Thiriet, Jean-Baptiste

Biographie


Né le 8 décembre 1786 à Raucourt (Ardennes) d’une famille de riches marchands. Capitaine d’infanterie, chevalier de la Légion d’honneur, démissionnaire, ancien aide de camp du lieutenant-général et vicomte Puthod. Il fut compromis en 1823 dans une affaire politique et condamné à dix-huit mois de détention par défaut pour s’être servi d’un passeport sur le visa duquel le mot Bordeaux avait été substitué à celui de Rouen. On trouve dans l’Ami de la religion et du roi, journal ecclésiastique, politique et littéraire, Paris, tome trente-septième, 1823, p. 349-350, la trace de son jugement : « Les sieurs Wieux-Lamarine, Sneck, Berlemont, Robert, Thiriet et Sausset, arrêtés dans la diligence de Bordeaux, au commencement de la guerre d’Espagne, avaient d'abord été prévenus de participation à un complot dont le but était de détruire le gouvernement légitime, et de changer, l’ordre de successibilité au trône. La cour royale, tout en reconnaissant l’existence d’un complot de cette nature, décida, le 12 septembre dernier, qu’il n’était pas suffisamment établi qu’ils y eussent pris part. Le 22 octobre, ces mêmes individus ont été cités devant la police correctionnelle ; ils étaient accusés d'avoir sciemment fait usage de passeports falsifiés. Thiriet n’a point comparu. Le tribunal a condamné Sausset, Robert et Thiriet à dix-huit mois d'emprisonnement, Wieux-Lamarine à deux ans d'emprisonnement, comme auteur des falsifications, et Berlemont à un an d'emprisonnement, comme complice du Wieux-Lamarine. L’affaire du sieur Sausset a été appelée la dernière, et remise à huitaine, afin que les experts aient le temps d'examiner son passeport. » Réfugié en Angleterre, Thiriet fut employé par la maison Depouilly et Schirmer, qui avait une succursale à Londres. Il fut amnistié le 29 mai 1825, à l’occasion du sacre de Charles X. Il se présenta à l’ambassade de Londres et obtint un passeport pour rentrer en France, avec obligation de se rendre et de séjourner à Raucourt, son lieu de naissance, où il devait, comme c’était l’usage, être soumis durant cinq années à la surveillance de la haute police. Son itinéraire ne lui ayant pas interdit de séjourner à Paris, il y resta quelque temps et obtint l’autorisation, le 12 juillet suivant, d’y rester. Il était à cette époque, toujours employé par Depouilly, Schirmer et Cie, 30, rue du Paradis-Poissonnière. En juillet 1825, il sollicitait l’autorisation de séjourner à Paris mais de pouvoir se rendre en Angleterre, Depouilly expliquant ainsi la situation de Thiriet : « […] Père de famille, sans fortune et sans état, […] que nous pouvons bien employer à Londres, parce qu’il parle anglais mais que nous ne pouvons occuper à Paris ni à Lyon puisqu’il n’a que peu ou point de connaissances de fabrique. » Thiriet lui-même se présentait à cette époque comme « consacré tout entier » à sa carrière commerciale et invoquait la bienveillance du « meilleur des rois », pour obtenir ce visa qui devait lui permettre de continuer à occuper l’emploi qui le faisait vivre. Il précisait ainsi : « Je viens vous remercier de la bonté que vous avez eue de me permettre d’habiter Paris, quoique je sois assez malheureux pour ne pouvoir jouir de cette faveur. Attaché à la maison Depouilly, Schirmer et Cie et chargé de leurs affaires à Londres, je viens supplier Votre Excellence de me permettre d’aller résider dans cette ville, seul endroit où je serai à même d’être utile à mes commettants et seul moyen que j’ai de conserver une place qui me fait vivre honorablement. Ne pensez pas, Monseigneur, que je veuille me soustraire à la surveillance exigée par l’acte de clémence du 28 mai ; si j’habite Londres, V.E., sera toujours à même de connaître mes moindres démarches car je me soumettrai volontiers à toutes les garanties que M. l’ambassadeur de France exigera de moi. Vous avez eu assez de confiance en moi pour me permettre de résider à Paris, soyez assez généreux pour me permettre d’aller habiter Londres où mon nouvel état nécessite ma présence. Sans quoi, Monseigneur, vous réduiriez à la plus cruelle extrémité un homme qui est pénétré de la plus vive reconnaissance pour ce que vous avez déjà eu la bonté de faire pour lui. » Le ministère refusa l’autorisation. Thiriet insista, expliquant la situation qu’il avait à Londres : « Il y devait son existence à l’amitié de MM. Depouilly et Schirmer et Cie qui l’honoraient de leur confiance et l’employaient dans leur commerce de cette ville. Un acte de clémence de Sa Majesté Charles X vint mettre le comble à son bonheur. Français et père de famille, les plus doux sentiments, ceux de l’amour de la patrie et de tendresse paternelle se firent sentir dans son âme ardente. Il s’empressa de voler en France mêler la voix d’un exilé reconnaissant aux acclamations de tout un peuple saluant l’aurore d’un si beau règne. Il vint serrer dans ses bras sa fille chérie qui était réellement orpheline puisqu’elle avait perdu sa mère et se trouvait séparée à jamais de son père. Comme fille d’un officier de la Légion d’honneur, elle est élevée gratuitement dans la maison royale des Loges près Saint-Germain. Il fallut bientôt songer à retourner à son poste puisque sans fortune et privé de tout moyen d’en acquérir autrement qu’en remplissant à Londres l’emploi que lui conservent ses amis. Il a demandé un passeport, il a offert de se présenter à l’ambassadeur de Sa Majesté à Londres et de donner toutes les garanties qu’on pourrait exiger de lui. Quelle a donc été sa douleur d’apprendre que, par défaut sans doute d’explications sur sa véritable position, Son Excellence avait d’abord refusé de lui faire délivrer cet acte indispensable. Que deviendrait ce père de famille ? Que faire pour vivre à Paris ? A quelle industrie un militaire pourra-t-il se livrer ? La maison Depouilly, Schirmer et Cie ne peut l’occuper qu’autant qu’il réside à Londres où la connaissance de la langue anglaise lui donne quelque prix, déjà elle accuse sa lenteur. Quel négociant pourrait avoir l’idée d’utiliser un homme sous la surveillance de la police et ne pouvant voyager dès qu’il ne peut quitter Paris. Une erreur de faits à pu seule causer une résolution qui deviendrait funeste si elle recevait son exécution. M. Thiriet serait réduit à demander comme une grâce d’être encore exilé !... […] » L’administration persista cependant dans son refus. En 1826, il l’accompagna sa fille, qui avait terminé son éducation à la maison royale des Loges, un des établissements où étaient élevées les filles des titulaires de la Légion d’honneur, et retournait à Raucourt. Il épousa, le 8 mars 1827, à Avon (Seine-et-Marne), Desvergnes, veuve du précédent maire de cette commune et fut autorisé à séjourner dorénavant dans la commune d’Avon ; la préfecture de police précisait d’ailleurs, avant de donner son autorisation que « pendant les dernières années de son séjour à Paris, M. Thiriet a toujours tenu une conduite régulière et s’est éloigné de toute intrigue politique ». La maison de Thiriet à Avon touchait les dernières maisons de Fontainebleau, et il s’occupait d’un vaste jardin, selon un rapport de police. Il reçut à dîner le général vicomte Puthod, commandant la 14e division militaire et passant par Fontainebleau pour aller aux eaux, ce qui ne manqua pas de provoquer l’émoi de la gendarmerie, qui s’étonnait qu’un tel commandant allasse dîner chez un condamné assujetti à la surveillance et qui écrivit aux autorités supérieures : « […] L’embarras où je me trouvais de savoir à quelle classe appartenait cet individu que j’avais toujours regardé comme un condamné ordinaire, soumis à une surveillance particulière de la haute police. […] On m’apprend aujourd’hui que le sieur Thiriet, qui paraît ne manquer ni d’éducation ni d’esprit, ayant fait connaissance avec la veuve de l’ancien maire d’Avon, dans une maison de santé où cette femme s’était retirée pour y suivre plus régulièrement les ordonnances des médecins, que dans son état de maladie elle était venue consulter, l’a tellement captée qu’il l’a déterminée à l’épouser. Ce mariage s’est fait vers le mois de mai dernier et M. Thiriet a eu pour témoins dans cette circonstance M. le baron Challié ou de Chelles et M. Maréchal ex-aide-de-camp, résidant à Paris. M. le général Puthod, commandant la 14e division militaire est venu dîner chez le sieur Thiriet, en se rendant aux eaux, au mois de juin dernier. Ce général lui a promis de parler en sa faveur aussitôt son retour. » Ce n’était d’ailleurs pas la première fois que les hommes se revoyaient et les traces de quelques rencontres apparaissent dans le dossier. Le 19 septembre 1827, le préfet des Ardennes adressait la lettre suivante au ministère de l’Intérieur : « Par la lettre que Votre Excellence m’a fait l’honneur de m’écrire le 10 septembre courant, elle m’informe qu’elle a été prévenue que le sieur Thiriet, condamné amnistié et dont la résidence a été fixée à Avon se rend à Paris et que, chaque fois qu’il y paraît, il voit des gens mal pensants. […] Il résulte d’une lettre que je reçois à l’instant de M. le sous-préfet que le maire d’Avon, auquel a été confiée la surveillance de M. Thiriet, est un homme dévoué, digne d’une entière confiance et, de plus, parfaitement à portée d’observer les absences que ce particulier voudrait se permettre, puisque ce fonctionnaire, dont le cheval est logé dans l’écurie du sieur Thiriet, a l’occasion d’entrer chez lui plusieurs fois par jour et qu’il y entre en effet fréquemment. Témoin direct de la présence dans son domicile du sieur Thiriet, le maire d’Avon affirme que ce dernier, depuis qu’il s’est fixé à Avon par permission de Votre Excellence, ne s’est pas absenté un seul jour de cette commune ; qu’il la toujours vu, lui a toujours parlé et que les allées et venues qui lui sont reprochées se réduisent à une absence d’une demi-journée, employée à se rendre à Montereau, petite ville du même arrondissement, absence dont il a été immédiatement rendu compte à M. le sous-préfet. Cette circonstance, qui m’est donnée comme l’expression de la vérité a déterminé M. le comte de Thuisy à différer l’exécution des ordres de Votre Excellence pour le retrait du passeport, dont le sieur Thieret est présumé muni. Il pense qu’il serait prudent de renoncer à cette mesure si Votre Excellence regarde cet amnistié comme justifié des absences illégales qui lui sont imputées parce qu’il craint que cette sévérité n’ait pour effet d’exaspérer davantage lui et les personnes qui partagent ses mauvaises opinions. Parmi ces dernières, il n’en n’est qu’une seule que le sieur Thiriet paraît avoir visitée, c’est le lieutenant-colonel baron de Saint-Léger, en retraite à Fontainebleau, dont il a reçu et auquel il a rendu un dîner. Cet officier, comme électeur, exerce une influence qui a été plus d’une fois contraire aux vues de l’administration. » Dès novembre 1827, il était « brouillé avec sa femme » et demandait à séjourner dorénavant à Paris ; ce qui lui fut accordé. Il désirait rester à Paris « jusqu’à la fin de l’éducation de sa fille, qui était dans un pensionnat du faubourg Saint-Germain. Il jouissait alors de quatre mille francs de rente annuels. Il fut dénoncé pour avoir écrit une chanson et le préfet des Ardennes alerta son ministre en l’informant que Thiriet était « venu à Sedan et y a assisté à un repas offert à M. Cunin-Gridaine, député, par des jeunes gens de la ville et quelques électeurs, et y a chanté les couplets ci-joints. J’ai tout lieu de croire que rien de remarquable n’a eu lieu à ce repas car M. le sous-préfet de Sedan n’eut pas manqué de m’en informer ; ainsi que je l’y avait invité, il s’est borné à me faire l’envoi des couplets ». Convoqué à la préfecture de police de Paris, Thiriet nia être l’auteur de la chanson, assura ne pas la connaître et avoua seulement s’être trouvé dans une société où elle avait été chantée (on trouve pourtant cette chanson sur internet et particulièrement dans Google books, avec comme auteur Thiriet, chez l’imprimeur Gaultier-Laguionie, 1829). Le texte de cette chanson était ainsi recopié par le sous-préfet :

Couplets pour le banquet offert à M. Cunin-Gridaine par les électeurs du département des Ardennes, le 25 août 1829,

(Epigraphe) Et le sol tant chéri qui me donna le jour avait mon dernier vers et mon dernier amour.

« Dans ce banquet délicieux

Dont l’amitié m’ouvrit les portes

Souffrez messieurs les chants joyeux

De l’un de vos compatriotes.

Il laissera parler son cœur

Et près du berceau de Turenne

On peut redire avec bonheur

Pour le courage au champ d’honneur

Vivent les enfants des Ardennes !

Si dans les camps nos anciens preux

Fixèrent cent fois la victoire

Ceux de nos jours non moins fameux

N’ont jamais combattu sans gloire

Sur les noirs glacis de Bouillon

Sous les remparts de Valenciennes

Toute l’armée à l’unisson

Répétait au bruit du canon

Honneur aux enfants des Ardennes !

Et depuis que la douce paix

Revient consoler la patrie

Le feu sacré des Ardennais

S’est concentré dans l’industrie

Mais que l’on attente à nos droits

Que l’on veuille river nos chaînes

Pour défendre l’ordre et les lois

Faisons dire encore une fois

Honneur aux enfants des Ardennes !

Mais nous avons un défenseur

Un mandataire, un homme libre

Qui veut des lois et de l’honneur

Maintenir le saint équilibre

Entourons-le de notre amour

Confions-lui toutes nos peines

Et célébrant un si beau jour

Chantons pour fêter son retour

Gloire au député des Ardennes.

Amis buvons à sa santé

Buvons à la douce espérance

De voir l’ordre et la liberté

Etablis pour jamais en France

Que l’aï (ancien nom du champagne, N.D.A.) le plus pétillant

Bouillonne dans toutes les veines

Et pour le fêter dignement

Buvons encore en répétant

Gloire au député des Ardennes ! En septembre 1829, le préfet précisait cependant qu’à l’exception de ce banquet, « rien qui mérite d’appeler l’attention ne s’est passé relatif à lui. Cet ancien officier vit à Raucourt chez son frère, fabricant d’ouvrages en fer. Sa conduite est exempte de reproches. […] D’après la conduite que tient le sieur Thiriet, il serait difficile et peut-être rigoureux de l’astreindre à rester à Raucourt puisque les intérêts qui l’appellent dans le département ne sont point centralisés dans ce canton. » En avril 1830, le préfet de police rapportait sur son compte : « Les renseignements qui ont été recueillis sur cet individu ont fait connaître que sa conduite avait été régulière pendant son séjour dans la capitale mais que ses sentiments politiques n’étaient point aussi satisfaisants qu’on pourrait le désirer. » En mai 1830, le préfet de la Meuse signalait sa présence à Stenay, en compagnie de Gailly, officier de l’administration forestière du duc de Bourbon-Condé, comme s’occupant sans doute des affaires du duc. Thiriet quitta Stenay le 23 juin pour Paris et dut se trouver là au moment de la révolution de Juillet. Il était en 1830 aide de camp du général Clauzel. Il mourut à Alger en 1831 des suites d’une contusion qu’il avait reçue le 29 juillet 1830. L’orpheline qu’il laissait, Elisa, sollicita une pension, qui lui fut refusée, l’administration considérant que son père était mort, guéri des blessures qu’il avait reçues à cette époque et qu’elles n’avaient en aucun pu influer sur sa mort. Le dossier des droits que son décès entraînait fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) Ier arrondissement. Thiriet était l’auteur de Mes souvenirs ou les prisonniers français en Pologne, poésies suivies de notes historiques, Paris, Delaunay, 1822, de La Mort de David, ode, Paris, Delaunay, 1826, et sans doute (in Internet et Google books) de Couplets chantés au banquet offert à M. Cunin-Gridaine par les électeurs des Ardennes, à son retour de la session de 1829, imprimeur Gaultier-Laguionie, 1829. Thiriet, Jean-Baptiste demeurait 30, rue du Paradis-Poissonnière entre 1825 et 1829, siège de son employeur mais avait son domicile privé 33, rue Hauteville en 1826 ; à Avon en 1827 ; Elisa Thiriet demeurait à Raucourt en 1831. l’Ami de la religion et du roi, journal ecclésiastique, politique et littéraire, Paris, tome trente-septième, 1823, p. 349-350 ; Le Livre noir de messieurs Delavau et Franchet ou répertoire alphabétique de la police politique sous le ministère déplorable, Paris, Moutardier libraire-éditeur, tome quatrième, p. 240 ; Archives nationales F/7/6775 ; Archives nationales F/1dIII/38 A, Commission des récompenses nationales, état de cent cinquante demandes formées en vertu des articles 1er, 2e, 3e, 4e et 11e, de la loi du 13 décembre 1830 et reconnues non fondées ; Archives nationales F/1dIII/77.

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