Torchet, Eugène, André, Simon

Biographie


Né le 8 mai 1803 à Mézières (Ardennes). Interne à La Charité en 1830, médecin en 1831. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) Xe arrondissement. Il reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) Xe arrondissement. Sa médaille et son brevet lui furent délivrées, le 3 août 1831, par procuration donnée à Duvivier, Auguste, avocat, demeurant 35, rue de Londres. Son nom est, comme décoré de la médaille de Juillet, sur une liste de décorés sur laquelle devait être choisie une députation de vingt-quatre décorés de la Croix de Juillet et de vingt-quatre décorés de la médaille de Juillet pour assister, à la Bastille, aux cérémonies qui devaient marquer le premier anniversaire de la révolution de Juillet. On trouve aux Archives de Paris la lettre suivante, en date de juillet 1820, qu’Eugène Torchet écrivit à son père, sur ses conditions de vie d’étudiant : « Mon cher papa,

»Si j’eusse pu trouver une pension dont le prix eût pu coïncider avec ce que tu me donnes, je ne me serais pas inquiété de la manière dont j’y aurais été traité, je l’eusse prise de suite, mais toutes celles que j’ai vues étaient d’un prix tellement disproportionné que j’ai cru ne pouvoir mieux faire que de vivre en mon particulier, d’autant que tu paraissais me laisser le choix ; l’idée que tu parais avoir qu’abandonné à moi-même je ne me livre entièrement qu’aux goûts de dissipations que j’avais à la maison, mais que l’âge tolérait, ces craintes insidieuses ne se justifieront point, et entièrement livré à une étude dont je sens toute l’utilité et pour laquelle je prends de jour en jour plus de goût, je regagnerai le temps que je puis avoir perdu. Le reproche que tu me fais à l’égard de Lapie n’est nullement mérité. Je suis sorti quelquefois avec lui quand j’étais en pharmacie, jamais nous n’avons été dans les cafés, les maisons de jeux, souvent Armand ou Arsène étaient avec nous, je ne comprends rien aux treize francs par mois dont tu me parles. Il me venait voir quelquefois le dimanche, je n’ai pas été six fois chez lui, jamais à Paris je n’ai vu Fay, jamais je n’ai fréquenté Murguet, qui demeure dans une rue voisine de la mienne. Lapie a fait des absences, il a même quitté sa boutique mais je n’ai su son départ que lorsqu’il a été effectué ; je l’ai engagé à rentrer chez son maître, une sotte obstination lui a fait rejeter cet avis ainsi que ceux de quelques personnes qui s’intéressent à lui. Enfin il doit rentrer demain. C’est faussement qu’on m’accuse de tous ses torts, j’en ai fait l’observation au maître de Lapie, qui m’a dit avoir été induit en erreur.

»J’ai commencé lundi dernier (26) mon cours à l’Hôtel-Dieu. J’y vais tous les jours à midi jusqu’à 3 heures. M. Sanson, le professeur, nous fait une leçon, nous décrit un ou deux os, que nous répétons le lendemain. Nous ne sommes que trois à ce cours, de sorte qu’il ira beaucoup plus vite (il ira jusqu’à l’hiver), il coûtera soixante francs par élève si nous ne sommes que trois. Si, au contraire, nous sommes plus, il coûtera quelque chose de moins. Nous allons de temps en temps disséquer à La Pitié, mais comme par partie de plaisir, nous n’avons pas encore abordé cette partie-là. Je vais le soir aux visites de M. Dupuytren, premier chirurgien de l’Hôtel-Dieu, et le meilleur opérateur de l’Europe, j’ai dîné hier chez M. Delacroix, qui doit me donner quelques leçons de sphère. Je vais toujours chez Armand, où on me reçoit toujours bien, ainsi que chez M. Dublanc. Je vois les Bouvier et quelques autres élèves en médecine, mais rarement parce que cela entraîne de petites dépenses. Nous avons fait dernièrement avec Armand et Durand une petite partie de campagne ; nous avions des dames de la connaissance d’Armand, cela a coûté près d’un cadavre et j’ai été obligé de prendre cela sur nos dîners Experientia docet (l’expérience enseigne, N.D.A.). Durand envoie des livres à Emile, j’en profite pour ma lettre. Je prendrai ma dernière inscription ce mois-ci.

»Reçois-tu des nouvelles d’Auguste ? Il est au Sénégal et il doit avoir bien chaud. Sait-il que j’ai pris un nouvel état où je peux faire honneur à ma famille, soulager les autres et me préparer les moyens de me rendre indépendant ? Non, mon cher papa, non tu n’auras pas à te plaindre de moi, tu n’en rougiras pas, tu te féliciteras de m’avoir mis à même de suivre la carrière que je vais parcourir.

»Adieu, je vous embrasse de tout cœur, ma bonne maman et Emile, ton fils, Eugène. »

»J’ai acheté un gilet, dont j’avais le plus grand besoin. Le gilet noir que tu m’avais acheté au Palais-Royal n’était que de la drogue, ainsi que le chapeau qui n’était qu’un vieux chapeau retapé. Il m’en faudra un incessamment ainsi qu’un pantalon, il ne me reste plus à mettre pour les jours ouvrables que mon brun, qui est tout percé. » La lettre était suivie d’un justificatif de dépenses, daté de juin 1820, qui laissait apparaître pour 19,85 francs de blanchissage, et une liste de dépenses dont 20 francs pour un pantalon d’étoffe, 15 francs pour un pantalon de nankin, 18 francs pour des bottines, 7,50 francs pour des souliers, 3,45 francs de raccommodage, 4,50 de ressemelage de bottes ; 7,50 pour une paire de souliers (cité deux fois, N.D.A.), 1,50 pour une paire de gants, 3 francs pour du raccommodage, 25 francs pour des menus plaisirs, 6 francs pour le paiement de la première quinzaine de sa chambre, 1 franc pour le commissionnaire qui avait porté sa malle, 1 franc pour un canif, 1,25 franc pour un verre, du savon et une brosse, 2,15 francs pour le blanchissage du mois de mai, 15,20 pour quinze repas chez son restaurateur, 6 francs pour du casimir noir pour son gilet, 50 centimes pour un port de lettres, 3,50 francs pour la façon d’une doublure de gilet, 10,15 francs pour son restaurateur, 6,85 francs pour onze pains de trois livres, 4,50 francs pour déjeuners et soupers, 1 franc pour un dîner, 6 francs pour la deuxième quinzaine de sa chambre, 25 centimes de chandelle, 7 francs pour la bonne qui faisait sa chambre. Eugène Torchet demeurait à La Charité en 1830 ; à Sedan (Ardennes) en 1831. Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Archives de Paris Vbis7K4 2 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille Xe arrondissement ; Archives de Paris Vbis7K4 4, contrôle nominatif des citoyens décorés de la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) Xe arrondissement ; Archives de Paris VD6 524 n° 3 ; Archives de Paris VD6 545 n° 3 (liste des médaillés du [ancien] Xe arrondissement) ; Archives de Paris VD6 559 n° 1, mairie du (ancien) Xe arrondissement, dossiers individuels ; Archives de Paris 6AZ 8 (6AZ 433 lettre d’Eugène Torchet) ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) Xe arrondissement.

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