Tessier
Biographie
Tailleur de pierres. Il contribua les 30, 31 juillet et 1er août à la conservation du bon ordre, selon la Commission des récompenses nationales. Le 25 août 1830, le maire de la ville de Nantes écrivit à son sujet la lettre suivante au lieutenant-général commandant la ville de Nantes, Dumoustier : « Les belles actions, celles surtout qui portent avec elles le cachet du patriotisme et du courage ont droit à la récompense ; et c’est sous vos auspices que j’ai l’honneur de placer à cet effet celle qui a particulièrement distingué un de nos concitoyens dans les événements qui se sont passés dans notre ville. Le sieur Tessier, tailleur de pierres, prit les armes avec les ouvriers de cette ville, dans la triste mais mémorable journée du 30 juillet, et partagea avec ceux-ci tous les périls de cette journée. L’absence de toute intervention de l’autorité laissa la plus grande partie de cette ville à la disposition, je puis même dire à la discrétion de cette force armée. Tout était à redouter, au point d’exaspération où étaient arrivés les esprits contre les ennemis de nos institutions et de nos libertés. Maître de la fortune politique et de la fortune particulière, cette masse d’ouvriers aurait pu se livrer à tous les excès, à tous les désordres, puisque personne n’avait encore été institué légalement pour la diriger. Le sieur Tessier, animé des meilleures intentions, s’en fit le chef et en dirigea les mouvements. Il établit des postes partout où le bon ordre et la prudence l’exigeaient, fit placer des sentinelles sur les points exposés, institua et régularisa autant que sa capacité put le permettre un service qui devint essentiellement protecteur des personnes et des choses. Par son influence, aucune insulte n’eut lieu, aucun dommage ne fut causé. Les caisses publiques, celles mêmes qui étaient sous la main de ce peuple armé, les caisses particulières, tout fut respecté. Pas un cri, pas un fait qui n’annonça l’ordre dans ce désordre instantané. Qui a contenu ce mouvement dans de si justes bornes ? qui a préservé la ville de malheur presse inévitable ? un simple et modeste ouvrier qui a pris des inspirations dans le sentiment du bien public, dans celui du patriotisme le plus ardent et le plus désintéressé. Appeler sur lui, Monsieur le lieutenant général, la récompense que mérite une conduite si noble, le placer sous votre protection éclairée, c’est fournir au gouvernement l’occasion d’un acte de grande justice. Je vous serai en conséquence obligé de vouloir bien le recommander particulièrement à son attention et à sa bienveillance. Il en est d’autant plus digne qu’il est sans fortune, que son travail et son seul moyen d’existence et que tous ses droits se cachent sous la modestie la plus respectable. Je suis etc. » Signé : Soubzmain. Le 26 août 1830, le lieutenant-général commandant la ville de Nantes, Dumoustier, écrivit à son sujet la lettre suivante au roi : « Votre Majesté verra, par l’exposé que viennent de me faire M. le maire de cette ville et MM. les membres de l’ancienne commission du tribunal et de la chambre de commerce, la conduite aussi noble que salutaire que le sieur Tessier, tailleur de pierres, a tenue dans les journées des 29, 30 et 31 juillet. L’abandon du préfet, du maire, les dispositions hostiles de l’autorité militaire firent craindre aux habitants les malheurs inévitables d’une anarchie sanglante ; le sieur Tessier prit sur lui de commander à cette masse irritée, et par sa fermeté a été le sauveur d’une des plus importantes villes de France. Je demande à Votre Majesté la récompense nationale qui flatte le plus la nation, la décoration de la Légion d’honneur, en faveur de Tessier. » Le certificat suivant, établi en date du 25 août 1830, attestait les mêmes faits : « Les soussignés, membres de l’ancienne commission du tribunal et de la chambre de commerce, qui a remplacé par intérim l’autorité administrative à Nantes, qui ont été à même de connaître et d’apprécier la belle conduite du sieur Tessier dans les événements qui se sont passés à Nantes et particulièrement le 30 juillet dernier, se plaisent à attester comme un hommage à la vérité, comme un témoignage public de reconnaissance, que ce brave et généreux citoyen a rendu les services le plus importants à cette ville, en s’emparant du mouvement armé qui s’est opéré dans la journée et qui s’est prolongé dans la nuit du 30 juillet et en le dirigeant de manière à assurer l’ordre, la tranquillité et à protéger les personnes et les propriétés, à les défendre contre toute insulte, toute voie de fait, qu’enfin il est constant que c’est à son heureuse intervention, à son influence et à son patriotisme que la cité doit d’avoir été préservée, dans ce moment d’effervescence populaire, de tout désordre. Et elle se fait un devoir d’appeler l’attention de l’autorité supérieure sur la noble conduite du sieur Tessier et de solliciter la récompense qu’elle lui paraît avoir méritée. » Il fut proposé pour recevoir la médaille de Juillet par la Commission des récompenses nationales de la ville de Nantes. Il ne se présenta pas devant la Commission afin de faire valoir ses droits à une récompense nationale. Il était décoré de la Légion d’honneur. Il demeurait terrain Launay à Nantes en 1830. Archives nationales F/1dIII/33 dossier indemnités et récompenses, envoi du 20 septembre 1830 du ministre de l’Intérieur à la Commission des récompenses nationales ; Archives nationales F/1dIII/80, Loire-Inférieure, Travail de la commission d’enquête pour les récompenses nationales à décerner aux victimes des événements de juillet 1830 et à ceux qui y ont pris part ; Nantes en 1830 et les journées de Juillet, Giraud-Mangin, in Revue d’histoire moderne et contemporaine, année 1931, p. 464.