Thuillier, Auguste, Félix
Biographie
Né le 10 pluviôse an XI à Paris. Concierge du lycée Charlemagne. Il écrivit dans ces termes, en août 1831, pour solliciter auprès du roi la médaille de Juillet : « Deux des messieurs les membres de la Commission des récompenses nationales chargés de recueillir les faits s’étant présentés à mon domicile, m’avaient promis la médaille pour avoir, le matin du 28 juillet 1830, jeté à bas le tableau du collège royal de Charlemagne, action qui m’aurait fait chasser dudit collège si l’on n’avait remporté la victoire. Le même jour, j’exposai ma vie, en passant au Port aux tuiles sous les boulets tirés de l’hôtel de ville, pour porter à la Sorbonne les actes de naissance des élèves admis à concourir. De plus la place que j’occupe ne me rapporte que quarante sous par jour ; j’ai une femme, un enfant, malgré cela et la modicité de mes appointements, je n’ai point balancé, excepté le fusil que l’on m’a donné, à m’habiller et m’équiper du reste à mes frais, afin de pouvoir faire partie de cette garde nationale heureuse et fière d’entourer le trône de Votre Majesté. Ladite promesse étant demeurée sans effet, j’ai recours à la bonté de Votre Majesté ; cette médaille est toute mon ambition, elle me sera doublement précieuse si je suis assez heureux pour l’obtenir de Votre Majesté. » Il déposa un dossier à la Commission des Réclamants ([ancien] IXe arrondissement), sise 10, rue Bourg-Labbé puis 6, rue Dalayrac. Il adressa à la Commission la même lettre à peu près que celle qu’il avait envoyée au roi. Il déposa, conjointement avec Brecard, Alexis, Désiré (né le 21 novembre 1807 à Paris et lui aussi demeurant au lycée Charlemagne), un dossier devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février. Ils adressèrent en effet, le 1er avril 1848, la lettre suivante à cette dernière Commission : « C’est avec l’orgueil qui convient à tout républicain de laisser à ses descendants un souvenir des glorieuses journées où nous avons brisé nos fers en balayant la tyrannie que les citoyens Thuillier, Auguste, Félix, âgé de quarante-cinq ans, et Brecard, Alexis, Désiré, âgé de quarante ans, garçon de classe au lycée Charlemagne et tous deux gardes nationaux IXe légion, 2e bataillon, viennent vous demander si la journée et la nuit du 24 au 25 bien employée au service de la patrie méritent récompense. Voici, citoyens, un aperçu de notre journée. Partis à 7 heures du matin pour notre mairie, on vint nous dire que la troupe venait de faire feu sur la garde nationale du côté de la Bastille. Demander des armes et voler au secours de nos frères fut l’affaire d’un instant. Nous partîmes, ayant à notre tête les braves élèves de l’Ecole. Nous nous grossîmes de tous les bons citoyens qui voulurent bien se joindre à nous. Nous allâmes ainsi jusqu’au faubourg Saint-Antoine, mais la troupe ne nous attendit pas. Nous prenons par le boulevard Beaumarchais, la rue du Pas-de-Mule et à la place de la République nous entraînons à notre suite les gardes nationaux de la VIIIe légion qui s’y trouvaient réunis et de barricades en barricades je ne dirai pas que nous nous dirigeâmes mais bien que nous nous ruâmes vers l’Hôtel de ville. Là, nos braves élèves, pour empêcher l’effusion du sang commandèrent halte. La troupe fut-elle étonnée au bruit du torrent populaire, toujours est-il qu’elle nous reçut la crosse en l’air. Alors nous ne fûmes plus que ce que nous ne cesserons d’être un peuple de frères. Remarquant assez de forces pour conserver la place conquise, nous retournâmes à notre mairie, prêts à tous les événements. Dans l’après-midi, on vint en toute hâte demander des hommes de bonne volonté pour se porter à la caserne des Célestins, menacée de pillage. Nous nous empressâmes de courir où besoin était. Plus tard, nous repartîmes au Grenier d’abondance, menacé d’incendie. Après avoir en ces deux endroits laissé la force bien établie nous retournâmes à notre quartier général, c’est-à-dire à la mairie. 10 heures du soir, le tocsin se fait entendre à Saint-Gervais. L’alarme se répand partout. On se regarde, Ce n’est pas cela, disons-nous, nous ne devons pas souffrir que l’on compromette ainsi la république naissante. Sur ce nous sautons sur nos armes et avec deux élèves de l’Ecole nous courons où le devoir nous appelle. Au pied de la tour, nous trouvons une femme effrayée, qui de ses mains tremblantes a bien du mal à nous éclairer dans notre ascension, qui n’était pas sans péril. Arrivés en haut, nous trouvons plusieurs hommes qui ne savent trop comment expliquer leur infâme conduite. Ce qui nous étonne le plus c’est de trouver au milieu d’eux un chasseur de la VIIe légion, revêtu de son uniforme, lequel prétend avoir été entraîné. Mais un cri général le condamne car c’est lui qui au lieu d’être entraîné à entraîné les autres, et la femme qui nous éclairait le confond en lui disant C’est vous qui m’avez sommée d’ouvrir, sous menace d’incendier si je ne le faisais. Nous laissâmes tous les autres libres et nous emmenâmes notre chasseur au poste, où il fut mis au violon jusqu’au lendemain. Il ne partit qu’après avoir donné au commandant du poste ses noms, profession et demeure. Le restant de la nuit, des jours et nuits suivants nous fûmes tout au service de la république. Nous vous prions toutefois, citoyens, de ne pas considérer notre demande comme un besoin d’argent. Non, tout pour l’honneur. C’est donc avec confiance que nous attendrons votre décision. » Leur lettre était apostillée de nombreuses signatures. La première, ainsi rédigée : « Je certifie que les citoyens Thuillier et Brécard ne sont pas des hommes du lendemain mais des hommes de la veille mais des républicains d’ancienne date, des républicains de tout temps. Ici, je n’ose pas dire tout ce que je sais mais dans l’occasion je parlerais. » Signé : Bonvalot (voir Bonvalot, Antoine, François), professeur au lycée Charlemagne depuis trente ans, lieutenant-colonel désigné. La deuxième, ainsi rédigée : « Je me plais à joindre mon témoignage à celui de mon ancien collègue et ami, le citoyen Bonvalot, en faveur des citoyens Thuillier et Brécard et je certifie que dans les journées de Février ils ont fait leur devoir en républicains sincères et résolus. » Signé : Cayoc illisible, ... général de l’université, capitaine de la garde nationale, IXe légion. La troisième, ainsi rédigée : « Je certifie avoir vu les citoyens sus-désignés dans la matinée du 24 février à la mairie du (ancien) IXe arrondissement, qu’ils m’ont accompagné dans une patrouille qui se dirigeait à la Bastille à 9 heures du matin. » Signé : Vernier, E., marchand de draps, ex-lieutenant à la VIIe légion, demeurant 91, rue Saint-Antoine. La quatrième, ainsi rédigée : « Je, soussigné, capitaine de la IXe légion, certifie que les faits énoncés dans la présente illisible que signalent les citoyens Thuillier et Brecard à la Bastille et à l’Hôtel sont exacts, que je commandais la troupe de gardes nationaux des IXe et IIIe légions et des citoyens qui s’étaient joints à nous et que lesdits citoyens nous ont accompagnés partout et qu’ils y ont fait preuve de courage et de dévouement. » Signé : Deniset, architecte, demeurant 1, rue Meslay. La cinquième, ainsi rédigée : « Je, soussigné, certifie les faits énoncés par les citoyens Thuillier et Brecard. Ils se sont présentés chez moi pour arrêter l’alarme du tocsin. Ce n’est qu’à la fermeté de caractère de ces braves que l’on est parvenu à arrêter le sinistre. La femme de laquelle il est question est mon épouse. J’atteste sous la foi du serment tout ce qui est dit plus haut. » Signé : Rougeault, demeurant 11, rue des Barres-Saint-Gervais. La sixième, ainsi rédigée : « Je, soussigné, appuie de toutes mes forces la demande faite par les citoyens Thuillier et Brecard, dont la conduite en février est digne des plus grands éloges et qui devra les faire comprendre dans la liste des récompenses honorifiques que la république décernera aux bons citoyens. » Signé : Chaumier, président du club de l’Arsenal, vice-président du comité d’arrondissement, membre de la Société démocratique centrale. Il fut proposé par la Commission pour recevoir le signe honorifique qui devait perpétuer la mémoire de la Révolution de Février mais qui ne fut jamais institué. Thuillier était garde national à la 1re compagnie de chasseurs du 2e bataillon de la IIIe légion. Il demeurait 120, rue Saint-Antoine en 1831. Archives nationales F/1dIII/77 (sous le seul nom de Thuillier) ; Archives de la préfecture de police AA 415.