Sully, Charles

Biographie


Né le 3 décembre 1798 à Lambeth (Angleterre). Relieur. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) IIe arrondissement. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) IIe arrondissement. Si la loi du 13 décembre 1830 instaura les récompenses de Juillet, une ordonnance, en date du 30 avril 1831, voulut changer les règles de la distribution et stipuler, entre autres, que la Croix de Juillet porterait gravée la légende Donné par le roi des Français, que la couleur du ruban serait bleue avec des lisérés rouges et que les citoyens décorés de la Croix de Juillet prêteraient serment de fidélité au roi des Français, et d’obéissance à la charte constitutionnelle et aux lois du royaume. Cette nouvelle ordonnance souleva des protestations chez les décorés de Juillet. Ces derniers trouvaient en effet cocasse de prêter serment à un roi qui, lui, n’avait pas combattu sur les barricades ! Et le journal la Révolution de demander : « Que parlez-vous donc de serment à des gens qui vous ont fait ce que vous êtes, et qui seraient plutôt en droit de vous demander compte de vos promesses...? » Alexandre Dumas, quant à lui, dans ses Mémoires, ajoutait la précision suivante : « Le droit acquis à la place de Grève, au Louvre et à la caserne de Babylone, est antérieur à tous autres droits : on ne peut, sans tomber dans l’absurde, supposer la décoration donnée par un roi qui n’existait point à cette époque, et pour la personne duquel, nous l’avouons hautement, nous ne nous battions point alors. » Une réunion eut lieu, à ce sujet, le 6 mai 1831, dans la salle de la Grande Chaumière, passage du Saumon, qui réunit un millier de décorés. Elle fut présidée par Garnier-Pagès (voir Garnier dit Pagès, Etienne, Joseph, Louis), avocat et qui représentait le (ancien) VIIe arrondissement. Avec au bureau : Lamoure (voir Lamoure, Auguste), représentant le (ancien) Ier arrondissement ; Arago (voir Arago, Etienne, Vincent), représentant le (ancien) IIe arrondissement ; Trélat (voir Trélat, Ulysse), représentant le (ancien) IIIe arrondissement ; Moussette (voir Moussette, Paul, Benoît), représentant le (ancien) IVe arrondissement ; Higonet (voir Higonet, Guillaume, Philippe, Joseph), représentant le (ancien) Ve arrondissement ; Bastide (voir Bastide, Jules), représentant le (ancien) VIe arrondissement ; Garnier-Pagès (voir Garnier dit Pagès, Etienne, Joseph, Louis), représentant le (ancien) VIIe arrondissement ; Villeret (voir Villeret, Antoine, Médéric ), représentant le (ancien) VIIIe arrondissement ; Gréau (voir Gréau, Anne, Louis), représentant le (ancien) IXe arrondissement ; Cavaignac (voir Cavaignac, Godefroy, Jacques, Eléonore), représentant le (ancien) Xe arrondissement ; Raspail (voir Raspail, François, Vincent), représentant le (ancien) XIe arrondissement ; Bavoux (voir Bavoux, François, Nicolas), représentant le (ancien) XIIe arrondissement ; Geibel (voir Geibel, Antoine, Benoit), représentant le (ancien) XIIIe arrondissement (arrondissement de Saint-Denis) ; Dumas (voir Dumas, Alexandre), représentant le (ancien) XIVe arrondissement (arrondissement de Sceaux). Voici comment Le Constitutionnel, du 7 mai 1831, rapporta le déroulement de cette réunion : « Les citoyens désignés pour la décoration de Juillet avaient été invités à se rendre aujourd’hui à la Grande-Chaumière, passage du Saumon, pour délibérer sur plusieurs questions relatives aux dispositions de l’ordonnance du 30 avril, qui détermine la couleur du ruban, décide que ces mots donné par le roi seront inscrits sur la décoration et prescrit un serment aux citoyens désignés. La réunion était très nombreuse. Un projet de résolution a été mis aux voix, article par article, et adopté sans discussion et sans réclamation. Voici l’acte proposé à l’approbation de l’assemblée : “Considérant que le serment en France ne peut être demandé que par une loi ; que nul article de la loi du 13 décembre 1830, qui a institué la décoration de Juillet, ne prescrit de serment ; que reconnaître au gouvernement le droit d’imposer une condition quelconque en dehors de la loi du 13 décembre 1830 ce serait lui reconnaître celui de modifier arbitrairement cette loi, et par conséquence de refuser les décorations acquises ou d’en distribuer de nouvelles sans le concours de la Commission ; que le roi, comme représentant de la nation, peut remettre aux décorés de Juillet, qui alors la recevraient de sa main, l’étoile qu’ils doivent porter mais que rien de l’autorise à la donner en son nom ; que ces mots donné par le roi, changeraient la nature de la récompense, qui cesserait d’être une récompense nationale, pour devenir une faveur royale ; que les faits à raison desquels la décoration a été instituée sont antérieurs à l’existence même du gouvernement du roi ; que le seul serment à exiger, en ce cas, serait celui de fidélité aux principes qui ont mis les armes à la main et valu la décoration nationale. Par ces motifs, les citoyens présents à la délibération s’engagent à ne pas se soumettre à la condition du serment, qu’ils considèrent comme illégale. Ils s’engagent, en outre, à porter immédiatement, après la décision prise par l’assemblée, la décoration spéciale, telle qu’elle a été fabriquée sur le modèle donné par la Commission.” La commission qui avait rédigé cette déclaration étant d’avis qu’il ne convenait pas à des citoyens, surtout à des citoyens de Juillet, d’attacher de l’importance à la couleur d’un ruban, le premier article a été adopté à la presque unanimité. Sur la question de l’inscription Donné par le roi, il a été clairement expliqué qu’il ne pouvait être dans la pensée d’aucun des patriotes de Juillet de refuser la décoration de la main du roi, et que la résolution n’était proposée que dans l’intérêt des principes et de la loi. La troisième question, celle du serment, a été résolue pour des motifs semblables. L’ordre le plus parfait a été observé dans cette délibération. Parmi cette élite des patriotes de Juillet, plusieurs portaient des marques glorieuses de leur courage. On a distingué avec intérêt un vieux citoyen (voir Decombis, Antoine) blessé une première fois, le 14 juillet 1789, devant la Bastille, et blessé de nouveau, le 28 juillet 1830, devant l’Hôtel de ville. Il avait obtenu la médaille commémorative de la victoire du 14 juillet 1789. Toute l’assemblée s’est empressée de rendre honneur à ce vétéran de la liberté. La séance levée, plusieurs des assistants se sont empressés de se séparer du ruban bleu bordé de rouge. Une quête a été faite au profit des détenus politiques. » Il fut cependant l’un des signataires (voir la liste des signataires à Fribourg, François) de la pétition suivante, qui protestait contre les différentes contestations qui repoussaient les délais de remise des décorations : « Sire, les combattants de Juillet s’attendent depuis longtemps à voir briller sur leur poitrine un signe de liberté et d’honneur. La Commission des récompenses nationales avait arrêté le modèle des décorations et même le ruban, il était rouge avec deux raies noires. Elle avait voulu sans doute, par un signe perpétuel de deuil, rappeler le souvenir de nos braves camarades qui ont succombé dans la glorieuse lutte de la liberté contre le despotisme. Cette décision a reçu son exécution, la croix et le ruban ont été fabriqués et, la Commission ayant terminé son travail, rien ne s’oppose à ce que les décorations soient distribuées dans les premiers jours de mai et que cette distribution soit l’épisode le plus glorieux de la fête de Votre Majesté. Mais, Sire, il n’en n’est pas ainsi : on croit aujourd’hui devoir ôter de la décoration les mots qui la caractérisent, la date de nos immortelles journées, changer la couleur du ruban et prolonger ainsi indéfiniment l’exécution des promesses sacrées. Les blessés et tous les combattants de Juillet sont persuadés, Sire, que vous ignorez ces misérables tracasseries et que jamais vous n’avez eu l’intention de déprécier une récompense acquise au prix de leur sang et d’empoisonner ainsi la joie qu’ils éprouvent de recevoir de votre main un signe si glorieux. Ils vous supplient, Sire, de donner des ordres pour que rien ne soit changé aux dispositions arrêtées par la Commission et déjà exécutées et de fixer le jour le plus prochain pour cette distribution. Ils sont, Sire, de Votre Majesté, les très fidèles sujets. » En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut, auprès de la mairie du (ancien) IIe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. Dans Bulletin mensuel Quintes-feuilles, on trouve la mention d’une cote des Archives de la préfecture de police, DA230, dans laquelle est fait mention d’un rapport de police, au sujet duquel on doit bien-sûr émettre bien des réserves et qui relate la surveillance d’un club des cochons, constitué de trente membres, tous sodomites, et ainsi rédigé, en date du 5 avril 1832 : « De soi-disant républicains parmi lesquels : Wabre, Pierre, Jules, rue Fontaine-au-Roi n° 4, Borel, Petrus, même adresse, Borel, Francisque (voir ce nom), employé à la compagnie générale des sépultures, rue Saint-Marc-Feydeau n° 18, Bouchardy, graveur sur métaux, Delabrunie, Gérard, élève en médecine, Duseigneur frères, l’un sculpteur et l’autre architecte, Broclet, Léon, vérificateur en bâtiment et Sully, anglais, relieur en livre et décoré de juillet ont fondé une réunion nommée le club des cochons qui se comporte d’environ trente individus. On les dit déterminés et tous armés de poignards. Ils ont adopté des sobriquets depuis une échauffourée qu’ils ont faite passage Choiseul, et sont signalés comme sodomistes (sic). Le chef de la 2e Division prie son collègue chef de la police municipale de faire surveiller ces individus afin de découvrir le lieu où il se réunissent. » Dans une précision mais rayée du texte définitif le chef de la 2e division ajoutait que « les membres de cette société […] ont presque tous été consignés dans un opuscule en vers de l’un d’eux, Petrus Borel, intitulé Rapsodies. » On trouve dans La Sociale en Amérique, dictionnaire biographique du mouvement social francophone aux Etats-Unis, la notice biographique suivante le concernant : « Ouvrier relieur, Charles Sully vivait en exil à Londres en 1844-1845. Sans doute avait-il été membre des sociétés secrètes, puisqu’il inclinait au départ vers le néobabouvisme. Il adhéra à l’association internationale des Democratic Friends of All Nations fondée à Londres en 1844, qui regroupait des owenistes et des chartistes anglais, ainsi que des exilés de divers pays d’Europe. En juin 1847, il adressa au Populaire une lettre dans laquelle il annonçait la formation à Londres d’un Comité communiste chargé d’aider Cabet dans son projet d’émigration : “Une émigration communiste en Amérique est depuis plusieurs années l’objet de mes études ; car depuis trois ans, je me suis convaincu que c’est le vrai moyen de salut pour notre race et la seule possibilité d’établir la Communauté.” Ce fut Sully qui rencontra, le premier, Robert Owen pour le prévenir des projets de Cabet et qui organisa leurs rencontres en septembre et décembre 1847. Robert Owen mit Cabet en relation avec Peters, un concessionnaire de terres au Texas qui demeurait à Cincinnati (Ohio). Charles Sully fut alors chargé par Cabet de partir en éclaireur aux Etats-Unis afin de reconnaître dès septembre le lieu choisi pour installer la colonie d’Icarie. A son arrivée à La Nouvelle-Orléans (Louisiane), qui fut annoncée par le Populaire daté du 16 mars 1848, Charles Sully trouva dans cette ville neuf personnes au total qui se réclamaient de la doctrine de Cabet. Lorsqu’il se mit en route pour gagner le site d’Icarie, il s’aperçut que la Rivière rouge n’était pas navigable en amont de Shreveport (Louisiane). De cette ville, il écrivit pourtant à Cabet le 19 février (lettre publiée dans le Populaire, dès réception à Paris, le 27 avril) : “[…] Je puis vous dire que tout ce que j’ai pu voir et entendre m’affermit dans l’idée que la place au monde la plus propice pour fonder notre Icarie, est là où nous avons espéré la trouver.” Il acheta alors de sa propre initiative un vaste terrain à Sulphur Prairie (Texas) jugé mieux adapté à une implantation provisoire. Mais lors de l’arrivée de la première avant-garde emmenée par Gouhennant, il ne sut pas se montrer suffisamment convaincant pour persuader les membres du groupe de s’y installer dans un premier temps. Cabet lui imputa en partie l’échec dramatique des Icariens au Texas. Lors du procès en escroquerie qui lui fut intenté à Paris par plusieurs icariens, il déclara en effet avoir été trompé par Sully (et d’autres). Il semblerait que Charles Sully soit resté aux Etats-Unis puis qu’il fit paraître quelques années plus tard à New York un petit ouvrage en anglais prônant l’association. » L’ouvrage donne les références biographiques suivantes : Le Populaire, 4 juillet 1847 ; Le Populaire, 14 novembre 1847 ; Le Populaire, 18 janvier 1848 ; Le Populaire, 16 mars 1848 ; Le Populaire, 1er janvier 1849 ; Icarie et son fondateur Etienne Cabet, Jules Prudhommeaux, Paris, Dornély et cie, 1907, pp. 224, 232-233, 260 ; De Buonarroti à Bakounine, Arthur Lehning, Paris, Champ libre, 1977 ; Les Communistes in East Texas (The Cabetists), Harry F. Wade, East Texas Historical Journal, vol. 24, n° 1 (1986), p. 15-26 ; Les Icariens : The Utopian Dream in Europe and America, Robert P. Sutton, Urbana University of Illinois Press, 1994, passim. Sully demeurait 14, rue Rochechouart en 1831. Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la Croix de Juillet du (ancien) IIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/34, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) IIr arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) IIe arrondissement ; Le Constitutionnel, 7 mai 1831 ; Mes Mémoires, Alexandre Dumas, huitième série, nouvelle édition, Paris chez Lévy frères, 1869, pp. 162-166 ; Archives nationales F/9/1154 Protestations ; Bulletin mensuel Quintes-feuilles décembre 2013 n° 12 ; La Sociale en Amérique, dictionnaire biographique du mouvement social francophone aux Etats-Unis, Michel Cordillot, Editions de l’Atelier, pp. 402-403.

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