Smith

Biographie


Julia Smith, épouse d’un capitaine au 10e léger, adressa, en septembre 1830, la lettre suivante au ministère de l’Intérieur : « Selon la permission de Votre Excellence, j’ai l’honneur de lui exposer humblement que mon mari James Smith, capitaine au 10e léger, fut l’un des chefs de l’insurrection irlandaise en 1798, qu’après la perfide capitulation offerte par le gouvernement anglais, il subit une réclusion de trois ans et dix mois, comme prisonnier d’état, que ses biens ayant été confisqués, il fut définitivement exilé à perpétuité à l’époque de la paix d’Amiens. Ayant été fiancés l’un à l’autre avant l’insurrection, je ne voulus point l’abandonner dans ses disgrâces et l’épousai pendant le court séjour accordé aux prisonniers libérés pour faire leurs adieux avant leur départ. Nous fîmes voile pour Rouen, où nous établîmes une filature de coton avec ma dot, qui était considérable. Inexpérience des affaires, difficulté du commerce causée par la guerre avec les puissances, enfin tout paralysa notre industrie, et au bout de dix ans nous nous vîmes priver de notre capital. Mon mari, trop honnête homme pour vouloir recourir à des expédients, aima mieux cesser le commerce que de risquer même de manquer à personne. Sa conduite honorable lui valut les recommandations de M. le comte Girardin, alors préfet de Rouen, et de plusieurs personnes de considération de cette ville, amis compatissants à nos malheurs. Il demanda et obtint du service et quoique chargée déjà d’une nombreuse famille, je le suivis jusqu’au licenciement de 1815. Après trois ans de demi-solde, le maréchal Saint-Cyr eut pitié de nous et rappela mon mari à l’activité de service. La sortie du ministère de ce généreux maréchal nous interdit tout espoir de placer aucun de nos enfants dans aucune maison d’éducation royale. Nous fîmes les derniers sacrifices pour procurer à nos quatre fils ce que nous ne pûmes obtenir et j’ose dire qu’ils ont bien secondé nos intentions et qu’ils sont capables de remplir dignement aucun emploi qu’on leur confierait. Quoique leur mère, je ne les flatterais pas sans qu’ils le méritassent. L’aîné a fait ses études universitaires et médicales à Dublin, le second a reçu une éducation commerciale, le troisième est militaire et le quatrième en pension à Dublin, où il nous reste des amis. Tous ces jeunes gens savent également leur langue et la langue anglaise, les autres langues européennes quoique leur étant moins familière ne leur sont pas moins connues de manière à les comprendre et parler avec aisance. Ils sont tous bien présentables et encore plus Français de cœur que de naissance. Je suis avec trois d’entre eux à Paris depuis le 20 juillet ; mes deux aînés ont eu l’honneur de combattre avec la section Vaugirard pendant les trois journées mémorables. Le militaire, comme le porte son certificat, a quitté ses drapeaux par un mouvement patriotique pour se rallier à la cause nationale. Ils désirent plus que jamais ne plus quitter la France, leur patrie, où leur heureuse étoile les a conduits au moment où ils ont pu l’assister de leur dévouement. Il y a sans doute dans les diverses administrations des places de tous étages et c’est à Votre Excellence que j’ose recommander mes deux fils aînés pour aucun emploi, pour lequel après les avoir examinés, ils se trouveraient propres. En écoutant ma supplique, Votre Excellence réparerait les torts et l’omission jésuitique envers une famille nombreuse quoique réduit à cinq enfants dont une fille, pour laquelle famille il n’y a point eu d’autre ressource depuis vingt ans environ que le traitement de capitaine et même de lieutenant d’infanterie pendant les premières années. » Le dossier fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) XIe arrondissement. Elle demeurait 13, rue Sainte-Hyacinthe-Saint-Michel en 1830. Archives de Paris, VD6 631 n° 1 ; Archives nationales F/1dIII/33 dossier indemnités et récompenses, envoi du 22 septembre 1830 du ministre de l’Intérieur à la Commission des récompenses nationales (où il est précisé que ses cinq enfants sont nés français et que deux ont combattu pendant les journées de Juillet).

Soumettre une suggestion sur la notice

Votre adresse email
Numéro de téléphone


Tous droits réservés - © 2026 Laurent Louessard / Camille Maillet (Torii Kōdo) - Mentions légales - Politique de confidentialité - Contact
An unhandled error has occurred. Reload 🗙

Rejoining the server...

Rejoin failed... trying again in seconds.

Failed to rejoin.
Please retry or reload the page.

The session has been paused by the server.

Failed to resume the session.
Please reload the page.