Tournier, François

Biographie


Ancien officier d’état-major. Le rapport de Sensier relate à son sujet : « Il a combattu pendant les journées des 27, 28 et 29 juillet, au Louvre, au Palais-Royal, aux Tuileries et dans différents autres quartiers de la ville, ralliant tous les citoyens, se portant à leur tête sur les points les plus menacés, et arrêtant après la victoire les désordres que quelques malveillants voulaient susciter. On l’a vu aussi à la Bourse arrêter, par sa fermeté et son courage, le massacre des blessés, circonstance dans laquelle il a été renversé et foulé aux pieds. Il a aussi empêché l’enlèvement de l’argenterie qu’on avait apportée des Tuileries à la Bourse. Ces faits sont consignés dans les certificats dont il est porteur. » Il devint lieutenant-colonel au 1er régiment de la Charte, il sollicita d’être réintégré dans le commandement qu’on lui avait ôté. Il retira les pièces qu’il avait confiées à la Commission des récompenses nationales. Il signa, le 6 septembre 1831, le certificat suivant en faveur de Dassen, Pierre : « Je, soussigné, lieutenant-colonel, déclare que M. Dassen, ancien officier, demeurant rue Sartine n° 5, m’a secondé dans plusieurs circonstances dans les mémorables journées de Juillet, où il a combattu avec courage sous mes ordres, soit dans la rue des Prouvaires, la rue du Four, de l’Arbre-Sec, et autres adjacentes, dans les nuits du 28 et 29 juillet ; et repousser la garde royale jusqu’aux Champs-Elysées, où nous avons failli être victimes, par des boulets tirés de la barrière de l’Etoile, au moment d’un engagement avec des détachements suisses ; nous sommes entrés de là aux Tuileries. Le 29 juillet, il m’a également secondé à la Bourse, où j’ai commandé le poste jusqu’à minuit, exposé aux plus grands dangers, les portes ayant été forcées, moi-même foulé aux pieds, je serais une victime de ma résistance sans le courage de M. Dassen, à qui je dois une éternelle reconnaissance par la bravoure qu’il déploya en empêchant le pillage de l’argenterie qui avait été portée du château. Je déclare enfin que M. Dassen s’est toujours trouvé dans les journées au poste d’honneur et que, des premiers, il s’est porté à Rambouillet pour poursuivre la tyrannie. » Il avait délivré, le 15 août 1830, en faveur de Legros, Modeste, les certificats suivants : « Nous, soussignés, volontaires patriotes, certifions à ceux à qui il appartiendra que le nommé Modeste Legros, ancien militaire, demeurant à Paris, rue de Montaigne, n° 20, s’est comporté en brave dans les journées des 28 et 29 juillet dernier, en payant de ses conseils et de sa personne au milieu du feu fait sur nous par les gardes royaux et principalement à la prise de la caserne de la rue Verte, où il ne dut la vie qu’au plus grand des hasards. » Et : « Nous, soussignés, certifions que le nommé Legros était avec nous au camp de Rambouillet, qu’il nous y a accompagné au premier coup de tambour et que, par ses conseils et son expérience comme ancien militaire, nous n’avons qu’à nous louer de la conduite qu’il y a tenue. » Il signa, le 24 août 1830, le certificat suivant en faveur de Gay, Noël : « Je, soussigné, lieutenant-colonel du 1er régiment des volontaires de la Charte, certifie que M. Gay, Noël, lieutenant des grenadiers du 2e bataillon dudit régiment, s’est signalé pendant les trois journées mémorables de juillet dernier, surtout ayant tenu une conduite à mériter l’estime des bons citoyens. Il a servi sous mes ordres pendant les 27, 28 et 29 juillet, il s’est particulièrement distingué à la place de l’Hôtel-de-Ville , à la prise du Louvre, au Palais-Royal et à la Bourse. » Il signa, le 24 septembre 1830, le certificat suivant en faveur de Leroux, François, Benjamin : « Voulant rendre hommage au patriotisme, au dévouement et au courage de M. Leroux, dénommé ci-derrière, le lieutenant-colonel commandant les officiers du 1er régiment de la Charte, en détachement à Rueil, certifie tous les faits mentionnés ci-contre et réclame la bienveillance du gouvernement en faveur de M. Leroux. » Il signa, le 26 août 1830, le certificat suivant en faveur de Saint-Pierre, Jean-Baptiste, et que ce dernier présenta quand il tenta de faire valoir ses droits auprès de la Commission des Réclamants : « Je certifie que le sieur Saint-Pierre, Jean-Baptiste est arrivé le 31 juillet 1830 à la caserne de Picpus avec un détachement d’environ cent hommes, qui avait combattu dans les trois mémorables journées avec lui et s’offrant à faire partie du 1er régiment des volontaires de la Charte, où je l’admis dans la formation des cadres, en qualité de capitaine. Il s’y est conduit avec honneur et distinction. » En décembre 1831, il déposa une pétition devant la Chambre des députés, sur laquelle le rapporteur devait donner l’avis suivant, selon le Moniteur universel, en date du 19 décembre 1831 : « Le sieur Tournier, se disant lieutenant-colonel de l’ex-premier régiment de la charte, retrace dans une pétition à la Chambre l’état de ses services militaires, et en dernier lieu ceux de combattant et blessé dans nos grandes journées de 1830. Il réclame la continuation de la solde de lieutenant-colonel, qui lui a été payée pendant quatre mois ; les indemnités attachées au service d’activité dans ce grade ; des frais de bureau ; enfin, le remboursement de quelques avances faites par lui à sa troupe, et dans l’intérêt de l’ordre public ; le tout formant, au 1er août dernier, date de sa pétition, une somme totale de 8401 francs et 46 centimes. Il voudrait qu’à défaut du grade militaire dont il a été investi, et qu’on lui a reconnu au moins momentanément, mais qu’on lui dénie aujourd’hui, on lui accordât un emploi civil équivalent. Telles sont les demandes.

»Voici les faits.

»Des combattants de Juillet s’étaient formés en régiment, sous le nom de Volontaires de la Charte. Le pétitionnaire, qui s’était fait honorablement remarquer parmi les combattants, concourut avez zèle à cette espèce d’organisation militaire et reçut de ceux qu’il enrégimentait ainsi le commandement du corps, avec le grade de lieutenant-colonel qu’ils lui décernèrent.

»Après les événements, ce corps fut admis dans les casernes de Picpus, de Courbevoie et enfin en dépôt à Rueil, sur un ordre de M. le ministre de la Guerre, qui statuait en même temps que la solde d’activité et du grade serait payée aux officiers jusqu’au moment où la Commission des récompenses nationales aurait prononcé sur l’objet de leurs demandes.

»Les soldats furent répartis dans quelques régiments de l’armée ; tous les officiers touchèrent leur solde jusqu’au 1er décembre ; le plus grand nombre de ceux-ci (ceux dont l’âge, la capacité et les services méritaient cet avantage), furent admis parmi les officiers de la ligne ; quelques autres durent rentrer dans leurs foyers en recevant une indemnité définitive, au moyen de laquelle il renoncèrent à toute réclamation ultérieure.

»Le sieur Tournier a cru devoir refuser pour lui-même cette espèce de transaction et n’a cessé d’insister au ministère de la Guerre pour faire admettre sa réclamation pour la reconnaissance de son grade et le paiement de sa solde et de ses avances.

»Il a échoué dans toutes ses démarches, et les pièces qui sont au dossier établissent qu’il n’en a négligé aucune.

»Il y a eu décision au ministère de la Guerre qu’il y avait lieu de conférer au pétitionnaire le grade qu’il réclamait, que pour lui, comme pour tous les autres officiers du même corps, la solde n’avait dû se prolonger au-delà du 1er décembre, que, pour le remboursement des avances réclamées, il fallait préalablement justifier de ces avances dans la forme prescrite par les règlements, et, enfin, que pour la récompense à laquelle les services du pétitionnaire, dans les journées Juillet, pouvaient lui donner droit, c’était à la Commission des récompense nationales qu’on devait s’adresser.

»Certes, Messieurs, votre commission des pétitions ne vous proposera pas, comme le demande le sieur Tournier, de le renvoyer par-devant M. le ministre de la Guerre. Elle reconnaît que, quelque étendue que l’on suppose aux services rendus et à la bienveillance du ministre chargé de les reconnaître, il n’en peut résulter la violation des règles qui président à la sage distribution des emplois, surtout des grades et des fonds dont il dispose.

»Mais nous avons pensé que si le pétitionnaire, dans son insistance auprès de ce ministre, a négligé de se pourvoir auprès de la Commission des récompenses, et a laissé expirer les délais déterminés pour les réclamations, il est juste de le faire jouir de la même faveur qui vous a fait renvoyer à M. le ministre de l’Intérieur des demandes du même genre.

»Sa positon est digne de l’intérêt de la Chambre : il paraît avoir été très honorablement remarqué parmi nos combattants de Juillet ; des témoignages dignes de foi l’attestent et vous ne voudriez pas que ses services restassent sans rémunération. J’ai donc l’l’honneur de vous proposer le renvoi à M. le ministre de l’Intérieur. (Adopté. »

Tournier reçut un secours de cinquante francs en 1850, un secours de soixante francs en 1851, en 1852 et en 1853, à titre de combattant blessé de Juillet. Il demeurait 3, rue de la Corderie marché des Jacobins en 1830 ; à la caserne de Courbevoie en 1830 ; 4, bd Pigalle à Montmartre en 1849 ; 32, rue de Vanves à Plaisance en 1850 ; 42, rue de Vanves à Plaisance en 1851 ; 119, route d’Orléans à Montrouge en 1852-1853. Rapport de M. Sensier, ancien notaire, commissaire du IIe arrondissement chargé de constater le nombre des victimes et les faits mémorables des glorieuses journées des 27, 28 et 29 juillet 1830, Paris, imprimerie de Ambr. Firmin Didot, 24, rue Jacob, 1830. Archives de Paris VK3 47 in dossier Legros, Modeste ; Archives de Paris VK3 53 ; Archives de la préfecture de police AA 369, Etat nominatif des décorés, blessés, combattants de Juillet 1830 et des veuves de décorés ou combattants qui ont formé des demandes de secours et sur lesquels il y a lieu de prendre des renseignements, minute 74, idem rapport du 3 septembre 1850, Allocation de secours s’élevant ensemble à 12.610 francs à 218 décorés ou blessés de juillet, 25 veuves de décorés et 1 ascendant de blessé de Juillet, minutes 129-134, idem Proposition, en date du 6 septembre 1851, d’accorder à 286 décorés, médaillés, blessés, combattants, ascendants et veuves de Juillet 1830, des secours s’élevant ensemble à la somme de 15.600 francs, ladite somme imputable sur le chapitre 26 du budget de l’Intérieur, exercice 1851, minutes 194-199, idem Proposition d’accorder à 139 décorés, veuves et blessés de Juillet 1830, des secours s’élevant ensemble à 7.125 francs imputables sur le chapitre 6 du budget de 1852, minutes 238-242, en date du 23 septembre 1852, idem Proposition d’accorder à soixante-deux décorés et veuves de décorés de Juillet 1830 des secours s’élevant ensemble à 3.425 francs, minutes 266-268, en date du 10 février 1853 ; Archives de la préfecture de police AA 382 in dossier Dassen, Pierre ; Archives de la préfecture de police AA 388 in dossier Gay, Noël ; Archives de la préfecture de police AA 398 in dossier Leroux, François, Benjamin ; Archives de la préfecture de police AA 413 in dossier Saint-Pierre, Jean-Baptiste ; Le Moniteur universel, 19 décembre 1831, p. 2427. On lira La Vérité sortant du puits, Mémoire justificatif du lieutenant-colonel Tournier à l’occasion du procès de M. Berryer fils, Paris, 1833, chez Delaunay sur internet

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