Sevrain, Georges
Biographie
Né le 5 juillet 1805 à Frau (Belgique). Domestique chez les dames Lousadat, anglaises. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) Ier arrondissement. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) Ier arrondissement. Il prêta (sous le nom de Sevrain, Jean, Georges), le 23 juin 1831, son serment de décoré de la Croix de Juillet, nécessaire pour pouvoir retirer cette dernière ainsi que le brevet qui l’accompagnait, à la mairie du (ancien) XIe arrondissement ; ce serment était ainsi libellé : « Je jure fidélité au roi des Français, obéissance à la charte constitutionnelle et aux lois du royaume. » Mais, le 13 juillet 1831, alors domestique sans place, et ayant fait l’objet d’une enquête sur les conditions qui lui avaient valu la remise de cette croix, il la rendit, le maire du (ancien) Ier arrondissement expliquant : « Ayant fait passer pour une blessure reçue dans les événements qui ont immortalisé les trois journées celle que lui avait accidentellement causé, le 28 juillet, la chute d’une tringle de rideaux de remise à voiture au moment où il préparait la voiture de voyage des dames Lousadat, qui voulaient quitter Paris, il a consenti, pour éviter d’être traduit en justice et prévenir les condamnations aux peines portées par le code pénal, de rendre la croix. » Sevrain s’était pourtant bien battu en juillet 1830 mais c’était sans doute sans compter sans les très nombreux, là comme ailleurs, dysfonctionnement de la Commission des récompenses nationales. Tristant, Jean, Nicolas (voir ce nom), rentier, demeurant 15, rue Sainte-Croix à la Chaussée-d’Antin témoigna bien de la participation de Sevrain aux combats : « Le 28 juillet dernier, je faisais partie d’un détachement de citoyens qui se réunissaient pour combattre. Nous nous dirigions vers la place Vendôme, pour prendre de force l’état-major de la place. Arrivant rue de la Paix, nous fûmes vivement chargés par la gendarmerie et repoussés sur les boulevards. Il était alors 9 heures du matin. Je me réfugiai du côté de la rue de la Paix, puis sur les boulevards, en me dirigeant vers la Madeleine. Là, un monsieur, que je ne connaissais pas alors, mais que je revis après dans les diverses affaires du jour, me prit mon fusil, sans me le demander et en me disant qu’il me le rendrait sous peu. Je le quittai pour me procurer une autre arme. Vers 10 heures et demie, passant rue du Faubourg-Saint-Honoré, je revis ce même jeune homme, assis ou couché sur le sol et paraissant blessé. Il n’avait plus alors mon fusil. Ce que je peux affirmer c’est que ce jeune homme, que j’ai su se nommer Severin, a été porteur d’un fusil, avec lequel il a dû se battre. » Hamptaux, Joseph, domestique, demeurant 55, rue de Provence, témoigna aussi de la participation de Sevrain aux combats et de la réalité de la blessure qu’il avait reçue : « Le 27 juillet dernier, comme beaucoup de citoyens, j’ai pris part aux divers combats qui ont eu lieu dans la soirée à Paris. J’ai rencontré vers le boulevard des Italiens un sieur Severin, mon compatriote, et nous sommes restés ensemble une partie de la soirée, c’est-à-dire jusqu’à près de 11 heures du soir, moment où l’on cassait des réverbères. Le lendemain (le 28 juillet, N.D.A.), vers 9 heures au plus tard, je rencontrai Severain. Nous allâmes ensemble à la porte Saint-Martin ; il était porteur d’un fusil et moi seulement d’une baïonnette, emmanchée au bout d’un morceau de bois. Nous eûmes à nous défendre à la porte Saint-Martin, dans la rue du Mont-Blanc et enfin nous nous dirigeâmes vers la Madeleine. Là, nous fûmes attaqués par la garde royale et c’est en cet endroit que Severin fut blessé d’un coup de sabre à la tête. » Mais Sevrain avait reçu deux blessures ; la première, la plus grave, en faisant son service et la seconde en se battant contre la garde royale. Dénoncé comme ayant été blessé non par ce coup de sabre mais en ayant reçu une tringle sur la tête pendant son service, et la police ayant interrogé les domestiques de la maison où il servait qui avaient confirmé la thèse de la blessure accidentelle, Sevrain dut s’expliquer : « J’étais en place depuis très peu de temps à cette époque et j’avais intérêt à y rester. Cependant, ne pouvant rester spectateur oisif lorsque mes concitoyens se battaient, je sortis de la maison vers 7 heures et demie ou 8 heures et je me transportais sur les boulevards. Je pris le fusil d’un individu que je ne connaissais pas et j’allais me battre vers l’hôtel du ministère des Affaires étrangères, à la porte Saint-Denis et enfin le long des boulevards vers la Madeleine. C’est en cet endroit que j’ai été blessé par un sergent de la garde royale, qui est venu au secours d’un officier que je venais de désarmer. » Il avoua le caractère accidentel de la blessure qui avait sans doute décidé la remise de la croix et rendit cette dernière le 13 juillet 1831, précisant que cette remise ne lui ôtait « en rien la gloire d’avoir participé aux combats de Juillet : « Ayant appris que diverses personnes jalouses de me voir porter la décoration de Juillet m’avaient dénoncé comme la portant indument et l’ayant obtenue par surprise, en faisant supposer que ma blessure provenait d’un combat que j’avais eu avec un garde royal, tandis qu’au contraire, elle ne m’avait été faite que par une tringle de fer qui m’était tombée sur la tête, au moment où je nettoyais une voiture placée sous la remise dans la maison, rue des Champs-Elysées, n° 4. Je dois à la vérité de dire que je n’ai jamais demandé cette décoration, bien cependant que je me sois battu avec courage, ainsi qu’il a été attesté par des témoins. Elle m’a été envoyée, comme je viens de le dire, sans l’avoir sollicitée mais bien un emploi de surveillant au Louvre, que je n’ai pas obtenu. » Il demeurait 4, rue des Champs-Elysées en 1830 ; 55, rue de Provence en 1831. Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la Croix de Juillet du (ancien) XIe arrondissement ; Archives de Paris VD6 92, liste des décorations du (ancien) Ier arrondissement ; Archives de Paris VD6 633 n° 1, Etat des citoyens décorés de la Croix de Juillet, dont la décoration n’a pas encore été retirée (son nom est rayé avec comme apostille : Croix retirée comme indument accordée), correspondance générale, demandes de décorations et médailles, idem cahier vert des prestations de serment ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) XIe arrondissement. Il signe bien Sevrain, Jean, Georges