Thiébaut, Denis

Biographie


Né vers 1780. Ancien sous-officier au 9e régiment d’infanterie de ligne pendant dix ans, établi marchand de meubles. On trouve dans Le Constitutionnel du 7 août 1830 l’article suivant le concernant : « M. Thiébaut, garde national de la huitième légion, après avoir combattu avec intrépidité, a eu le bonheur de sauver la vie à plusieurs gardes royaux désarmés. » Et dans le Figaro du 4 août 1830 : « Le 29, après la bataille du Louvre, M. Thiébault, garde national à la huitième légion, qui n’avait pas cessé de se battre depuis la veille sur tous les points, amena dans la maison de la rue de Chartres n° 8, cinq gardes royaux qu’il avait fait prisonniers. Ce fait ne sera pas perdu dans la foule des beaux traits qui immortalisent notre admirable révolution. » Il protesta, en août 1831, auprès du roi, parce qu’il n’avait pas reçu, ainsi que son fils (voir ce nom), la Croix de Juillet. Il portait de graves accusations la commission, et rappelait ainsi sa participation aux combats : « L’honneur me commandait de résister à l’oppression et je me suis fait un devoir de me transporter avec mon fils pendant les trois jours partout où des dangers éminents menaçaient les jours de mes compatriotes qui exposaient leur vie sans obtenir l’avantage que j’en ai recueilli par ma tactique militaire. Le 29, sur la place du Palais-Royal, j’ai retiré des mains des furieux monsieur Déconchy (mais Cauchy in Archives de Paris VK3 48 in dossier Mollet, Pierre), capitaine blessé appartenant au 6e régiment de l’ex-garde et suis parvenu au milieu du plus grand danger à le faire transporter rue de Chartres, n° 8 (l’ambulance qu’avait ouverte Mollet, Pierre, voir ce nom) ; on lui a prodigué tous les secours possible. Après onze heures de marche et de combat sur différents points j’ai fait prisonniers cinq gardes royaux de la manière suivante. A la tête de mon détachement, je chargeai un nombreux peloton de gardes royaux sans chefs ; il s’arrêtent rue de Rohan. J’étais dans l’action de charger mon arme, ils font sur moi une horrible fusillade, de laquelle je ne fus pas atteint. Je fonce sur eux, leur criant de se rendre. Ils résistent, je suis blessé à la tête, trois succombent sous le feu et le fer de mon arme, deux déposent leurs armes, je leur accorde la vie et protection les conduisant rue de Chartres, n° 8. Je prends le troisième, […] rue Beaujolais, après une lutte de peu de durée, il me rend les armes, je le conduis à la même destination. Arrivé sur la place du Carrousel, les bourgeois sont aux mains avec le reste des gardes royaux. Plusieurs se présentent à moi, secondé par un grenadier de la IIIe légion, je parviens à en soumettre deux, qui se livrent à ma discrétion et suis assez heureux de pouvoir les retirer du carnage et les ai conduits successivement au risque et péril de ma vie, rue de Chartres, n° 8, chez le sieur Thourel (voir Thourel, André, Albin, François, Bruno), avocat, qui avait établi une ambulance provisoire, où plus de soixante personnes de toutes classes ont reçu des secours de ce digne citoyen, qui a sacrifié une partie de son avoir et n’a pas assez fait pour fixer l’attention de cette Commission, dont la plus grande partie des membres ont prévariqué. Je dois rendre et rends justice au commissaire du gouvernement, M. Gréau de Saint-Vincent (voir Grau de Saint-Vincent, Antoine, Jean-Baptiste, Michel), cet honorable magistrat, après avoir pris connaissance de mes pièces dont il avait ordonné la remise est resté stupéfait ne pouvant pas y remédier attendu que le travail de la Commission était arrêté et signé de Votre Majesté, n’étant pas de sa compétence de me faire droit. Il est vrai que d’après ma conduite bien constatée par mes chefs et vingt et un citoyens notables, j’étais loin de croire qu’elle devait me priver de la décoration que Votre Majesté accordait aux défenseurs de la cause nationale. J’étais loin de croire, je le répète, que je devais taire à cette Commission, dont le bureau était composé des sieurs Chevalier et Villeret, tous deux commissaires pour la Ve et VIIIe légion, assistés de quelques jurys, mais toujours incompétents , ayant sur ma conduite reçu de leurs collègues des renseignements les plus avantageux avec un dossier honorable, ils l’ont fait disparaître. Il fallait taire et cacher le certificat que j’avais obtenu du sieur Thourel, qui attestait ce que l’honneur prescrit aux vainqueurs. Ancien soldat, j’ai plus d’une fois fait des prisonniers et les ai traités avec humanité. Il ne fallait pas en avoir pour des Français, soldats malheureux, que je devais tuer ? après s’être livrés à ma discrétion et avoir déposé leurs armes. Ô mon roi ! que de pareils sentiments sont loin de mon cœur ; ils avaient un double titre à ma gratitude, comme Français et comme sachant obéir. Ces anarchistes, qui ont fait un trafic du pouvoir qui leur a été confié, n’ont jamais ressenti ce que le cœur éprouve en faisant une bonne action. Depuis l’âge de seize ans rangé sous les drapeaux de la garde nationale, dix ans et demi d’honorables services au 9E infanterie de ligne, la continuation de mes services dans la garde nationale et cinquante ans d’âge pourront me servir de quelque appui si du haut du trône vous daignez jeter un coup d’œil rapide sur l’exposé de mon faible mérite et celui de mon fils, jeune homme de seize ans et demi, qui, le 28, après avoir coopéré au désarmement du poste du port Saint-Paul occupé par la ligne, a contribué de tout son pouvoir à la conservation de leur vie et a rivalisé de courage à l’Hôtel de ville. Le 29, après nous être assurés de la soumission des casernes des Minimes, où nous nous sommes chargés de munitions, de celle du Petit-Musc, où il s’est couvert d’une cuirasse et d’un casque, de celle de l’Ave-Maria, où on s’est procuré des armes, et de la brigade de gendarmes casernés à la barrière du Trône ; enfin après la prise du Louvre, en me quittant, s’est jeté éperdument sur la place du Carrousel et, un des premiers, est entré au château. Ensuite a fait partie d’un détachement dirigé sur Clichy ; à leur retour, on les a constitués gardiens des appartements ; ce n’est que le 30 à 2 heures après-midi avec la permission de ses chefs qu’il est venu calmer nos inquiétudes, assuré du bon ordre établi dans la capitale ; il a fait remise à la VIIIe légion de sa cuirasse et de son casque. Il a surpassé mon attente par sa belle conduite. Sire, ce n’est pas le langage d’un père que je tiens, c’est celui d’un juge intègre. Il a voulu, dans son noble élan, sacrifié sa liberté en prenant du service au régiment des lanciers d’Orléans ; il est resté vingt-neuf jours à l’Ecole militaire, a été occupé au rétablissement des lits et effets de casernement, est allé en remonte ; à son retour, le colonel Sourd l’a remercié, n’ayant point l’âge révolu par la loi. Par la suite de ses fatigues, il est resté vingt-deux jours au lit, avec amputation aux talons, pour cause de durillons forcés. Le traitement de ses blessures et de la mienne sont à mes frais. Je n’ai reçu ni ne réclame aucune remise de fonds, glorieux d’avoir versé notre sang pour la cause qui vous lie à nous. Nous sommes encore prêts, s’il le faut, à verser le reste pour affermir votre couronne. Sire, si par vous nous sommes jugés dignes de la décoration spéciale, je forme des vœux qu’elles nous soient délivrées par vous, afin que nous puissions dire aux faux frères Elles nous ont été données par le roi, nous l’avons reçue de cette main chérie sur laquelle nous avons imprimé nos lèvres brûlantes d’amour et de respect. Tels sont les désirs de ceux qui prient Dieu pour la conservation de vos jours si précieux aux bons Français que vous commandez et qui sauront mourir pour la gloire et l’indépendance. Ordonnez, sire, votre réponse sera une loi à laquelle je saurai me soumettre sans restriction. » Il fut répondu à Thiébaut par la circulaire faisant valoir que les travaux de la Commission des récompenses nationales étaient terminés et qu’il ne pouvait, en conséquence, pas être donné suite à sa demande. N’ayant pu obtenir réparation des torts qui lui avaient été faits, Thiébaut retira, le 16 septembre 1831, les pièces qu’il avait déposées devant la Commission des récompenses nationales (dont un certificat signé par ses « chefs et vingt et un citoyens notables ». Dans l’exposé que Thourel, Albin fit de sa propre participation aux combats, on trouve les indications suivantes le concernant: « Le 29 juillet, au milieu de la fusillade la plus meurtrière, j’ai fait ouvrir les portes de la maison que j’habite, rue de Chartres, n° 8, en face des Tuileries. Secondé par le sieur Monnet (voir Mollet, Pierre), portier, je ramassais ou fis ramasser près de soixante blessés, qui reçurent chez moi les premiers soins des mains du docteur Fitz, Patrick (voir ce nom), demeurant même rue n° 13 et de deux élèves en médecine. De là, quand le feu devenait moins vif, nous les faisions transporter à la Charité. J’eus aussi le bonheur d’arracher à une mort presque certaine quinze gardes royaux désarmés, que je fis cacher dans une écurie. Je leur fis ensuite raser leurs moustaches et, revêtus de mes propres habits, ils purent sortir sans danger. Cinq d’entre eux m’avaient été amenés par le nommé Thiébaut, marchand de meubles, rue de Cotte, n° 8. M. de Conchy, capitaine au 6e de la garde, frappé d’une balle à la jambe, fut ainsi recueilli chez moi. Reconnu pour avoir commandé, un instant auparavant, le poste de la place du Palais-Royal, sa vie était compromise mais je le fis sur-le-champ porter sur mon propre lit, dont il n’est sorti que le lendemain pour être transporté chez lui, rue Neuve-Saint-Augustin, n° 59. » Thiébaut délivra lui-même le certificat en faveur de Thourel : « Je, soussigné, certifie que le 29 juillet dernier, me trouvant engagé dans la rue de Chartres, dans laquelle le feu ne discontinuait pas, je vis M. Thourel, avocat, qui recueillait les blessés et s’exposait, avec le plus honorable dévouement. Comme j’eus le bonheur d’arracher successivement à la mort cinq gardes royaux, je crus ne pouvoir mieux les confier qu’à M. Thourel, qui, après les avoir mis sous sa responsabilité, les cacha, les couvrit de ses vêtements et les sauva ainsi. J’ai appris que ce citoyen en avait sauvé seize et j’ai moi-même vu chez lui une ambulance provisoire, où les blessés qu’il recueillait recevaient les soins les plus généreux. » Il déposa un dossier à la Commission des Réclamants ([ancien] VIIIe arrondissement), sise 10, rue Bourg-Labbé puis 6, rue Dalayrac. Il joignait plusieurs certificats à sa demande. Le premier certificat, qui attestait la véracité des articles du Constitutionnel et du Figaro (voir plus haut) et ainsi rédigé : « Nous, soussignés, officiers, sous-officiers, caporaux et soldats de la VIIIe légion, certifions que le sieur Thiébaut, chasseur à la 3e compagnie, 2e bataillon, VIIIe légion, a tenu la conduite mentionnée dans le contenu du présent. » Signé, le 1er septembre 1830 : Marion, capitaine ; Delacroix, lieutenant ; Varin, sergent, décoré de Juillet (c’est lequel des deux ?) ; Chesnat, propriétaire, sergent ; Clément, propriétaire, caporal ; Arno, fabricant d’ébénisterie, caporal ; Mauduit, marchand de vin en gros, grenadier ; Vizard, marchand de drap, chasseur ; Porchet, marchand de vin en gros, sapeur ; Laplaige, marchand épicier, chasseur ; Riberon, marchand cordonnier, chasseur ; Grosjean, marchand de métaux, chasseur ; Maillet, propriétaire, sapeur ; Grolet, entrepreneur, grenadier ; Brevune, loueur de voitures de remise, chasseur ; Neveux, marchand fripier, grenadier ; Finet, marchand à la toilette ; Frotey, marchand de vin en gros, grenadier ; Meunier, serrurier, chasseur ; Maillard (voir Maillard, Philippe), maître cloutier, décoré de Juillet, chasseur (comme ayant combattu sous mes ordres) ; Graat, serrurier en bâtiment, chasseur. Le deuxième certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné, certifie que M. Thiebaut, marchand de meubles, rue de Cotte n° 8, chasseur dans la VIIIe légion, a sauvé la vie à cinq gardes royaux désarmés et les a conduits à l’ambulance provisoire que j’avais organisée dans la maison que j’habite rue de Chartres n° 8. Il me les a confiés après avoir pris mon nom et mon adresse. Il est aussi à ma connaissance personnelle que ce même citoyen n’a cessé de combattre pendant les deux journées du 28 et du 29. C’est le 29 de midi à 1 heure que M. Thiebaut a sauvé les cinq gardes royaux, que j’ai pris sous ma responsabilité et que j’ai fait ensuite habiller et sauver. » Signé, le 7 août 1830 : Thourel (voir Thourel, André, Albin, François, Bruno). Enfin, il faisait parvenir la copie de la lettre qu’il avait adressée à Grau de Saint-Vincent et ainsi rédigée : « Dans l’honorable et pénible emploi que notre auguste monarque vous a confié il vous est sans doute survenu des réclamations de tout genre mais peu de la nature de celle-ci, à laquelle j’ose espérer que vous ferez droit et justice, en vous faisant représenter les pièces que j’ai produites à M. Chevalier, membre de la Commission. Ces pièces consistent en un rapport détaillé de mes travaux pendant les trois jours de Juillet, qu’il aura sans doute trouvé trop volumineux et par conséquent considéré comme des menuailles et dédaigné en faire lecture. Cependant les renseignements avantageux que messieurs les délégués avaient recueillis sur ma conduite et celle de mon fils devaient suffire pour le dissuader. Honorable magistrat, la légèreté avec laquelle on a jugé nos services m’absorbe. Je jure devant Dieu, le roi et vous, mon juge, que les faits mentionnés sont exacts. L’honneur qui toute ma vie fut mon guide ma plaça sous les drapeaux de la garde nationale à l’âge de seize ans. Dix ans et demi de service au 9e de ligne, d’honorables blessures reçues au champ d’honneur, la continuation de mes services dans la garde nationale partie du manuscrit brûlé permettent de jeter un coup d’œil sur mes pièces. Vous verrez l’abandon total que j’ai fait de ma famille pour me transporter ou le devoir m’appelait. Le 29, j’ai retiré des mains des hommes justement partie du manuscrit brûlé le sieur Deconchy, capitaine blessé appartenant au partie du manuscrit brûlé de la garde et suis parvenu au milieu des plus grands dangers à le faire transporter rue de Chartres n° 8, où on lui a prodigué tous les soins et il m’a payé d’ingratitude. Dans l’après-midi, j’ai sauvé cinq gardes royaux en leur faisant déposer les armes. Savoir : deux rue de Ro.... partie du manuscrit brûlé, un rue Beaujolais, deux sur la place du Carrousel et les ai tous conduits au risque et péril de ma vie rue de Chartres n° 8, chez M. Thourel, avocat, qui avait établi l’ambulance. MM. Dupin aîné et Persil peuvent certifier le fait, ils étaient présents. Je craindrais de vous importuner en vous entretenant plus longtemps de ma conduite. Vous verrez sur les pièces à l’appui de mon rapport si moi et mon fils ont assez fait pour mériter la décoration de Juillet. A la surprise de mes chefs et de mes compatriotes, je ne me trouve compris dans aucune liste déjà publiée. J’avais à cet effet adressé à M. Le général Fabvier une demande à peu près du genre de celle-ci ; elle est restée sans réponse depuis le 6 mai que je l’ai déposée entre les mains de son secrétaire au bureau de la Commission. Monsieur, j’ose espérer de vous une entière satisfaction. Si après l’arrêté de la Commission il fallait partie du manuscrit brûlé me soit accordé la croix et à mon fils partie du manuscrit brûlé votre équité et vous prie d’être l’interprète de mes sentiments près de Sa Majesté. Je vous en aurai une éternelle reconnaissance et s’il le fallait j’irai m’acquitter de cette glorieuse mission. Je suis, etc. » Suivaient les apostilles de Jeanneret, capitaine en premier de la 3e compagnie du 2e bataillon de la VIIIe légion, qui certifiait que Thiébault (sic) avait « toujours fait son service avec zèle et exactitude en toute circonstance » ; Thierry ; Solvet, P. ; Anquetil ; Leloup, A. ; Perret ; Bouquet, capitaine en second. En 1831, il était garde national à la 2e compagnie du 4e bataillon (plus haut dans un certificat 2e bataillon...) de la VIIIe légion de la garde nationale Il demeurait 8, rue de Cotte en 1831. Le Constitutionnel, 7 août 1830 ; Le Figaro, 4 août 1830 ; Histoire de la révolution de 1830 et des nouvelles barricades, par F. Rossignol et J. Pharaon, Paris, chez Vimont, Levavasseur et Urbain-Canel, 1830, p. 332 ; Archives de Paris VD6 91 in dossier Thourel, Albin ; Archives de Paris VK3 48 in dossier Mollet, Pierre ; Archives nationales F/1dIII/77 ; Archives de la préfecture de police AA 415. Quel rapport avec Thiébaut, Pierre, Denis, c’est le même nom et la même adresse...

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