Tisserand, Charles, Julien
Biographie
Né en 1800 à Paris. Marchand de vins. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) XIIe arrondissement. Le jruy devait faire le récit suivant de la participation de Tisserand aux combats : « Le 28 au matin, il combattit dans Paris contre la garde royale. Rentré chez lui vers 4 heures, il se revêtit de l’uniforme de la garde nationale. Il empêcha le pillage du poste de gendarmerie à la barrière d’Enfer. Il distribua les armes qui s’y trouvaient et organisa un poste, dont il prit le commandement. Il fit conduire à Paris l’individu arrêté comme jésuite et que le peuple voulait fusiller. Lorsque les lanciers se présentèrent à la barrière pour forcer l’ouverture de la grille, il se mit à la tête de son poste et commanda d’apprêter les armes. Sa bonne contenance contribua puissamment à faire prendre à cette troupe le parti de suivre une autre direction. Vers minuit, des grenadiers à cheval sétant encore présentés pour passer à la barrière, il avança près de la grille et fit feu d’un coup de pistolet, ce qui les obligea à abandonner leur projet. Il ne fut relevé que le 29 au soir et reprit le poste le 30 au matin. Il a puissamment contribué à maintenir l’ordre et à empêcher le pillage et l’incendie. » On trouve dans le récit que fit Mercier, Célestin, Joseph, Valentin de sa propre participation aux combats des indications sur la conduite de Tisserand (à pondérer de la note plus bas, Dutraigneau, Mercier et Tisserand étant sans doute liés par la même communauté d’intérêts) : « […Le 28 juillet] Les deux gardes nationaux dont je viens de parler se portèrent de suite à la caserne de la gendarmerie de la barrière d’Enfer et désarmèrent ceux des gendarmes qui y étaient restés sans qu’ils aient fait aucune résistance. Le sieur Tisserand s’était revêtu de ses habits d’uniforme et était accouru pour rejoindre ses camarades. Il fut présent et participa même à la distribution des armes. Un poste se forma de suite sur la demande de M. Dutraignaux (voir Dutraigneau, François), et fit à cette entrée de Paris un service militaire. Tisserand en fut le chef. […] A la nuit tombante, toutes les grilles sont fermées. Nous restâmes là fort peu de monde. Tisserand occupait l’ancien corps de garde de la gendarmerie. Nous étions en face de lui dans le pavillon de droite. A minuit et demi, un détachement assez fort de cavalerie arriva par le boulevard d’Enfer pour prendre position à cette barrière et protéger par-là l’arrivée des troupes à Paris. Un coup de feu partit du côté du poste de Tisserand. Aussitôt, cette cavalerie tourna bride et fit retraite au galop. Nous restâmes maîtres de notre position. […] J’ai omis de dire que, le jeudi, nous établîmes un drapeau tricolore et que de concert avec M. Dutraigneaux nous l’arborâmes au pavillon de droite, au même moment que Tisserand arborait le sien dans le pavillon de gauche. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) XIIe arrondissement. Dans les délibérations du jury, pour Mercier, il est aussi apporté les précisions suivantes : « […] Il [Mercier] s’interposa avec M. Dutraignaux pour empêcher le peuple de tuer un individu que l’on disait être un jésuite. M. Tisserand, commandant du poste, se joignit à eux et le fit conduire à Paris […]. » Le jury de la Commission des récompenses nationales, chargé d’examiner les droits de chacun à une récompense, se prononça, dans sa séance du 24 décembre 1830, à six voix pour la croix, une voix pour la médaille et aucune voix pour une mention. La séance du 23 février 1831 du jury fut consacré au différent amorcé par plusieurs personnes qui s’opposaient à ce que fussent décorés Dutraigneau, Tisserand et Mercier. En effet, une pétition, ainsi rédigée, avait été adressée au président du jury : « Parler contre des voisins est une action hardie mais quand il s’agit d’honneurs et de récompenses que l’on doit distribuer au nom de la nation, il importe à de vrais citoyens de venir déclarer la vérité à celui qui a mérité la confiance des distributions de ces récompenses. Un mot vous suffira, monsieur le président, pour vous démontrer que ceux qui ont l’audace de les réclamer en sont indignes et, pour vous en parler avec franchise, les soussignés ne peuvent croire que les sieurs Tisserand, Dutraigeau et Mercier aient eu la hardiesse de se présenter devant la Commission. Daignez, nous vous en supplions Monsieur le président, écouter les faits et tensuite vous jugerez ces messieurs et les soussignés. Le 28 juillet, le sieur Tisserand s’empara du poste de la barrière d’Enfer. Les gendarmes ayant rendu les armes au sieur Baptiste, marchand de vin rue de la Harpe et un autre individu dont on ignore le nom arrivant audit poste avec un grenadier de la garde royale qu’ils disaient vouloir sauver de la fureur de la populace. Le sieur Tisserand garde le poste jusqu’à 11 heures du matin le 29 juillet. Dans cet intervalle, il arrive un détachement de grenadiers à cheval de la garde, qui demanda à passer au sieur Allère, présentement tambour de la compagnie de la garde nationale du petit Montrouge, alors en faction, qui leur dit qu’ils ne passeraient pas avant d’avoir crié Vive la charte ! sur cette demande, un des grenadiers tire sur Allère un coup de pistolet. Le sieur Tisserand se sauve à toute hâte dans l’allée de sa maison, en face du corps de garde. Le sieur Allère va l’appeler et il ne peut le ramener au poste, qu’en le menaçant de tirer son fusil sur lui parce qu’il exposait le poste au plus grand danger. Nous vous le demandons, Monsieur le président, une telle conduite mérite-t-elle une récompense nationale ? Les sieurs Dutraigneau et Mercier se flattent d’avoir sauvé la vie à un prêtre. Cela fait pitié. Voici la vérité. Un prêtre a été en effet arrêté par la populace, qui demanda à grands cris qu’il fût fouillé. Le sieur Lecoq, propriétaire à ladite barrière, voulant faire cesser ces cris, fouille le prêtre et lui retire un poignard. A l’aspect de cette arme, la populace conduit le prêtre au corps de garde et le sieur Tisserand le fait accompagner par un homme dans Paris. Est-ce là un fait qui mérite la croix ? Peut-on se flatter d’avoir sauvé la vie à son semblable ? Quel Français n’aurait pas agi comme le sieur Tisserand ? Comment se fait-il que le sieur Dutraigneau, inspecteur des octrois de Paris, ose réclamer une récompense nationale. Il se vante d’avoir sauvé la vie du prêtre ci-dessus parlé et d’avoir sauvé la barrière de l’incendie. Ces faits sont faux et le sieur Dutraigneau n’a fait d’autre exploit que de déménager ses meubles qu’il avait à la barrière. Est-ce une pareille conduite qui peut lui valoir sa croix ? Le sieur Mercier, son commis, n’a pas fait d’autres exploits que lui. Avouez avec nous, monsieur le président, qu’il faut avoir de la hardiesse pour oser réclamer des récompenses nationales. Les soussignés, sans autre intérêt que d’éclairer la Commission, protestent de tout leur pouvoir contre tout ce qu’avance les sieurs Tisserand, Dutraigneau et Mercier. Ils ont l’honneur d’assurer messieurs les membres de la Commission qu’ils peuvent prouver que les susnommés n’ont rien fait pour mériter les récompenses qu’ils ne rougissent pas de réclamer. Ils osent donc venir supplier la Commission de faire une enquête et elle s’assurera que les trois dénommés veulent tromper sa bonne foi. Ils ont l’honneur de se dire avec respect etc. » Signé : Lecoq ; Chastelain ; Fouré ; Marais ; Normand ; Henrÿ ; Malauze, commandant le poste de la barrière d’Enfer le 29 juillet ; Frerot ; Hellwies ; Ozenne ; Armant ; Cavelle illisible. D’autre part, et dans le sens contraire, Panaé illisible avait adressé, le 23 février 1831, cette lettre au président du jury : « Une affaire indispensable m’empêche de me rendre à l’invitation que vous avez bien voulu me faire donner ; mais, dans l’intérêt de la vérité, je crois devoir vous faire connaître ce qui s’est passé en ma présence. Le mercredi à 4 heures du soir, M. Tisserand se présenta avec deux autres personnes à la caserne de la gendarmerie pour désarmer ceux des gendarmes qui s’y trouvaient encore. Il prit le commandement du poste, qu’il conserva jusqu’au lendemain. Le même jour, mercredi, à 5 heures après-midi, une colonne de garde royale arriva devant la barrière d’Enfer ; les grilles furent aussitôt fermées par M. Mercier, que je secondais dans cette opération, sur l’invitation de M. Dutraigneau. Le jeudi matin, je vis M. Mercier travailler aux barricades ; j’étais aussi avec lui lorsqu’il attira l’attention publique sur une estafette, qui fut à l’instant arrêtée ; le portefeuille dont ce particulier était porteur fut ouvert, une personne voulut donner lecture de son contenu mais elle lisait difficilement l’écriture de M. Foresta, préfet du Loiret, lorsque je m’offris pour terminer cette lecture, ce qui eut lieu. Je dois dire aussi que j’ai vu M. Dutraigneau délivrer des armes à différents particuliers et que plusieurs distributions de liquides ont été faites aussi par lui aux volontaires qui se présentaient à la barrière. Je quittai la barrière d’Enfer le jeudi à 2 heures après-midi. Jusqu’à ce moment, je n’ai vu paraître armé aucun des signataires d’une protestation que l’un d’eux, le sieur Normand, m’a dit avoir été faite. Je puis affirmer, sur l’honneur que les auteurs de cette protestation, ceux du moins qui m’ont été désignés, n’ont pris à la barrière d’Enfer jusqu’au moment de mon départ la moindre part aux affaires. Voilà, M. le président, la vérité. Je regrette de ne pouvoir aller vous donner ces détails de vive voix mais, ainsi que j’ai eu l’honneur de vous le dire, une affaire indispensable m’appelle hors de Paris ce soir-même. Je suis, etc. » Le procès-verbal de la séance du 23 février 1831, qui devait régler le différend, fut ainsi rédigé : « Des plaintes étant parvenues au jury sur les droits de MM. Dutraigneau, Tisserand et Mercier aux récompenses honorifiques, deux membres du jury, MM. Grün (voir Grün, Sébastien, Jacques) et Leuillier (voir Leullier Armand) furent chargés de prendre des informations : leur rapport fut que les droits contestés étaient de notoriété publique. De nouvelles plaintes ayant été faites verbalement à M. le président, il déclara ne pouvoir en recevoir que par écrit ; le jury, dans sa séance d’hier, a décidé que les plaignants seraient entendus aujourd’hui, contradictoirement avec MM. Dutraigneau, Mercier et Tisserand et qu’ensuite il serait décidé si le jury devrait maintenir ou modifier ses décisions précédentes. Furent entendus : 1°) Lecoq, Joseph, Henri, âgé de trente-deux ans, pâtissier-traiteur, demeurant au petit Montrouge n° 6, a dit que le 28 un nommé Baptiste amenait un grenadier hors de Paris vers 10 à 11 heures, que ce Baptiste s’est emparé du poste ; que le 29 le peuple a arrêté un prêtre, que c’est Lecoq qui l’a fouillé et que les carrieurs l’ont conduit au poste que commandait M. Tisserand. Sur la demande de M. le président s’il sait ce qu’est devenu le prêtre, après avoir été conduit au poste, il dit qu’on lui a dit que M. Tisserand l’avait fait conduire dans Paris par un homme de garde. Il dit avoir combattu à Babylone et que c’est à son retour que l’arrestation avait eu lieu, vers 2 heures. Interpellé de dire qui le 28 avait fait fermer la barrière à deux mille hommes de la garde royale ? Ne sait pas qui l’a fait fermer et soutient qu’il n’y a eu aucun débat. Sur l’imputation que M. Tisserand se serait sauvé et que le sieur Allaire le serait allé chercher chez lui, en le menaçant d’un coup de fusil s’il ne revenait pas, dit l’avoir entendu dire. 2°) Heban père, appelé par M. Tisserand. N’a aucune connaissance des faits énoncés dans la protestation. A vu M. Tisserand commandant le poste le 28 juillet, habillé en garde national ; ajoute qu’un drapeau tricolore a été fait chez M. Tisserand, l’a arboré. 3°) Heban fils. A vu M. Tisserand commandant le poste le 28, où il est arrivé le premier et n’a été relevé que le 29 soir par les gens de la banlieue. Lorsque la troupe s’est présentée à la barrière, il était à la maison n° 103 au rez-de-chaussée. 4°) Lemaire (aussi témoin à décharge appelé par Tisserand, N.D.A.). Le 28, ayant entendu M. Tisserand qui criait Aux armes ! s’arma de son fusil et fit partie du poste commandé par M. Tisserand. Ils furent relevés à 9 ou 10 heures du soir le lendemain. Le fait de Baptiste et du grenadier s’est passé vers 5 heures du soir. 5°) Leuillier. N’était pas à la barriière le 28 et le 29, éant de poste à la place Saint-Michel ; c’est lui qui est surnommé Baptiste. Il a accompagné un grenadier, qui désirait sortir de Paris, jusqu’à la barrière d’Enfer ; il était vers 4 heures. N’a rien vu à la barrière que le désarmement du poste de gendarmes, auquel il a coopéré. 6°) Le ci-devant brigadier des gendarmes de poste à la barrière le 28. Lorsque Baptiste est arrivé, qui lui a dit : “Je viens vous conduire un courrier et non pour vous désarmer” à quoi les gendarmes lui répondirent qu’ils se mettaient sous sa protection. M. Leuiller a mis le banc en travers la porte, a annoncé au peuple que les armes allaient être rendues, que M. Tisserand était arrivé au même moment pour sommer le poste, qui lui fut fait réponse que le poste était rendu. 7°) Chatelain. Etait en face de chez M. Lecoq lorsqu’on a arrêté le prêtre, l’a vu fouiller par Lecoq et conduire au poste ; ne sait rien de plus. Le 29, il était de garde à la barrière, dit avoir entendu tirer un coup de pistolet sur Allaire par la garde royale, sans l’avoir vu ; n’a pas vu Allaire poursuivre Tisserand ; dit qu’on lui a lu la protestation avant de la signer ; qu’il n’a signé qu’une chose c’est qu’il ne croit pas que M. Tisserand ait mérité la croix ; qu’il ne connaît ni M. Dutraigneau ni M. Mercier mais qu’ils n’ont mérité la croix ni l’un ni l’autre. Il a seulement monté la garde le 29 à 5 heures du soir. 8°) Maret n’était pas à la barrière le 28 ; le 29 soir, a fait partie du poste qui fut relever celui commandé par M. Tisserand ; il était 9 heures du soir, et fit sa faction de suite : ne peut expliquer la contradiciton qui existe entre sa déposition et la protestation. N’a rien vu du prétendu coup de fusil ou de pistolet tiré sur Allaire ni de la fuite de M. Tisserand. A vu conduire le prêtre au poste ; on voulait le fusiller et on l’a conduit deux fois derrière le corps de garde pour le fusiller et c’est lui avec d’autres qui l’ont empêché. C’est vers midi que ce prêtre fut arrêté. Ce n’est pas lui qui s’est opposé à ce qu’on tuât ce prêtre ; dans ce moment, il était sur la porte de sa maison et le prêtre était entouré de beaucoup de monde. Sa maison est située à cinquante toises du lieu où ça se passait. Il ne connaît ni M. Dutraigneau ni M. Mercier. 9°) Normand. Le 28, était près de la barrière, sans être de service ; le 29, a fait partie du poste qui a relevé celui commandé par M. Tisserand, à 5 heures. Le prêtre fut arrêté en face la porte de M. Gravelle ; il a ordonné qu’on le fouillât. C’est Lecoq qui l’a fouillé et lui a trouvé un poignard. Il ne connaît rien de plus sur ce fait et rien du tout du coup de pistolet tiré sur Allaire ni de la fuite de M. Tisserand. Le 28, il a vu Baptiste le premier au poste de gendarmes et M. Tisserand le second. Il était sur la porte de sa maison lorsque les lanciers sont arrivés à la grille. Sa maison est à deux cents pas de la barrière, au numéro 6. Il déclare que si on ne lui eût demandé sa signature que contre MM. Dutraigneau et Mercier il ne l’eût pas donnée. 10°) Armand. N’a rien vu du prétendu coup de pistolet contre Allaire ni de la prétendue fuite de M. Tisserand. Ne connaît rien de l’arrestation du prêtre. Prétend avoir monté la garde au poste le 29 à 11 heures du matin et cependant dit avoir été armé par M. Dutraigneau à 5 heures du soir d’un fusil, qu’il ne lui a pas encore rendu. Il était sur le pas de sa porte au moment où les lanciers arrivèrent à la grille. 11°) Allaire. Etait le 28 en faction à la barrière lorsque les grenadiers de la garde sont arrivés. Il a crié Qui vive ! Il leur a dit qu’il fallait crier Vive la charte ! Ils ont tiré un coup de pistolet sur lui. M. Tisserand s’est sauvé et le poste s’est dispersé : il était vers minuit. Lui déposant s’est embusqué au coin du mur à droite en sortant de Paris. Déclare ne pas avoir couru après M. Tisserand pour le ramener au poste ni de l’avoir menacé de coups de fusil à cette fin. Il dit que M. Tisserand était à portée de lui lorsque l’on a tiré le coup de pistolet. Il faisait très noir à ce moment. M. Tisserand n’a quitté qu’après que la troupe eut fait demi-tour. 12°) Henry. Le 28, n’était pas de service. Le 29, fut armé par M. Dutraigneau et cependant dit avoir monté la garde à 11 heures, après la prise de Babylone, c’est-à-dire après le retour de Lecoq. N’a rien vu du prétendu coup de pistolet contre Allaire ni de la fuite de M. Tisserand. Il était chez lui quand on a arrêté le prêtre. Dit que dans la nuit du 28 au 29 il a donné un verre d’eau à M. Tisserand et qu’il lui avait vendu de la poudre, le 28. 13°) Malhause. Le 29 à 11 heures ou midi, prétend avoir relevé le poste, sans pouvoir préciser l’heure. N’était pas sur les lieux pendant la nuit et ne connaît aucun fait. Il était sur le pas de sa porte au moment où on a arrêté le prêtre. Ce prêtre fut conduit au poste que commandait M. Tisserand, qui s’en est emparé et l’a fait conduire dans Paris. Il ne connaît ni M. Dutraigneau ni M. Mercier, qu’il était chef de poste le 29 et ne les a pas vus. C’est après l’arrestation du prêtre qu’il a pris possession du poste. 14°) Hausenne (lire Ozenne). Ne connaît rien du coup de pistolet contre Allaire et de la fuite de M. Tisserand ; il déclare que c’est une légèreté de sa part d’avoir signé ce fait, il n’a rien vu ni entendu. N’a pas lu la protestation avant de la signer. 15°) Frerot. N’était pas à la barrière le 28, n’a pas vu la prétendue fuite de M. Tisserand. Le prêtre fut arrêté vis-à-vis de chez lui ; M. Lecoq fut lui présenter la protestation à signer, en lui disant Voici une protestation que nous faisons contre Tisserand. Signez que vous étiez de garde le 29. Ce qu’il a fait, de confiance et sans lire la pièce. Déclare ne connaître aucun des faits qu’elle contient et de ne pas connaître MM. Dutraigneau et Mercier. 16°) Hellevix. N’était pas à la barrière le 28 ; a monté la garde le 29 vers 5 heures du soir. Ne connaît pas les faits contenus en la déclaration. Dit qu’il a vu M. Tisserand se sauver dans le jour. Il a signé sans lire une protestation que Lecoq lui a présenté. 17°) Lapalu (aussi témoin à décharge appelé par Tisserand, N.D.A.). N’a pris aucune part aux événements. A vu M. Tisserand au poste pendant trois jours. Lecoq lui a présenté à signer une protestation ; il s’y est refusé. » Le procès-verbal ajoutait les précisions suivantes : « MM. Dutraigneau et Mercier, forts de leurs consciences et certains que la vérité tout entière sortirait des débats qui allaient s’ouvrir devant le jury, n’ont fait paraître aucun témoin à décharge. Ils ont pensé que la Commission n’accueillerait point un acte qui ne peut être qualifié autrement que de diffamatoire, attendu que la plupart des signataires de la protestation ne les connaissent point et qu’une partie de ceux ce qui ils sont connus ont déclaré n’avoir rien à dire sur leur compte. » A la suite de ces auditions, le jury revota et maintint ses votes par sept voix contre une. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) XIIe arrondissement (sous le seul nom de Tisserand sur les listes du Bulletin des lois et sur celles du Moniteur universel). Mais sa nomination à la Croix de Juillet fut l’objet de réclamations. Une lettre fut adressée à la rédaction du Constitutionnel par plusieurs lecteurs et abonnés à ce journal, tous gardes nationaux et habitants de la ville de Montrouge, et qui se plaignaient : « […] Viennent vous prier d’insérer dans votre estimable journal que des réclamations pour des décorations ont été faites par trois de leurs cohabitants, les sieurs Dutregneau (voir Dutraigneau, François), inspecteur de l’octroi de Paris, barrière d’Enfer, Mercier (voir Mercier, Célestin, Joseph, Valentin), employé et son secrétaire, et enfin Tisserand (voir Tisserand, Charles, Julien), marchand de vin au Petit-Montrouge. Ces trois individus ont peut-être rendu des services, les deux premiers le devaient comme salariés par le gouvernement et le sieur Tisserand n’a agi que conjointement avec ses camarades et n’a pas fait plus qu’eux pour maintenir le bon ordre et la tranquillité dans le Petit-Montrouge à la barrière d’Enfer, dont les signataires sont tous habitants. Cette réclamation n’est faite que pour empêcher que la Commission des récompenses nationales soit induite en erreur et n’accorde à un seul ce que tous ont mérité. » Signé : Herman ; Marais illisible ; Chastelain ; Guy illisisble ; Malauze illisible ; Viomard illisible ; Ozonne. Retrouver l’article du Constitutionnnel ? On trouve dans le dossier la note suivante : « Je vous prie mon cher Saint-Firmin (un des membres de la Commission des récompenses nationales, N.D.A.) de prendre note illisible de cela pour que ces individus ne soient pas nommés ; toute la commune de Montrouge est contre eux. » Dans le dossier, une note rédigée par Prost illisible et adressée, le 19 mars 1831, à Delaitre, président du jury du (ancien) XIIe arrondissement, est ainsi rédigée : « Pour répondre à l’invitation que vous avez eu la bonté de me faire relativement à MM. Dutraigneau et Mercier, de la barrière d’Enfer, j’ai l’honneur de vous dire qu’après avoir à plusieurs reprises, en détails et en masse, consulté l’opinion de toute la commune, il en est résulté pour ma conviction que ces messieurs sont loin et bien loin de mériter la décoration. Je dis même que ce serait un malheur en ce sens que cela ferait tourner en ridicule auprès de ceux qui l’a prononcé. M. Dutraigneau et Mercier ont mérité que l’administration de l’octroi eût pour eux quelques égards, voilà tout. Quant à la grande question de savoir s’ils eussent perdu leur état en cas ce chances contraires aux libertés, je dis qu’ils n’avaient rien à craindre car leur conduite a été telle qu’ils ont conservé la barrière [par des fraudes ou des frondes illisible, N.D.A.] voilà tout ce qu’ils ont fait pour la liberté. A première vue, j’aurai l’occasion de m’expliquer plus au long. Mon témoignage, vous pouvez le faire connaître hautement. J’ajouterai, ce que j’oubliais, c’est que M. Dutraigneau, sachant qu’il n’a pas mérité la décoration ne l’a pas demandée et ne persisterait pas à la demander. » Tisserand signa le certificat suivant en faveur de Collot, Charles : « Je, soussigné, certifie que le 29 juillet dernier à 9 heures environ du soir le sieur Collot s’est présenté au poste de la barrière d’Enfer, dont j’étais le chef pour la défendre contre les Suisses qui devaient arriver d’Orléans à 3 heures du matin. Ledit sieur Collot était porteur d’un ordre signé du colonel Zimmer, qui l’autorisait à se rendre à cette barrière. Il m’a paru être le chef d’un peloton de vingt-cinq hommes environ, dont ils ont passé la nuit sur le boulevard. N’ayant rien survenu, ils se sont retournés. » En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut, auprès de la mairie du (ancien) XIIe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. Il demeurait 12 (??) (mais 1 au Petit-Montrouge in Archives de Paris VK3 33) à Montrouge en 1831. Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris VD6 639 n° 5, liste générale alphabétique ; Archives de Paris VK3 33 Commission des récompenses nationales, mairie du (ancien) XIIe arrondissement, états nominatifs et listes de noms soumis à la Commission des récompenses nationales (1830-1831) (XIIe arrondissement ancien), en date du 1er mars 1831 (paragraphe concernant Bourdeau, Pierre), idem Commission des récompenses nationales, mairie du (ancien) XIIe arrondissement, le 24 décembre 1830 et le 23 février 1831, jury pour l’examen des demandes de récompenses honorifiques, idem un feuillet intitulé Individus qui se sont présentés sans dossier ; Archives de Paris VK3 34, liste de 829 noms, accompagnés d’observations sur les exploits des impétrants à son nom (où il est pourtant indiqué comme ajourné) et aussi au nom de Mercier, Célestin, Joseph, Valentin ; Archives de Paris VK3 43 in dossier Dutraigneau, François ; Archives de Paris VK3 48 in dossier Mercier, Célestin, Joseph, Valentin ; Archives de Paris VK3 53 ; Archives de Paris DM13 1 in dossier Collot, Charles ; Archives nationales F/1dIII/37, Commission des récompenses nationales, (ancien) XIIe arrondissement, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette Commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la mairie du (ancien) XIIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) XIIe arrondissement. Voir sans doute idem que le suivant…