Valentin de la Pelouze, Jean-Baptiste

Biographie


Né le 20 juillet 1777 (bien le 20 juillet 1777 dans son acte de baptême et in Archives de Paris Vbis1K4 1, sur le registre, qu’il signe et dans son dossier à la Légion d’honneur) (mais le 28 avril 1802 in Archives nationales F/1dIII/39) à Bruyères (Vosges) (sous le nom de Valentin, Jean-Baptiste, fils de Valentin, François, Thomas, ancien militaire, et de Parmentelot, Barbe ; il épousa Thérèse, Arsène Carrefour Delapelouze, le 20 messidor an VIII à Paris [ancien] IIe arrondissement et par ordonnance royale du 13 décembre 1814, il fut autorisé à ajouter à son nom celui de Lapelouze). Gérant du Courrier français. On peut lire dans le manuscrit de Victor Crochon le récit suivant de sa participation aux combats de Juillet : « Affaire de l’Association bretonne. MM. Bert et Lapelouze, gérants du Journal du commerce et du Courrier français, furent condamnés chacun à un mois de prison et à cinq cents francs d’amende “pour avoir imputé au gouvernement du roi l’intention criminelle soit d’établir et de percevoir des impôts qui n’auraient pas été consentis par les deux Chambres, soit de changer illégalement le mode d’élection, soit de révoquer la charte constitutionnelle qui a été octroyée et concédée à toujours et qui règle les droits et devoirs de tous les pouvoirs publics.” » Il fut un des quarante-quatre signataires (voir la liste complète à Dumas, Alexandre) de la protestation des journalistes, ainsi rédigée : « On a souvent annoncé depuis six mois, que les lois seraient violées, qu’un coup d’Etat serait frappé. Le bon sens public se refusait à le croire. Le ministère repoussait cette supposition comme une calomnie. Cependant le Moniteur a publié enfin ces mémorables ordonnances, qui sont la plus éclatante violation des lois. Le régime légal est donc interrompu ; celui de la force est commencé. Dans la situation où nous sommes placés, l’obéissance cesse d’être un devoir. Les citoyens appelés les premiers à obéir sont les écrivains des journaux, ils doivent donner les premiers l’exemple de la résistance à l’autorité, qui s’est dépouillée du caractère de la loi. Les raisons sur lesquelles ils s’appuient sont telles qu’il suffit de les énoncer. La charte, article 8, dit que les Français, en matière de presse, sont tenus de se conformer aux lois ; elle ne dit pas aux ordonnances. La charte, article 35, dit que l’organisation des collèges électoraux sera réglée par les lois ; elle ne dit pas par les ordonnances. La couronne elle-même avait reconnu jusqu’ici ces articles. Toutes les fois, en effet, que des circonstances prétendues graves lui ont paru exiger une modification, soit au régime de la presse, soit au régime électoral, elle a eu recours aux deux Chambres ; elle ne s’est arrogé, à l’égard des articles 8 et 35, ni une autorité constituante, ni une autorité dictatoriale qui n’existent nulle part. Les tribunaux, qui ont droit d’interprétation, ont solennellement reconnu ces mêmes principes. Leurs décisions établissent qu’en matière de presse et d’organisation électorale, les lois, c’est-à-dire le roi et les Chambres, peuvent seuls statuer. Aujourd’hui donc le gouvernement a violé la légalité. Nous sommes dispensés d’obéir. Nous essayons de publier nos feuilles, sans demander l’autorisation qui nous est imposée. Nous ferons nos efforts pour qu’aujourd’hui au moins elles puissent arriver à toute la France. Voilà ce que notre devoir de citoyens nous impose, et nous le remplissons. Nous n’avons pas à tracer ses devoirs à la Chambre illégalement dissoute ; mais nous pouvons la supplier, au nom de la France, de s’appuyer sur son droit évident, et de résister autant qu’il sera en elle à la violation des lois. Ce droit est aussi certain que celui sur lequel nous nous appuyons. La Charte dit, article 50, que le roi peut dissoudre la Chambre des députés ; mais il faut pour cela qu’elle ait été réunie, constituée en Chambre ; avant la réunion et la constitution de la Chambre, il n’y a que des élections faites. Or, nulle part la Charte ne dit que le roi peut casser les élections. Les ordonnances publiées aujourd’hui ne font que casser des élections, elles sont donc illégales, car elles font une chose que la Charte n’autorise pas. Les députés élus, convoqués pour le 3 août, sont donc bien et dûment élus et convoqués. Leur droit est le même aujourd’hui qu’hier. La France les supplie de ne pas l’oublier. Tout ce qu’ils pourront pour faire prévaloir ce droit, ils le doivent. Le gouvernement a perdu aujourd’hui le caractère de légalité qui commande l’obéissance. Nous lui résistons pour ce qui nous concerne ; c’est à la France à juger jusqu’où doit s’étendre sa propre résistance. » En tant que gérant du Courrier français, il fit comparaître son imprimeur devant le tribunal de commerce, le 18 juillet, parce qu’il refusait d’imprimer le journal : « Me Mérilhou, avocat du Courrier français, assisté de M. de Lapelouze, l’un des gérants, a demandé l’exécution des traités par lesquels M. Gaultier-Laguionie s’est engagé à imprimer ledit journal. Après avoir entendu ledit Mérilhou, en ses conclusions et sa plaidoirie, et la défense de M. Gaultier-Laguionie en personne ; le tribunal, considérant que, par convention verbale, M. Gaultier-Laguionie s’est obligé à imprimer le journal intitulé le Courrier français ; que les conventions légalement formées doivent recevoir leur effet ; qu’en vain pour se soustraire à ses obligations Gaultier-Laguionie oppose un avis du préfet de police contenant injonction d’exécuter une ordonnance du 25 de ce mois ; que cette ordonnance, contraire à la Charte, ne saurait être obligatoire ni pour la personne sacrée et inviolable du roi ni pour les citoyens aux droits desquels elle porte atteinte, considérant, au surplus, qu’aux termes mêmes de la Charte, les ordonnances ne peuvent être faites que pour l’exécution et la conservation des lois, et que l’ordonnance précitée aurait au contraire pour effet la violation des dispositions de la loi du 28 juillet 1828 ; par ces motifs, le tribunal ordonne que les conventions d’entre les parties recevront leur effet » Le tribunal condamna Gaultier-Laguionie à imprimer le journal le Courrier français dans un délai maximal de vingt-quatre heures. Dans ses Souvenirs, Poumiès de la Siboutie tempéra le refus de Gaultier-Laguionie, et parlait d’une connivence entre les deux hommes : « Le mardi 27, à 5 heures du matin, je vis arriver chez moi mon excellent parent Gaultier-Laguionie. Il était chargé de l’impression du Courrier français et avait un marché signé avec les entrepreneurs de ce journal. Il avait été convenu entre eux et lui qu’il serait assigné devant le tribunal de commerce pour s’entendre condamner à continuer l’impression du journal malgré les ordonnances. […] On sait que M. Ganneron, alors président, rendit un jugement appuyé sur des motifs et des considérants qui eurent un grand retentissement, par lequel Gaultier-Laguionie fut condamné à continuer l’impression du journal. » Le dossier de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) IVe arrondissement. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) IVe arrondissement. Il prêta son serment de décoré de la Croix de Juillet, le 25 juin 1831 à la mairie du IVe arrondissement, reçut sa croix le 25 juin et son brevet le 17 août 1831 (il est pourtant aussi sur le registre de prestation de serment en date du 16 mai 1831 à la mairie du (ancien) Ier arrondissement in Archives de Paris VK3 27). Ce serment était ainsi libellé : « Je jure fidélité au roi des Français, obéissance à la charte constitutionnelle et aux lois du royaume. » Il était chef du 1er bataillon de la 1re légion de la garde nationale en 1830-1831 ; il avait été capitaine commandant de la compagnie de grenadiers du même bataillon depuis 1814 et jusqu’à la dissolution de la garde nationale en 1827. Il fut nommé chevalier de la Légion d’honneur, en date du 5 décembre 1830. Le rapport suivant avait été fait, le 2 novembre 1830, sur son compte, afin d’obtenir sa nomination dans cet ordre : « […] Cet officier supérieur a de très anciens services militaires. Il est aujourd’hui en possession d’une immense popularité dans son bataillon, au point que ce bataillon, consulté pour une proposition de croix, l’avait unanimement proposé. On peut ajouter à cela que, signataire de la protestation des journaux en juillet dernier, il s’était exposé aux plus graves dangers. » Il mourut le 2 avril 1848 ou 2 avril 1849. On trouve dans Le Général Humbert (lion amoureux), voyage dans les Vosges, et notices biographiques des célébrités vosgiennes, la note biographique suivante : « Valentin de la Pelouse, Jean-Baptiste naquit à Bruyères, le 20 juillet 1777. C’est à l’abbé Georgel qu’il dut son instruction. Appelé à l’école de Mars, il fut un des élèves-instructeurs de haut mérite, mais il ne put suivre la carrière des armes, à cause de sa vue faible. Il entra dans l’administration. La comptabilité de la loterie lui fut confiée. Il appliqua à cette grande affaire la méthode de partie double, alors peu connue, et mal mise en usage. Il étonna tellement tous les chefs des grandes administrations, que le gouvernement ordonna que la méthode de Valentin serait adoptée pour toutes les affaires de l’Etat, et la Cour des comptes elle-même reconnut la supériorité du système de Valentin. La jalousie vint bientôt se venger de la gloire de Valentin ; pendant les Cent-Jours, ce savant chiffreur perdit sa place. Il était alors capitaine de la garde nationale. Ses grenadiers, en apprenant sa disgrâce, se transportèrent chez lui et lui firent jurer de ne pas donner sa démission ; cependant on voulut lui retirer aussi ses épaulettes, mais en présence de l’opposition de tous les hommes qu’il commandait, le Gouvernement n’insista plus. Rédacteur du Courrier français, en 1821, il se fit un nom comme écrivain et une réputation comme homme politique. Valentin a subi sous la Restauration, au sujet de ce journal, 22 procès particuliers, trois procès de tendance, plusieurs fois de la prison et payé plus de 80.000 francs d’amende. Ce fut lui qui, le 28 juillet, provoqua le célèbre jugement du tribunal de commerce, qui déclara les ordonnances illégales et attentatoires à la Charte. Ce fut chez lui et par lui que la réorganisation de la garde nationale eut lieu. Il refusa de Lafayette le grade de colonel : “Je veux voir.” répondit-il. Quelque temps après, il accepta le grade de chef de bataillon, mais en 1832, il se retira quand il vit le pouvoir s’écarter de la ligne qu’il s’était tracée. Valentin avait un caractère antique. » Il demeurait 8, rue de la Paix en 1830-1831 ; 55, rue de Grenelle-Saint-Honoré en 1831. Bibliothèque historique de la Ville de Paris, manuscrits, 8-ms-1025, ouvrage de Victor Crochon, f° 290 ; Mes Mémoires, Alexandre Dumas, tome VI, cinquième série, nouvelle édition, Paris, Lévy frères, 1867 ; Révolution de 1830, son caractère légal et politique, Jugement prononcé par M. Ganneron, président du tribunal de commerce, le 28 juillet 1830, M. Dupin, Paris, Joubert, 1835, p. 53 ; Souvenirs d’un médecin de Paris, Dr Poumiès de la Siboutie, Plon et cie, Paris, 1910, p. 204 ; Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris Vbis1K4 1 Département de la Seine, IVe arrondissement, contrôle nominatif des citoyens décorés de la Croix de Juillet, 1831 ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la médaille de Juillet du (ancien) IVe arrondissement ; Archives de Paris VK3 27 Mairie du (ancien) Ier arrondissement, décorations de Juillet, registre et certificat de prestation de serment ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) IVe arrondissement ; Archives nationales F/1dIV/P/4 Récompenses honorifiques ; Archives nationales LH/2663/43/ Légion d’honneur (sous le nom de Valentin de Lapelouze, Jean-Baptiste) ; Retours sur la vie, Appréciations et Confidences sur les hommes de mon temps, Chambolle, Paris, Plon-Nourrit, 1912, p. 134 ; Le Général Humbert (lion amoureux), voyage dans les Vosges, et notices biographiques des célébrités vosgiennes, par H. Le Vosgien, Mirecourt, chez Humbert imprimeur-libraire-éditeur, 1866, p. 529-531.

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