Thébaud, ou Thélaud, ou Thélan, ou Thélot, Pierre
Biographie
Ouvrier charron, originaire de Meximieux (Ain). Il fut blessé à la jambe et au dos, alors qu’il combattait dans la rue Saint-Honoré. Il retourna, sitôt après la révolution, dans son pays. Le maire de Meximieux en adressant un certificat à la Commission des récompenses nationales, pour tenter de faire valoir les droits du cousin de Thélot, Monnéron, Claude, son cousin, lui aussi originaire de la même commune, donnait de nombreuses indications sur la participation des deux hommes aux combats de Juillet. Cette lettre était ainsi rédigée : « Aujourd’hui, 9 septembre 1830, devant le maire de Meximieux, soussigné, s’est présenté Monnéron, Claude, ouvrier charpentier, domicilié sur cette commune, âgé de vingt-quatre ans, lequel a déclaré qu’étant parti d’ici pour faire son tour, le 1er juin dernier, il s’était placé pour travailler de son état à Ris, bourg situé à environ cinq lieues de Paris, route de Lyon ; que le lundi 25 juillet suivant il était allé rejoindre le nommé Pierre Thélot, ouvrier charron, aussi domicilié en cette commune, qui travaillait à Longjumeau, village sur la route d’Orléans, d’où ils étaient partis ensemble pour Paris, où ils sont arrivés à 5 heures du soir ; qu’ils sont allés loger derrière le Palais-Royal, dans un garni où l’on reçoit les ouvriers, qu’ils y ont couché ; qu’ayant entendu du bruit dans la nuit, ils se sont levés le mardi matin de bonne heure et se sont dirigés vers le Palais-Royal, où ils ont vu des gens du peuple et des gendarmes morts ; qu’étant retournés déjeuner et ayant entendu sonner le tocsin et battre la générale, ils se sont rendus dans la rue Saint-Honoré, où il y avait grande foule ; que lui, Monnéron, ayant été armé d’un fusil par un bourgeois, qui le lui avait tendu par une fenêtre et ayant reçu des cartouches d’une femme, en peu d’instants, il s’était trouvé au premier rang, par suite de la foule qui augmentait toujours et avait feu sur les soldats qui étaient opposés et qui tiraient sur eux ; qu’ayant avancé et reculé alternativement dans la rue Saint-Honoré, il avait été blessé d’un coup de feu à la cuisse, beaucoup plus bas que le Palais-Royal, au moment où il était à genoux pour tirer ; que quoique blessé il avait toujours continué à se battre jusqu’au jeudi 28 juillet, ayant couché dans les rues et sur les places ; que le dernier jour, étant sur la place de Grève, dans une charge de cavalerie, il reçut un coup de sabre, qui ne fit que couper son chapeau à la forme et au rebord ; que le jeudi, souffrant de sa blessure, il était sorti par la porte Saint-Martin et avait couché dans un champ, où il avait pris du repos, dont il avait grand besoin ; qu’étant rentré à Paris le vendredi matin il avait rencontré sur le pont Louis-XV son camarade Thélot, qu’il avait perdu dans la mêlée depuis trois jours, lequel était aussi blessé à la jambe et au dos ; que l’un et l’autre étaient sortis sur-le-champ de Paris. En se dirigeant sur Orléans, où Thélot est entré à l’hôpital et d’où lui, Monnéron, s’est rendu à Meximieux ; qu’il ne connaît aucun des chefs qui le commandaient, à la réserve des élèves de l’Ecole polytechnique, qu’il a vu plusieurs fois à leur tête ; que n’ayant jamais été à Paris, il ne connaît ni les rues ni les places dans lesquelles il s’est battu et que ne sachant pas au juste pour quelle cause il avait combattu ainsi que Thélot, ils avaient soigneusement caché leurs blessures ou du moins ils n’avaient dit à personne qu’ils s’étaient trouvés dans les combats de Paris et y avaient été blessés. Sur notre demande, ledit Monnéron nous a représenté un pantalon bleu en drap, dont il était vêtu à Paris, lequel est percé de deux trous dans l’endroit correspondant à la blessure qu’il a reçue ; cette blessure, qui n’est point cicatrisée, est située à la partie intérieure de la cuisse gauche, elle l’empêche de travailler pour le moment et nécessite encore les soins d’un chirurgien. Il nous a aussi représenté son chapeau, qui est à haute forme, qui se trouve coupé sur trois à quatre pouces de longueur à la coupe et au rebord extérieur et dont la cime se trouve ouverte par une balle. Enfin, ledit Monnéron nous a déclaré qu’ignorant, ainsi que Théloz qu’il y aurait des récompenses pour ceux qui avaient soutenu ces combats glorieux, ils n’avaient pris aucune précaution pour constater qu’ils y avaient été présents et acteurs tous les deux. » Thélot fut admis à l’hôtel-dieu d’Orléans, salle Saint-Laurent, le 9 août et en sortit le 28 septembre suivant. Lévêque, chirurgien en chef de l’hôtel-dieu d’Orléans, donna les renseignements suivants : « […] Il avait à l’une des jambes une plaie d’une certaine étendue, un peu ancienne, mais non produite par un coup de feu. Elle s’était déjà rouverte plusieurs fois et je me souviens de lui avoir conseillé l’usage d’un bas lacé pour soutenir la cicatrice et l’empêcher de illisible de nouveau. Cette plaie existait antérieurement aux journées de Juillet et Thélot a déclaré qu’il se l’était faite en rognant un essieu. Du reste, il a dit à plusieurs malades de la salle qu’il avait pris part à la révolution de Juillet parmi les défenseurs de la liberté. » En 1831, le maire de sa commune se plaignit au préfet que son administré, Thébaud, Pierre (sic), n’avait plus aucune nouvelle des démarches qu’il avait faites auprès de la Commission des récompenses nationales conjointement. Celle-ci répondit que Thébaud ne s’était pas présenté devant le jury médical et qu’elle n’avait, en conséquence, pas pu prendre de décision à son sujet. Son dossier est apostillé de l’observation suivante : « Quant à Telhot (sic), il s’est battu mais la blessure était antérieure aux événements de Juillet et il le déclare lui-même. N’ont aucun droit ni l’un ni l’autre. » Il demeurait à Meximieux en 1830-1831. Archives de Paris DM13 1 in dossier Monnéron, Claude (sous le nom de Thelot) ; Archives nationales F/1dIII/67 in dossier Monnerot ; Archives nationales F/1dIII/77.