Suberbie, Mathieu

Biographie


Né à Hiis (Hautes-Pyrénées). On trouve les rapports de police suivant, en date du 23 décembre 1822, dans Le Livre noir de messieurs Delavau et Franchet, ou Répertoire de la police politique sous le ministère déplorable : « Un sieur Suberbie, ancien agent d'affaires, demeurant à Paris, rue Cassette, se trouve depuis quelques mois dans le département des Hautes-Pyrénées, son pays natal, et doit revenir incessamment dans la capitale. Cet homme, connu par l’exaltation de ses opinions, a fait partie de la Société des amis de la liberté de la presse. J’invite M. Hinaux à faire observer avec soin sa conduite et ses relations, immédiatement à son arrivée à Paris. (Le préfet de police.) » Puis en date du 28 décembre 1822 : « Réponse. Nous avons dû nous attacher à connaître les démarches du sieur Suberbie ; mais jusqu’à présent nous n’avons rien pu en savoir, parce que les inspecteurs chargés de ce soin n’ont pu bivouaquer assez longtemps devant la maison qu’il occupe, à cause du froid excessif, et même le sieur Mar..., l’un d’eux, a refusé de continuer cette surveillance, en disant : “Je ne suis pas fait pour ce travail.” Nous savons que le sieur Suberbie possède chez lui, en ce moment, une espèce de proclamation qui est censée venir d’Espagne ; cette proclamation est imprimée en français, sur papier grand in-8°. On y trouve ces passages : “Le roi de France, pupille des alliés, croit-il nous intimider, etc. Ne craignons pas son vil ministère. Honorons la généralité des Français, qui sont nos frères ; mais prouvons-leur que plus qu’eux nous sommes dignes de ce titre sacré de peuple libre, etc., etc.” Telle est, en substance, cette proclamation, ou ce manifeste, que Suberbie dit avoir rapporté de Tarbes, et dont il paraît être le zélé propagateur. Toutefois, il est juste de dire que, jusqu’à présent, on n’en a vu chez lui qu’un seul exemplaire. Suberbie dit avoir la certitude que, si les Français tirent seulement un coup de fusil sur les constitutionnels d’Espagne, ces derniers ont des drapeaux tricolores tout prêts, au moyen desquels il ne leur sera pas difficile d’attirer dans leurs rangs les trois quarts de l’armée française. Suberbie prend la qualification d’agent d’affaires. On a pris le prétexte de lui proposer de suivre une demande en commutation de peine, à quoi il a répondu : “Je m’en chargerais volontiers; mais je serais obligé d’écrire pour avoir la protection de M. Rives, qui est un ultra que j’ai connu à Tarbes, où il avait été placé par l’intrigue de l’abbé de Montesquieu. Les affaires doivent changer incessamment de face, et, si mes lettres étaient trouvées, on me ferait un crime d’avoir demandé quelque chose à un ultra, moi qui suis tout au parti libéral.” Il paraît, sinon évident, au moins très présumable que Suberbie est un agent des révolutionnaires d’Espagne ; et c’est le cas de se rappeler que M. Ruitz, consul d’Espagne à Perpignan, a confié, il y a environ trois mois, à Francisco Bravo, que lui Ruitz avait aussi des correspondants dévoués à Tarbes ; et, circonstance remarquable, Suberbie fit un voyage dans cette dernière ville, où, dit-il, il veut désormais séjourner six mois de l’année à diverses reprises. » Le Constitutionnel, en date du 1e août 1830, rapporta à son sujet le fait suivant, fait qui fut repris dans les mêmes termes par un très grand nombre d’ouvrages : « Dans la journée du 29 [lire le 28, N.D.A.], aussitôt que le détachement de la ligne qui occupait le poste de l’Abbaye eut rendu les armes aux gardes nationaux de la XIe légion, M. Suberbie, l’un d’eux, les fit rafraîchir chez le sieur Dumas, marchand de vin au coin de la rue des Boucheries, ainsi que deux déserteurs qu’on venait de mettre en liberté, et qu’il incorpora dans l’un des détachements de la XIe légion qui marchait à l’attaque des Tuileries. Un Anglais, témoin de l’énergie générale, lui dit : “Monsieur, la bravoure que montrent les Français pour reconquérir leur liberté, fera l’admiration de tous les peuples. – Oui, répond le garde national, et notre prévoyante sagesse après la victoire nous méritera le respect des rois.” » Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) XIe arrondissement, auprès de laquelle il ne réussit pas à les faire valoir. Le 5 avril 1831, il adressait la lettre suivante à la Commission : « Ayant combattu pour la liberté dans les glorieuses journées de juillet 1830, je déposai dès le mois d’août suivant à la mairie de mon arrondissement (ancien XIe), conformément aux ordres publiés par l’autorité deux pièces constant que le 28 juillet, je concourus au désarmement du poste de l’Abbaye et que je ramenai plusieurs gardes nationaux au feu contre la préfecture de police ; que le lendemain 29, je soutins la fusillade avec d’autres sur le pont des Arts, contre les Suisses du Louvre et à la prise des Tuileries, où j’eus mon chapeau percé d’une balle et enfin le 28 un Anglais, témoin de l’énergie générale m’ayant dit “Monsieur, la bravoure que montrent les Français pour reconquérir leur liberté fera l’admiration de tous les peuples ; oui, lui répondis-je, et notre prévoyante sagesse après la victoire nous méritera le respect des rois” ; c’est-à-dire que nous combattions pour placer le duc d’Orléans sur le trône, comme le meilleur garant des nos liberté et de la paix. Ces pièces furent remises par la mairie à M. Plougoulm, avocat, qui a fait partie de la Commission et qui est resté chargé par l’autorité de rédiger une notice historique de ces mémorables événements. Je joins ici un certificat de M. Plougoulm, qui constate tous ces faits à l’exception d’une réponse à l’Anglais, qu’il a oublié mais qui fut rapportée dans le Constitutionnel du 1er août avec une erreur de date d’un jour. La loi sur les récompenses nationales accordant la médaille à tous ceux qui ont pris une part active à la victoire de Juillet et la décoration spéciale à ceux qui s’y sont distingués, je réclamai en décembre la médaille, que je coirs avoir méritée et je fis remarquer que mes opinions politiques et deux brochures dont une est ci-jointe m’avaient attiré les persécutions de la police Delavau, ainsi qu’il résulte du fameux livre, tome 4, pages 206 à 209 (voir plus haut, N.D.A.), et que ma réponse à l’Anglais publiée par le Constitutionnel du 1er août et répétée par les journaux anglais et belges avait gagné à la révolution de Juillet des millions d’hommes qui, au lieu de craindre l’anarchie populaire, entrevirent une nouvelle monarchie constitutionnelle. En janvier, je reçus un billet par lequel on m’invitait à me rendre à une espèce de comité d’enquête qui se tenait à l’Hôtel de ville. Là, après m’avoir fait exposer ma conduite dans les journées des 28 et 29, on m’objecta premièrement que c’était la Xe légion de la garde nationale qui avait fait rendre les armes au poste de l’Abbaye, à quoi je répliquai que ce poste se trouvant sur les limites des (anciens) Xe et XIe arrondissements, il n’était pas étonnant qu’il y eut des gardes nationaux des deux légions, surtout les voisins comme moi et qu’au surplus je prouvais par des témoins de visu établis dans le quartier que non seulement j’y étais mais que j’avais fait rafraîchir chez le sieur Dumas marchand de vins plusieurs des soldats qui venaient de rendre les armes ainsi que deux militaires prisonniers qu’on venait d’élargir et que j’incorporai de suite dans un détachement d’étudiants et d’ouvriers qui marchaient au combat en ce moment. Deuxièmement sur mon assertion que j’avais vu avec plaisir arborer le drapeau tricolore au haut du belvédère qui surmonte l’horloge du Louvre pendant que les Suisses tiraient encore sur nous par les croisées de la façade méridionale, on me dit que je ne pouvais voir du pont des Arts le belvédère en question. Cependant il est certain qu’on l’aperçoit depuis l’Institut jusqu’au milieu du pont. Troisièmement, m’ayant demandé si j’avais vu tirer le canon à mitraille sur l’Institut, je répondis que non et qu’il devait avoir été tiré avant mon arrivée, vers 1 heure ou 1 heure et demie, puisque je n’avais pas quitté le pont des Arts qu’après la retraite des Suisses du Louvre sur les Tuileries qui eut lieu dix minutes après que nous eûmes aperçu le drapeau tricolore au belvédère, retraite dans laquelle nous les poursuivîmes. Depuis lors n’ayant plus entendu parler de rien, j’ignore entièrement ce qui a été décidé à mon égard. J’espère qu’on m’aura porté pour avoir la médaille, conformément à la loi […]. » Il joignait à sa demande le certificat délivré par Plougoulm. Il n’apparaît sur aucune des listes de décorés. Il est l’auteur de Observations sur la nécessité de doubler le nombre des députés, et de déclarer éligibles les membres des collèges électoraux, sur celle d’une nouvelle répartition de la contribution foncière, comme seul moyen d’accorder aux départements surchargés, les dégrèvements auxquels ils ont droit, sans porter atteinte à la loi des élections ; et enfin sur la réorganisation des perceptions, parues chez Porthmann, 43, rue Sainte-Anne en 1819. Il était chasseur à la 1re compagnie du 3e bataillon de la XIe légion de la garde nationale en 1831. Il demeurait 7, rue de Tournon en 1831. Le Livre noir de messieurs Delavau et Franchet, ou Répertoire de la police politique sous le ministère déplorable, Paris, Moutardier, 1829, volume 4, p. 206-209 ; Le Constitutionnel, 1er août 1830 ; Le Réveil du lion ou Paris dans les immortelles journées des 27, 28 et 29 juillet 1830 ; précis des événements, heure par heure… suivi d’un chant triomphal… par un patriote de 89, Paris, Lerosey, 1830, p. 217-218 ; Histoire de la révolution de 1830 et des nouvelles barricades, par F. Rossignol et J. Pharaon, Paris, chez Vimont, Levavasseur et Urbain-Canel, 1830, Nom des personnes qui se sont distinguées dans les mémorables journées p. 276 ; Souvenir glorieux du Parisien, précis historique des journées des 26, 27, 28, 29, 30 et 31 juillet 1830, par P. G. Prosper L***, nouvelle édition revue et augmentée, Paris, chez l’auteur, place Saint-André-des-Arts, n° 26 et chez les principaux libraires, p. 114 (sous le nom de Suberpie) ; Révolution mémorable des journées des 27, 28 et 29 juillet 1830, Cousin d’Avalon, Paris, Stahl, imprimeur-libraire, quai des Augustins, n° 9, p. 82-83 ; Histoire de la révolution de Paris depuis le 26 juillet jusqu’au 31 août 1830, Paris, chez Philippe libraire, rue Dauphine, 20, 1830, p. 182-183 ; Souvenir glorieux du Parisien, précis historique des journées des 26, 27, 28, 29, 30 et 31 juillet 1830, par P. G. Prosper L***, nouvelle édition revue et augmentée, Paris, chez l’auteur, place Saint-André-des-Arts, n° 26 et chez les principaux libraires, p. 92-93 ; Histoire de la révolution de 1830 et des nouvelles barricades, par F. Rossignol et J. Pharaon, Paris, chez Vimont, Levavasseur et Urbain-Canel, 1830, p. 363-364 ; Evénements de Paris des 26, 27, 28 et 29 juillet 1830, par plusieurs témoins oculaires, cinquième édition, Paris, Audot libraire, 1830, p. 181-182 ; La Quinzaine mémorable. Evénements arrivés à Paris du 26 juillet au 9 août 1830, avec la nouvelle charte constitutionnelle adoptée le 7 août ; ouvrage dans lequel on trouvera de nombreux faits avérés mais peu connus, Simon Blocquel, Paris, Delarue, s.d., p. 79-80 ; Archives de Paris, VD6 631 n° 1. Voir celui qui signe un certificat pour Carrette, Louis ? idem il y a un Suberbie in Archives de la préfecture de police AA 407 in dossier Pérot, Louis, Nicolas, qui signe, le 17 octobre 1831, le certificat suivant en faveur de Pérot, Louis, Nicolas : « Les soussignés certifient que le sieur Pérot, Louis, Nicolas, natif d’Uzay, département du Cher, crieur de papiers publics, demeurant à Paris, rue de la Vieille-Draperie n° 12, s’est montré dans les journées de juillet 1830, en venant de La Villette le 28 au soir il a assisté à la prise de l’Hôtel de ville. Il a pareillement pris part à la prise du Louvre et des Tuileries. Le 29 environ à midi il a escorté jusqu’à illisible rue des Prêtres une petite cassette provenant des Tuileries, destinée à être transférée à l’Hôtel de ville. De là, retourné au château […]. »

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