Souchet, Pierre, Michel

Biographie


Né le 18 juillet 1788 à Paris. Marchand de vins. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) VIIIe arrondissement. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) VIIIe arrondissement. En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut, auprès de la mairie du (ancien) VIIIe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. Il signa la lettre de Vautrin, François, Casimir, adressée au préfet de la Seine en 1831, pour tenter de faire rétablir sa véritable identité, quand les journaux publièrent sa nomination de médaillé sous le nom et prénoms de Vautrin, Louis, François. Déjà témoin lors du procès Mathé en 1831, il comparut de nouveau devant la cour d’assises de Paris, le 29 novembre 1831, dans un procès en diffamation intenté par Perier (voir ce nom), ministre de l’Intérieur, et Vivien (voir Vivien, Alexandre, François), préfet de police. Le National avait publié, le 15 juillet 1831, sur les désordres de la veille et au cours desquels des ouvriers avaient été embrigadés et payés pour assommer les manifestants, un article ainsi conçu : « Jusqu’ici du moins le ministère avait assez compté sur la force armée et la garde nationale pour ne s’appuyer que sur elle ; mais il a senti qu’il lui fallait une milice plus digne de lui. Toute la journée on a embrigadé dans le faubourg Saint-Antoine, au vu et au su de tout le monde, de soi-disant ouvriers sans travail ; on leur promettait trois francs par tête pour assommer les jeunes gens qui se désignaient eux-mêmes aux coups en portant la cocarde au chapeau et des rubans de juillet à la boutonnière. On ne manquera pas de dire demain dans le Moniteur que c’étaient de simples et bons ouvriers, cédant là leur seule indignation et au bon sens ; mais ce que nous avançons ici, nous le prouverons devant le tribunal, si l’on ose nous attaquer, et nous en portons le défi. Les 1.500.000 francs de la police ont servi aujourd’hui à payer les assommeurs, quand il y avait dix mille hommes sous les armes et que les environs de Paris étaient garnis de troupe. » Souchet devait donner l’explication suivante « Le 12 juillet, j’étais aux assises, assistant au procès de M. Mathé. Plusieurs jeunes gens menacèrent les ouvriers et nous dirent : “Demain nous irons planter l’arbre de la liberté, et nous verrons si l’on nous empêchera.” Je répondis à ces messieurs : “Nous verrons si vous réussirez à planter votre arbre.” Le 13 juillet, beaucoup de personnes se réunirent chez moi pour convenir de secours aux décorés. Je me dis : il se pourrait que mon bon zèle et mon patriotisme me missent en défaut ; il faut que j’aille à la police savoir si je suis en règle. Je vais à la préfecture de police ; on me dit : Je vois votre bonne volonté pour le pays. […] Le 14 juillet, à 10 heures du matin, beaucoup de gens viennent chez moi ; moi, bon vieux soldat, je leur offre un verre de vin, un morceau de fromage ; ensuite je passe mon habit de garde national et je vais avec ma légion. » Il démentit que de l’argent eût été distribué à des ouvriers, que la rumeur circulait « par des mauvais gredins de républicains. On m’a prévenu qu’on voulait me pendre ; je suis resté résolument chez moi, on n’est pas venu. » Devant l’accusation d’ambitionner une place d’inspecteur des marchés, il répondit : « Je n’ai point d’ambition, moi ; je ne sais pas lire ; je ne demande pas de place. » Au cours des débats, le témoin Gervais, déposa que Bouvatier, maire du (ancien) VIIIe arrondissement, avait dit qu’il ne fallait pas s’inquiéter que « M. Souchet n’enrôlait que des décorés de Juillet et de bons ouvriers ». Les trois francs promis à chaque embrigadé ne furent sans doute pas unanimement versés. Il y eut des mécontentements. Ainsi un témoin révéla : « Le 14 juillet au soir, beaucoup de ces messieurs menaçaient de pendre Souchet parce qu’il n’avait pas tenu ce qu’il avait promis. » Et un autre : « M. Leloup été envoyé, le 14 juillet au soir, avec une trentaine de gardes nationaux, pour empêcher de prétendus ouvriers de mettre le feu à la maison d’un sieur Souchet, qui les aurait embrigadés. » A l’issue du procès et après de multiples témoignages qui confirmèrent l’article, les deux accusés furent acquittés. Un orateur de l’opposition devait, à la Chambre, reprendre les accusations comme quoi des vagabonds, des libérés, des repris de justice avaient été enrôlés pour assommer les perturbateurs : « C’est un nommé Souchet qui est chargé de l’ordre et les ouvriers embrigadés partent sous la conduite des sergents de ville, escortés par des commissaires de police. Ils se transportent sur la place de la Bastille ; ils désignent aux ouvriers assommeurs les jeunes gens qu’il faut assommer, et les jeunes gens sont assommés, et la garde nationale et la troupe de ligne sont là qui protègent les assommeurs et arrêtent les assommés ». Le président du Conseil, Perier (voir Perier, Casimir), fit lecture du rapport que lui avait transmis le préfet de police : « J’ai pris des informations plus circonstanciées sur les faits. J’ai vu aujourd’hui le sieur Souchet, qui m’a déclaré qu’il n’avait point entendu agir au nom de l’administration ; qu’il avait, à la vérité, enregistré un certain nombre d’ouvriers destinés à défendre le bon ordre, mais qu’il n’avait ni donné, ni promis d’argent à aucun d’eux, et qu’il n’avait agi, comme il le dit, que pour l’honneur de son faubourg et de la Croix de Juillet dont il est décoré. C’est chez lui que se sont réunis les décorés de Juillet qui ont protesté contre la réunion du passage Saumon ; c’est aussi chez lui que s’est formée une société de secours mutuel établie entre les décorés. A ce titre, il se croyait responsable de la paix de son quartier, et il n’a mis aux ouvriers qu’il assemblait un ruban tricolore à la boutonnière que pour empêcher qu’ils fussent confondus dans la foule. » Souchet adressa, le 25 juillet 1831, une demande d’emploi au préfet de police : « M. le préfet. Souchet, aubergiste, marché Lenoir, n° 8, à l’honneur de vous exposer qu’il a combattu dans les mémorables journées de Juillet, qu’il a obtenu pour seule récompense la décoration ; que le 14 de ce mois beaucoup d’ouvriers étaient rassemblés chez lui, parce qu’il s’y tient une société de secours mutuel ; qu’on l’a accusé d’exciter ces ouvriers à maltraiter des républicains. Vous savez, monsieur le préfet, si cette accusation n’est pas une infâme calomnie. L’exposant ayant donné des preuves de son patriotisme, de son amour de l’ordre et ayant combattu pour la liberté, est bien éloigné de chercher à vouloir exciter du désordre ; il est trop l’ami du gouvernement, et a promis obéissance à son roi. Il tiendra ses serments. Cependant ces propos calomnieux lui font un tort considérable dans son commerce, qu’il va bientôt se voir forcé de quitter, et d’autant plus que l’on prétend que le marché au fourrage va être rétabli barrière du Trône ; alors son établissement est totalement perdu. C’est pourquoi il vous conjure humblement de daigner lui faire avoir un emploi de gardien surveillant dans un des marchés ou halles de Paris, mais de préférence dans un de ceux qui sont fermés. Le suppliant compte que vous aurez égard à la demande d’un bon patriote, d’un bon citoyen dont deux de ses frères et lui ont quarante-deux ans de service militaire, et dont la conduite a toujours été irréprochable, et donc le zèle et le dévouement à son pays est à vos ordres n’auront pas de bornes virgule et qui se forcera de mériter vos bontés. » En 1839, il était gardien au marché Saint-Martin, père de trois enfants, et sollicita des secours : « Ma nombreuse famille, le malheur que j’ai eu d’être volé à mon domicile, mes antécédents bien connus de tous me sont un sûr garant que ma supplique ne sera pas rejetée. » La police donna, à cette occasion, les renseignements suivants sur son compte : « Père de trois enfants encore très jeune, il a, en outre à sa charge le père de sa femme, qui est très âgé. Mais il est employé comme gardien dans les marchés. Sa femme, de son côté, tient une boutique de friperie assez bien achalandée et il est de plus propriétaire d’une maison à Ménilmontant. Ce pétitionnaire, qui jouit du reste de la meilleure réputation, ne paraît donc nullement être dans une position à avoir besoin de secours. » Il reçut cependant un secours de vingt francs. En 1842, Souchet, selon les mêmes sources, n’avait pas besoin de secours. Il reçut de nouveau un secours, de vingt-cinq francs. Il demeurait 8, marché Lenoir en 1830-1831 (mais 12, rue de Cotte in Archives nationales F/1dIII/36) ; 2, rue Borda en 1839-1840 ; 70, rue de la Mare à Belleville en 1845. Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la Croix de Juillet du (ancien) VIIIe arrondissement ; Archives de Paris VD6 91 couverture du dossier de Renaudet, Jacques, René ; Archives nationales F/1dIII/36, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la mairie du (ancien) VIIIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) VIIIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/76 ; Archives nationales F/9/1156 in dossier Vautrin, Louis, François ; Cour d’assises de la Seine, procès du National et de la Tribune, embrigadement de faux ouvriers le 14 juillet ; préventions de diffamation envers MM. Casimir Perier et Vivien, Grenoble, imprimerie de Barnel, décembre 1831 ; La Gazette des tribunaux, 30 novembre 1831, 1er et 2 décembre 1831 ; Journal officiel, 20 décembre 1831, p. 2440 ; Le Moniteur universel, 22 décembre 1831, p. 2452-2457.

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