Vaillant, Claude, Adolphe
Biographie
Né le 18 décembre (le mois est illisible) 1800 à Mâcon (Saône-et-Loire). Directeur-gérant du Journal des salons et journaliste au Sylphe, auquel le roi lui-même avait pourtant souscrit quatre abonnements le 1er mai 1830. Le 26 juillet, il fit imprimer des proclamations, qu’il déclara vouloir distribuer à dix millions d’exemplaires, selon la demande que l’imprimeur, Auguste Mie (voir Mie, Louis, Auguste) déposa au Bureau des imprimeries. Son journal qu’il distribua le 27 juillet contenait, dit-il, « la protestation de la presse et l’appel aux armes ». Il fut un des quarante-quatre signataires (voir la liste complète à Dumas, Alexandre) de la protestation des journalistes, ainsi rédigée : « On a souvent annoncé depuis six mois, que les lois seraient violées, qu’un coup d’Etat serait frappé. Le bon sens public se refusait à le croire. Le ministère repoussait cette supposition comme une calomnie. Cependant le Moniteur a publié enfin ces mémorables ordonnances, qui sont la plus éclatante violation des lois. Le régime légal est donc interrompu ; celui de la force est commencé. Dans la situation où nous sommes placés, l’obéissance cesse d’être un devoir. Les citoyens appelés les premiers à obéir sont les écrivains des journaux, ils doivent donner les premiers l’exemple de la résistance à l’autorité, qui s’est dépouillée du caractère de la loi. Les raisons sur lesquelles ils s’appuient sont telles qu’il suffit de les énoncer. La charte, article 8, dit que les Français, en matière de presse, sont tenus de se conformer aux lois ; elle ne dit pas aux ordonnances. La charte, article 35, dit que l’organisation des collèges électoraux sera réglée par les lois ; elle ne dit pas par les ordonnances. La couronne elle-même avait reconnu jusqu’ici ces articles. Toutes les fois, en effet, que des circonstances prétendues graves lui ont paru exiger une modification, soit au régime de la presse, soit au régime électoral, elle a eu recours aux deux Chambres ; elle ne s’est arrogé, à l’égard des articles 8 et 35, ni une autorité constituante, ni une autorité dictatoriale qui n’existent nulle part. Les tribunaux, qui ont droit d’interprétation, ont solennellement reconnu ces mêmes principes. Leurs décisions établissent qu’en matière de presse et d’organisation électorale, les lois, c’est-à-dire le roi et les Chambres, peuvent seuls statuer. Aujourd’hui donc le gouvernement a violé la légalité. Nous sommes dispensés d’obéir. Nous essayons de publier nos feuilles, sans demander l’autorisation qui nous est imposée. Nous ferons nos efforts pour qu’aujourd’hui au moins elles puissent arriver à toute la France. Voilà ce que notre devoir de citoyens nous impose, et nous le remplissons. Nous n’avons pas à tracer ses devoirs à la Chambre illégalement dissoute ; mais nous pouvons la supplier, au nom de la France, de s’appuyer sur son droit évident, et de résister autant qu’il sera en elle à la violation des lois. Ce droit est aussi certain que celui sur lequel nous nous appuyons. La Charte dit, article 50, que le roi peut dissoudre la Chambre des députés ; mais il faut pour cela qu’elle ait été réunie, constituée en Chambre ; avant la réunion et la constitution de la Chambre, il n’y a que des élections faites. Or, nulle part la Charte ne dit que le roi peut casser les élections. Les ordonnances publiées aujourd’hui ne font que casser des élections, elles sont donc illégales, car elles font une chose que la Charte n’autorise pas. Les députés élus, convoqués pour le 3 août, sont donc bien et dûment élus et convoqués. Leur droit est le même aujourd’hui qu’hier. La France les supplie de ne pas l’oublier. Tout ce qu’ils pourront pour faire prévaloir ce droit, ils le doivent. Le gouvernement a perdu aujourd’hui le caractère de légalité qui commande l’obéissance. Nous lui résistons pour ce qui nous concerne ; c’est à la France à juger jusqu’où doit s’étendre sa propre résistance. » La lettre que firent parvenir, le 4 novembre 1830, à la Commission des récompenses nationales, Desnoyers, Louis, Claude, Joseph, Florence et Cartillier, Jean (voir ces noms) nous éclaire sur la participation de Vaillant aux protestations des journalistes. Cette lettre était ainsi rédigée : « […] Quoique appartenant à une famille dont la fortune était entièrement dépendante de l’ancienne dynastie, j’ai fondé, il y a dix-huit mois, un journal (paraissant alors sous ces trois titres : le Sylphe, le Lutin et Trilby) qui, malgré toutes les entraves qu’on lui a suscitées et les menaces comme les promesses qu’il nous a values de la part du gouvernement de Charles X n’a cessé d’être l’un des plus chauds organes de l’opposition. Le 26 juillet dernier, j’ai pris part, d’une manière affirmative à toutes les délibérations qui eurent lieu dans la journée relativement à la protestation de la presse ; et si mon nom n’a point paru avec ceux des signataires c’est par une circonstance contraire à ma volonté, ainsi que l’atteste le certificat ci-contre. Averti trop tard de la résolution qu’on avait prise, en dernier lieu, de la signer, lorsque, dans le courant de la nuit, je me présentai pour le faire, le tirage du National s’opérait depuis longtemps […]. » Le certificat suivant était joint à cette lettre : « Je certifie qu’il est à ma connaissance que M. Louis Desnoyers, l’un des gérants et des rédacteurs en chef de l’Aigle (journal portant alors ces divers titres ; le Lutin – Trilby – et le Sylphe) a pris part, le 26 juillet, aux délibérations qui eurent lieu relativement à la protestation de la presse ; et qu’averti trop tard qu’on avait résolu de la signer, lorsqu’il se présenta, dans la nuit du même jour, au bureau du National pour donner sa signature, il ne put le faire, le National se trouvant sous presse depuis longtemps. » Signé le 2 novembre 1830 : Grégoire, A., directeur de l’imprimerie du journal le National ; Bohain, Victor (voir ce nom) ; Sarrans, B., jeune, directeur des Communes, Courrier des électeurs ; Vaillant, gérant et rédacteur de l’Aigle ; Roqueplan, Nestor, rédacteur en chef et gérant du Figaro. Le 11 avril 1831, Desnoyers et Cartillier adressaient, la lettre suivante à la Commission des récompenses nationales et qui nous laisse des indications supplémentaires sur la participation de Vaillant : « […] La vérité (vérité qu’au besoin nous pourrions faire attester par cent personnes) c’est que, du premier au dernier jour de sa publication, le fardeau de la rédaction du journal a porté entièrement sur M. Cartillier et sur moi. M. Vaillant lui-même, que vous avez justement récompensé par une sous-lieutenance dans l’armée, était notre associé-gérant, et n’a jamais coopéré à ladite rédaction. […] Enfin, Messieurs, pour ce qui est de la protestation de la presse, nous avons assisté aux diverses réunions qui ont eu lieu au National, le lundi 26, et notamment à celle de 6 heures du soir, où on y arrêta définitivement la rédaction proposée par M. Thiers. Il ne fut point convenu alors qu’on la signerait : chaque journal seulement devait l’insérer. Ce n’est que par M. Vaillant qui, tandis que nous étions occupés à la rédaction de notre feuille, avait été au National à 11 heures du soir, pour y prendre une épreuve du texte, que nous apprîmes, à son retour, fort avant dans la nuit, qu’on avait enfin résolu de la signer. Nous ne pûmes donc nous présenter assez tôt pour y donner, à la suite des autres noms, notre adhésion écrite. Ce fut à grand-peine que M. Cartillier et moi nous pûmes obtenir qu’on suspendît un instant le tirage du National, afin de glisser, tant bien que mal, dans la forme, le nom de M. Vaillant, notre gérant, qui y tenait avec raison, ayant eu le bonheur de signer l’original. C’est tout ce que nous pûmes obtenir […]. » Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) IIIe arrondissement. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) IIIe arrondissement. Il fut nommé sous-lieutenant, par ordonnance en date du 21 février et sur la demande de la Commission des récompenses nationales, et affecté à l’Ecole de cavalerie de Saumur. Il reçut mille francs de supplément d’indemnité de première mise, par suite de la décision de M. de Montalivet, en date du 26 septembre 1831. Il avait reçu trois cents ou trois cent cinquante francs auprès de la mairie du (ancien) IIe arrondissement, comme secours et somme à valoir sur son indemnité de première mise d’équipements. Voir Bohain. Il signa, comme gérant et rédacteur de l’Aigle, le 2 novembre 1830, le certificat suivant en faveur de Desnoyers, Louis, Claude, Joseph, Florence : « Je certifie qu’il est à ma connaissance que M. Louis Desnoyers, l’un des gérants et des rédacteurs en chef de l’Aigle (journal portant alors ces divers titres ; le Lutin – Trilhy – et le Sylphe) a pris part, le 26 juillet, aux délibérations qui eurent lieu relativement à la protestation de la presse ; et qu’averti trop tard qu’on avait résolu de la signer, lorsqu’il se présenta, dans la nuit du même jour, au bureau du National pour donner sa signature, il ne put le faire, le National se trouvant sous presse depuis longtemps. » Il fut condamné, le 21 août 1830, à un mois de prison et deux cents francs d’amende, comme propriétaire-gérant du journal l’Aigle, pour n’avoir pas fourni de cautionnement, ni fait de déclaration préalable au département de la librairie, ni fait le dépôt prescrit par la loi au parquet du procureur. Il demeurait 5, cité Bergère en 1830. Mes Mémoires, Alexandre Dumas, tome VI, cinquième série, nouvelle édition, Paris, Lévy frères, 1867 ; Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Journal militaire officiel, année 1831, premier semestre, Paris, chez Anselin, 1831, p. 235, ordonnance du 21 février 1831 (sous le nom de Vaillant, Adolphe) ; Balzac journaliste, le tournant de 1830, Paris, Klincksieck, 1983 ; Annuaire historique universel pour 1830, C. Lesur, Paris, Thoisnier-Desplaces, 1832, p. 273 ; Archives de Paris VD6 172 n° 6 in dossier Berthelot, Claude, Anastase, Clément ; Archives de Paris VK3 43 in dossier Desnoyers, Louis, Claude, Joseph, Florence ; Archives nationales F/1dIII/33 sous-lieutenants (1831-1833), état nominatif des sous-lieutenants de Juillet envoyés, sur la demande de la Commission des récompenses nationales, à l’Ecole de Saumur, avec indication des destinations qu’ils ont reçues, des sommes qu’ils ont touchées à titre de supplément d’indemnité de première mise et de celles qu’il y aurait encore lieu de leur payer en exécution de la décision prise par M. de Montalivet, le 30 juillet 1832 et aussi état des sous-lieutenants nommés sur la présentation de la Commission des récompenses nationales ; Archives nationales F/1dIII/34, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) IIe arrondissement et dossier sous-lieutenants (sous le nom de Vaillant, Adolphe) ; Archives nationales F/1dIII/37, Commission des récompenses nationales, mairie du (ancien) IIe arrondissement, état des premières mises accordées aux sous-lieutenants nommés d’après la présentation de la Commission des récompenses nationales et acquittées par monsieur le maire du (ancien) IIe arrondissement (sous le nom de Vaillant, Adolphe) ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) IIIe arrondissement ; Archives nationales O/3/2219-2220, pièce 983 ; Archives nationales F/18/95, 1830, pièce 3414.