Turbri, François, Laurent, Hébert
Biographie
Né le 22 septembre 1795 (lui-même écrit le 27 septembre 1795) à Paris. Artiste musicien ou compositeur en 1848. Il adressa, le 10 mai 1831, la lettre suivante à un des membres de la Commission des récompenses nationales, Trélat : « Plusieurs de mes amis, qui savent avec quel zèle je me suis employé et qui s’étonnent de ce que je ne fasse pas partie des légionnaires de la décoration de juillet, m’ont fait comprendre que, dans un moment où nous voyons des gardes nationaux qui pour avoir passé la nuit dans le jardin du Palais-Royal, à l’archevêché, au Panthéon ou au Louvre, et sans le moindre danger pour leur vie, obtiennent une croix qu’on ne peut mériter que sur un champ de bataille, il serait de la dernière simplicité de ma part de ne pas réclamer une chose qui peut me dédommager des pertes que j’ai faites. Je vous adresse donc, Monsieur, la note suivante, comptant sur votre obligeance pour la communiquer à Messieurs les membres de la Commission des récompenses nationales. Artiste musicien de la Chapelle et de l’Opéra, la révolution de Juillet ne pouvait qu’être contraire à mes intérêts. Cependant je l’ai trouvée juste et je l’ai secondée de toutes mes forces. J’avouerais cependant que je n’avais aucune connaissance des ordonnances mais, le 26, passant sur la place des Italiens, je fus indigné de voir des gendarmes s’emparer de vive force et sans jugement de quelque article incriminé des presses du journal de la rue Saint-Marc-Feydeau et je dis de suite si la raison du plus fort doit être la meilleure, il faut que le peuple s’arme et l’on verra. Je fus de suite au Palais-Royal, nouvelle galerie, où après avoir chanté la Marseillaise au milieu de ceux qui criaient Vive la Charte ! je passais dans la cour, où il y avait beaucoup de gardes royaux, à qui je parlais et qui paraissaient être de mon avis. Enfin, quelques chefs supérieurs parurent, nous les entourâmes en leur criant Vive la garde royale ! mais étant arrivés au milieu des soldats, ils nous rudoyèrent et leur dire Chassez donc cette canaille. Après quelques bousculades, je me retirai plus irrité qu’avant. Le lendemain au soir dans la rue Saint-Honoré, je communiquais mon indignation et ses motifs à tous ceux qui m’entouraient. Le 28 au matin sur les 4 heures, je sortis et me dit il faut trouver un moyen de ne pas reculer. Le plus simple qui se présenta fut la destruction des insignes royaux. Je fis donc arracher et jeter dans le ruisseau toutes les armoiries que je rencontrai sur mon passage et je revins sur le boulevard Bonne-Nouvelle. Je construisis devant la porte Denis (l’auteur reprend la tradition de supprimer tous les saint devant chaque nom de lieu, N.D.A.) deux mauvaises barricades avec des réverbères cassés, leurs cordes et quelques pavés. Il y avait déjà deux tombereaux derrière. Les gendarmes, arrivaient en un gros peloton qui tenait toute la largeur du boulevard Denis. J’engageai ceux qui m’entouraient à s’emparer de suite des armes des soldats de la ligne qui étaient au poste Bonne- Nouvelle, ce qui fut si vivement exécuté que les premiers arrivés s’emparèrent des fusils et que je n’en eus pas moi-même. Les militaires s’en allaient, après avoir donné armes et munitions. Je leur serrai la main et courus au milieu de ceux qui avaient été assez heureux pour avoir des fusils et comme je n’en avais pas je m’occupai à faire tenir en ligne, de chaque côté du boulevard, les gens non armés, afin que les balles des gendarmes et celles du peuple s’échangeassent plus commodément. Mais les gendarmes, voyant le peuple armé, la porte Denis chargée de pavés et nos petites barricades, jugèrent plus prudent de tourner bride et ils s’enfuirent. Nous démolîmes de suite le corps de garde de Bonne-Nouvelle pour faire de nouvelles barricades. Un jeune maçon eut la cuisse gauche grièvement blessée. Je le portai chez le marchand de vins de la rue Basse-Porte-Denis, côté du gymnase et je donnai un franc au marchand pour qu’il en ait soin (je n’avais que cela pour l’instant). Plusieurs personnes disaient, et sans doute à dessein (porte Denis), qu’il ne fallait aucune couleur ; mais j’appuyai fortement sur ce que le drapeau tricolore était nécessaire, qu’il avait toujours conduit nos armées à la gloire et que de vrais Français n’oseraient jamais tirer sur ceux qui porteraient ce signe honorable. Cependant, après que la ligne, entourée par nous de drapeaux tricolores, fut passée à nos cris de vive la ligne ! la garde royale va, un peloton resta campé au coin de la rue Neuve-Etienne et les coups de fusil furent échangés. Je pris le parti d’aller parler au capitaine de la troupe (homme maigre, moustaches noires et la croix) et sans craindre la fusillade, je l’abordai et l’engageai à ne pas tirer sur le peuple. Il me dit “Nous n’avons pas plus envie que vous de nous battre mais retirez-vous tous et vous obtiendrez plus tard ce que vous voudriez avoir de suite.” J’insistai mais la pétarade venait de tous côtés. Il me dit “On tire sur nous nous sommes obligés de riposter.” Pendant que je parlais au capitaine, un jeune soldat à sa gauche me dit “Retirez-vous, sacré nom de Dieu, je vous fous la cervelle en l’air à bout touchant.” Je lui fis observer que je parlais au capitaine et qu’il pouvait bien m’endurer là. Enfin le capitaine me dit “Pour la dernière fois retirez-vous ou je ne réponds de rien.” Je voulus m’en aller par la rue Neuve-Étienne mais une décharge qui vint de ce côté me força de retraverser le boulevard et je me retirai au faubourg Poissonnière. Je cherchais des armes et ne pus avoir qu’une baïonnette rouillée chez M. Audry de Puyraveau. J’employai ma journée à courir de tout côté pour réunir les hommes que je trouvais épars. Je les dirigeais, soit aux Petits-Pères ou à la Bourse. J’avais de la poudre et des balles, qui leur étaient d’un grand secours car ils en manquaient presque tous. Enfin, le 29 de grand matin, je me rappelai que j’avais fait quelques affaires avec un nommé Leclère, passage de l’ancien Grand-Cerf, et qu’il avait des fusils. J’y fus de suite et sa femme se leva mais elle me dit que pour aucun prix elle ne pouvait en donner, qu’il ne lui en restait pas un seul. Je fus chez M. Le Sueur, le compositeur, qui me prêta vingt sols pour acheter un moule à balles. Mais je n’en trouvais partout que de petit calibre. Enfin j’en trouvais un de plus gros calibre chez le quincaillier du coin des rues Apolline et Denis, il était de deux francs mais je lui dis que je n’avais que vingt sols dans ma poche et il s’en contenta (je fus lui payer le reste huit jours après). Je fus chez un petit plombier, rue du Paradis côté du faubourg Denis, qui me fondit une grande quantité de balles à plusieurs voyages que je fis chez lui et je courais partout donner de la poudre et des balles à ceux qui n’en avaient que peu ou qui n’en avaient pas. Et comme j’avais laissé mon moule chez le plombier, je leur disais d’indiquer son adresse à ceux qui en auraient besoin : effectivement une quantité de patriotes furent chez lui et il en fondit plus de trois cents, qui servirent à l’attaque du Louvre. J’eus le bonheur d’avoir aussi à la caserne du faubourg Poissonnière une grande quantité de pierres à fusil de munitions et c’était ce qui manquait le plus et que je n’avais pu trouver chez aucun armurier. Ayant été au Palais-Royal, à la Grève et à la barricade de la rue de l’Arbre-Sec embouchure de la rue des Prés-Saint-Germain-l’Auxerrois, il me serait facile d’amplifier mais une décoration ne peut avoir de prix que lorsque la conscience n’en rougit pas. Je m’en tiens donc à la simple vérité. Je pourrais donner verbalement une foule de détails, qu’il serait trop long d’écrire. Je dirai seulement que quoique blessé au pied cela ne m’a pas empêché d’agir et que l’excessive fatigue jointe à cela a failli me faire perdre la jambe gauche. Je ne terminerai pas sans vous faire remarquer, Messieurs, que dans cette révolution ici nous avons ménagé et laissé en place des gens qui ne devraient pas y être et qui ne nous ménagent pas car après que les circonstances ont aboli la Chapelle dont je faisais partie, M. Habeneck, jésuite renforcé et chef d’orchestre de l’Opéra, m’a fait mettre à la réforme pour cause d’insubordination et cela parce qu’il connaît ma manière de voir, parce que j’ai été l’un des premiers à signer l’acte d’association patriotique (au journal de la Révolution) et que je n’ai pas voulu endurer jusqu’au bout ses passe-droits et ses vexations. Il avait eu déjà l’impudence de me faire citer à l’administration pour avoir chanté en chorus le refrain de la Marseillaise dans les représentations de la Muette qui ont suivi les trois journées. Enfin, Messieurs, si après être totalement ruiné par la révolution et pour la révolution, mon désintéressement et ma franchise peuvent m’obtenir la décoration que je désire avec tant d’ardeur, je serais entièrement consolé. » Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) IIe arrondissement. Il reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) IIe arrondissement. En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut, auprès de la mairie du (ancien) IIe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. Il fut détenu à la suite du soulèvement républicain de juin 1832. En 1842, « dans une extrême gêne », il sollicita un secours et reçut vingt-cinq francs. En 1843, les renseignements de police rapportaient sur son compte : « […] A la fois maître de chant et marchand de tableaux et d’objets d’art et de prix. Sa position pécuniaire est excellente. La famille royale lui a fait beaucoup de bien. » Il est l’auteur par exemple du Traité général de la musique, utile aux professeurs de solfège, instruments, harmonie, contrepoint, fugue et musique dramatique. Il est aussi l’auteur, en 1841, de l’Art de la natation et fit auprès du roi quelques démarches pour proposer la création d’école de natation à l’usage spécial des militaires. Il était célibataire et père d’un enfant en 1848. Il mourut en 1859. Il demeurait 26, rue Basse-Porte-Saint-Denis en 1831 ; 33, rue Vivienne en 1841-1843 ; 68, rue Saint-Honoré en 1848. Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Archives de Paris VD6 173 n° 1 ; Archives nationales F/1dIII/34, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) IIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) IIe arrondissement ; Archives nationales F/15/4240 ; Archives nationales F/15/3884, Commission des récompenses nationales, détenus politiques 3e catégorie, indemnités (sous le nom de Turbré, François, Laurent). recherches sur Internet Habeneck+Turbri il y a quelques résultats. Par exemple, mais la source est illisible : « Un artiste de talent, connu par son caractère excentrique, un compositeur qui, bien avant la musique d'avenir, fil d'audacieuses tentatives d'instrumentation, Hébert Turbri, est décédé le 23 décembre dernier, à l'âge de soixante-quatre ans. Il a écrit un grand nombre de quatuors, quintettes, symphonies, et composa même un opéra, la Jérusalem délivrée, qu'il ne put jamais parvenir à faire représenter. Dans ces dernières années, il se mit à faire le commerce de tableaux, commerce qui ne l'a pas enrichi. Telle était son originalité, que vivant presque seul avec sa jeune fille qui fut son Antigène dévouée, il a disparu sans que ses plus anciens amis en aient été prévenus. »