes des postes sans résistance. Après avoir armé mes hommes et leur avoir distribué pain et vin à mes frais, nous nous rendîmes en bon ordre place des Petits-Pères. N’ayant pas trouvé d’armes et entendant les coups de fusils, nous marchâmes sur les troupes commandées par le général Quinsonnas. Je restai et à la tête de ma colonne jusqu’à 2 heures Alors je fus obligé de rentrer chez moi, étant exténué de fatigue et de besoin car je n’avais pris qu’un verre de vin avec mes braves pour voir au succès de notre cause et j’avais dépensé tout mon argent pour eux. Le jeudi 29, je présidai à la construction des barricades dans mon quartier, ayant cherché inutilement à donner avis à la commission que deux caissons de poudre venaient de tomber entre nos mains par suite de la prise de la caserne de la rue de la Pépinière. J’étais au milieu de la rue de la Chaussée-d’Antin pour me rendre rue Saint-Honoré lorsqu’une décharge faite par la garde, à la hauteur de la rue Saint-Nicolas, blessa une femme et un jeune homme à mes côtés. Etant presque seul, je fus obligé de me garantir dans l’embrasure d’une porte. Après le départ des troupes, je me suis rendu rue Traversière, où je fis le coup de fusil contre les gardes qui s’étaient emparé des maisons. Sur les 3 heures environ, tout étant terminé, je me rendis chez moi. J’ai appris les bruits répandus relativement à la résistance des troupes à Rambouillet ainsi que ceux répandus, sur la personne d’un commissaire qui m’est cher, M. de Schonen, dont la vie disait-on était menacée ici. Je voulus partir aussitôt et offrir mes services à M. Lefort mais d’après ses observations et celle de M. le général Lamotte chez lequel je fus, j’appris qu’il n’y avait rien à craindre. Le bruit se répandant que l’ennemi voulait tourner Paris et entrer par la barrière Clichy et d’ailleurs une bande de mauvais sujets étant venue dans ma rue pour chercher des armes à la caserne des vétérans et cette bande ayant pillé la cave des employés de la barrière et mis le feu à leurs meubles, j’ai proposé à plusieurs habitants d’établir une garde de sûreté pendant la nuit. Ils me nommèrent chef du poste que nous établîmes à la pension de M. Goubault. J’ai monté la garde trois nuits de suite et nos sentinelles placées à chaque barricade, nos patrouilles continrent ces hommes qui auraient pu se porter à quelque crime. Voilà, Messieurs, l’exposé sincère et vrai de ma conduite. Je savais que le renversement du gouvernement de Charles X détruisait mon existence, dans la personne d’un oncle, d’un frère, d’une sœur et de ma mère avec laquelle je demeure et cependant je n’ai point hésité un instant à contribuer de tout mon pouvoir au succès de notre régénération politique. Si vous croyez que ma conduite soit digne d’être récompensée par la croix d’honneur, j’en serais reconnaissant car c’est l’objet de tous mes vœux et mon plus grand bonheur serait de porter sur ma poitrine la même croix que mon père a porté si honorablement et que je possède depuis dix ans que j’ai eu le malheur de le perdre. Je suis avec respect etc. » Il joignait à sa demande deux certificats. Le premier : « Je, soussigné, déclare et certifie qu'il est à ma connaissance les faits suivants sur la conduite de M. Séjan pendant les mémorables journées : dès le 27, il se transporta dans la rue Saint-Honoré et la rue des Petits-Champs pour engager à la résistance et en donner les moyens en invitant à faire les barricades et les approvisionnements de pierres dans les maisons. Le 28, j’ai vu M. Séjan partant de chez lui pour aller se battre. Sur les 11 heures un rassemblement d’environ quatre cents hommes plus ou moins armés l’engagèrent à se mettre à leur tête. Il marcha aussitôt sur le poste occupé par le 5e de ligne de la rue Chauchat et Cadet ; après avoir armé ceux qui ne l'étaient pas avec les fusils des soldats, il marcha aux Petits-Pères, joindre la garde nationale mais comme on se battait place des Victoires, il marcha avec ses troupes et de là à la rue Saint-Honoré. Pendant l'après-midi, pour prendre quelques nourritures, ayant dépensé tout son argent à nourrir les soldats, il s'occupa à donner des conseils pour faire des barricades. Enfin le 29 à 9 heures du matin, il présida à la construction de celle au coin de la rue du Mont-Blanc et Saint-Lazare ainsi qu'une autre du quartier. Il monta la garde les trois nuits suivantes et par son activité et son exemple contribua à la tranquillité du quartier. Tous ces faits étant exacts et à la connaissance de tous, je m'empresse de le déclarer. » Signé, le 10 août 1830 : Guillaume, limonadier, demeurant 67, rue Saint-Lazare. Lefort, maire du (ancien) Ier arrondissement, ajoutait l’apostille suivante : « J’ajouterai, comme étant à ma connaissance personnelle, que M. Séjan est venu m’offrir ses services au milieu des plus graves difficultés, surtout au moment du départ de Rambouillet. » Le second : « J’atteste que la personne à qui je donne ce certificat, qui se nomme M. Séjan, est venu chez moi le 28 juillet 1830, à la tête d’un rassemblement d’hommes armés et du poste du 5e de ligne de la rue Chauchat, se portant au poste de la rue Cadet et qu’il a payé des rafraîchissements et plusieurs pains. » Signé, le 3 septembre 1830 : veuve Bourdon, marchande de vins, 21, rue du Faubourg-Montmartre au coin de la rue Grange-Batelière. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) IIe arrondissement. Une note, ainsi rédigée, était comprise dans son dossier : « Il a commandé quatre cents citoyens aux journées de Juillet, fait des barricades. Il produit des certificats d’un marchand de vins et d’un limonadier. » Il reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) IIe arrondissement (sous le nom de Segean, Albert sur les listes du Bulletin des lois et sur celles du Moniteur universel et sous celui de Séjean, Albert in Archives nationales F/1dIII/39 faire le changement ? et alors partout… non il signe Séjan). Il demeurait 20, rue de Clichy en 1830-1831. Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Archives de Paris VD6 173 n° 1 ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) IIe arrondissement (sous le nom de Séjean, Albert).