Sibille
Biographie
Né le 15 mai 1800 à Metz (Moselle). Ouvrier mécanicien. Il déposa un dossier devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février, et qui nous donne quelques indications sur sa participation à la révolution de Juillet. Il adressa, en effet, la lettre suivante à la Commission : « Je prends la liberté de vous adresser cette lettre comme ayant combattu en 1830 pendant deux jours et le troisième à la prise du château des Tuileries où je me suis battu en déterminé, en voyant tomber mes camarades autour de moi. Le combat fini, je suis retourné chez moi rue du Faubourg-Saint-Martin n° 34 ; nous avons formé un poste en face de chez moi, où je suis resté trois jours et trois nuits sans me déchausser avec le citoyen Gosse (voir Gosse, François, Théodore), peintre en bâtiment, qui était chef de poste, qui demeurait à cette époque à côté de moi. Année 1832. J’ai accompagné le convoi du général Lamarque depuis la Madeleine jusqu’au pont d’Austerlitz. Là, les heurts ont commencé et les cris Sauvons-nous ! Sauvons-nous ! étaient répétés autour de nous. Les sergents de ville couraient sur nous, l’épée nue. Je me suis trouvé entre-temps entrelacé dans un cordage du chaix de cinq mètres de long, Ne pouvant me débarrasser, je pris mon couteau, je coupais le cordage ; je me suis fait une arme en le pliant en quatre pour me défendre. J’ai rencontré un sergent de ville venant à moi, l’épée nue au poing. Il voulut me frapper. Je lui ai donné un si rude coup de ma corde au travers du visage qu’il est tombé du coup. Les dragons nous ont chargés de nouveau. Nous avons crié Aux armes ! Aux armes ! En passant sur le boulevard nous avons désarmé tous les postes, toujours ma corde autour de mon bras, qui ne me quittera qu’à la mort. Un peu avant d’arriver au poste du château d’eau, plusieurs camarades me dirent qu’ils n’avaient pas d’arme, me demandèrent mon fusil. Je leur répondis Je veux bien vous le donner à la condition que vous allez venir avec nous. Nous traversâmes le boulevard, la première boutique et la mienne (sic) pour demander des armes. Je frappe à la porte à coups redoublés. Une femme nous ouvre et nous dit que le patron était malade. En ce cas, lui dis-je, il n’a pas besoin de fusil, il faut nous le donner. Le patron nous le remit lui-même avec mauvaise humeur. Mais sans la baguette. Il fallut lui faire des menaces pour qu’il nous la donne avec le reste du fourniment. De là nous nous sommes présentés au poste du château d’eau. C’était des gardes nationaux qui faisaient le service. Nous les avons sommés de se rendre et de nous donner leurs armes. Ils s’y refusèrent parce que nous étions peu de monde. Je fis alors charger les armes à ceux qui étaient avec moi pour faire peur aux gardes nationaux et les sommais une seconde fois de se rendre. L’officier était sur la porte et s’y refusait. Alors je dis à mes hommes La baïonnette en avant et entrons ! Voyant que nous étions déterminés, ils se rendirent, nous remirent leurs armes. De là, nous avons suivi les boulevards jusqu’à la porte Saint-Martin. Poursuivis par les troupes qui arrivaient de tout côté. Nous nous sommes dispersés. Je suis rentré chez moi, rue du Faubourg-Saint-Martin n° 34, où j’ai examiné le mouvement des troupes. Voyant qu’il n’y avait plus rien à faire pour le moment, je cachais mon fusil dans le grenier d’un de mes voisins, qui faisait comme moi partie de la Société des droits de l’homme. Je suis allé me battre à la barricade Saint-Merri, d’où je suis sorti trois fois, faisant feu sur la troupe. Voyant qu’il n’y avait plus d’espoir, je suis retourné, par bien des détours, chez moi, où ma femme m’a prévenu que le maire et l’adjoint étaient venus pour chercher mes armes et mes papiers, qu’ils devaient revenir pour me prendre. Voyant cela, je fis allumer une chandelle et brûlai tous les papiers et les noms de tous les sociétaires de la Société des droits de l’homme, dont le citoyen Imbert (voir Imbert, Jacques) était notre président. Ayant été vendu par un nommé Courtie, bonnetier (? illsible), rue du Faubourg-Saint-Martin n° 36, me disant au moins il n’y aurait que moi de pris. L’on a fait des recherches chez moi, jusque dans ma paillasse et chez M. Guibert, marchand de vin, demeurant dans la même maison. J’avais perdu depuis longtemps de vue le citoyen Imbert, le croyant mort dans les prisons mais je fus heureux de le rencontrer il y a environ quinze jours. Il est maintenant employé au château des Tuileries au pavillon de Flore. J’ai quitté le quartier et suis allé demeurer rue Popincourt, au coin de la rue Saint-Ambroise, pour me soustraire aux recherches que l’on faisait de moi. Mais quelques mois après, je fus demandé au palais de justice, où j’ai été interrogé en plusieurs fois pour savoir si je ne faisais pas partie de la Société des droits de l’homme. J’ai toujours nié et dit que je ne connaissais aucune des personnes que l’on me nommait. Heureusement pour moi que j’avais des connaissances employées au bureau de la mairie du (ancien) Ve arrondissement, qui ont répondu de moi et ont couru au-devant de tout. Année 1848. Le 22 février, je me suis transporté à la porte Saint-Martin, où j’ai vu les atrocités commises par les sergents de ville habillés en bourgeois, qui frappaient à coups de canne les bourgeois qui ne leur disaient rien, ce qui m’a animé. Je m’étais mis à courir et à crier Vive la réforme ! A bas Guizot ! Nous sommes descendus avec plusieurs camarades en criant toujours Vive la réforme ! A bas Guizot ! En suivant les boulevards jusqu’au Marais, rue de Montmorency, rue Saint-Louis, nous avons frappé aux portes des boutiques, toujours en criant, et nous avons demandé des armes et criant toute la nuit Nous sommes volés, la réforme n’est pas acceptée ! Nous avons parcouru toutes les rues du Marais. Le 23, en demandant toujours des armes, n’en n’ayant pas assez pour tous ceux qui nous suivaient, je donnais aussi mon fusil, en leur disant Je ne suis pas en peine. Sitôt que je jour va paraître je saurai bien m’en procurer un. Je suis allé chez M. Gosson, marchand de vin, rue des Vinaigriers, qui m’a donné son fusil. De là, je suis allé à la caserne des gardes municipaux rue du Faubourg-Saint-Martin, où nous avons trouvé au 5e étage une caisse remplie de cartouches. Nous nous en sommes emparés et de tout ce dont nous avions besoin. De là nous avons été à la caserne du faubourg du Temple, où nous avons encore trouvé une grande quantité de munitions de guerre. Nous sommes ensuite descendus prendre le poste du Château d’eau, en criant A bas Philippe ! Vive la république ! Quoique déjà bien fatigués, nous sommes descendus rue Saint-Honoré. Là, nous avons rencontré le général Lamoricière, son aide de camp et deux autres citoyens que je ne connais pas, qui cherchaient à s’évader. Je lui dis Général, vous ne passerez pas, il nous faut la tête de Louis-Philippe. Voilà trop de fois qu’il nous a volé, nous n’en voulons pas davantage. Quand il a vu que nous lui barrions le passage, il s’est décidé à nous suivre, en nous disant Mes amis, puisque c’est comme ça, suivez-moi. Il prend son chapeau à la main, le lève en l’air Alors marchons sur le poste du Palais-Royal. Il croyait faire arrêter le feu en faisant toujours aller son chapeau en l’air. Mais au lieu d’arrêter, le carnage allait de plus en plus fort et nous nous sommes battus pendant trois heures jusqu’à la fin de la prise du poste du château d’eau. De là nous sommes allés au château des Tuileries. Mais tout était fini quand nous sommes arrivés nous sommes retournés chacun chez nous. Moi, rue des Vinaigriers n° 24, où je demeure. Nous avons formé un poste dans la même rue n° 26, où j’ai resté douze jours consécutifs et douze nuits. Dans le combat sur la place du Palais-Royal, j’ai vu tomber mort le citoyen Jouard (illisible) marchand de vin, Decoud (illisible), Marie, et madame veuve Guibert demeurant rue Saint-Nicolas 22. Sa demande fut rejetée par la Commission. Il demeurait 34, rue du Faubourg-Saint-Martin en 1830-1832 ; rue Popincourt, au coin de la rue Saint-Ambroise après 1832 ; 24, rue des Vinaigriers en 1848. Archives de la préfecture de police AA 414.