Stuart, Cooper-Aben

Biographie


Ecossais, nĂ© le 11 avril 1801 en Ecosse. Ancien lieutenant de cavalerie, devenu marchand brasseur. Killiam Weiss, Charles, qui se battait sous ses ordres, Ă©tait Ă  ses cĂ´tĂ©s quand il fut tuĂ© le 28 juillet rue de la Mortellerie. Stuart fit parvenir, le 3 fĂ©vrier 1831, Ă  la Commission des rĂ©compenses nationales le rĂ©cit suivant de sa participation aux combats des trois journĂ©es : « En rĂ©ponse Ă  la demande que vous venez de me faire, j’ai l’honneur de vous exposer les faits suivants. Dès la promulgation des infâmes ordonnances de juillet, je brĂ»lai du plus vif dĂ©sir de voir renverser le pouvoir despotique qui venait de les publier. L’après-midi du lundi, je me suis rendu au Palais-Royal, oĂą dĂ©jĂ  quelques groupes de citoyens s’étaient formĂ©s. Je leur reprĂ©sentais que les chaĂ®nes de l’esclavage Ă©taient forgĂ©es et qu’elles seraient rivĂ©es dans quelques jours, mais que l’abolition de la dynastie de Charles X Ă©tait le seul moyen de garantir aux Français leur future indĂ©pendance. Le mardi, j’exprimai plus ouvertement et avec plus d’assurance cette vĂ©ritĂ© incontestable et je cherchai Ă  vaincre la morne stupeur dont chaque cĹ“ur paraissait frappĂ© par ce coup d’Etat. Le mercredi, mon bras confirma mes discours. Je scellai dans le sang de nos oppresseurs mes vĹ“ux pour la libertĂ© de la France, ainsi que vous allez le voir par la narration suivante. Vers 11 heures du matin, je partis de la rue Montmartre, Ă  la tĂŞte de quelques braves qui m’accordèrent leur confiance. Notre ouvrage commença vers la porte Saint-Martin. Nous nous portâmes sur le boulevard, d’abord du cĂ´tĂ© de l’Ambigu, ensuite du cĂ´tĂ© opposĂ©. Nous tiraillions de derrière les arbres et faisions Ă©prouver Ă  nos adversaires l’ardeur des cĹ“urs qui battent pour la libertĂ©. Cependant nous fĂ»mes repoussĂ©s Ă  la longue et poursuivis vigoureusement par un peloton de grenadiers jusqu’à la rue du Temple, oĂą nous recommençâmes Ă  prendre l’offensive. Quatre de mes camarades tombèrent alors Ă  cĂ´tĂ© de moi. Je regrette de ne pouvoir faire connaĂ®tre leurs noms Ă  la Commission. Au moment oĂą ils tombèrent, trois individus de ma petite compagnie me quittèrent prĂ©cipitamment par la rue du Temple, en sorte que je me trouvai seul avec deux de mes camarades qui Ă©taient venus avec moi de la rue Montmartre. Nous fĂ»mes donc obligĂ©s de combattre en reculant, et notre retraite fut protĂ©gĂ©e par d’autres groupes, qui vinrent mĂŞler leur feu au nĂ´tre. Je m’établis derrière un gros arbre avec l’un de mes fidèles compagnons ; quant Ă  l’autre, nommĂ© Weiss, il prit position Ă  l’arbre suivant et cela dans le moment oĂą le peloton contre lequel nous combattions chassait, au moyen d’un renfort qu’il venait de recevoir, les citoyens qui combattaient pour notre cause. La lutte s’engagea donc de nouveau. Le compagnon d’arme qui s’était placĂ© derrière moi reçut une balle dans l’épaule et tomba. Je le plaçai de mon mieux près de l’arbre qui me protĂ©geait. J’aurais voulu pouvoir lui prodiguer les secours que rĂ©clamait son Ă©tat mais la garde royale ayant le dessus, je fus obligĂ© de battre en retraite et j’eus la douleur de ne plus retrouver mon fusil, qui m’avait Ă©tĂ© enlevĂ© pendant que je m’efforçais de secourir mon infortunĂ© camarade. Le nommĂ© Weiss me rejoignit alors et tous deux nous parvĂ®nmes Ă  sauver la vie Ă  un blessĂ© que nous trouvâmes Ă  moitiĂ© Ă©crasĂ© sur le boulevard et que nous transportâmes dans une maison de la rue Neuve-MĂ©nilmontant. Nous regagnâmes la rue Saint-Antoine et, longeant ensuite le grenier d’abondance, nous nous dirigeâmes vers le pont d’Austerlitz. Je voulais aller chez moi pour y prendre mes pistolets, qui devaient remplacer mon fusil. Mais alors nous trouvâmes la tĂŞte du pont occupĂ©e par un dĂ©tachement de cavalerie et ce ne fut qu’après un assez long pourparlers avec le lieutenant que j’obtins la permission de passer. Mais Ă  peine au milieu du pont, j’eus Ă  Ă©viter les balles que les citoyens placĂ©s Ă  l’autre bout commençaient Ă  lancer. Sur le boulevard de l’HĂ´pital, mon compagnon et moi trouvâmes un rassemblement de bateliers, ouvriers des ports, etc., qui voulaient gagner le faubourg Saint-Antoine en traversant le pont. Ils voulaient s’adjoindre Ă  ceux qui avaient dĂ©jĂ  commencĂ© Ă  tirer lorsque je passais sur le pont mais la plupart d’entre eux n’avaient pour armes que des sabres, des piques ou des haches. J’essayai de leur dĂ©montrer l’inutilitĂ© ou la folie de leur intention, en leur annonçant que l’autre bout du pont Ă©tait gardĂ© par la cavalerie. Ma harangue faillit me coĂ»ter la vie. On me prit pour un espion et sans la voix de Weiss que quelques-uns de ces ouvriers reconnurent, il en Ă©tait fait de moi. Je les engageai donc Ă  marcher sur la poudrière, oĂą nous arrivâmes dans un clin d’œil. D’autres personnes que nous, qui avaient eu la mĂŞme idĂ©e, s’y trouvaient dĂ©jĂ  rĂ©unies et elle fut donc Ă  l’instant prise, sans rĂ©sistance. Les portes furent enfoncĂ©es, les caisses emportĂ©es ou vidĂ©es et moi, j’eus le bonheur de me saisir de deux fusils qui avaient Ă©chappĂ© Ă  l’ardeur des citoyens. Mais, voyant qu’on ne pourrait tirer aucun avantage de cette troupe d’hommes, sans discipline et sans union, je me retirais avec Weiss et nous nous adjoignĂ®mes un nommĂ© Beausserot (nom Ă  retrouver), ouvrier du port, et un Allemand nommĂ© Kisset (nom Ă  retrouver). Je leur dis de m’attendre rue Buffon pendant que j’irai chez moi calmer les inquiĂ©tudes de ma femme et prendre furtivement mes pistolets. Dans quelques instants, j’eus rejoint ma petite bande et chemin faisant je recrutais un nommĂ© Evrard (nom Ă  retrouver), ouvrier tapissier, qui Ă©tait armĂ© d’un fusil de chasse et perdit son temps Ă  tirer des coups de fusil sur les cavaliers dont j’ai parlĂ© plus haut. Convaincu plus que jamais de l’inutilitĂ© d’une attaque sur le pont d’Austerlitz, je dirigeai ma petite troupe vers l’HĂ´tel de ville, par les rues Saint-Victor et FossĂ©s-Saint-Bernard. Dans cette dernière, je recrutai huit autres personnes, toutes bien armĂ©es, et arrivĂ©s au pont Marie, trois autres personnes se joignirent Ă  nous, ce qui porta notre nombre Ă  quinze. Nous allâmes par les rues de Jouy, Saint-Antoine et Pourtour-Saint-Gervais. Le feu entretenu de l’arcade Saint-Jean et des fenĂŞtres de l’HĂ´tel de ville qui donnent sur la rue du Martrois rendait toute descente impossible de ce cĂ´tĂ©. Nous gagnâmes donc la rue du Long-Pont mais, en traversant, un de mes braves compagnons fut tuĂ© et un autre blessĂ© Ă  la cuisse. Je fis rester trois ouvriers de ma troupe au bout de la rue du Long-Pont, afin qu’ils pussent nous avertir Ă  temps des manĹ“uvres de l’ennemi. Nous Ă©tions d’ailleurs trop nombreux pour aller ensemble et nous aurions par-lĂ  donnĂ© trop de prise aux balles. Je glisse Ă  leur tĂŞte le long des maisons. Weiss me suit au plus près et nous choisissons une position avantageuse Ă  une très petite distance de la place de Grève. Je m’accroupis derrière une forte borne. Weiss et Beusserot, qui se placent derrière un petit enfoncement Ă  quelques pas derrière moi, s’occupent uniquement Ă  me passer mes fusils, qu’ils rechargent au fur et Ă  mesure que je m’en sers. Kesset, Evrard et deux autres dont j’ignore les noms s’étaient placĂ©s Ă  quelques pas plus loin dans une espace d’allĂ©e, d’oĂą ils pouvaient tirer par-dessus ma tĂŞte sans blesser ceux qui, en se courbant me passaient les fusils. Quant aux trois autres qui formaient le reste de ma troupe, ils s’étaient blottis sĂ©parĂ©ment dans les renfoncements des portes. C’est ainsi que nous entretĂ®nmes un feu vigoureux et soutenu, qui fut fatal Ă  l’ennemi. La garde qui occupait l’HĂ´tel de ville Ă  ce moment, chargeait ses fusils Ă  l’abri de l’HĂ´tel de ville et de l’arc Saint-Jean et courait ensuite les dĂ©charger de derrière les parapets qui la protĂ©geaient contre le cĂ´tĂ© opposĂ©, oĂą elle dirigeait tout son feu pour empĂŞcher le passage sur le pont d’Arcole. Cependant le feu des citoyens placĂ©s sur le haut du quai Pelletier rendait cette position pĂ©rilleuse pour la garde et comme pour dĂ©charger ses armes elle Ă©tait obligĂ©e, en allant et revenant du parapet, de passer devant la rue de la Mortellerie, elle recevait le feu soutenu que j’entretenais. Elle dĂ©tacha donc un peloton pour me chasser de ma position. Mais Ă  peine ce peloton eut-il fait feu au hasard que mes camarades et moi nous sortĂ®mes avec prĂ©cipitation de notre embuscade. Je m’élançai sur celui qui Ă©tait devant moi et le dĂ©sarmai. Quant aux autres, plus ou moins blessĂ©s par la riposte de mes compagnons, ils se hâtèrent de gagner la place de Grève. Je m’étais replacĂ© derrière la borne dont j’ai parlĂ© et Weiss Ă©tait dans l’action de me passer un fusil lorsqu’une balle lui entra dans la tĂŞte. Je n’ai pas besoin, messieurs, de vous dire les sentiments de regret et de douleur dont je fus pĂ©nĂ©trĂ©, en voyant mon plus fidèle compagnon d’armes Ă©tendu Ă  mes pieds. Je ne songeai plus Ă  me battre mais, abĂ®mĂ© dans ma douleur, je pris l’infortunĂ© dans mes bras et j’eus l’heureuse pensĂ©e de lui demander son nom, pour aller consoler sa famille. C’est alors, messieurs, et seulement alors que j’appris son nom et ce nom ne sortira jamais de ma mĂ©moire. AidĂ© par un de mes compagnons, je transportai le brave blessĂ© Ă  une petite distance, oĂą une autre balle vint tuer aussi ce compagnon. Alors, seul, je traĂ®nais plutĂ´t que ne portais mon vieil ami d’un jour jusqu’à la rue du Long-Pont. LĂ , des citoyens m’aidèrent Ă  le porter au 96 de la rue de la Mortellerie, d’oĂą le sieur Robin, menuisier, le fit transporter Ă  l’HĂ´tel-Dieu, oĂą après une lĂ©thargie de quelques heures il n’était plus qu’un cadavre. Je bĂ©nis le ciel de m’avoir inspirĂ© l’idĂ©e l’heureuse idĂ©e de demander Ă  ce brave homme le nom qu’il portait car il est mort sans avoir pu prononcer un mot et ce n’est que par le numĂ©ro du lit sur lequel on s’est rappelĂ© l’avoir posĂ© et par l’explication de l’endroit et de la nature de la blessure ainsi que par la description et la vĂ©rification de ses vĂŞtements que j’ai rĂ©ussi Ă  faire constater son identitĂ©. Plus tard, j’ai dĂ©couvert ses parents, je les ai fait venir Ă  Paris, je les ai conduits Ă  l’hĂ´pital et chez le sieur Robin, je leur ai fait remettre les vĂŞtements après qu’ils m’en eurent fait la description. Je vous demande aussi pardon, messieurs, d’avoir traitĂ© si longuement cette affaire. Weiss a laissĂ© une mère de soixante-quatorze ans, dont il Ă©tait l’unique soutien. Si ma fortune ne m’eĂ»t Ă©tĂ© cruellement enlevĂ©e, j’aurais pourvu moi-mĂŞme Ă  l’existence de cette infortunĂ©e ; mais, ne le pouvant pas, j’invoque, messieurs, votre bienveillance en sa faveur. Pour revenir Ă  moi, après l’avoir confiĂ© aux assistants, je suis retournĂ© Ă  mon poste de combat. Je n’entrerai pas, messieurs, dans tous les dĂ©tails, que vous pouvez deviner. Il me suffira de vous dire que lorsque le peuple entra dans l’HĂ´tel de ville mon nom fut saluĂ© dans la salle par mes braves et dĂ©vouĂ©s camarades. Le jeudi, je me suis portĂ© avec Beausserot (nom Ă  retrouver), Kesset (nom Ă  retrouver), Evrard (nom Ă  retrouver), un nommĂ© Jean (nom Ă  retrouver) et quelques autres que j’avais, la veille, recrutĂ©s dans la rue des FossĂ©s-Saint-Bernard, jusqu’à la rue Saint-HonorĂ©. De lĂ , nous allâmes au Palais-Royal, oĂą il y eut une si vive attaque que le nommĂ© Jean y fut grièvement blessĂ©. On a dĂ» le transporter au passage Saumon. Dans la rue de Richelieu, j’assistai Ă  la prise de la pièce d’artillerie et la suivis Ă  la place de la Bourse, oĂą un renfort Ă©tait demandĂ©. Tels sont, messieurs, les faits principaux que j’ai Ă  vous soumettre. Je suis fier d’avoir Ă©tĂ© un des acteurs de ces mĂ©morables journĂ©es. J’ai choisi parmi les certificats qui m’ont Ă©tĂ© dĂ©livrĂ©s ceux qui prouvent le courage, l’humanitĂ© et le dĂ©vouement le plus sincère Ă  la cause de nos libertĂ©s. Ces certificats sont en votre possession, je vous en envoie un autre, qui les confirme tous. Si vous croyez mes efforts digne d’une rĂ©compense, Ă  laquelle je n’avais pas songĂ©, je vous prie de me faire accorder la croix de la LĂ©gion d’honneur. Cette croix me facilitera l’obtention d’un bien auquel j’aspire depuis les Ă©vĂ©nements de Juillet. Ce bien, messieurs, est de devenir français. Ecossais de nation mais Français de cĹ“ur, de mĹ“urs et de parentĂ©, je dĂ©sire l’être aussi de nom. Gendre du colonel du gĂ©nie DĂ©hon, chef d’un Ă©tablissement dans cet arrondissement depuis six ans, je voudrais, comme je viens de vous le dire, devenir Français de nom comme je le suis de cĹ“ur. Il y a ordinairement de longues formalitĂ©s Ă  remplir pour un Ă©tranger qui dĂ©sire se faire naturaliser mais ces formalitĂ© disparaissent en grande partie si l’honorable Commission Ă  laquelle je m’adresse m’accorde une preuve de son estime pour ma conduite et mes sentiments. J’ai l’honneur, etc. Â» Il est rĂ©pertoriĂ© (sous le numĂ©ro 1056) dans la liste des demandes de rĂ©compenses honorifiques posĂ©es auprès de la mairie du (ancien) XIIe arrondissement, après la rĂ©volution. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des rĂ©compenses nationales du (ancien) XIIe arrondissement. Le registre des dĂ©libĂ©rations du jury de la Commission des rĂ©compenses nationales, en date du 18 avril 1831, contient les indications suivantes sur sa participation aux combats : « Le 28, faisait partie d’un rassemblement Ă  la rue Montmartre au faubourg Poissonnière. Il eut le fusil de chasse d’un homme qui tremblait, en lui donnant son adresse ; a traversĂ© plusieurs rues, derrière l’Ambigu. LĂ , il s’est battu contre les cuirassiers, la garde royale et les a dĂ©busquĂ©s. Ensuite en tirailleur sur les boulevards, au boulevard du Temple près le passage VendĂ´me. Son fusil lui fut enlevĂ© dans le moment oĂą il soulageait un blessĂ©. Rue de la Mortellerie pendant sept heures derrière une borne ; avait eu un fusil Ă  la poudrière ; on lui chargeait des fusils. Il reçut un violent coup de crosse dans la poitrine, qui ne l’a pas empĂŞchĂ© de continuer le combat. Le 29, rue Croix-des-Petits-Champs. Place du Palais-Royal. Â» Le jury de la Commission des rĂ©compenses nationales, chargĂ© d’examiner les droits de chacun Ă  une rĂ©compense, se prononça, dans sa sĂ©ance du 18 avril 1831, Ă  huit voix pour la croix, une voix pour la mĂ©daille, aucune voix pour une mention et aucune voix pour rien. Il fut dĂ©corĂ© de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) XIIe arrondissement. Il apostilla ainsi, le 4 septembre 1830, un certificat dĂ©livrĂ© par Robin, qui constatait le dĂ©cès de Weis, Charles, Killiam : « Je certifie que le sieur Charles Kellen Weiss (sic) se battant Ă  cĂ´tĂ© de moi le 28 juillet dernier pour la dĂ©fense de la France, a reçu un coup de feu dans la tĂŞte. Je l’ai transportĂ© Ă  la porte n° 96 dans la rue de la Mortellerie, oĂą il fut reçu et soignĂ© par le sieur Robin, menuisier, et emportĂ© par lui le 29 Ă  l’HĂ´tel-Dieu. Il y est dĂ©cĂ©dĂ© le 30 suivant la dĂ©claration de la sĹ“ur de la salle Saint-Paul dudit hĂ´pital. Â» Il adressa, le 7 septembre 1830, Ă  la Commission des rĂ©compenses nationales, la lettre suivante en faveur de la mère de Weiss : « Je prends le plus vif intĂ©rĂŞt dans le sort d’une pauvre malheureuse, rĂ©duite Ă  la misère par la mort de son fils (Charles Kilem Weis) pour la cause de la patrie, tuĂ© en se battant sous mes ordres. Ce brave homme et ancien militaire a reçu sa blessure mortelle Ă  cĂ´tĂ© de moi, le 28 juillet, dans la rue de la Mortellerie (place de Grève) et fut transportĂ© le 29 Ă  l’HĂ´tel-Dieu, oĂą il est dĂ©cĂ©dĂ© le 30 du mĂŞme mois. […] Comme la mère Weis n’a plus de ressources et Ă  son Ă˘ge, soixante-quatorze ans, est hors d’état de pouvoir s’en crĂ©er, je supplie la bienveillante Commission de vouloir prendre en considĂ©ration le plus promptement qu’il lui sera possible la position de cette malheureuse, ne pouvant personnellement faire davantage. En attendant sa rĂ©ponse, j’ai l’honneur etc. Â» Il comparut, le 20 avril 1831, devant le juge de paix du canton de Charenton, pour attester avoir bien connu Weis, Charles, Killiam et savoir qu’il avait « Ă©tĂ© blessĂ© le 28 juillet dernier rue de la Mortellerie, en combattant contre la garde royale ; qu’il a Ă©tĂ© aussitĂ´t transportĂ© chez M. Robin, l’un des comparants, ci-dessus dĂ©nommĂ©, et que le lendemain il a Ă©tĂ© transfĂ©rĂ© Ă  l’HĂ´tel-Dieu, oĂą il est dĂ©cĂ©dĂ© Â». En 1831, Ă  l’occasion des fĂŞtes anniversaires de Juillet, il reçut, auprès de la mairie du (ancien) XIIe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, Ă  titre de dĂ©corĂ© mais non blessĂ©. Il signait ses lettres, Ă  la fin de 1830, comme « lieutenant provisoire de la garde mobile Â». En juillet 1840, il sollicita la dĂ©coration de la LĂ©gion d’honneur. Il avançait comme titre la conduite qu’il avait tenue pendant les journĂ©es de Juillet, l’arrestation qu’il avait faite de Â« malfaiteurs qui cherchaient Ă  assassiner le roi le 3 aoĂ»t 1830 Ă  la Chambre des dĂ©putĂ©s Â», la formation Ă  laquelle il avait participĂ© « d’une compagnie provisoire de garde militaire pour faire respecter l’ordre public pendant le moment difficile de l’interrègne Â», et la privation, en raison de sa qualitĂ© d’étranger, du grade qu’il aurait dĂ» « occuper dans le service français Â». Il Ă©tait porteur du certificat suivant, qui Ă©tablissait sa conduite et les tĂ©moignages qu’il en avait reçus, mais tĂ©moignages qui avait Ă©tĂ© Ă©garĂ©s par la suite par Delaborde qui les avait eu entre les mains en 1834, pour faire valoir les droits de Stuart-Cooper Ă  une dĂ©coration : « Je dĂ©clare par la prĂ©sente que M. Stuart-Cooper, gentilhomme anglais qui s’est joint Ă  Paris au mouvement populaire et qui a mĂ©ritĂ© en 1830 la dĂ©coration de Juillet, m’a remis en 1834 diverses pièces constatant la conduite honorable qu’il avait eue pendant ces trois journĂ©es et que parmi ces pièces il se trouvait une lettre de M. le gĂ©nĂ©ral Lafayette, du 4 aoĂ»t 1830, promettant de faire accorder audit sieur Stuart-Cooper la dĂ©coration de la LĂ©gion d’honneur en rĂ©compense de cette conduite et notamment en raison de l’arrestation, qui fut faite le 3 aoĂ»t 1830 de trois malfaiteurs qui s’étaient proposĂ©s d’attenter Ă  la vie du roi lorsqu’il se serait rendu Ă  la Chambre des dĂ©putĂ©s, arrestation qui fut faite d’après l’avis de M. Stuart-Cooper. Â» SignĂ©, le 30 juin 1840 : de La Borde, A. (voir Delaborde, Alexandre, Louis, Joseph), dĂ©putĂ©, aide-de-camp du roi. Stuart prĂ©sentait Delaborde comme l’ami de son ami Lees, qui s’occupa de la distribution des eaux pour Paris. On trouve, Ă  l’occasion de cette demande, dans son dossier, de nombreuses indications biographiques. Il expliquait ainsi : « Issu d’une vieille souche, j’ai prouvĂ© plus d’une fois que le sang de mes aĂŻeux n’était pas dĂ©gĂ©nĂ©rĂ© en leur rejeton ; de plus, j’ai fait mes Ă©preuves morales ; j’ai acquis une expĂ©rience qui devait ĂŞtre bonne si on pouvait estimer sa valeur, d’après le prix qu’elle m’a coĂ»tĂ©. Cinq ou six faits particuliers vous donneront en gros mon histoire […]. A peine âgĂ© de dix-sept ans, enthousiaste et fier de mes Ă©paulettes, je partais pour les colonies pour frayer une carrière militaire qui aurait rĂ©pondu Ă  mon ardeur, lorsque cet avenir tant dĂ©sirĂ© fut rompu devant la piĂ©tĂ© filiale ; car mon père, malade, mourant, me conjura d’y renoncer et je dus obĂ©ir. Je me livrais alors aux Ă©tudes mĂ©dicales mais, vers la fin de ma troisième annĂ©e, je me suis laissĂ© entraĂ®ner dans des spĂ©culations maritimes par des personnes qui surent gagner ma confiance pour me tromper, chose bien facile Ă  vingt et un ans. Leur conduite fut dĂ©masquĂ©e mais dĂ©jĂ  elles avaient fait bĂ©nĂ©fice de la moitiĂ© de mon patrimoine. Je me suis battu et je fus blessĂ© grièvement ; pendant plus de trois mois les mĂ©decins n’espĂ©raient rien de l’état oĂą j’étais alors, car l’inflammation rĂ©sultat de la blessure Ă©tant apaisĂ©e il s’en est suivi un marasme qui paraissait ĂŞtre le dernier chapitre de ma vie. Mes mĂ©decins conseillèrent, en dernier ressort, un sĂ©jour sur le continent. Je fus transportĂ© Ă  Paris, oĂą je me rĂ©tablis avec une Ă©tonnante rapiditĂ©. Avec la santĂ©, revinrent tous les sentiments d’une vive imagination. Je devins amoureux de la fille du colonel DĂ©hon, que j’épousai. Alors il fallait me fixer Ă  Paris ; je rĂ©alisai mon avoir en Angleterre, je l’intĂ©ressai ensuite dans une maison de commerce, de concert avec une amie, qui deux ans après enleva mon bien, s’enfuyant avec argent et marchandises dans un pays outremer. Peu de temps après, j’eus la douloureuse affliction de perdre la plus charmante des femmes. Non seulement je perdis dans l’opĂ©ration prĂ©citĂ©e la somme que j’y avais placĂ©e mais on avait abusĂ© de ma signature et il m’a fallu quatre ans de durs travaux pour m’en libĂ©rer. Libre enfin de tous ces engagements, je devais partir pour Macao avec lord Napier (alliĂ© de ma famille) dans son ambassade auprès du gouvernement chinois ; mais une fièvre cĂ©rĂ©brale, consĂ©quence de toutes les agitations auxquelles j’avais Ă©tĂ© livrĂ©, vint s’opposer Ă  cette nouvelle chance de fortune. Je suis restĂ© près de deux ans malade, tellement grave avait Ă©tĂ© l’invasion de la maladie. RĂ©tabli de cette grave maladie, ma mère et ma tante ont dĂ©sirĂ© que je complĂ©tasse mes Ă©tudes mĂ©dicales et que j’exerçasse ensuite la mĂ©decine Ă  Paris, oĂą j’aurais le double avantage de mes relations françaises et anglaises. Les règlements de la facultĂ© de Paris exigent qu’un Ă©tranger, quand mĂŞme il serait mĂ©decin reçu, passe par tous les examens soit universitaires soit mĂ©dicaux. J’ai suivi et je suis encore la filière ordinaire, seulement je travaille en mĂŞme temps pour me faire recevoir et docteur en mĂ©decine et docteur en sciences, but qui sera atteint d’ici Ă  trois ans et qui me placera dans une position honorable et avantageuse. Pour parvenir Ă  ce but, j’ai une pension de cent louis par an, avec quelques espĂ©rances de fortune du cĂ´tĂ© de ma famille. Â» Et aussi dans une lettre adressĂ©e Ă  l’un des fils du roi, sans doute le duc de Nemours : « […] Je suis de la vieille souche des Stuarts d’Ecosse. De tout temps, des membres de ma famille se sont rapprochĂ©s de la France. L’histoire en fournit des exemples avant comme depuis le commencement du XIXe siècle. A cette dernière Ă©poque, on vit AndrĂ© Cochrane, gouverneur de la Dominique, sacrifier sa fortune et son avenir pour conserver Ă  la France sa plus belle colonie, l’île de la Guadeloupe, et venir plus tard (en 1833) mourir chez moi Ă  Paris, par suite du chagrin qu’il Ă©prouva des fins de non-recevoir que la bureaucratie de la Marine opposait au paiement des avances numĂ©raires qu’il avait faites aux autoritĂ©s coloniales après que celles-ci avaient reconquis l’île rĂ©voltĂ©e, au moyen des armes, des munitions, vaisseaux de guerre que Cochrane leur eut prĂŞtĂ©s. Sa MajestĂ© votre père se rappellera encore qu’un autre membre de la famille, l’amiral Alexandre Cochrane, eut l’honneur de le recevoir Ă  bord de sa frĂ©gate lorsque celle qui portait Sa MajestĂ© fut en danger. ImmĂ©diatement après la lutte de juillet 1830, dans ce moment de sinistre calme qui suivit la grande tempĂŞte, quand il n’y avait rien de fixe, quand les passions se heurtaient, s’animaient, quand le salut de la France dĂ©pendait de la direction immĂ©diate de ce chaos d’opinions politiques et d’émotions populaires, je ne craignais pas de proclamer que le seul personnage capable de diriger l’Etat abandonnĂ© Ă©tait Sa MajestĂ© votre père. J’ai formĂ©, sous la direction du colonel Loubers de la IIIe lĂ©gion, les premières rĂ©unions de la garde nationale et me suis occupĂ© ensuite de former une compagnie provisoire de bĂ©nĂ©voles Ă©trangers pour seconder l’administration nouvelle dans le rĂ©tablissement de l’ordre […]. Â» Encore d’autres indications biographiques dans cette nouvelle demande : « […] Etant de service volontaire (suivant le dĂ©sir de M. le colonel Loubers) Ă  la Chambre des dĂ©putĂ©s, pendant que Sa MajestĂ© jurait foi Ă  la charte, quelques propos Ă©quivoques exprimĂ©s dans le vestibule, me firent soupçonner des intentions sacrilèges. Aussi l’éveil Ă©tant donnĂ©, nous avons trouvĂ© trois individus qui attendaient le passage du roi, pour accomplir leur projet parricide. J’eus le bonheur, dans cette circonstance de rendre service Ă  Sa MajestĂ© et au pays. Pendant la rĂ©organisation de la garde nationale et en vertu d’une demande qui me nomma lieutenant provisoire, je me suis empressĂ© de rĂ©unir des hommes dĂ©vouĂ©s, Ă©trangers et français, pour opposer les dispositions hostiles au nouveau gouvernement. Ensuite, le lieutenant du royaume devenu roi, je dĂ©sirais (âgĂ© de vingt-cinq ans alors), dĂ©vouer ma vie Ă  son service et fus portĂ© sur la liste provisoire comme officier de la garde mobile destinĂ©e aux frontières. Mais cette organisation ayant Ă©tĂ© abandonnĂ©e, je me suis retirĂ© des affaires publiques pour me livrer aux poursuites scientifiques […]. Â» D’autres indications biographiques, dans cette lettre adressĂ©e Ă  la Reine : « […] Au moment oĂą la rĂ©volution de Juillet venait de s’accomplir, on sentait l’impĂ©rieuse nĂ©cessitĂ© de prĂ©venir le dĂ©sordre qui menaçait ; il fallait quelques hommes dĂ©vouĂ©s pour maintenir la populace […]. Â» Il prĂ©cisait que la dĂ©coration lui avait Ă©tĂ© promise suite Ă  l’arrestation qu’il avait permis d’opĂ©rer, le 3 aoĂ»t 1830 Ă  la Chambre des dĂ©putĂ©s. En juin 1848, il Ă©tait chirurgien-major du 3e bataillon de la IXe lĂ©gion de la garde nationale et mĂ©decin du bureau de bienfaisance du (ancien) IXe arrondissement. Il se distingua pour les soins qu’il apporta aux blessĂ©s, et la dĂ©coration de la LĂ©gion d’honneur fut demandĂ©e pour lui « par les commandants de son bataillon, pour avoir bravĂ© la mort dix-sept fois, sous le feu des insurgĂ©s, lors de la sanglante prise du Petit-Pont, afin de retirer des blessĂ©s de leur pĂ©rilleuse position Â», selon une note de l’administration. Ce certificat dĂ©livrĂ© par la facultĂ© de mĂ©decine de Paris, en date du 23 dĂ©cembre 1848, tĂ©moignait de son activitĂ© pendant les combats : « La facultĂ© reconnaĂ®t avec une vive satisfaction que M. Stuart-Cooper a rendu, pendant les fatales journĂ©es de juin, les services les plus Ă©minents Ă  la cause de l’ordre et de l’humanitĂ© ; qu’il a montrĂ© le plus grand courage et le plus rare dĂ©vouement ; qu’ensuite il a, pendant trois mois, prodiguĂ© ses soins aux malheureux qu’il avait relevĂ©s sur le champ de bataille, au pĂ©ril de sa vie ; elle connaĂ®t d’ailleurs et apprĂ©cie tous les mĂ©rites et toutes les qualitĂ©s de M. Stuart-Cooper. […] C’est particulièrement par des services rendus dans des ambulances et Ă  l’HĂ´tel-Dieu […] que M. Stuart a mĂ©ritĂ© la dĂ©coration de la LĂ©gion d’honneur. Â» SignĂ© : Rostan (voir Rostan, LĂ©on). Et cet autre, Ă  en-tĂŞte de l’Administration gĂ©nĂ©rale des hĂ´pitaux : « J’ai l’honneur de vous demander la croix de la LĂ©gion d’honneur pour M. le docteur Stuart-Cooper, l’un des mĂ©decins du (ancien) IXe arrondissement, qui s’est le plus signalĂ© par le zèle, les soins empressĂ©s et le dĂ©vouement dont il a fait preuve, souvent au pĂ©ril de sa vie, dans les fatales journĂ©es de juin, […] comme ayant Ă©tĂ© chargĂ© de l’ambulance de la rue de la Colombe Â». Il fut nommĂ© chevalier de la LĂ©gion d’honneur en date du 24 octobre 1849. Il devait mourir peu de temps après. Une note du ministère de l’Instruction publique donne peut-ĂŞtre, en octobre 1849, les raisons de sa mort : « Les fatigues surhumaines que M. Stuart-Cooper eut Ă  supporter et surtout des vĂŞtements mouillĂ©s qu’il dut garder sur sa personne quatre jours et nuits firent dĂ©clarer par la suite une maladie grave dont il est toujours atteint et qui compromet son avenir. Â» On trouve un Eloge de Stuart Cooper par le docteur Blain des Cormiers, dans le Bulletin de la SociĂ©tĂ© anatomique de Paris, 26e annĂ©e (1851), Paris, 1851, ainsi rĂ©digĂ© : « J’ai Ă  vous entretenir quelques instants d’un de nos bons et estimables collègues, trop tĂ´t enlevĂ© Ă  la science et Ă  ses amis. Stuart Cooper Ă©tait en effet un de ces hommes modestes, laborieux, intelligents, hommes d’élite, que l’on est heureux de connaĂ®tre, que l’on regrette de n’avoir pas assez connus ! C’est vous dire, Messieurs, que cette courte notice sera simple et sans prĂ©tentions, comme fut la vie scientifique et privĂ©e du collègue que nous avons perdu. NĂ© Ă  Isla en Ecosse, l’annĂ©e 1804, Stuart Cooper fut, dès son enfance, Ă©prouvĂ© par le malheur : il perdit son père et sa mère. Je n’ai pu me procurer que de très vagues renseignements sur la première partie de sa vie ; il en parlait fort peu lui-mĂŞme, et comme Ă  regret, cette Ă©poque lui rappelant de tristes souvenirs, et des revers qui l’avaient frappĂ© dans la carrière commerciale, pour laquelle il ne se sentait du reste aucune disposition. Ce n’est qu’à la fin de l’annĂ©e 1838, qu’il prend Ă  Paris sa première inscription de mĂ©decine : il avait alors trente-quatre ans. AssurĂ©ment, Messieurs, il faut ĂŞtre douĂ© d’un grand courage et d’une force de volontĂ© peu commune, pour oser, Ă  une Ă©poque de la vie oĂą les hommes sont gĂ©nĂ©ralement tout ce qu’ils doivent ĂŞtre un jour, pour oser, dis-je, entreprendre Ă  cet âge des Ă©tudes longues et pĂ©nibles, et dont le rĂ©sultat est si rempli d’incertitude. C’est prĂ©cisĂ©ment cette Ă©nergie et cette force de volontĂ©, qui distinguaient Stuart Cooper. Il eut du reste, dès son dĂ©but, le bonheur de trouver un appui prĂ©cieux dans l’un des plus illustres professeurs de cette Ă©cole. La bontĂ© toute paternelle de M. Rostan (voir Rostan, LĂ©on), qui avait su apprĂ©cier ses heureuses qualitĂ©s, lui fit prendre en patience les obstacles et les difficultĂ©s que chacun d’entre nous, Ă  des degrĂ©s divers, rencontre Ă  tous les instants. Mais jamais, j’ai hâte de le dire, une plus vive reconnaissance ne rĂ©compensa une protection plus Ă©clairĂ©e. Dans tous ses travaux, dans toutes les circonstances de sa vie, Stuart Cooper rapportait Ă  son maĂ®tre l’honneur de ce qu’il avait fait, et plus encore de ce qu’il comptait faire. Ses succès Ă  l’École Ă©taient en mĂŞme temps pour lui un continuel encouragement. Après les examens les plus brillants, il remporta en 1846 le prix Corvisart. J’ai lu, Messieurs, dans son entier, ce volumineux travail sur l’albuminurie, dont il a reproduit quelques fragments dans sa thèse soutenue le 26 aoĂ»t 1846, et qui est intitulĂ©e : De l’urine des albuminuriques. Ĺ’uvre patiente et laborieuse, oĂą, Ă  cĂ´tĂ© d’observations exactes et minutieuses, Ă  cĂ´tĂ© de savantes recherches chimiques et physiques, se trouvent de nombreuses pages d’une discussion serrĂ©e, brillante, quelquefois mĂŞme Ă©loquente. Avec trop de complaisance peut-ĂŞtre, mais avec toute l’ardeur d’une conviction profonde, il soutient, Ă  l’exclusion de toute autre, la doctrine de son maĂ®tre, et se dĂ©clare pur organiciste : avec trop de vivacitĂ© parfois, il combat les auteurs, mĂŞme Ă©minents, de notre Ă©poque, qui ne partagent pas entièrement cette manière de voir. Un esprit aussi exact et aussi laborieux devait ambitionner l’honneur de partager vos utiles travaux, d’assister Ă  ces sĂ©ances, oĂą en quelques heures nous voyons passer sous nos yeux tant de richesses anatomiques, et de prendre part Ă  vos discussions, qui Ă©clairent tant de points jusque-lĂ  obscurs ou douteux dans la science. En 1845, Stuart Cooper vous prĂ©senta, comme candidat au titre de membre adjoint, diffĂ©rentes pièces d’anatomie pathologique, et des observations qui donnèrent lieu Ă  d’intĂ©ressants dĂ©bats. C’étaient entre autres un cas de carcinome de l’estomac, avec gangrène du foie ; puis un exemple de tubercules de la protubĂ©rance. BientĂ´t après, il Ă©tait nommĂ© membre adjoint de la sociĂ©tĂ© anatomique. Chef de Clinique Ă  l’HĂ´tel-Dieu dans le service de M. Rostan, collaborateur de M. Bouchardat dans un remarquable travail sur l’action physiologique comparĂ©e des chlorure, bromure et iodure de potassium, estimĂ© de ses confrères, aimĂ© de ses maĂ®tres, Stuart Cooper promettait Ă  la science d’utiles travaux ; et, malgrĂ© de rĂ©centes pertes de famille, il commençait Ă  voir s’ouvrir devant lui un avenir heureux, peut-ĂŞtre mĂŞme brillant, quand ses espĂ©rances et celles de ses amis furent cruellement trompĂ©es. Il eut le sort de bien des mĂ©decins distinguĂ©s qui succombent Ă  une affection qu’ils ont longtemps et spĂ©cialement Ă©tudiĂ©e. J’ai entendu Ă©mettre l’opinion que ces faits, si tristes et en mĂŞme temps si singuliers, n’étaient pas seulement dus Ă  une simple coĂŻncidence ; mais que tel Ă©tudiait la phtisie parce qu’il Ă©tait phtisique, tel, les affections carcinomateuses parce qu’il Ă©tait cancĂ©reux, ou, en d’autres termes, le mĂ©decin, prĂ©occupĂ© des premiers symptĂ´mes d’une maladie organique dont il porte en lui le germe, fixerait plus longtemps ses regards sur une affection analogue qu’il voit marcher et progresser dans les autres, et peut-ĂŞtre mĂŞme se bercerait, sans se l’avouer, du vain espoir de dĂ©couvrir Ă  force de travail et de patience un remède au mal qui le tue lentement. Stuart Cooper, lui, quand il Ă©tudiait l’albuminurie, quand il en faisait le dĂ©sespĂ©rant pronostic, Ă©tait loin assurĂ©ment de se douter que bientĂ´t il serait atteint de cette cruelle maladie. Ce fut après les tristes journĂ©es de juin 1848, dans lesquelles il se multiplia pour porter secours aux blessĂ©s ; ce fut après des fatigues sans nombre, après trois jours et trois nuits passĂ©s au froid et Ă  l’humiditĂ©, (causes les plus frĂ©quentes, suivant lui, de l’albuminurie), qu’il commença Ă  Ă©prouver des malaises, puis de la fièvre ; puis, guidĂ© par diffĂ©rents symptĂ´mes, il rĂ©pĂ©ta sur lui-mĂŞme les expĂ©riences si certaines, qu’il avait tant de fois faites sur les autres ; nul doute ne lui resta : il Ă©tait albuminurique. Pendant une longue maladie, au milieu des souffrances les plus cruelles, il espĂ©rait toujours, et faisait encore des projets pour l’avenir ; lorsqu’enfin il succomba, entourĂ© de ses amis, et presque joyeux d’une distinction honorifique qu’il recevait en mourant, et qui rĂ©compensait trop tard son courage et son dĂ©vouement. Â» Stuart-Cooper Ă©tait le gendre du colonel de gĂ©nie DĂ©hon et le beau-frère du capitaine DĂ©hon du 57e de ligne, plus tard chef de bataillon au 39e. Il demeurait boulevard de l’HĂ´pital (ou autrement nommĂ© grande rue d’Austerlitz) Ă  la brasserie Ă©cossaise en 1830-1831 ; 9, rue Saint-Victor en 1838 ; 11, rue Saint-Victor en 1840-1841 ; 158, rue Saint-Antoine en 1842-1843 ; 23, rue Saint-BenoĂ®t en 1849. Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera dĂ©cernĂ©e la Croix de Juillet, instituĂ©e par la loi du 13 dĂ©cembre 1830, sur les rĂ©compenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris DM13 1 ; Archives de Paris VD3 1-2 in dossier Demandes de rĂ©compenses et de secours, et recommandations (1830-1831) ; Archives de Paris VD6 682 n° 3, liste des demandes de rĂ©compenses honorifiques ; Archives de Paris VK3 17, deux feuillets sĂ©parĂ©s de dĂ©corĂ©s de la Croix de Juillet auprès du (ancien) XIIe arrondissement ; Archives de Paris VK3 33 Commission des rĂ©compenses nationales, mairie du (ancien) XIIe arrondissement, le 18 avril 1831, jury pour l’examen des demandes de rĂ©compenses honorifiques, idem Ă©tats nominatifs et listes de noms soumis Ă  la Commission des rĂ©compenses nationales (1830-1831) (XIIe arrondissement ancien), en date du 18 avril 1831 ; Archives de Paris VK3 34, liste de 829 noms, accompagnĂ©s d’observations sur les exploits des impĂ©trants ; Archives nationales F/1dIII/37, Commission des rĂ©compenses nationales, (ancien) XIIe arrondissement, Ă©tat des sommes payĂ©es en dĂ©penses diverses pour le compte de cette Commission, du 8 octobre 1830 au 31 aoĂ»t 1831 par la mairie du (ancien) XIIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des rĂ©compenses nationales, noms des citoyens qui ont mĂ©ritĂ© la dĂ©coration spĂ©ciale, (ancien) XIIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/59 in dossier Killiam Weiss, Charles ; Archives nationales F/1dIII/78 in dossier Weiss, Killiam, Charles ; Archives nationales F/1dIV/S/7. Consulter Ă  la BNF Epigraphie mĂ©dicale, par Blanchard, RaphaĂ«l, chez Asselin et Houzeau, 1909, p. 145 l’épigraphe de Stuart-Cooper, EbĂ©nezer, mĂ©decin, chevalier de la LĂ©gion d’honneur.

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