Tour du Pin de la, Alexandre, Emile, Alfred, Odille, Armand Raoul, comte

Biographie


Né le 2 octobre 1784 à La Ferrière (Indre-et-Loire), fils du comte de la Tour du Pin, Alexandre, César, marquis de Vissec, baron d’Hierles, capitaine d’infanterie, et de Charlotte, Françoise, Félicité, Odille de Rancher, son épouse. Entré brigadier avec rang de capitaine dans la compagnie des gendarmes de la garde du roi, le 6 juillet 1814, il suivit le roi à Gand « envoyé par ordre, à la Vendée (sans quitter son corps) pour être à la disposition de Mgr le duc de Bourbon, qui ne s’y est point trouvé. Par suite de la pacification d’une partie de cette contrée, il est passé en Bretagne avec le colonel Berthier, avec lequel il a servi en qualité de volontaire, sous les ordres du général de Sol de Grisoles. Rentré à Paris en juillet 1815, dans son corps des gendarmes de la garde, après la pacification de la Bretagne. » Capitaine au 1er régiment d’infanterie de la garde royale le 23 octobre 1815, chef de bataillon de la ligne le 1er juillet 1818. Il fit la campagne de 1815, dans l’armée royale du Morbihan. Le 17 janvier 1819, les bureaux du ministère de la Guerre, suite à une revue du régiment dont La Tour du Pin faisait partie, se plaignirent que son instruction militaire « laissait encore beaucoup à désirer », lui faisant savoir : « Il me suffira de vous témoigner de la part du roi le mécontentement que Sa Majesté éprouve du retard que vous avez mis à acquérir les connaissances qui vous manquent pour bien remplir les fonctions de votre emploi et je me plais à croire que vous aurez bientôt atteint le degré d’instruction auquel sont depuis longtemps parvenus les autres officiers de votre grade. » En 1826, il sollicita un congé de trois mois pour « des affaires indispensables, relatives à l’indemnité accordée aux émigrés ». Il sollicita le titre de comte le 17 novembre 1828, parce que seul enfant mâle issu du mariage de ses parents, son père décédé à Saint-Rémy (Bouches-du-Rhône) en mars 1824, et sa mère Rancher de la Férrière, Charlotte, Françoise, Félicité, Odille décédée en 1790. Sa demande fut acceptée et le titre de comte, inscrit désormais au contrôle de son arme. En juillet 1830, il donna sa démission, sitôt la parution des ordonnances : « M. le comte Raoul de la Tour du Pin a accompagné sa démission de capitaine de la garde, de la lettre suivante, adressée à M. de Polignac. Cette lettre restera comme un monument des vrais sentiments dont il ne sera jamais permis à un digne militaire d’abjurer l’empire : “Monseigneur, Après une journée de massacre et de désastre, entrepris contre toutes les lois divines et humaines, et à laquelle je n’ai pris part que par un respect humain que je me reproche, ma conscience me défend impérieusement de servir un instant de plus. J’ai donné dans ma vie d’assez nombreuses preuves de dévouement au roi pour qu’il me soit permis, sans que mes intentions puissent être calomniées, de distinguer ce qui émane de lui, des atrocités qui se commettent en son nom. J’ai donc l’honneur de vous prier, Monseigneur, de mettre sous les yeux de S.M. ma démission de capitaine de la garde. J’ai l’honneur d’être, Monseigneur, de Votre Excellence, le très humble et très obéissant serviteur. Signé comte Raoul de Latour du Pin. 28 juillet 1830.” » Dans son Histoire de dix ans, 1830-1840, Louis Blanc rapportait cette note manuscrite de Polignac, au sujet de la démission de La Tour du Pin : « Je n’ai jamais reçu cette lettre : je l’eusse renvoyée à son auteur. Au moment des dangers, on n’accepte la démission de personne. » Il fut licencié de la garde royale le 11 août 1830. Le 15 août 1830, il adressa la lettre suivante au duc d’Orléans : « Monseigneur. J’ai l’honneur d’exposer à Votre Altesse Royale les faits suivants. Aussitôt que les ordonnances parurent, je manifestai, devant plusieurs officiers du régiment dans lequel je servais, l’intention de donner ma démission sur-le-champ. J’allais m’occuper de l’envoyer lorsque le régiment prit les armes. Je ne pouvais choisir pour m’en aller le moment du danger. Je marchai donc ; mais le lendemain 28 juillet, je déclarai à M. le baron de Vielbans, lieutenant-colonel, commandant le régiment, que je n’avais marché que pour ne pas manquer à l’honneur, que tout ce qui se passait choquait ma conscience et mes opinions bien connues, que je resterai jusqu’au soir mais qu’ensuite j’enverrai ma démission. Je restai en effet le reste de la journée du 28, occupé sans relâche à modérer les soldats de ma compagnie et à les empêcher de tirer. Le soir, quand on eut cessé de se battre, je quittai le régiment pour écrire la demande de ma démission et, ne pouvant plus trouver M. de Vielbans, pour la faire transmettre selon l’ordre hiérarchique, je l’adressai directement à M. de Polignac, chargé par intérim du portefeuille de la Guerre. Entré au service en 1814, dans les gendarmes de la garde en qualité de brigadier (grade de capitaine), je suivis le roi à Gand, parce qu’alors l’ordre légal et constitutionnel était de son côté ; de là, je fus envoyé dans la Vendée, par le duc de Feltre. A la formation de la garde royale, j’y fus nommé capitaine, puis breveté chef de bataillon en 1818. Un enrouement, que les médecins ont jugé incurable m’empêchant de remplir les fonctions de ce grade, et d’ailleurs la nature des études de toute ma vie me donnant la conviction que je servirais plus utilement mon pays dans une autre carrière, lorsque l’organisation des nouvelles administrations sera terminée, j’oserai m’adresser à Votre Altesse Royale. Je me livre à l’espérance de conserver la bienveillance dont elle a daigné m’honorer et de la justifier pas mes efforts. » Le 17 août 1830, il adressa la lettre suivante au ministre de la Guerre : « Mon Général. J'ignore si la démission que j'ai adressée le 28 juillet au soir à M. de Polignac est parvenue dans les bureaux mais comme cette démission m'a été arrachée par l'horreur que j'éprouvais à exécuter des ordres qui violaient toutes les lois et que je n'ai plus à craindre de me retrouver dans une semblable position sous un gouvernement entièrement fondé sur l'ordre légal, j'ai lieu d’espérer que cette démission sera considérée comme non avenue. Je vous supplie, mon général, de vouloir bien donner des ordres pour que l’on me fasse connaître ma position. » Il donna, par la suite, les explications suivantes : « Je n’avais pas attendu le moment où le gouvernement déchu menaçait ruine pour manifester hautement mon opinion sur la voie fausse où je le voyais s’engager. Je me suis même attiré, à cet égard, plusieurs réprimandes. C’est un fait que tous les officiers qui servaient avec moi pourraient attester. » Le député et marquis de Marmier, son parent, appuyait régulièrement ses demandes de reprendre du service. Par exemple, en juillet 1831 : « M. le chef de bataillon Raoul de La Tour du Pin est celui-là même dont la démission motivée et insérée dans le Journal des débats du 29 juillet 1830 fut l’objet des éloges et de l’approbation de tous les honnêtes gens. C’est un des hommes les plus distingués par son esprit et ses talents. Une extinction de voix, dont il est souvent atteint, pourrait quelquefois le gêner pour un commandement de troupes ; un service analogue à celui de l’état-major serait préférable pour lui, et si, par exemple, M. le maréchal avait une place à lui donner auprès de lui, il ne pourrait faire choix d’un homme plus distingué sous tous les rapports. » Il fut incorporé au 51e régiment d’infanterie de ligne le 17 février 1832, lieutenant-colonel au 44e régiment d’infanterie de ligne le 16 juin 1834. A la date du 3 mars 1836, une inspection de service remarquait le peu de déférence qu’il apportait dans ses relations avec son chef de corps, causant une mésintelligence dans le fonctionnement du service et ajoutait : « Je suis également informé que votre instruction militaire laisse à désirer, que vous ne possédez pas complètement le règlement des manœuvres et que, dans la pratique, vous n’avez pas toute l’activité et la rigueur nécessaires. Je regrette d’être obligé de vous blâmer sévèrement pour avoir manqué dans beaucoup de circonstances aux égards que vous deviez avoir pour M. le colonel Ollagnier. Je ne devrais pas être dans la nécessité de vous faire sentir que le grade élevé dont vous êtes revêtu vous impose plus qu’à tout autre l’obligation de donner l’exemple de la subordination et du respect pour l’autorité supérieure. […] Je vous recommande en outre de donner des soins à votre instruction militaire, qui paraît, sous quelques rapports, être restée incomplète et surtout à acquérir, dans les manœuvres, plus d’aplomb et de fermeté. Un autre rapport d’inspection, en date de 1839, établissait qu’il possédait beaucoup d’instruction ; il entend les hautes théories mais il est peu familier avec les détails du métier ; sa vivacité l’emporte trop. » Il fut nommé colonel au 19e régiment d’infanterie légère le 21 août 1839, maréchal de camp le 16 septembre 1844, commandant le département des Hautes-Alpes le 25 décembre 1845, placé dans la section de réserve, par décision du 26 septembre 1846 et à partir du 3 octobre 1846, admis à la retraite à partir du 12 avril 1848, relevé de la retraite et placé dans la section de réserve, sur sa demande, à dater du 1er janvier 1853 ; il fit les campagnes de 1841, 1842, 1843 et 1844 en Afrique. Il mourut le 21 janvier 1866 à Versailles (Yvelines) ; son acte de décès indique les titres de comte de la Tour du Pin, marquis de Vissec, baron d’Hierles et général de brigade. Il avait été nommé chevalier de la Légion d’honneur le 26 décembre 1815, officier le 17 avril 1838, commandeur le 30 juin 1844. Sa veuve d’Isangremel d’Hérissart, Anne-Marie, Catherine, née le 9 avril 1789 à Paris, fille d’Isangremel d’Hérissart, Pierre, et de Thivent, Marie, Catherine, fut pensionnée de mille trois cents francs, par décret du 6 juin 1866. Il l’avait épousée le 28 avril 1851. Il demeurait 36, rue de Miromesnil en août 1830 ; 23, rue d’Anjou-Saint-Honoré en novembre 1830 ; 33, rue de la Ville-Lévêque en 1846 ; à Avranches (Manche) en 1858 ; 7, rue de l’Impératrice à Versailles au moment de son décès ; sa veuve toujours 7, rue de l’Impératrice en 1866. Le Journal des débats, 30 juillet 1830 ; Le Courrier français, 1er août 1830 ; Le National, 1er août 1830 ; Le Moniteur universel, 1er août 1830 ; Le Constitutionnel, 2 août 1830 ; Le Réveil du lion ou Paris dans les immortelles journées des 27, 28 et 29 juillet 1830 ; précis des événements, heure par heure… suivi d’un chant triomphal… par un patriote de 89, Paris, Lerosey, 1830, p. 230-231 ; Histoire de la révolution de Paris depuis le 26 juillet jusqu’au 31 août 1830, Paris, chez Philippe libraire, rue Dauphine, 20, 1830, p. 179-180 ; Histoire de la révolution des 27, 28 et 29 juillet 1830, Fayot, tome premier, Paris, Hocquart jeune éditeur, 1830, p. 101-102 ; La Quinzaine mémorable. Evénements arrivés à Paris du 26 juillet au 9 août 1830, avec la nouvelle charte constitutionnelle adoptée le 7 août ; ouvrage dans lequel on trouvera de nombreux faits avérés mais peu connus, Simon Blocquel, Paris, Delarue, s.d. ; Histoire de la révolution de 1830, Alfred Dubuc, Au bureau de la bibliothèque des villes et des campagnes, rue des Bons-Enfants, 21, 1833, p.103-104 ; Histoire de France pendant la dernière année de la Restauration, par un ancien magistrat (Boulée, Auguste, Aimé), Paris, Desenne, 1839, tome premier, p. 305 ; Chronique de juillet 1830, Rozet, Paris, Barrois et Duprat, 1832, tome 1, p. 237-238 ; Histoire de dix ans, 1830-1840, Louis Blanc, Paris, Pagnerre, 1841, tome I, p. 211-212 ; Service historique de la Défense, armée de terre, sous-série GR YD officiers généraux de l’armée de terre et des services, 8 YD 3022 (sous le nom de Latour du Pin, Alexandre, Emile, Alfred, Odille, Armand Raoul de).

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