Sevray, François, Nicolas

Biographie


Né le 18 août 1799, à Châteaudun (Eure-et-Loir). Peintre en porcelaine (mais parfois il se dit lui-même et plusieurs fois cuisinier. Il comparut devant le jury de la Commission des récompenses nationales, l’arrondissement de Saint-Denis, sous le numéro 117, le 15 janvier 1831. Peu satisfait de l’entretien, ayant sans doute perdu un peu ses moyens, il voulut faire, par écrit, le récit suivant d’un épisode auquel il participa, à l’intérieur du château des Tuileries (l’orthographe est corrigée mais le style est laissé tel quel ou à peu près) : « Le 28 juillet, sur les 4 heures trente à peu près du matin, je fus du nombre de ceux qui désarmèrent un lancier et plantèrent sa lance sur le haut de la porte Saint-Denis, après laquelle nous [attachâmes] les trois couleurs accompagnées d’un crêpe noir, qui réapparurent par nous sur le premier édifice de la capitale. Et le 29 juillet, à la grille de la porte du Louvre. Je fus aussi au château et je peux attester avoir vu enfoncer plusieurs portes en voliges, entre autres dans deux petites pièces situées proches les appartements de madame la duchesse de Gontreau, dont le nom était écrit au-dessus de la porte, à ce que je me rappelle ; dans ces deux mêmes pièces trois meubles y furent brisés entre autres un secrétaire en acajou compris dans les trois meubles ; par mes soins à préserver la malle ne reçut de la main des malveillants qu’un coup de crosse de fusil sur l’entrée de la serrure et fracassait un peu le plaquage ; et pour en préserver la destruction de la devanture je me suis prêté à leur volonté, en ôtant avec précaution le marbre qui le couvrait, sous lequel une clé était cachée, et l’ayant essayée inutilement à tous les meubles, je la déposais sur une cheminée à côté d’une pendule qui s’y trouvait placée, et après en avoir préservé le marbre je renversais le secrétaire sens dessus dessous et en une illisible fut enfoncée par derrière. Les deux autres meubles demeurèrent en proie aux malveillants, sans que je pus enrayer le cours ; et tant qu’ils exerçaient en cet appartement leur forfait, je m’empressais de parcourir les autres appartements du château, dans lequel une cassette s’offrit à ma vue. Elle était presque carrée, de deux pieds à peu près de large, sur un à peu près de haut, d’une couleur grisâtre, revêtue sur les coins de larges dorures et sur les arrêtes. Mon premier mouvement fut de la préserver des malveillants et parvins à la faire respecter de sept ou huit individus, que je regrette de ne pas connaître. Nous parvînmes à la soustraire et la fîmes transporter à l’Hôtel de ville. J’y joins pour preuve de l’exacte vérité l’objet provenant du musée du Louvre, dont j’ai eu l’honneur de vous en faire la déclaration sur ma demande et que je mets entre les mains de notre digne maire de Belleville pour être déposé à la Commission. Excusez-moi si je ne puis assez être éloquent pour m’expliquer envers vous, comme sur le papier. » Il signait sa lettre comme étant le neveu de Sevray « exerçant ci-devant les fonctions de ...chambre chez feue madame la duchesse douairière d’Orléans ». Sa lettre était apostillée par Volff, chef du moulage au Louvre, et par Guestel illisible, portier à la grille Saint-Germain du Louvre, qui précisait : « Je certifie avoir vu M. Sevray dans mon logement au Louvre, lors de la prise le 29 juillet 1830 et qu’il a empêché autant qu’il a été en son pouvoir d’y faire plus de dégâts que ce qui était fait avant son entrée. » L’épisode de la cassette fut repris plusieurs fois par la chronique de l’époque mais sans que les noms fussent précisés. Ainsi dans Le Constitutionnel, du 31 juillet 1830 (donc la première source), Le Moniteur universel du 1er août 1830 : « Un citoyen trouve chez la duchesse de Berry une cassette damasquinée en or et pleine d’or ; il la porte lui-même à l’Hôtel de ville, où le précieux fardeau a été déposé. » Dans l’Histoire de la révolution de Paris depuis le 26 juillet jusqu’au 31 août 1830, Paris, chez Philippe libraire, rue Dauphine, 20, 1830, p. 186 ; Détails officiels de tous les événements qui ont eu lieu dans Paris dans les journées mémorables des 27, 28 et 29 juillet, deuxième édition, revue et corrigée, Paris, chez Gauthier éditeur, rue Mazarine n° 49, Vézard, libraire, passage Choiseul n° 46, p. 13 ; Souvenir glorieux du Parisien, précis historique des journées des 26, 27, 28, 29, 30 et 31 juillet 1830, par P. G. Prosper L***, nouvelle édition revue et augmentée, Paris, chez l’auteur, place Saint-André-des-Arts, n° 26 et chez les principaux libraires, p. 61 : « Deux braves ouvriers, dont nous regrettons de ne pas savoir les noms, entrés les premiers dans la partie du château des Tuileries qu’habitait la duchesse de Berry, y ont trouvé une cassette en bronze damasquinée et renfermant beaucoup d’or. Fatigués de son poids, au moment où ils passaient dans la cour du Louvre, ils ont prié un citoyen de se joindre à eux, non pour les soulager mais pour les protéger de toute tentative pour s’emparer de ce trésor ; et tous trois se sont rendus à l’Hôtel de ville, où le précieux fardeau a été déposé, sans exiger ni reçu, ni récompense. » Dès le 18 août 1830, il sollicita, pour avoir participé aux combats, un emploi quelconque qui le fasse vivre. Il donna le récit suivant de sa participation aux combats (quelques passages sont illisibles et l’orthographe a été rétablie) : « […] Le mardi 27 juillet, j’allais pour travailler en extra rue du Sentier. Ce jour-là, la boutique fut fermée et je fus obligé de m’en retourner. Sur les 7 heures à peu près du matin, sur le boulevard Poissonnière, en face l’imprimerie du journal du … un peloton de gendarmes stationnait en face. Je m’informe ce que c’était ; on me dit que l’on faisait une perquisition dans l’imprimerie, pour séquestrer tous les journaux. En m’en revenant chez moi, entre la porte Saint-Denis et la porte Saint-Martin, à côté du marchand de galettes, dans un cabinet littéraire, je vis le commissaire s’écriant Séquestrez tous les journaux ! et s’en prendre aux mains avec quelques lecteurs, pour leur faire remettre les journaux qu’ils occupaient. La curiosité qui me poussait pour voir ce que tout cela allait devenir me fit me retourner à la maison porter mes couteaux de cuisine, déjeuner et repartir de suite pour descendre dans Paris voir ce qui se passerait. Je repassais par les boulevards ; j’étais surpris de voir tout calme, comme à l’ordinaire. Il n’y avait plus de gendarmes comme avant que je m’en aille. Je traversais le passage Choiseul. Là, on commençait à fermer les boutiques, ainsi que dans la rue. Je demandais pourquoi on fermait toutes les boutique et s’il y avait du bruit. On m’a dit que non mais que l’on craignait qu’il y en eût plus tard. Poussant sur la place de la Bourse, je vis beaucoup de gendarmes en bataille en face de l’ex-corps de garde. J’arrive à la place du Palais-Royal ; on ne pouvait y circuler, les gendarmes l’occupaient. Je parcourus la rue Saint-Honoré, en face la rue Traversière. Un omnibus était arrêté, les chevaux, dételés. On prend les roues d’un côté auquel j’avais prêté la main et on mit l’omnibus sur le côté, renversé. Un pressant besoin me forçait de m’absenter. Traversant la place du Carrousel, je vis des lanciers qui y étaient. J’arrivais au pont Royal et descendais l’escalier qui conduit à la Seine. Etant remonté, je vis des troupes qui arrivaient du côté de la place Louis XVI et vinrent se mettre en bataille également sur la place du Carrousel ainsi que d’autres qui y arrivaient de toute part. Un lancier, parcourant sur son cheval pour faire retirer le monde, dit ses paroles : “Retirez-vous, canaille, nous ne sommes pas les gendarmes mais nous vous mènerons aussi bien qu’eux.” Je lui fis réponse à haute voix Ne crie pas si fort ! avant la fin du jour on pourra bien te descendre ! Il veut courir sur moi, je prends la fuite et parvins à me soustraire dans la mêlée. J’arrivais encore à la place du Palais-Royal, tout était encore de même. Je revins à l’omnibus culbuté. Un second y était et servait à barricader la rue. Je vis aussitôt le public qui se sauvait. Je regarde. C’était les lanciers qui chargeaient le peuple. Je me sauve également et de suite par la rue Traversière je revins sur eux. Je ne fus pas au milieu de la rue qu’une fusillade, sur les 3 à 4 heures à peu près, se fit entendre de la rue Saint-Honoré. Je vis tomber des personnes dans la rue Traversière, où je me trouvais. Je me sauvais. En arrivant au bout qui donne dans la rue de Richelieu, un de mes amis, nommé Lexio, cuisinier comme moi, qui traversait pour aller au-devant de sa femme, tombe mort (à identifier, pas trouvé). La fusillade étant cessée, je revins de suite par cette même rue, ayant soin de me tenir le plus près des maisons que je pus afin de m’aplatir au long d’une borne au premier coup de fusil que j’entendrais et de loin j’observais la troupe qui se trouvait en face de moi au bout de la rue. J’arrive enfin jusque sur eux et je passe au milieu d’eux sans qu’aucun ne me dise rien. Je vis les deux omnibus qui barrait la rue avant la fusillade. Ils étaient rangés le long des boutiques, un d’un côté et un de l’autre. Je reviens à la place du Palais-Royal. On commençait à pouvoir circuler, quoique toujours occupée par les gendarmes. Je la traverse, étant de l’autre côté. Entendant crier, je m’empresse de voir ce que c’était. Je vois un capitaine, au milieu du peuple, entre la rue des Bons-Enfants et la rue de Valois. On criait Vive la ligne ! et le capitaine qui à ce moment remettait son épée dans son fourreau. On criait A bas les gendarmes ! Aussitôt un gendarme qui tenait un papier à la main, commanda de sabrer le peuple. Les gendarmes sur leurs chevaux piquent des deux sur le peuple, sabres nus. Donc j’en vis un qui allait sabrer de si bon cœur, arrêtant son cheval trop à … pour sabrer sur moi a droite de la grande porte en entrant dans la cour du Palais-Royal, du côté de l’horloge et sur la place du Palais-Royal, il tomba de sur son cheval et, en me sauvant, je me jetais sur le factionnaire suisse de la grande porte ; enfin je m’échappais sans danger, comme par miracle. On criait de toutes parts Aux armes ! Les uns se portaient dans les endroits où il y avait des armuriers, pour s’en faire donner. Je suivis également pour en avoir aussi. Nous arrivons au Coq-Héron, n° 5, chez Fleuron, armurier. Nous montons le perron, au fond la cour et nous entrons à gauche dans une grande pièce, pleine d’armes de toute nature. Là, une femme qui tenait un registre me demande mon nom. Craignant que ça ne tourne mal et être repris par la police, je me suis donné sous le faux nom de Dumarais, demeurant à Belleville, rue de Paris, n° 16. On me délivre un fusil de chasse à un coup et je suis ceux qui, comme moi, se trouvaient armés. Nous arrivâmes sur la place de la Bourse, où la gendarmerie fit une décharge sur nous, dont un se trouva tué sur les marches de la Bourse. Nous leur avons riposté. Ayant chargé sur nous, je me trouve empoigné et conduit au corps de garde, où j’y restais à peu près un quart d’heure. Les gendarmes, forcés de battre en retraite et d’abandonner la place, me laissèrent maître encore de ma destinée. Le peuple entre dans le poste et me voit là, encore au milieu de tous … On met le feu au lit de camp. On y jette les réverbères que l’on descendait car à ce moment le jour avait cessé. Enfin les pompiers arrivaient pour éteindre le feu. Nous nous y opposâmes. Nous arrêtâmes la première pompe sans difficulté. Une second pompe arrivait ; nous l’arrêtâmes également avec un peu plus de difficultés car le sergent qui était en tête, avec une torche à la main, voulut nous braver. Il reçut un coup de bâton sur le bras qui tenait la torche. Il voulut riposter. Il en reçut un autre sur la figure. Il veut courir après l’individu pour l’arrêter. Je lui administrais un coup de canon de mon fusil sur le cou et il fut forcé de se rendre. Les pompes arrivèrent jusqu’auprès de l’incendie et restèrent là. Les gendarmes qui passaient à cheval sur la place n’y faisaient pas long séjour aux décharges que nous faisions sur eux. La troupe de ligne est venue près de l’incendie et passèrent outre. Il fut question un instant d’aller chez Polignac. Nous abandonnâmes la place et, parcourant les rues de Paris où nous rencontrions de fréquentes patrouilles de gendarmes, de troupes, de bourgeois armés qui se battaient de toutes parts les enseignes à fleurs de lys (sic), arrachaient les trottoirs, dépavaient les rues de Saint-Honoré et voisines, tendaient des cordes de réverbères à toute hauteur pour barricader les rues. Enfin le 28 arriva et nous trouvâmes, comme j’eus l’honneur de vous l’expliquer sur la feuille auquel j’avais renfermé l’objet provenant du Louvre sur les 3 heures à peu près du matin, peut-être plus, les cuirassiers suivaient le boulevard et recevaient une grêle de pierres du haut de la porte Saint-Denis. Etant passés, on barricada le boulevard avec des réverbères. Les cuirassiers ne pouvant passer plus loin, vu que le poste Bonne-Nouvelle servait à barricader le boulevard, furent obligés de revenir, où une seconde grêle de pierres les assiégèrent de la porte Saint-Denis. Nous les poursuivions à la porte Saint-Martin. Nous avons tiré sur eux. Un cheval fut abattu. Les cuirassiers et la ligne se reployèrent jusqu’en face la rue du Faubourg-du-Temple et de là en face Franconi nous fonçâmes sur le poste du Château-d’Eau, qui nous rendit les armes et se retirèrent. Tout fut cassé, tout fut brisé. Nous revînmes après cela sur la porte Saint-Martin, où une charge à mitraille, du haut de la rue de Cellris ? nous força à rétrograder dans les rues voisines, proches l’Ambigu-Comique. Lorsque la canonnade fut passée, nous nous représentâmes sur le boulevard. Nous forçâmes les propriétaires à nous tenir les portes ouvertes pour nous sauver, entre autres sur le boulevard du Château-d’Eau n° 26, on nous refusa la porte. Les carreaux en travers les grilles furent cassés ; on nous ouvrit ; nous nous emparons de fauteuils vides pour barricader le boulevard ainsi que … pour abattre les arbres et les potences de réverbères. Le soir arrivé, le peloton qui s’était retranché à la porte Saint-Martin abandonna la place. Nous nous emparâmes de la porte Saint-Martin. Nous faisons la chaîne pour monter des pavés en haut dans la nuit du 28 au 29. Enfin, le 29, sur les midi, nous étions au Pont-Neuf, où je vis un homme assez bien vêtu que l’on maltraitait et qui, soi-disant, passait pour un espion de Raguse. Je ne sais ce qu’il est devenu. Enfin, il est question de prendre le Louvre à l’assaut. Les uns se portent du côté de Saint-Germain-l’Auxerrois et moi je me porte du côté des quais, où, l’esplanade de terre me préservait des balles d’en haut jusqu’à la grille. Nous entrons enfin en face le pont des Arts. On commençait aussi à entrer du côté de Saint-Germain-l’Auxerrois et nous voilà dans le Louvre, comme j’eus l’honneur de vous en faire le détail, et de là aux Tuileries où nous sommes pénétrés dans les appartements, où il est facile de reconnaître la vérité sur la description que je vous en ai faite sur la feuille adressée à M. le maire de Belleville pour être remis à la Commission. En escortant la cassette du château à l’Hôtel de ville, je vis un brancard au coin de la rue Planche-Mibray et une femme morte dessus. La curiosité me porta à lui découvrir la figure. Quelle surprise ! Je reconnais la sœur de mon père ! Je fus un instant troublé de ce spectacle qui me touchait. Enfin je quittais le cadavre pour rejoindre la cassette. Mes concitoyens redescendaient de l’Hôtel de ville. Je demandais à un le résultat. Il me dit que l’on s’était contenté de les remercier et qu’ils s’étaient retirés aussitôt. Je demandais si on leur avait demandé leurs noms ; ils me dirent que non. J’en fus peu satisfait et ne voulus pas les suivre pour retourner au château. Je m’en revins à Belleville où je racontais l’aventure qui venait de m’arriver à un nommé M. Esc, employé au Constitutionnel, à M. Creton, marchand revendeur à côté de la caserne du faubourg du Temple, M. Renaud, logeur, même faubourg n° 94, MM. Petitbois et Jarry, associés à la fonderie d’argent rue Saint-Laurent à Belleville, M. Grivelle, traiteur, rue de Paris à Belleville et autres, qui me traitèrent tous d’imbéciles en disant que c’est tout ce que j’en aurai et que s’ils eussent été à ma place ils auraient bien laissé la cassette au château mais qu’ils auraient eu le soin de la vider et de remplir leurs poches. A ce moment, les pompiers de Belleville et les habitants se rassemblaient … et je coopérais à rétablir l’ordre des barrières, à maintenir les propriétés de Belleville contre les pillards des barrières, dont la feuille de M. Denoyer, qui commandait le poste de Ramponneau, rue de Paris à Belleville, contient mon nom, jusqu’à la fin où la tranquillité a reparu. » En mai 1831, il protestait (bien sous le nom qu’il signe de Sevray dit Lachenay, François, Nicolas, cuisinier, demeurant 12, rue de Paris à Belleville), dans ces termes (l’orthographe est restituée) : « Je ne doute point que les personnes désignées par vous pour la décoration spéciale l’ont bien méritée. Quant à moi, que les papiers publics ont parlé de moi, quoique le volume 45 ou le tome second de la collection de l’Histoire de France, p. 73, publie encore mon nom aux journées de Juillet, quoique j’ai sauvé de la main des mauvais intentionnés une riche cassette des Tuileries, je ne prétends point pour cela y avoir plus droit qu’un autre dont la vie n’était pas plus cher que la mienne et qui, comme moi, l’a sacrifiée et exposés contre la dynastie. Mais je suis surpris de voir figurer sur la liste des décorations des personnes connues particulièrement de moi et qui, à ma connaissance, ne se sont pas autant exposées que moi. Je présume que les pièces que j’ai déposées entre les mains du maire de Belleville, ainsi qu’un objet provenant du musée du Louvre pour être remis directement à la Commission n’ont point paru devant vos yeux et que la vérification de ces pièces n’en n’ont point été totalement faite. Daignez, messieurs, me faire réponse à ce sujet. Dans cette espérance, j’ai l’honneur, etc. » Il déposa un dossier à la Commission des Réclamants ([ancien] VIe arrondissement), sise 10, rue Bourg-Labbé puis 6, rue Dalayrac. Sectionnaire de la Société des Droits de l’Homme, il combattit, selon le témoignage de Courtin, ancien prisonnier politique libéré par la révolution de Février et désormais « gardien de Paris », à la barricade Saint-Merri, aux affaires des 5 et 6 juin 1832, et, plus tard, « toujours fidèle à la cause de la république », à l’affaire de la rue Transnonain. Le 22 février 1848, peintre en porcelaine, il prêta la main aux barricades, sur les Champs-Elysées et participa à la prise du poste près du Cirque. Le 23, il combattit armé du fusil d’un homme tombé à ses côtés ; rue Saint-Bon, cerné de toute part par la ligne et pour ne pas être pris les armes à la main, il se débarrassa de son fusil, en le faisant passer par le soupirail de la cave de la boutique du marchand de vin du 9, de la rue. Le 24, il descendit de Belleville, armé d’un fusil de la mairie, avec les nommés Barre, Julien Daigremont et Charles Chavois, pour combattre au Palais-Royal et aux Tuileries. Il combattit aussi rue de Beaubourg, rue du Cloître-Saint-Mery, de la Verrerie, des Lombards, selon les témoignages de Prisson, Ralliard et Viennot, autres combattants. De retour à Belleville, les barrières incendiées et pillées, l’établissement Nyle et Heulte menacé d’incendie, d’autres établissements et leurs personnels également menacés, il forma avec ses mêmes camarades un poste, dans l’intention de prévenir et d’empêcher autant que possible les incendies. Ils y parvinrent, dirent-ils, avec persévérance et beaucoup de mal. Fatigué, à la suite des événements, il dut prendre le lit et demanda en juillet un secours. Il s’était de plus blessé en chutant du haut d’une barricade, et se plaignit des conditions dans lesquelles il était de garde à l’octroi : « En plein air, nullement abrité de l’injure du temps, continuellement mouillé par la pluie et séché à un feu de bivouac, sans repos ni jour ni nuit, toujours de faction ou de patrouille, quelquefois jusqu’à Rambouillet dans la boue, avec de mauvaises chaussures. » Il était porteur de deux certificats. Le premier certificat, ainsi rédigé : « Nous, soussignés, combattants de février 1848, certifions que le nommé Sevray, François a combattu comme nous et avec nous dans les journées de Février, dans les endroits ci-dessus désignés : dans les rues Beaubourg, Saint-Martin, Cloître-Saint-Mery, de la Verrerie, des Lombards, Saint-Bon, place du Palais-Royal et à la prise des Tuileries. De plus nous certifions que comme nous et avec nous il a travaillé au rétablissement de l’ordre et à la conservation des propriétés menacées et a protégé l’octroi de la barrière. » Signé, le 23 septembre 1848 : Barre, Hippolyte, demeurant 21, rue de Tourtille ; Prisson illisible ; Daigremont, Julien, demeurant 10 bis, rue de Lorillon ; Viennot, Chavois, Charles, demeurant 17, bd de Lorillon ; Ra...ard. Le second certificat, ainsi rédigé : « Combattants de Février, qui ont formé un poste comme corps de garde établi du 24 février 1848 à l’octroi de la barrière de Lorillon par les citoyens combattant pour le maintien de l’ordre public, la sûreté des propriétés et l’assistance au besoin aux commis pour leur prêter main forte et le bon ordre dans les établissements particuliers jusqu’au 1er mars 1848. Noms et prénoms des citoyens qui en ont fait partie jours et nuits, sans cesser ni sans repos, attendu qu’ils étaient peu nombreux et que personne n’est venu les relever excepté un renfort demandé à la barrière des Couronnes pour remplacer les plus fatigués dans la nuit du 29 février au 1er mars 1848. Sevray, François, demeurant 44, rue des Couronnes ; Gousseau, Hippolyte, demeurant 4, rue des Noyers ; Barre, Hippolyte, demeurant 21, rue de Tourtille ; Daigremont, Julien, demeurant 10 bis, rue de Lorillon ; Ridet, François ; Sibron, Jean, demeurant 48, cul-de-sac de Lorillon ; Chavois, Charles, demeurant 17, bd de Lorillon. En date du 3 avril 1848, un certificat médical attestait qu’il souffrait d’une pneumonie. En 1848, auprès de la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février, il demanda un emploi soit de gardien soit de conducteur dans un cimetière. En octobre 1849, expulsé parce que devant cinq termes de son loyer, malade depuis quatre mois et demi, n’ayant touché aucun secours, il sollicita un nouveau secours. Un renseignement de police dit de lui en 1849 : « Il n’est pas marié, ouvrier doreur sur porcelaine. Bonne conduite sans mauvais antécédents connus, il n’a pas besoin de secours puisqu’il travaille. » La police le dit toujours en 1849, ouvrier peintre en bâtiments, n’ayant « pour toutes ressources que le produit de quelques journées de travail de temps à autre. Bons renseignements sur sa moralité et sa conduite. » Il reçut un secours de cinquante francs pour cette année-là, à titre de médaillé de Juillet. En 1850, il était ouvrier moufletier et gagnait 2 francs par jour et « ses antécédents, sa moralité et sa conduite [ne laissaient] rien à désirer ». Il reçut cinquante francs de secours en 1850, à titre de médaillé de Juillet. En 1851, il sollicitait un emploi de garçon de bureau, en fonction de ce qu’il nommait ses « faibles capacités ». Il reçut cinquante francs de secours en 1851 et cinquante francs de secours en 1853, au titre de médaillé de Juillet. Il demeurait 12, grand-rue de Paris, à Belleville en 1830 ; 96, rue du Faubourg-du-Temple en 1831 ; 44, rue des Couronnes, une chambre au 3e étage sur le devant, à Belleville en 1849 ; 60, rue de la Mare à Bellville, un logement au loyer annuel de soixante-dix francs en 1849 ; 76, rue du Faubourg-du-Temple en 1850-1853. Evénements de Paris des 26, 27, 28 et 29 juillet 1830, par plusieurs témoins oculaires, cinquième édition, Paris, Audot libraire, 1830, p. 135-136 ; Le Réveil du lion ou Paris dans les immortelles journées des 27, 28 et 29 juillet 1830 ; précis des événements, heure par heure… suivi d’un chant triomphal… par un patriote de 89, Paris, Lerosey, 1830, p. 205-206 ; La Quinzaine mémorable. Evénements arrivés à Paris du 26 juillet au 9 août 1830, avec la nouvelle charte constitutionnelle adoptée le 7 août ; ouvrage dans lequel on trouvera de nombreux faits avérés mais peu connus, Simon Blocquel, Paris, Delarue, s.d., p. 69 ; Evénements arrivés à Paris, les 27, 28 et 29 juillet, La Rochelle, imprimerie de Mareschal, 1830, p. 4-5 ; Trois jours !!! Histoire politique, militaire et anecdotique de la révolution des 27, 28 et 29 juillet 1830, par E.M.S. caporal dans la garde nationale, témoin oculaire, Paris, Levavasseur, 1830, p. 61-62 ; Archives de Paris VK3 52 ; Archives nationales F/1dIII/75 ; Archives de la préfecture de police AA 369, Avis du prochain ordonnancement d’une somme de 10.545 francs pour être répartie entre 210 décorés, combattants et veuves de Juillet 1830, domiciliés dans le département de la Seine, ladite somme imputable sur le budget du ministère de l’Intérieur, exercice 1849, minute 44 et minute 47, idem Etat nominatif des décorés, blessés, combattants de Juillet 1830 et des veuves de décorés ou combattants qui ont formé des demandes de secours et sur lesquels il y a lieu de prendre des renseignements, minute 74, idem rapport du 3 septembre 1850, Allocation de secours s’élevant ensemble à 12.610 francs à 218 décorés ou blessés de juillet, 25 veuves de décorés et 1 ascendant de blessé de Juillet, minutes 129-134, idem Proposition, en date du 6 septembre 1851, d’accorder à 286 décorés, médaillés, blessés, combattants, ascendants et veuves de Juillet 1830, des secours s’élevant ensemble à la somme de 15.600 francs, ladite somme imputable sur le chapitre 26 du budget de l’Intérieur, exercice 1851, minutes 194-199, idem Proposition d’accorder à soixante-deux décorés et veuves de décorés de Juillet 1830 des secours s’élevant ensemble à 3.425 francs, minutes 266-268, en date du 10 février 1853.

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