Taschereau, Jules, Antoine
Biographie
Né le 19 décembre 1801 à Tours (Indre-et-Loire). Homme de lettres. En juillet 1830, il était secrétaire du député Odillon-Barrot. Dans le récapitulatif que rédigea Barthe, Charles, Laurent, Emile (voir ce nom) sur sa conduite pendant les trois journées de Juillet, afin de faire valoir ses droits à une récompense honorifique, ce dernier nous apprend que Taschereau « lui prêta un fourniment de garde national ». Dans le dossier présenté par Bessas-Lamegie, Auguste (voir ce nom), en 1831, pour obtenir la Légion d’honneur, on trouve les indications suivantes concernant Taschereau : « […] Le mardi 27, il [Bessas-Lamegie ] fit également partie du comité tenu chez M. Taschereau, où l’on adopta des mesures de résistance et où l’on arrêta l’organisation d’une presse clandestine […]. » On trouve quelques traces de sa participation dans le récit que fit Laty, Louis de sa propre participation aux combats ; le passage le concernant était ainsi rédigé : « […] Ce ne fut pas sans une émotion profonde, sans le sentiment de la plus noble fierté que le jeudi [29 juillet, N.D.A.], en compagnie de M. Jules Taschereau et de M. Doublet [caissier au National, N.D.A.], traversant toutes les rues qui conduisent à l’Hôtel de ville, je pus m’écrier dans l’admiration de tant de probité au milieu d’un si grand tumulte : la plus belle révolution de monde est consommée, Paris en fait le précieux don à l’Histoire, j’y ai coopéré. Les acclamations nous accompagnaient sur toute la route parce que M. Taschereau, en passant chez M. Teste, libraire, place de la Bourse, s’y était revêtu partie du manuscrit brûlée la vieille armée ; le peuple reconnaissait en lui partie du manuscrit brûlée la gloire, il tressaillait de joie et d’espérance […]. » Alexandre Dumas fut un des tout premiers combattants de la révolution de Juillet. Il en laissa un récit impartial et bien renseigné, dans lequel il tient Taschereau pour un des principaux artisans de la révolution, et selon les propres termes de Dumas « un faussaire sublime », ce qui ne manque pas de laisser songeur sur la suite de la carrière de Taschereau. Nous empruntons à ses Mémoires, son témoignage concernant Taschereau : « Nous allâmes au National. Taschereau était en train d’y faire un faux sublime ; il créait, avec Charles Teste (voir Teste, Charles, Antoine) et Béranger (voir Béranger, Pierre, Jean), un gouvernement provisoire composé de La Fayette, de Gérard et du duc de Choiseul. Il faisait plus : il rédigeait une proclamation qu’il signait de leurs trois noms. Il avait d’abord choisi, comme troisième membre du gouvernement, Labbey de Pompières ; mais Béranger avait fait effacer ce dernier nom pour y substituer celui du duc de Choiseul. Ainsi, Béranger, après avoir préparé la révolution par ses chansons, y prenait une part active de sa personne. On verra bientôt que c’était surtout par lui qu’elle allait arriver à son dénouement. Le lendemain, la liste du gouvernement provisoire devait être affichée sur tous les murs de Paris, et la première proclamation de ce gouvernement devait paraître dans Le Constitutionnel. Il va sans dire que le brave Constitutionnel était de bonne foi, et qu’il tenait pour de réelles et valables signatures les trois essais calligraphiques de Taschereau. [et le 29 juillet après le rassemblement de la place de l’Odéon et qu’une des colonnes était dirigée vers l’attaque du Louvre] Ah ! n’oublions pas de dire qu’à tous les angles de rue, j’avais vu affichée la nomination du gouvernement provisoire, et la proclamation de MM. La Fayette, Gérard et de Choiseul appelant le peuple aux armes.
Quel singulier effet cela eût produit à ces trois messieurs, s’ils eussent été à ma place, et s’ils eussent lu ce que je lisais ! » Dumas cite aussi le nom de Taschereau parmi ceux des combattants qui ont le plus contribué à la victoire de Juillet : « Ceux qui ont fait la révolution de 1830, ce sont ceux que j’ai vus à l’œuvre, et qui m’y ont vu ; ceux qui entraient au Louvre et aux Tuileries par les grilles rompues et les fenêtres brisées ; c’est, hélas ! – qu’on nous pardonne cette funèbre exclamation, la plupart d’entre eux sont morts, prisonniers, exilés aujourd’hui ! – c’est Godefroy Cavaignac, c’est Baude, c’est Degousée, c’est Higonnet, c’est Grouvelle, c’est Coste, Guinard, Charras, Etienne Arago, Lothon, Millotte, d’Hostel, Chalas, Gauja, Baduel, Bixio, Goudchaux, Bastide, les trois frères Lebon Olympiade, Charles et Napoléon, le premier tué, les deux autres blessés à l’attaque du Louvre –, Joubert, Charles Teste, Taschereau, Béranger... Je demande pardon à ceux que je ne nomme pas et que j’oublie ; je demande pardon aussi à quelques-uns de ceux que je nomme, et qui aimeraient peut-être autant ne pas être nommés. Ceux qui ont fait la révolution de 1830 c’est cette jeunesse ardente du prolétariat héroïque qui allume l’incendie, il est vrai, mais qui l’éteint avec son sang ; ce sont ces hommes du peuple qu’on écarte quand l’œuvre est achevée, et qui, mourant de faim, après avoir monté la garde à la porte du Trésor, se haussent sur leurs pieds nus pour voir, de la rue, les convives parasites du pouvoir, admis, à leur détriment, à la curée des charges, au festin des places, au partage des honneurs. » Boulée, dans son Histoire de France pendant la dernière année de la Restauration, relate de la même manière comment Taschereau rédigea, le 28 juillet, une proclamation inventée de toute part : « Quelques promoteurs de la rébellion, soit pour précipiter le mouvement insurrectionnel, soit pour ne pas livrer le peuple à l’incertitude de sa position, avaient imaginé d’annoncer par des placards l’installation d'un gouvernement provisoire composé des généraux Lafayette et Gérard et du duc de Choiseul. Cette imposture, conçue dans les bureaux du National, fut accréditée surtout par les efforts de M. Lavocat (voir Lavocat, Gaspard), ancien officier de l’Empire, qui, condamné en 1820 pour fait de conspiration contre les Bourbons, avait été amnistié lors du sacre de Charles X. Un autre chef du parti populaire, M. Taschereau, signa de sa main les noms de ces trois citoyens sur l’acte qui nommait M. Duvergier directeur de l’imprimerie nationale. Cette audacieuse fiction eut pour effet de soutenir le courage des combattants. » On peut lire dans le manuscrit de Victor Crochon le récit suivant de sa participation aux combats de Juillet : « Il s’était formé, dans la matinée, deux comités directeurs, l’un au passage Dauphine, composé de MM. Joubert, ancien militaire, Bastide et Thomas, marchands de bois, Cavaignac, Guinard et plusieurs autres. Ces patriotes qui ont montré le mercredi et le jeudi tant d’intrépidité, s’occupèrent particulièrement à donner l’impulsion à la population de la rive gauche de la Seine et à l’encourager à prendre une part active à cette lutte sanglante ; durant la nuit, ils redoublèrent d’efforts ; on les verra plus tard à la tête d’une colonne qui contribua puissamment à la conquête du château des Tuileries. Le siège du second comité était au bureau du National, rue Neuve-Saint-Marc. MM. Jules Taschereau (auteur des vies de Molière et de La Fontaine), et Charles Teste, libraire, (frère de M. le lieutenant-général baron Teste et de M. Teste, avocat, exilé en 1815, en faisaient partie : ils étaient en communication avec le passage Dauphine. Ils s’appliquèrent à tenir les groupes de citoyens armés, éparpillés dans les différents quartiers de la capitale, tels que ceux Saint-Martin et Saint-Denis, au courant des mouvements des troupes royales. Ils envoyaient très souvent des avis, des renseignements écrits à la main et afin qu’il inspirassent plus de confiance, ils n’hésitèrent pas à y apposer leur signature. […] Pendant la nuit du mercredi au jeudi, MM. Taschereau et Teste, tout en admirant la résistance de la population, abandonnée presque entièrement à elle-même, avait opposée aux troupes royales, voyaient avec peine qu’aucun chef ne se fût encore présenté pour la diriger et se mettre à la tête du mouvement. Loin de là, des personnages importants, jouissant alors d’une grande popularité, avaient refusé d’accepter les commandements qu’on leur avait offerts. Cependant MM. Taschereau et Teste, intimement convaincus qu’il serait extrêmement utile pour hâter le triomphe du peuple d’annoncer, le matin même, l’établissement d’un gouvernement provisoire, se décidèrent à le composer de leur propre autorité, de MM. Lafayette, Labbey de Pompières et Gérard. M. Béranger, si connu par ses chants patriotiques et le digne ami de l’illustre Manuel, étant venu vers les 7 heures au bureau du National, MM. Taschereau et Teste lui firent part de leur projet, et, sur ses observations, ils substituèrent le nom du duc de Choiseul à celui du respectable Labbey de Pompières. M. Béranger avait pensé avec raison que ce choix serait agréable à la garde nationale et qu’il serait en outre un gage de la modération qui guiderait le peuple après la victoire. La liste, ainsi rectifiée, fut envoyée immédiatement à l’impression. Entre 8 et 9 heures, M. Evariste Dumoulin arrive ; il se plaint avec amertume de l’apathie des notabilités civiles et militaires ; il se plaint qu’aucun chef ne se soit encore présenté pour seconder de son expérience ce peuple qui montrait tant d’énergie à repousser un odieux despotisme. Il propose de confier la direction des forces nationales à M. Dubourg ; pour toute réponse, M. Ch. Teste lui remet la liste du gouvernement provisoire, il l’emporte et la fait imprimer dans les ateliers du Constitutionnel. Telle est l’origine du gouvernement provisoire, dont on a tant parlé les jours suivants. On sait maintenant qu’il n’a jamais existé de fait. Cependant la nouvelle adroitement répandue qu’il avait été établi et que ses membres étaient entrés dans leurs importantes fonctions fut reçue avec enthousiasme et inspira la plus grande confiance à toutes les classes de citoyens. [ce gouvernement fut annoncé dans plusieurs journaux dont par exemple le Journal de Paris) » Le dossier de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) Xe arrondissement. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) Xe arrondissement. En août 1830, il était toujours secrétaire d’Odillon-Barrot mais celui-ci étant préfet de la Seine, lui-même fut nommé secrétaire général de la préfecture de la Seine. En 1831, il fut remplacé à ce poste par Laurent de Jussieu. Selon Chambolle dans ses Mémoires, Taschereau, en juin 1832, cacha Armand Carrel, pendant la répression de l’émeute des 5 et 6 juin. Après le coup d’Etat du 2 décembre, il se rallia au Second Empire. Dans ses Mémoires de ma vie, Rémusat, laissa sur son compte le jugement suivant : « Jules Taschereau qui n'a rien de commun avec un ancien révolutionnaire du même nom, était alors de l’extrême gauche, mais non républicain. C'est un bibliophile assez instruit, curieux, fureteur, aimant les raretés en littérature, en histoire, en librairie. Il a de l'intelligence, un esprit caustique, et, quoique très frondeur, du bon sens. Il jugeait son parti, et ses opinions étaient plus raisonnables que sa conversation, naturellement opposante. C'est un des hommes que j'aurais cru le plus fidèle au libéralisme ; mais il a faibli. Il est directeur de la bibliothèque impériale. » On rapprochera facilement le faux dont parle Alexandre Dumas avec l’autre faux que fit Taschereau pour tenter de perdre Blanqui, en le faisant passer pour un agent de la police de Louis-Philippe. Si ce second faux échoua dans le but qu’il s’était fixé de salir la conduite de Blanqui, Taschereau en fut irrémédiablement touché et son nom ne reste plus guère qu’associé à cette manœuvre. Taschereau et Blanqui sont décorés dans le même arrondissement… y voir une malice, ou une rancune, ou une jalousie de la part de Taschereau ? Représentant du peuple du département d’Indre-et-Loire en 1848, il se rallia à Louis-Napoléon Bonaparte. Administrateur-adjoint le 24 janvier 1852, chargé notamment de la publication du catalogue, il remplace Naudet comme administrateur général, le 30 janvier 1858. Il mourut à Paris le 10 septembre 1874. Il demeurait 11, rue Saint-Benoît en 1830-1831. Mes Mémoires, Alexandre Dumas, tome VI, cinquième série, nouvelle édition, Paris, Lévy frères, 1867 ; Bibliothèque historique de la Ville de Paris, manuscrits, 8-ms-1025, ouvrage de Victor Crochon, f° 412-414 ; Histoire de France pendant la dernière année de la Restauration, par un ancien magistrat (Boulée, Auguste, Aimé), Paris, Desenne, 1839, tome premier, p. 301 ; Mémoires de ma vie, Rémusat, Plon, Paris, 1958, T II, p. 357 ; Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris VK3 41 in dossier Barthe, Charles, Laurent, Emile ; Archives de Paris Vbis7K4 1, Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, Xe arrondissement ; Archives de Paris VD6 545 n° 3 (liste des décorés du Xe arrondissement) ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la Croix de Juillet du (ancien) Xe arrondissement ; Archives de Paris VK3 50 in dossier Pigagnole, Clément ; Archives nationales F/1dIII/33, personnel de la Commission (1830-1832) ; Archives nationales F/1dIII/36, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la mairie du (ancien) Xe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) Xe arrondissement ; Archives nationales F/1dIV/B/8 in dossier Bessas-Lamegie, Auguste ; Archives de la préfecture de police AA 397 in dossier Laty, Louis ; L’Ami de la religion et du roi, journal politique, ecclésiastique et littéraire, tome soixante-cinquième, 31 août 1830 n° 1678 p. 199 ; L’Ami de la religion, journal politique, ecclésiastique et littéraire, tome soixante-sixième, 6 janvier 1831 n° 1733 ; Retours sur la vie, Appréciations et Confidences sur les hommes de mon temps, Chambolle, Paris, Plon-Nourrit, 1912, p. 48, 323-325 (sur son ralliement à l’Empire). Sur facebook à Plocque il y a un article qui fait le point sur le document Taschereau.