Têtefort, Amable
Biographie
Né le 16 nivôse an III à Cellule (Puy-de-Dôme). Maître boulanger. Dans le récit que fit Genevray, Antoine, Jean-Baptiste de sa propre participation aux combats de Juillet, il laisse les informations suivantes concernant Têtefort : « Le 28, il s’est rendu sur la rive gauche de la Seine, où il se joignit aux sieurs Ligny, grenadier au même bataillon, et Têtefort, boulanger, rue du Four-Saint-Germain n° 80, et s’unit à eux ; ils entreprirent d’obliger un détachement de cavaliers à changer de position ; les grenadiers et les autres de la garde furent forcés de chercher un abri derrière le parapet. Leurs munitions épuisées, ils retournèrent chez eux. Ayant appris qu’on distribuait de la poudre rue des Fossés-Monsieur-le-Prince, ils en obtinrent et reprirent leur première direction. Passant près du Pont-Neuf, Genevray exposant s’avança sur le milieu de ce pont, tenant d’une main son fusil et de l’autre un mouchoir, somma un détachement de troupe de ligne de se rendre. Ses instances furent inutiles, il obtint seulement l’assurance des officiers que les soldats ne tireraient pas. Dans cette confiance, il rejoignit le sieur Ligny et tous deux ne cessèrent leurs feux que lorsque leurs munitions furent une seconde fois épuisées. » Le dossier de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) Xe arrondissement. Il reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) Xe arrondissement (sous le nom de Tête-Forte, Amable sur les listes du Bulletin des lois et sur celles du Moniteur universel, et sous celui de Têteforte sur les listes de la Commission des récompenses nationales in Archives nationales F/1dIII/39). Il apostilla un certficat médical, délivré le 17 août 1830 par le docteur Masson, demeurant 27, rue de Bourgogne, en faveur de Lefort, Jean-François, pour constater les blessures que ce dernier avait reçues aux deux pieds par une même balle, le 29 juillet à la prise de la caserne des Suisses, rue de Babylone, ajoutant certifier « que le nommé François a été blessé à Babylone auprès de moi ». Il délivra, le 6 septembre 1830, le certificat suivant en faveur de Genevray, Antoine, Jean-Baptiste : « Je, soussigné, certifie que le sieur Genevray s’est rendu le 28 juillet sur la rive gauche de la Seine et le 29 à la prise de la caserne de Babylone ; que les faits ci-dessus mentionnés sont exacts et véritables. » Il signa, le 6 juillet 1831, le certificat suivant en faveur de Camus, Michel, Auguste, quand ce dernier tenta de faire valoir ses droits auprès de la Commission des Réclamants, sise rue Bourg-Labbé : « Nous, soussignés, certifions que M. Camus, Michel, Auguste, rue du Four-Saint-Germain n° 70, a assisté au désarmement du poste de l’Abbaye, s’est battu avec une intrépidité rare à la place de Grève ; il a pris un tonneau de poudre au moment où il manquait de munitions et en a distribué à ses camarades ; il s’est également distingué à la prise de la caserne de Babylone. M. Camus mérite les plus grands éloges et une récompense nationale. » Il ajoutait avoir combattu avec Camus à la Grève et à la caserne de Babylone. Sa médaille lui fut délivrée le 24 juin 1831 et son brevet le 12 mars 1832 (il signa bien le récépissé de remise de ses médailles et brevet de son nom de Têtefort). Il signa, le 25 juin 1831, le certificat suivant en faveur de De Caignon, Erasme, quand ce dernier tenta de faire valoir ses droits auprès de la Commission des Réclamants : « Nous, soussignés, certifions que le sieur De Caignon, Erasme, docteur en médecine, demeurant rue du Four-Saint-Germain n° 79, s’est conduit en brave et bon citoyen les 27, 28 et 29 juillet dernier (1830). Le 27, ne pouvant avoir de fusil, a offert au nommé Chinardet (décoré) de lui en vendre un à quelque prix que ce soit, ce qu’il a refusé. Le 28 juillet, il s’est rendu au poste de la Manutention pour désarmer le poste, où il faillit être tué. Il a formé les barricades avec plusieurs de nous dans les environs du quartier avec un zèle et une activité admirable et digne du plus grand éloge. Le 29, il s’est rendu, armé, au pont des Arts. Voyant que sa présence était plus nécessaire pour soigner les blessés qui étaient dans une cruelle position et dans un danger imminent, au péril de sa vie, il les a transportés à la Charité. Et chaque fois qu’il en venait chercher il était exposé de nouveau à se faire tuer par les Suisses qui faisaient un feu nourri de ce côté-là. Nous ne pourrons pas assez parler de l’éloge que mérite M. le docteur De Caignon pour la conduite courageuse qu’il a tenue, au péril de sa vie. C’est aussi sous ces rapports que ses concitoyens l’ont nommé capitaine de la garde nationale, pour lui témoigner leur reconnaissance. » Il comparut, le 28 avril 1831, devant le maire du (ancien) Xe arrondissement, pour attester que Serrier, Marguerite, Victoire « vivait maritalement avec M. Pellicier, Jean, Antoine, mort des suites de blessures glorieusement reçues dans les combats de Juillet ». En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut, auprès de la mairie du (ancien) Xe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. Il signa la lettre envoyée, le 20 mai 1832, par Matis (voir Matis, Jean, Sébastien), délégué par les réclamants de Juillet du (ancien) Xe arrondissement (voir Benard de Courtigis pour la Commission des réclamants), au ministre de l’Intérieur. Cette lettre reprenait certaines des réclamations que formulèrent des combattants de Juillet sur les répartitions qui furent faites des décorations, pensions et secours après la révolution. Elle présentait aussi les signataires, à la différence de beaucoup d’autres réclamants, comme des soutiens indéfectibles au trône de Louis-Philippe. Cette lettre était ainsi rédigée (la rédaction hasardeuse est respectée, N.D.A.) : « Les combattants de Juillet du (ancien) Xe arrondissement ont l’honneur de vous exposer que n’ayant point reçu de réponse à leur mémoire adressé unanimement par les membres de la Chambre des députés à M. le ministre de l’Inérieur (votre prédécesseur) (voir Benard de Courtigis sur l’envoi de la pétition de la Commission des réclamants à la Chambre des députés et son adoption à l’unanimité par celle-ci, N.D.A.), qui avait pour objet le mérite de leur réclamation appuyée par le droit qu’ils ont dans la loi sur les récompenses nationales, protestent avec le sentiment de l’indignation contre l’infâme conduite des intrigants, qui se précipitent dans toutes les révolutions où ils ne trouvent leur avenir que dans le meurtre et le pillage. Ils ne doutent pas que les ennemis de l’ordre et de la paix sont les causes immédiates du silence de l’autorité, qui s’est trouvée offensée que dans le travail qui lui a été présenté les noms de quelques-uns de ces vagabonds s’y trouvent insérés, comme ayant bravement combattu dans les trois jours. Les vrais combattants de Juillet éprouvent le besoin, monsieur le ministre, de repousser de leurs rangs ces perturbateurs et, par cette épuration, il ne sera présenté à l’autorité que les noms des combattants du (ancien) Xe arrondissement dont l’homogénéité de leurs principes et leurs opinions seront une garantie de leur dévouement pour le roi des Français. En conséquence, nous avons nommé et nommons M. Matis, rue Traverse n° 9, faubourg Saint-Germain, notre commissaire, afin de suivre devant l’autorité le mérite de nos réclamations, son attachement invariable au gouvernement et ses louables opinions étant bien connues, c’est à ces titres qu’il a toute notre confiance et qu’il mérite celle du gouvernement, que nous le prions de ne recevoir au bas de la présente que les signatures des combattants qui professent les opinions susmentionnées, comme étant à même par ses investigations pleines de jugement et de sagacité de pouvoir séparer l’ivraie du bon grain. D’après cette épuration, nous vous supplions, M. le ministre, de vouloir bien ordonner que tous les dossiers des signataires de la présente soient déposés entre les mains de M. le maire du (ancien) Xe arrondissement, où un commissaire nommé par le gouvernement appréciera tous les services que nous avons rendus qui ont été méconnus par la Commission des récompenses nationales, soit par erreur ou par omission. Ce préjudice a augmenté l’infortune des gens qui méritaient des secours viagers et l’affliction des autres de ce que la loi avait reconnu des catégories, dont on a fait un déplorable abus, les décorés de la médaille qui demandent la croix justifient par leurs dossiers qu’ils ont été plus longtemps exposés au feu de l’ennemi et blessés plus gravement dans la même affaire que ceux qui ont obtenu la croix. Nous demeurons dans la conviction la plus profonde, monsieur le ministre, que la Croix de Juillet ne peut être honorable que lorsqu’elle sera portée par le roi des Français et que son éclat ne peut être durable que lorsqu’elle sera donnée par son auguste main, qui daignera recevoir nos serments de fidélité, de courage et de dévouement qui entoureront le trône impérissable. » L’apostille suivante était placée au début de la lettre : « Les combattants de Juillet du (ancien) Xe arrondissement, interprètes fidèles de leurs compagnons d’armes des autres arrondissements, qui comme eux combattirent franchement pour la Charte et le principe constitutionnel, désirent ardemment que Louis-Philippe, roi des Français qu’ils ont porté de leurs vœux sur le trône national, veuille bien daigner accepter l’ordre de la Croix de Juillet, qui ne peut avoir de mérite et d’éclat que sur la poitrine de l’auguste personne de Sa Majesté. » Il demeurait 80, rue du Four-Saint-Germain en 1830-1832. Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Archives de Paris Vbis7K4 2 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille Xe arrondissement, idem Vbis7K4 4, contrôle nominatif des citoyens décorés de la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) Xe arrondissement, idem VD6 545 n° 3 (liste des médaillés du [ancien] Xe arrondissement) ; Archives de Paris VK3 45 in dossier Genevray, Antoine, Jean-Baptiste ; Archives nationales F/1dIII/36, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la mairie du (ancien) Xe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) Xe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/62 in dossier Lefort, Jean-François ; Archives nationales F/1dIII/70 in dossier Pellicier, Jean, Antoine ; Archives nationales F/1dIII/82 lettre en date du 20 mai 1832 envoyée par Matis ; Archives de la préfecture de police AA 376 in dossier Camus, Michel, Auguste ; Archives de la préfecture de police AA 383 in dossier De Caignon, Erasme.