Trubert veuve

Biographie


Elle déposa un dossier à la Commission des Réclamants ([ancien] VIe arrondissement), sise 10, rue Bourg-Labbé puis 6, rue Dalayrac. Elle adressa à la Commission la copie d’une lettre qu’elle avait, en date du 23 juillet 1831, adressée au ministre de l’Intérieur et ainsi rédigée : « La dame veuve Trubert a l’honneur de vous exposer que dans les journées sanglantes de juillet 1830 elle fut la première de son quartier à signaler la part que son sexe devait prendre dans la cause commune de tous les intérêts. Au premier coup de canon, ce fut elle qui, s’exposant au milieu du feu de l’ex-garde royale, s’empressa de ramasser et secourir les blessés qui tombèrent de part et d’autre pendant le combat qui se donna entre les deux portes Saint-Denis et Saint-Martin. Là, secondée du zèle et du patriotisme de M. Brian, propriétaire de la cité d’Orléans et de deux médecins (voir Bachot, Jean, Antoine et Penasse). Mme veuve Trubert fonda l’ambulance qui y a subsisté pendant un mois. Un nombre prodigieux de blessés y furent reçus, pansés et soignés pendant tout ce temps au moyen du produit des quêtes, de linge, de vin et d’argent que procura le zèle infatigable de la dame Trubert, qui ne quitta les blessés qu’à leur évacuation sur les hôpitaux. Le gouvernement, voulant récompenser le zèle et le dévouement de tous sans distinctions, la Commission des récompenses nationales invita la dame Trubert, en sa qualité de dame d’ambulance, à justifier près d’elle de ses droits à la reconnaissance de la Nation. Mme Trubert, entièrement désintéressée pour elle-même mais pour l’intérêt d’une nombreuse famille dont elle est chargée et en sa qualité de veuve d’un ancien militaire élève de l’Ecole de Chalons, demanda à la Commission de illisible auprès du gouvernement actuel à l’effet de lui faire obtenir à titre d’unique récompense l’admission gratuite dans l’Ecole de Chalons ou dans celle destinée aux orphelins de Juillet du jeune Pierre, Charles, Ernest François Bourse, son fils, âgé de douze ans. La dame Trubert n’ayant jamais pu obtenir de la Commission aucun avis de la décision prise à son égard comme à l’égard de son fils, a acquis depuis la certitude que la Commission ne s’était pas occupée de sa demande et qu’elle se trouvait ainsi privée même de la récompense honorifique à laquelle elle a les mêmes droits que celles des autres dames d’ambulance qui l’ont obtenue à ce seul titre. Par ces motifs, la dame veuve Trubert invoque de nouveau les droits qu’elle s’est acquis à la participation des munificences nationales, vous supplie, monsieur le ministre, de vouloir bien lui accorder à titre d’unique récompense nationale l’admission gratuite de son fils prénommé soit à l’Ecole de Chalons soit dans celle destinée aux enfants adoptés par le gouvernement […]. » Elle joignait à sa demande le certificat suivant, délivré par le maire de La Villette, le 23 juillet 1831 : « Devant nous, maire de la commune de La Villette, s’est présenté le sieur Pierre, Hugues Cottard (voir Cottard, Pierre, Hugues), blessé de Juillet, demeurant en cette commune, rue de Flandre n° 70. Lequel nous a déclaré qu’à la suite des événements de Juillet, ayant été blessé, il a été déposé dans l’ambulance de la cité d’Orléans fondée par les soins et le zèle de Mme veuve Trubert ; que pendant trois semaines qu’il y est resté il a reçu de cette dame les soins les plus assidus, qu’elle est constamment restée auprès des malades pendant l’existence de ladite ambulance et qu’il est à sa connaissance que ladite dame a porté le dévouement jusqu’à faire des quêtes de linge et d’argent pour subvenir non seulement à nos besoins pressants du moment mais encore à la subsistance d’un grand nombre d’ouvriers sans travail. Enfin qu’elle a fait elle-même pendant plusieurs jours, matin et soir, d’abondantes distributions de vivres. Ajoutant le déclarant que tout ce qu’on pourrait dire en faveur de Mme Trubert serait toujours au-dessous des droits qu’elle s’est acquise pendant les journées de juillet 1830, à notre reconnaissance particulière comme à l’estime des honnêtes gens. Et de la présente déclaration que le comparant a faite pour rendre hommage à la vérité nous lui avons donné acte et qu’il a signée. » Et aussi ce certificat : « Nous, propriétaire de la cité d’Orléans et autres habitants du quartier de la porte Saint-Denis, soussignés, certifions à qui il appartiendra que Mme veuve Trubert, notre voisine, a fait preuve d’un dévouement et d’un courage au-dessus de tout éloge, pour la cause nationale. Qu’immédiatement après le combat qui eut lieu près les deux portes Saint-Martin et Saint-Denis elle s’est occupée la première à faire des quêtes de linge et d’argent au bénéfice des blessés qui ont été apportés dans l’ambulance de ladite cité. Que c’est par les soins et la vigilance de cette dame et de celles qui ont suivi son exemple qu’indépendamment d’une somme de trois mille francs, qui a été versée à la mairie du (ancien) Ve arrondissement pour tous les blessés de juillet dernier plus de deux cents ont reçu des premiers secours et pansements qui leur ont été administrés pendant près de quinze jours par MM. Penasse et Bachot (voir plus haut) et qu’en outre, en attendant l’ouverture des ateliers environ trois mille personnes ont reçu dans ladite ambulance des rations de pain, viande, soupe et vin qui leur ont été distribuées pendant quatre jours le matin et le soir par ladite dame Trubert elle-même, dont rien n’a pu paralyser le courage. Nous ajoutons qu’indépendamment des blessés qui ont été reçus gratuitement de la part de M. Brian dans l’établissement de santé dirigé par Mme Baric, ladite dame veuve Trubert a fait occuper par plusieurs défenseurs de la liberté les lits que la dame Baric a mis à cet effet à sa disposition, faubourg Saint-Denis. » Signé, le 27 août 1830 : Brian, propriétaire de la cité d’Orléans ; Dreyfus (voir Dreyfus, Baudry, Henry), négociant, demeurant 4, cité d’Orléans ; Delire (voir Delire, François, Félix), traiteur, demeurant cité d’Orléans ; Denuelle, Dominique, fabricant de porcelaine ; Lainé, grenadier à la IXe légion de la garde nationale ; ...heli... chef de bataillon en second à la IXe légion. Aussi ces lignes écrites en apostille : « Tous les signataires de certificat ainsi que MM. Bachot et Penasse (voir plus haut) peuvent attester que Mme veuve Trubert a institué l’ambulance le 28 juillet aussitôt le feu engagé, à travers les balles. » Elle demeurait 23, rue Neuve-Saint-Martin en 1831. Archives de la préfecture de police AA 415.

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