Tourneux

Biographie


Il était élève de l’Ecole polytechnique en juillet 1830. Dans les Mémoires d’outre-tombe, Chateaubriand rapporte à son sujet : « Le 29 vit paraître de nouveaux combattants : les élèves de l’Ecole polytechnique, en correspondance avec un de leurs anciens camarades, M. Charras, forcèrent la consigne et envoyèrent quatre d’entre eux, MM. Lothon, Berthelin, Pinsonnière et Tourneux, offrir leurs services à MM. Laffitte, Perier et Lafayette. » Alexandre Dumas fut un des tout premiers combattants de la révolution de Juillet. Il en laissa un récit impartial et bien renseigné. Nous empruntons à ses Mémoires, son témoignage concernant Tourneux : « [Le 27 juillet] A deux heures, les élèves gradés, sergents et sergents-majors, qui avaient le droit de sortie, s’étaient jetés dans les rues, avaient parcouru tous les quartiers en effervescence, et étaient rentrés à l’Ecole en disant d’après ce qu’ils avaient vu, qu’une collision était imminente. – A cette nouvelle, les têtes s’étaient montées. Vers sept heures, on avait entendu les coups de fusil tirés dans la rue du Lycée, et les feux de peloton de la rue Saint-Honoré. Aussitôt, les élèves s’étaient réunis dans la salle de billard, et, là, ils avaient décidé que quatre d’entre eux seraient envoyés à Laffitte, à La Fayette et à Casimir Perier, pour leur annoncer la disposition de l’Ecole, et leur dire que les élèves étaient prêts à se jeter dans l’insurrection. L’Ecole comptait dans son sein quarante ou cinquante républicains, autant peut-être, à elle seule, que Paris avec ses douze cent mille habitants. Les quatre élèves choisis furent MM. Berthelin (voir Berthelin, Louis, Charles), Pinsonnière (voir Girard-Pinsonnière, Osithe, Edmond), Tourneux et Lothon (voir Lothon, André, Charles). On avait voulu les empêcher de sortir ; mais ils avaient forcé la consigne, et ils étaient arrivés à neuf heures du soir chez Charras. Charras était en train de brûler le corps de garde de la place de la Bourse, et ne rentra qu’à onze heures et demie. N’importe, il fut décidé qu’on irait immédiatement chez Laffitte. On partit à minuit de la rue des Fossés-du-Temple ; on arriva à minuit vingt minutes à la porte de l’hôtel. On frappa et l’on sonna en même temps ; on avait hâte d’entrer. D’ailleurs, dans l’innocence de leur âme, les cinq jeunes gens se figuraient que Laffitte était aussi pressé d’accepter leur vie qu’ils étaient, eux, pressés de l’offrir. Un concierge maussade ouvrit un guichet. – Que voulez-vous ? demanda-t-il. – Parler à M. Laffitte. – A quel propos ? – A propos de la révolution. – Qui êtes-vous ? – Des élèves de l’Ecole polytechnique. – M. Laffitte est couché. Et le concierge avait fermé la porte au nez des cinq jeunes gens. Charras avait grande envie d’enfoncer la porte ; il en fit même la proposition ; mais, sur les observations de ses camarades, il se contenta de charger le concierge d’imprécations. La manière dont on avait été reçu chez Laffitte n’engageait pas à tenter les autres visites projetées. On convint qu’on se présenterait, le lendemain, chez La Fayette et chez Casimir Perier, mais que, pour le moment, on rentrerait rue des Fossés-du-Temple. On regagna donc l’hôtel Fresnoy ; on s’établit comme on put, les uns sur des matelas, les autres sur des chaises, les autres par terre. Le lendemain, au point du jour, on se rendit chez un professeur de mathématiques, préparateur aux examens de l’Ecole, nommé Martelet. M. Martelet demeurait au n° 16 de la rue des Fossés-du-Temple. Il s’agissait de se procurer des habits bourgeois ; – le pavé du roi n’était pas sûr, en plein jour, pour des jeunes gens portant l’uniforme de l’Ecole. Les cinq amis trouvèrent chez M. Martelet tout ce qu’ils pouvaient désirer. Puis, comme ils craignaient qu’en se présentant de trop bonne heure chez La Fayette, il ne leur arrivât ce qui leur était arrivé en se présentant trop tard chez Laffitte, ils se mirent, pour passer le temps, à faire une barricade. Un perruquier était occupé, dans la maison située en face de celle de M. Martelet, à friser et à poudrer une perruque ; il fut invité par les jeunes gens à se joindre à eux ; mais, soit que les opinions politiques du perruquier s’opposassent à ce qu’il fît des barricades, soit qu’amoureux de son art il trouvât son temps mieux employé à poudrer et à friser des perruques, il refusa. Le hasard voulut que la barricade fût faite et la perruque accommodée juste en même temps. Comme il n’y avait personne pour garder la barricade, on prit, chez le perruquier, une tête à perruque avec son pied ; on la plaça derrière les pavés ; on la coiffa de la perruque fraîchement frisée et poudrée ; on enfonça crânement sur la perruque un chapeau à trois cornes, et l’on confia au mannequin la garde de la barricade, avec défense, sous peine de mort, au perruquier de rien changer aux dispositions stratégiques qui venaient d’être prises. Après quoi, on se dirigea vers la demeure de La Fayette. La Fayette n’était pas chez lui. Les jeunes gens laissèrent leurs noms au concierge, et s’apprêtèrent à reprendre leur odyssée en allant frapper à la porte de Casimir Perier. » Histoire de la révolution de Paris depuis le 26 juillet jusqu’au 31 août 1830, Paris, chez Philippe libraire, rue Dauphine, 20, 1830, p. 212 ; Mes Mémoires, Alexandre Dumas, tome VI, cinquième série, nouvelle édition, Paris, Lévy frères, 1867 ; Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, Le Livre de poche, Paris, 1973, tome 3, p. 177.

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