Teste, Charles, Antoine
Biographie
Né à Bagnols (Gard). Rentier ou parfois indiqué comme libraire sous la Restauration. Ancien carbonaro, il participa au complot de Belfort. Alexandre Dumas un des tout premiers combattants de la révolution de Juillet, et qui en laissa un récit impartial et bien renseigné, donnait sur une réunion qui eut lieu le 27 juillet, pour organiser la résistance, les précisions suivantes : « L’une [des réunions, N. D. A.], libérale pure, presque républicaine, se tenait rue Saint-Honoré, dans la maison du pharmacien Cadet de Gassicourt (voir Cadet de Gassicourt, Charles, Louis, Félix). Les membres principaux de celle-là étaient Thiers (voir Thiers, Adolphe), Charles Teste (voir Teste, Charles, Antoine), Anfous, Chevalier, Bastide (voir Bastide, Jules), Cauchois-Lemaire (voir Cauchois-Lemaire, Louis, Auguste, François) et Dupont (voir Dupont, Jacques, François) ; on y débattait cette motion, de créer dans chaque arrondissement un comité de résistance chargé de se mettre en communication avec les députés. » Et aussi : « Quant à Charles Teste, que nous avons tous connu, il avait, lui aussi, établi, sur la place de la Bourse, une librairie que l’on appelait, à cause des opinions de ceux qui la fréquentaient, du nom expressif de Petite-Jacobinière. Charles Teste était un des hommes les plus dignes, un des caractères les plus nobles qu’on pût rencontrer. Pauvre, il était brouillé avec ses frères riches. Pendant tout le règne de Louis-Philippe, il ne voulut rien être, et vécut Dieu sait comment et de quoi ! Le jour où son frère fut condamné par la Cour des pairs, il se mit à sa disposition, devint son soutien, son appui, son consolateur. Puis, après la révolution de 1848, tous ses anciens amis arrivés au pouvoir, il refusa de nouveau les places qui lui étaient offertes, et ne demanda d’autre faveur que la translation de son frère, de la prison où il était, dans une maison de santé. Charles Teste est mort, il y a, je crois, dix-huit mois ou deux ans. Le jour où il rendit le dernier soupir, la France perdit un de ses grands citoyens. » Nous empruntons encore aux Mémoires, le témoignage concernant Teste, Taschereau et Béranger : « Nous allâmes au National. Taschereau était en train d’y faire un faux sublime ; il créait, avec Charles Teste (voir Teste, Charles, Antoine) et Béranger (voir Béranger, Pierre, Jean), un gouvernement provisoire composé de La Fayette, de Gérard et du duc de Choiseul. Il faisait plus : il rédigeait une proclamation qu’il signait de leurs trois noms. Il avait d’abord choisi, comme troisième membre du gouvernement, Labbey de Pompières ; mais Béranger avait fait effacer ce dernier nom pour y substituer celui du duc de Choiseul. Ainsi, Béranger, après avoir préparé la révolution par ses chansons, y prenait une part active de sa personne. On verra bientôt que c’était surtout par lui qu’elle allait arriver à son dénouement. Le lendemain, la liste du gouvernement provisoire devait être affichée sur tous les murs de Paris, et la première proclamation de ce gouvernement devait paraître dans Le Constitutionnel. Il va sans dire que le brave Constitutionnel était de bonne foi, et qu’il tenait pour de réelles et valables signatures les trois essais calligraphiques de Taschereau. [Et le 29 juillet après le rassemblement de la place de l’Odéon et qu’une des colonnes était dirigée vers l’attaque du Louvre] Ah ! n’oublions pas de dire qu’à tous les angles de rue, j’avais vu affichée la nomination du gouvernement provisoire, et la proclamation de MM. La Fayette, Gérard et de Choiseul appelant le peuple aux armes.
Quel singulier effet cela eût produit à ces trois messieurs, s’ils eussent été à ma place, et s’ils eussent lu ce que je lisais ! » Et aussi : « [Le 1er août] Je venais de quitter l’hôtel de ville lorsqu’une députation républicaine y arriva ; elle aussi avait rédigé sa proclamation. M. Hubert (voir Hubert, Jean-Louis), ancien notaire, un des hommes les plus honorables que j’aie connus, et qui vient de mourir, laissant toute sa fortune à des hospices, à des établissements de bienfaisance, et aux citoyens poursuivis pour leurs opinions démocratiques, était chargé de présenter cette adresse au général La Fayette.
La voici :
“Le peuple, hier, a reconquis ses droits sacrés au prix de son sang ; le plus précieux de ces droits est de choisir librement son gouvernement ; il faut empêcher qu’aucune proclamation ne soit faite qui désigne un chef, lorsque la forme même du gouvernement ne peut être déterminée.
”Il existe une représentation provisoire de la nation, qu’elle reste en permanence jusqu’à ce que le vœu de la majorité des Français ait pu être connu.”
On voit que tout le monde prenait au sérieux la fabuleuse et invisible trilogie La Fayette, Gérard et Choiseul.
Les membres de la députation étaient Charles Teste (voir Teste, Charles, Antoine), Trélat (voir Trélat, Ulysse), Hingray (voir Hingray, Charles, Joseph), Bastide (voir Bastide, Jules), Guinard (voir ce nom) et Poubelle (voir Poubelle, Jean, Nicolas).
Hubert, le chef de la députation, la précédait, portant au bout de sa baïonnette la note qu’on vient de lire.
La députation fut admise à l’instant même ; chez le général La Fayette, nul ne faisait antichambre.
La discussion fut vive ; La Fayette ignorait toutes les menées orléanistes, et protestait avec la candeur de l’ignorance.
Les républicains, de leur côté, affirmaient avec toute la vigueur de l’instinct.
– Général, dit Hubert, par les balles qui trouent le plafond au-dessus de votre tête, nous vous adjurons de prendre la dictature !
On en était à ce point ; le général allait peut-être céder, quand on lui annonça que M. de Sussy demandait à lui parler.
Les républicains se tenaient là, inquiets, ombrageux, pleins de doute, semblant interroger du regard le général, et le sommer de redire tout haut ce qu’on venait de lui dire tout bas.
Le général comprit qu’il ne s’agissait point de biaiser à cette heure ; d’ailleurs, son âme droite, son cœur loyal répugnaient à toute dissimulation.
– Faites entrer M. de Sussy, dit-il à haute voix.
– Mais, général, c’est à vous seul que M. de Sussy désire parler.
– Faites entrer M. de Sussy, répéta le général ; je suis ici au milieu de mes amis.
M. de Sussy entra et fut forcé de dire quelle cause l’amenait.
Cela tombait bien : il venait annoncer au général La Fayette la révocation des ordonnances, la nomination du ministère Mortemart, Gérard et Casimir Perier, l’arrivée de M. de Mortemart à Paris, et, enfin, le refus que venait de faire la Chambre, qui s’occupait de la royauté du duc d’Orléans, de recevoir les nouvelles ordonnances signées par Charles X à trois heures du matin – juste au moment où le duc d’Orléans dictait à Oudard la fameuse note qui avait mis MM. Thiers et Mignet si fort en émoi.
Ainsi les choses s’expliquaient ; tous les jeux s’abattaient à la fois sur la même table : le jeu de Charles X, nommant le ministère Mortemart, Gérard et Casimir Perier ; le jeu de M. Laffitte, proposant le duc d’Orléans au suffrage de la nation ; et, enfin, le jeu des républicains, pressant La Fayette d’accepter la dictature.
On eût fait la chose exprès et l’on eût arrêté l’heure, qu’on n’eût certes pas mieux réussi.
Il s’ensuivit alors, dans la salle où venaient de se heurter des intérêts si puissants, un instant de trouble qui faillit être fatal à M. de Sussy !
Bastide l’avait pris au collet, et allait tout simplement le jeter par la fenêtre, lorsque Trélat le retint.
Je reviendrai plus d’une fois sur Bastide, et je dirai quel homme plein de franchise, de courage et de loyauté c’était et c’est encore.
Comme tous les mouvements extrêmes, celui-ci amena sa réaction.
Cette réaction eut pour résultat de laisser M. de Sussy sortir tranquillement, sous la conduite du général Lobau, lequel ouvrit la porte en accourant au bruit infernal qui se faisait dans le cabinet de La Fayette.
Les républicains se retrouvèrent seuls avec le général.
Ils renouvelaient leurs instances auprès de lui, quand on vint les avertir que M. de Sussy, introduit dans le sein de la commission municipale, y exposait au moment même les nouvelles propositions de Charles X, auxquelles la commission municipale ne paraissait nullement hostile.
Il ne s’agissait plus de discuter avec La Fayette et d’écouter ses théories sur le gouvernement constitutionnel en France et le gouvernement républicain aux Etats-Unis, la question de vie ou de mort se débattait à la commission municipale.
Il s’agissait de courir à la commission municipale.
On y courut.
La porte était fermée.
On frappa.
Personne ne répondit.
Deux ou trois coups de crosse de fusil ébranlèrent violemment la porte, qui s’ouvrit enfin, et qui, en s’ouvrant, montra M. de Sussy exposant ses raisons aux membres de la commission municipale, lesquels paraissaient les écouter avec la plus grande faveur.
Cette apparition de six ou huit hommes armés et connus pour la vigueur de leur caractère jeta l’épouvante au milieu de l’assemblée ; on se leva, on s’éparpilla, on voulut avoir l’air de ne rien faire de décisif.
Pendant ce temps, Hubert sentit qu’on lui glissait un papier dans la main.
Il se retourna et reconnut M. Audry de Puyraveau, le seul véritable patriote de la commission.
– Prenez cette proclamation, lui dit vivement celui-ci ; elle a failli être signée, il y a une heure, par la commission municipale... L’arrivée de M. de Sussy a tout remis en question... Montez sur une borne, lisez la proclamation, répandez-la, imposez-la... Ils signeront si vous leur faites peur.
A la bonne heure ! cette façon d’agir rentrait dans la politique des vainqueurs du Louvre. Tous descendirent rapidement les degrés de l’hôtel de ville ; Hubert monta sur une borne, appela le peuple à lui, et, entouré de ses compagnons, il lut à haute voix la proclamation suivante comme émanée de la commission municipale.
Ecoutez bien, car c’est la seule manifestation républicaine sérieuse qui ait été faite en 1830.
Ecoutez bien, car elle va vous dire où en étaient, à cette époque, les esprits les plus avancés.
Ecoutez bien, car elle vous apprendra quels étaient les vœux de ces hommes qu’on a persécutés pendant dix-huit ans, sous prétexte qu’ils voulaient bouleverser la société.
Après avoir lu cette proclamation – qu’il est bon de comparer à celle de MM. Thiers et Mignet – relisez la Déclaration des droits de l’homme de 1789, et vous verrez que les républicains de 1830 étaient en arrière de cette Déclaration.
“La France est libre.
”Elle veut une constitution.
”Elle n’accorde au gouvernement provisoire que le droit de la consulter.
”En attendant qu’elle ait exprimé sa volonté par de nouvelles élections, respect aux principes suivants :
”Plus de royauté.
”Le gouvernement exercé par les seuls mandataires élus de la nation.
”Le pouvoir exécutif confié à un président temporaire.
”Le concours médiat et immédiat de tous les citoyens à l’élection des députés.
”La liberté des cultes.
”Plus de culte de l’Etat.
”Les emplois de l’armée de terre et de l’armée de mer garantis contre toute destitution arbitraire.
”Etablissement des gardes nationales sur tous les points de la France ; la défense de la constitution leur est confiée.
”Ces principes, pour lesquels nous venons de risquer notre vie, nous les soutiendrons, s’il le faut, par l’insurrection légale.” » Dumas cite aussi le nom de Teste parmi ceux des combattants qui ont le plus contribué à la victoire de Juillet : « Ceux qui ont fait la révolution de 1830, ce sont ceux que j’ai vus à l’œuvre, et qui m’y ont vu ; ceux qui entraient au Louvre et aux Tuileries par les grilles rompues et les fenêtres brisées ; c’est, hélas ! – qu’on nous pardonne cette funèbre exclamation, la plupart d’entre eux sont morts, prisonniers, exilés aujourd’hui ! – c’est Godefroy Cavaignac, c’est Baude, c’est Degousée, c’est Higonnet, c’est Grouvelle, c’est Coste, Guinard, Charras, Etienne Arago, Lothon, Millotte, d’Hostel, Chalas, Gauja, Baduel, Bixio, Goudchaux, Bastide, les trois frères Lebon – Olympiade, Charles et Napoléon, le premier tué, les deux autres blessés à l’attaque du Louvre –, Joubert, Charles Teste, Taschereau, Béranger... Je demande pardon à ceux que je ne nomme pas et que j’oublie ; je demande pardon aussi à quelques-uns de ceux que je nomme, et qui aimeraient peut-être autant ne pas être nommés. Ceux qui ont fait la révolution de 1830 c’est cette jeunesse ardente du prolétariat héroïque qui allume l’incendie, il est vrai, mais qui l’éteint avec son sang ; ce sont ces hommes du peuple qu’on écarte quand l’œuvre est achevée, et qui, mourant de faim, après avoir monté la garde à la porte du Trésor, se haussent sur leurs pieds nus pour voir, de la rue, les convives parasites du pouvoir, admis, à leur détriment, à la curée des charges, au festin des places, au partage des honneurs. » Dans son Histoire de dix ans, Louis Blanc rapporte les faits suivants se rapportant à Teste : « Vers le même temps [le 29 juillet après la prise du Louvre] on vit arriver sur la place de la Bourse deux grandes caisses que recouvrait une toile grise. M. Charles Teste, qui occupait alors le palais de la Bourse, les fit découvrir : elles contenaient l’argenterie du château et les ornements les plus précieux de la chapelle. Ceux qui escortaient ces richesses, en les protégeant, n’avaient sur le corps que des haillons ensanglantés. » Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) IIe arrondissement. Dans une réclamation présentée par Mallet, Jacques, Denis, afin d’obtenir une récompense honorifique pour sa participation aux combats de Juillet, il donnait plusieurs exemples de personnes qui avaient obtenu la décoration de Juillet, soit sans l’avoir demandée soit sans l’avoir méritée. Par exemple Teste : « […] Je la prie de voir le Constitutionnel du 8 mai [1831, N.D.A. mais je n’ai rien trouvé...]. M. le ministre y verra une lettre de M. Teste, qui dit qu’il n’a pas sollicité la décoration de Juillet, que même monsieur Mianné Saint-Firmin (voir Mianné Saint-Firmin, Jules, François), secrétaire de la Commission, lui avait écrit pour connaître ses noms, qu’il n’avait pas répondu, et se trouve étonné d’être porté sur la liste […]. » On trouve dans L’Ami de la religion et du roi, journal politique, ecclésiastique et littéraire, l’information suivante : « Un autre citoyen, le sieur Ch. Teste, a écrit au Constitutionnel, qu’il s’abstiendra de porter la décoration de juillet, parce qu’il entend une récompense nationale comme on l’entendait dans les beaux jours de notre révolution. » Laty, Louis (voir ce nom) invoquait son témoignage comme pouvant attester de sa participation aux combats de Juillet. Teste fut l’un des témoins pendant le procès en janvier 1832 intenté contre les principaux membres de la Société des amis du peuple, et à l’issue duquel tous les accusés furent déclarés non coupables par le jury ; quelques-uns, dont Blanqui, Raspail, Bonnias, Henri, Gervais, François, Guillaume, Thouret, Vincent, Antoine furent condamnés cependant mais par les magistrats soit pour outrages envers le roi ou outrages envers la magistrature pendant le cours de l’audience. Teste répondit ainsi à la question de l’existence d’une organisation secrète de municipalité qui travaillait, avant 1830, au renversement de la dynastie déchue : « L’existence de cette municipalité m’était parfaitement connue, et cela ne doit pas vous étonner, puisque j’ai pris part à toutes les conspirations contre les Bourbons… Je connaissais aussi le règlement de cette organisation, et je me rappelle d’en avoir fait dans le temps diverses copies ; mais si vous vouliez vous assurer encore mieux de ce fait, vous n’auriez qu’à faire appeler et interroger en ma présence votre ancien collègue, M. le baron de Schonen, qui faisait partie d’une des municipalités et qui conspirait avec nous… Quant à M. Barthe, il était carbonaro et il défendait les carbonari quand ils étaient accusés. M. le président, il vous est très facile d’entendre M. de Schonen, et il ne pourra nier qu’il n’ait été maire du (ancien) septième arrondissement, où il s’était chargé d’organiser la municipalité occulte ; la manière dont il agit dans cette circonstance nous prouva bientôt qu’il ne méritait pas notre confiance. Ce qui fut encore plus évident pour nous, lorsque plus tard et comme par échange de confidence, il vint s’ouvrir à nous sur des projets qui répugnaient à nos principes. En effet, conspirateur à double main, M. de Schonen, qui conspirait avec nous pour la république conspirait en même temps, ou peu après, pour d’Orléans. » Nous empruntons au Dictionnaire du mouvement ouvrier sa notice biographique : « Né le 27 mai 1783 à Bagnols-sur-Cèze (Gard) […]. Charles Teste était fils, sans doute le dernier enfant, d’Antoine, Jules Teste, notaire à Bagnols-sur-Cèze, patrie de Rivarol, puis avocat au parlement et administrateur du département du Gard, en 1783 et en l’an V, et d’Elizabeth Boyer. Il est ignoré des dictionnaires biographiques, où trouvent place ses deux frères. L’aîné des fils d’Antoine Teste, François-Antoine (1775-1862), volontaire en 1792, devint général de division et baron sous l’Empire, puis, tout naturellement, pair de France sous Louis-Philippe. Le second, Jean-Baptiste (1780-1857), est le plus connu de l’histoire traditionnelle. Il fut ministre en 1834 et de 1839 à 1843, avant d’être nommé à la Chambre des pairs et de disparaître en prison à la suite d’un procès de concussion célèbre, en 1847. Le prince-président lui épargna quelques mois de la peine de trois ans de détention à laquelle il avait été condamné. La carrière mouvementée de Jean-Baptiste Teste avant 1830 donne au moins une idée du climat régnant dans la famille Teste. Jean-Baptiste participa à la vie politique et à l’action des Montagnards du département du Gard dès 1793. Ardent partisan du retour de Napoléon, il fit parvenir à Paris, le 30 mars 1815, une note sur la situation dans le midi languedocien et provençal. Il semble avoir été déçu de ne pas avoir reçu une mission de confiance. Il y gagna pourtant un siège de représentant du Gard à la Chambre des Cent-Jours. Avocat et homme d’affaires sous l’Empire à Bagnols-sur-Cèze, Jean-Baptiste Teste avait été aussi compromis en 1807-1808 dans de louches trafics sur les draps d’uniforme et les actions de la Banque de France. Dubois, le préfet de police, l’avait fait surveiller d’abord, arrêter ensuite, le 20 janvier 1808, et conduire sous escorte à Paris. Sans doute se disculpa-t-il alors, plus ou moins, des accusations qui portaient au minimum sur une escroquerie de dix mille francs. Proscrit sous la Restauration, Jean-Baptiste Teste se fit élire sans peine à Uzès, dès les premières élections qui suivirent la révolution de juillet 1830. Il évolua désormais rapidement, du Mouvement à la Résistance. Le destin de Charles Teste semble bien avoir été d’abord celui d’un jeune frère un peu accablé par des aînés glorieux. Il avait été, avant 1814, payeur aux armées, puis inspecteur des domaines du royaume de Napels. Il avait joué un petit rôle dans le sillage de Jean-Baptiste durant les Cent-Jours. Se disant “ex-fonctionnaire”, il fut affilié à la Charbonnerie. De 1824 à 1830, il fut “associé-gérant” de la libraire Delaforest, 7, rue des Filles-Saint-Thomas ou place de la Bourse, plus communément appelée “la Petite Jacobinière”, librairie politique, qui fut très fréquentée pendant les journées de Juillet et constitua le poste de commandement du quartier. Resté en relations depuis la Charbonnerie avec Bazard et P. Leroux, il suivait les conférences du Producteur et regardait avec sympathie cette nouvelle doctrine dont il avait envoyé un résumé à Buonarroti. Dès 1825, il s’était lié avec Laurent de l’Ardèche dont il édita en 1828 la Réfutation de l’Histoire de France de l’abbé de Montgaillard. De 1828, entrant dans la mouvance de Buonarroti, à 1838, il fit des cours à des ouvriers adultes, prônant une réforme de l’orthographe et la méthode Gallien, pendant que Laurent devenait un fidèle du saint-simonisme. En 1828, il participa au lancement de La Tribune des départements des frères Fabre, dont il souhaitait devenir gérant sans y parvenir, n’ayant pu réunir l’argent nécessaire à la caution. En août ou septembre 1829, il partit à Bruxelles voir Buonarroti qui lui avait envoyé deux de ses amis dans le but de monter une vaste conspiration européenne, dont on ne connaît pas bien le but. Ces émissaires ne sont connus que sous leurs pseudonymes, M. Jacob, toujours en voyage et M. Charles, tous deux non identifiés. Teste prit le pseudonyme de Lemaire, Buonarroti signait Laurent. Il écrivait à Paris à un certain Froussard. Dans sa correspondance avec Buonarroti qui précède Juillet, concernant ce complot, on voit apparaître d’autres noms comme Dugied et Marchais, qui alla voir Buonarroti à Bruxelles, des pseudonymes, dont Adolphe. Lafayette lui-même était au courant par Marchais de l’opération prévue. Charles Teste était surtout l’ami de Voyer d’Argenson, mais il était en contact avec Lafayette et les autres chefs de la Charbonnerie française. Membre influent de Aide-toi le ciel t’aidera, il était lié aux cercles républicains dirigés par Cavaignac, Raspail, Trélat, qui depuis les émeutes de 1827 tentaient d’organiser les municipalités occultes, dont il fit également partie. Celles-ci formaient, suivant les sources, la Commune centrale, à laquelle participait Trélat, ou la Commune révolutionnaire. Suivant les sources également, il s’agirait d’une organisation proche de la Charbonnerie, ou de type babouviste. Quand on sait que des gens comme Barthe ou de Schonen, homme de confiance de C. Perier et “maire occulte” du VIIe arrondissement, en faisaient aussi partie, on ne peut qu’écarter cette dernière hypothèse et l’on comprend pourquoi ces municipalités n’ont pas fonctionné en Juillet. Pendant les journées de Juillet, Teste prit part à bien des combats, occupant notamment la Bourse, et participa à toutes les tentatives pour éviter la confiscation de la révolution. Membre de la Société des Amis du Peuple, présent le 30 juillet à la réunion Lointier, c’est lui qui fut envoyé début septembre à Bruxelles pour rapatrier le bataillon de la Société des Amis du Peuple après la bataille d’Ootsbourg. Il aurait participé aux combats de juin 1832. Charles Teste fut membre du comité de l’Association pour l’instruction gratuite du peuple, et adhéra en 1833 à l’Association libre pour l’éducation du peuple. Il écrivit en 1833 avec Voyer d’Argenson Boutade d’un riche pour laquelle il fut poursuivi puis acquitté. Il avait lui-même, avec la collaboration de Voyer d’Argenson et du groupe de leurs amis, publié, au début de 1833, un Projet de constitution républicaine, combinant la constitution de 1793 avec quelques dispositions de la constitution de l’an III. “Le but de la société est le bonheur de tous ses membres”, dit l’article 1 du projet. “L’égalité est la loi fondamentale de la société” (art. 3). “La propriété est le droit qu’a chaque citoyen de jouir de la portion de bien qui lui est garanti par la loi” (art 11). Ce qui est la rédaction même proposée par Robespierre en 1793 pour l’article 16, et qui ne fut pas retenue. Il est précisé, dans le préambule de Charles Teste, que “tous les traitements et toutes les pensions seront soumis à une rigoureuse parcimonie”, que “la République ne salariera aucun culte”, et qu’il faut “fournir à la République de quoi soulager efficacement les classes malheureuses”. Des dispositions du même ordre ont été retenues par Louis Blanc qui avait écrit : “Déjà, au mois de février 1833, un grand citoyen, M. Charles Teste, avait publié un projet de constitution qui avait pour bases les deux articles que voici : “Tous les biens mobiliers ou immobiliers renfermés dans le territoire national, ou possédés ailleurs par les membres de la société, appartiennent au peuple qui, seul, peut en régler la répartition. – Le travail est une dette que tout citoyen valide doit à la société ; l’oisiveté doit être flétrie comme un larcin et comme une source intarissable de mauvaises mœurs”. Toutes les dispositions du projet portaient l’empreinte de ce courageux et noble puritanisme. C’est ainsi que M. Charles Teste établissait des comités de réformateurs chargés de veiller sur les mœurs publiques, et de faire dépendre de l’accomplissement des devoirs d’honnête homme l’exercice des droits de citoyen. Mais de semblables dispositions n’étaient de nature ni à être acceptées ni à être comprises, au milieu d’une civilisation profondément corrompue. Et M. Charles Teste lui-même était si loin de se faire illusion sur l’état des esprits, que pour ménager le voltairianisme de plusieurs de ses amis, il s’était abstenu de donner pour fondement à sa constitution le sentiment religieux, qu’il savait être la source de toute poésie, de toute force et de toute grandeur.” (Histoire de Dix Ans, tome IV, p. 102, édition originale.) Ainsi, l’historien, également auteur et témoin, Louis Blanc classait-il Charles Teste près de Robespierre et près de Babeuf, ce qui paraît correspondre à la vérité. Charles Teste fut membre de la Société des Droits de l’Homme et collabora étroitement au Comité de propagande animé par Napoléon Lebon. A la suite des journées d’avril 1834, il fut peut-être arrêté, en tout cas inculpé, et lors d’une perquisition, la police trouva chez lui des papiers relatifs à la Société des Egalitaires, avec des brouillons de brochure, listes de noms, etc. Mais il bénéficia d’un non-lieu à suivre avant l’ouverture des débats. Lors du procès d’avril (1835), Charles Teste figura parmi les défenseurs républicains, désignés par les accusés, comme son ami Voyer d’Argenson. Il semble n’avoir plus eu beaucoup d’activité politique après les lois de septembre 1835 qui interdisaient aux républicains de prendre cette étiquette. Il édita en 1836 Le Contr’un de La Boétie, comme le faisait Lamennais à peu près au même moment. Il y a encore une trace de lui, le 2 octobre 1845, lorsqu’il fut témoin au mariage de Théodore Schuster, à Paris. Enfin, il était toujours en vie en avril 1848. Joseph Benoît eut en effet avec lui une longue conversation sur la question de l’éventuelle culpabilité de Blanqui au lendemain de la publication du document Taschereau. Teste, qui restait l’un des hommes les plus estimés et les mieux renseignés du parti républicain, fut alors à même de lui fournir une explication détaillée, d’où il ressortait que Blanqui pouvait sans doute être tenu coupable d’indiscrétion, mais ne pouvait en aucun cas être considéré comme l’auteur d’une trahison. » Teste demeurait 55, rue de Clichy en 1831. Mes Mémoires, Alexandre Dumas, tome VI, cinquième série, nouvelle édition, Paris, Lévy frères, 1867 ; Histoire de dix ans, 1830-1840, Louis Blanc, Paris, Pagnerre, 1841, tome I, p. 264 ; Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) IIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/65 in dossier Mallet, Jacques, Denis ; L’Ami de la religion et du roi, journal politique, ecclésiastique et littéraire, tome 62, p. 75, Paris, 12 mai 183 ; Archives de la préfecture de police AA 397 in dossier Laty, Louis. Procès des quinze, publié par la Société des Amis du peuple, Paris, Auguste Mie, 1832, Procès des quinze, publié par la Société des Amis du peuple, Paris, Auguste Mie, 1832 ; La République clandestine, 1818-1848, Gilmore, Jeanne, Aubier, Paris, 1997 ; Les Républicains français en 1830, Weill, Revue d'histoire moderne et contemporaine, tome 1 n° 4,1899, pp. 331, 332. Il y a dans Archives de Paris VD6 92, in dossier Garnier, Louis, Théodore, Alexandre un Teste, Charles, négociant, demeurant 42, rue Dauphine en 1830 qui signe le certificat suivant en faveur de Garnier, Louis, Théodore, Alexandre : « Je certifie que le 29 juillet à midi, j’ai vu M. Garnier à l’attaque du Louvre et que ses sentiments politiques ont toujours été en harmonie avec l’honorable conduite qu’il a tenue dans notre mémorables révolution. » In L’Ami de la religion, journal et revue ecclésiastique, politique et littéraire, mardi 12 mai 1831, n° 1787, p. 75 : « Un autre citoyen, le sieur Ch. Teste, a écrit au Constitutionnel qu’il s’abstiendra de porter la décoration de Juillet, parce qu’il entend une récompense nationale comme on l’entendait dans les beaux jours de notre révolution. »