Tanier, Charles, Georges

Biographie


Né en 1810 à Paris. Il est répertorié (sous le numéro 1135 et sous le nom de Tanier, Charles, Georges) dans la liste des demandes de récompenses honorifiques posées auprès de la mairie du (ancien) XIIe arrondissement, après la révolution. Il fut nommé sous-officier, sur proposition de la Commission des récompenses nationales et affecté à l’Ecole de cavalerie de Saumur. Le 21 janvier 1831, depuis l’Ecole de cavalerie de Saumur, où il était entré élève, il adressait la lettre suivante à la Commission des récompenses nationales : « Je suis âgé de vingt ans, fils de Tanier, capitaine de cavalerie, aide-de-camp du maréchal Brune. J’étais employé dans le commerce de la soierie à Paris et je logeais chez Mme Georges Tanier, ma mère, rue du Cadran, n° 50. Le 27 juillet, vers les 4 heures, passant avec mon tuteur, M. Gavoty, rue Mauconseil n° 31 (adresse relue), sur la place de la Bourse, nous vîmes étendu à cinquante pas du poste des gendarmes le cadavre d’un homme très replet, taille de cinq pieds environ, pantalon de toile grise, veste couleur carmélite, qui venait d’y être apporté, assassiné par le feu de la troupe. A cette vue, je partageai l’indignation générale. Il fut convenu avec mon tuteur que, si le mouvement continuait le lendemain, il me donnerait des armes. Le 28, à 9 heures, j’étais chez lui. M. Guéry me donna son fusil de munition. M. David, son autre locataire, des balles provenant de la fonte des plombs de chasse et mon tuteur de la poudre, environ une demi-livre. M. Dumus, corroyeur rue Beaurepaire, M. Ruves, aussi corroyeur cul-de-sac des Anglaises, tous deux anciens soldats, me firent des cartouches. J’en avais plus de vingt et je partis pour la place des Petits-Pères, lieu indiqué pour la réunion des gardes nationaux. Je trouvai là M. Lévêque, garde national, voisin de mon tuteur, demeurant rue Mauconseil n° 33. Un bataillon de la ligne arrivant de la place Vendôme par la rue des Petits-Champs, nous dûmes craindre d’être cernés et nous nous repliâmes rue des Prouvaires, où nous fûmes arrêtés par le 15e léger, qui d’abord ne fit aucun acte d’hostilité ; ce qui nous encouragea à fraterniser mais bientôt le commandant, craignant la défection de ses troupes, nous intima l’ordre de nous retirer et, sans autre réponse de notre part, fit faire feu sur nous. Sentant notre faiblesse sous le rapport du nombre et de la discipline, nous nous dispersâmes dans la rue Saint-Honoré à droite et à gauche. Ce fut dans cette rue que j’eus le bonheur de sauver la vie à un malheureux blessé, qui avait reçu une balle morte dans le creux de l’estomac et le poignet fracassé. Aidé d’un sergent-major de la garde nationale, revêtu de son uniforme, je le transporte dans la maison d’un marchand de vins, où nous lui prodiguâmes les premiers secours. De là nous prîmes position dans les comptoirs du marché à la volaille, d’où nous fîmes un feu nourri sur la ligne qui voulait nous débusquer, lorsque manquant de munitions, elle fut obligée de rétrograder, nous nous dirigeâmes vers le marché des Innocents, d’où nous fûmes repoussés par plusieurs compagnies de la garde royale et de Suisses. Vers les 2 heures et demie, nous remontions la rue Montmartre, quand, au coin de la rue des Fossés-Montmartre, nous nous trouvâmes en présence d’un bataillon de la ligne, qui arrivait de la place des Victoires et derrière nous les compagnies dont j’ai déjà parlé. Mon tuteur, qui suivait le mouvement, me trouvant dans cette position, me fit retirer dans le passage. Les pavés chassèrent les compagnies de la garde, le bataillon fut obligé de battre en retraite. Je le suivis et lâchai mon dernier coup de fusil à trente pas environ. Mes munitions étant épuisées, je rentrai chez ma mère, qui demeure en face. Je sortis bientôt après et au coin du boulevard Montmartre, deux hommes portant un panier long plein de cartouches m’en remirent. Je me portai alors boulevard Poissonnière, faisant face à la porte Saint-Denis, où je tirai quelques coups de fusil. Le lendemain, je me portai à la barricade de la rue Saint-Honoré puis à celle de la cour des Fontaines. Vers 2 heures et demie, mes munitions épuisées et rendu de fatigue et de besoin, je rentrai chez ma mère. M. le duc de Valmy, qui avait beaucoup connu mon père, instruit de ma conduite, me fit appeler, m’engagea à prendre du service et m’ouvrit de suite les portes de l’Ecole de cavalerie de Saumur, où je suis engagé depuis le 10 décembre. J’avais été nommé caporal dans la 2e compagnie de grenadiers du 1er bataillon de la IIIe légion, capitaine Cuottonrainville illisible, et capitaine en second M. Guillou, rue du Sentier, n° 24, de qui j’allai prendre congé avant mon départ. Il me témoigna le regret de ne pas avoir connu plus tôt ma détermination car il m’eût fait obtenir une sous-lieutenance. Il m’invita à réclamer ; j’avais promis à M. le duc de partir, je remplis ma promesse, laissant à mon tuteur le soin de faire valoir mes droits, ce qu’il a fait par un certificat déposé entre les mains de M. Lavocat, l’un des membres de la Commission, mais il n’a pas toujours été avec moi dans les journées mémorables et j’ai cru devoir vous donner les détails que vous venez de lire et que je déclare sur l’honneur être de la plus exacte vérité. Si vous trouvez quelque mérite dans ma conduite, je vous prie de m’accorder la récompense nationale, à laquelle je crois avoir droit, et le grade de sous-officier de cavalerie. » Le 29 janvier 1831, son tuteur, Gavoty, demeurant 71, rue Mauconseil (adresse relue), adressait la lettre suivante à Delestre fils, membre du jury des Récompenses nationales et demeurant 350, rue Saint-Jacques : « Lorsque je me présentai comme tuteur de Georges Tanier à la Commission des récompenses nationales, vous eûtes la complaisance de m’autoriser à vous porter chez vous le récit de sa conduite dans les trois journées, écrit par lui-même, attendu sa présence à Saumur. J’ai eu cet honneur il y a six jours ; vous eûtes alors la bonté de m’assurer de votre bienveillance à son égard. L’accueil favorable que je reçus devrait me donner la hardiesse d’aller rappeler à votre mémoire la demande si juste de mon pupille, les convenances mêmes m’en font un devoir mais elles m’imposent aussi la loi de ne pas interrompre les artistes dans leurs études : une visite importune peut lui faire perdre la plus belle des inspirations. C’est pour ce seul motif que je prends la liberté de vous prier par la présente de vouloir bien continuer de vous intéresser à Georges Tanier. » On trouve aussi dans son dossier une lettre de remerciement (sans doute adressé aussi à Delestre) dans laquelle il expliquait qu’« ayant embrassé la carrière militaire par suite des événements qui nous ont rendu un régime si juste », le grade allait lui ouvrir « une belle carrière, en me la rendant plus facile dans les commencements » et le jugeait comme « une belle récompense que m’aurait valu le simple devoir de tout bon citoyen ». Le jury de la Commission des récompenses nationales, chargé d’examiner les droits de chacun à une récompense, se prononça, dans sa séance du 19 janvier 1831, pour la suspension de toute décision en attendant de plus amples renseignements, puis, dans sa séance du 25 janvier 1831, à trois voix pour la croix, cinq voix pour la médaille et aucune voix pour une mention. Il reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) XIIe arrondissement (par erreur sous le nom de Taniez, Charles, Georges sur les listes du Bulletin des lois et sur celles du Moniteur universel). En 1830, il était élève à l’Ecole de cavalerie de Saumur, sous les ordres de Vernon (mais lequel ?). Il demeurait chez son tuteur, 31, rue Mauconseil en 1831. Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Archives de Paris VD6 639 n° 5, liste générale alphabétique (sous le nom de Tanier, Charles, Georges) ; Archives de Paris VD6 682 n° 3 ; Archives de Paris VD6 682 n° 3, liste des demandes de récompenses honorifiques ; Archives de Paris VK3 33 Commission des récompenses nationales, mairie du (ancien) XIIe arrondissement, le 19 janvier 1831 et 25 janvier 1831, jury pour l’examen des demandes de récompenses honorifiques, idem états nominatifs et listes de noms soumis à la Commission des récompenses nationales (1830-1831) (XIIe arrondissement ancien), en date du 18 janvier 1831 ; Archives de Paris VK3 34, liste de 829 noms, accompagnés d’observations sur les exploits des impétrants (où il est indiqué Voir le procès-verbal du 25 janvier fin de la séance) ; Archives de Paris VK3 45 in dossier Gavoty ; Archives de Paris VK3 53 ; Archives de Paris VD3 1-2 in dossier Demandes de récompenses et de secours, et recommandations (1830-1831) ; Archives nationales F/1dIII/33, Commission des récompenses nationales, liste générale de présentation et de nomination de sous-officiers ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) XIIe arrondissement.

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