Valsemey, Pierre, Guillaume

Biographie


Né le 16 juin 1805 à Rouen (Seine-Maritime), fils d’un employé de l’octroi de Rouen. Teneur de livres dans une maison de commerce, emploi qu’il occupait depuis l’âge de quinze ans ; il avait travaillé notamment huit ans chez Jannolle, banquier à Rouen. Dans une lettre adressée à la Commission des récompenses nationales, il donnait le récit suivant de sa participation aux combats : « Dans les mémorables journées de notre révolution, j’ai fait tous mes efforts pour me rendre digne de la noble cause que depuis longtemps j’avais embrassée. Le mardi dans la matinée, je préparai des cartouches et fondis des balles non seulement pour moi mais encore pour mes nombreux amis. Vers l’après-dîner, des ouvriers passèrent rue Vivienne portant un cadavre. La vue de ce spectacle d’horreur me transporte. Je cours, accompagné de mes amis, sur la place de la Bourse, où s’étaient rendus les porteurs de cette malheureuse victime et, là, nous fîmes un appel aux armes et excitâmes les ouvriers par nos cris de vengeance. Par suite, je me procurai des armes et aux événements qui suivirent je pris une part très active en combattant au Louvre et au Palais-Royal. Tout se passa néanmoins heureusement pour moi. » Il sollicitait « un emploi dans l’administration des postes ou (à défaut de place vacante dans celle-là) dans toute autre administration et la décoration. Sa demande était suivie de plusieurs apostilles. La première apostille signée de Cahaigne (voir Cahaigne, Louis, Joseph, Antoine) et ainsi rédigée : « J’atteste que M. Valsemey était au Louvre le 29 juillet, qu’une fois la victoire assurée sur ce point, il vint se placer sous les arcades du Théâtre-Français, où il tint sa place avec courage jusqu’à la fin du combat. » La deuxième apostille signée de Flocon, Louis, Auguste, Ferdinand (voir ce nom) et ainsi rédigée : « J’atteste que les faits relatés ci-dessus sont exacts puisque M. Valsemey, dans ces diverses occasions, était à côté de moi. » La troisième apostille signée de Richard (voir Richard, Victor, Claude). La quatrième apostille signée de Kelsch (voir un des frères Kelsch). La cinquième apostille signée de Baudoin, demeurant 16, rue Vivienne et Ashley, demeurant 24, rue de la Paix, et ainsi rédigée : « J’atteste que M. Valsemey a travaillé toute la journée de mardi chez moi avec quelques amis à fondre des balles et faire des cartouches et que le jour même il a pris les armes de concert avec nous, a décidé à la place de la Bourse un mouvement insurrectionnel et que tous les faits ci-dessus sont à ma connaissance. » La sixième apostille signée de Lebon, N. (voir Lebon, Napoléon, Aimé) et ainsi rédigée : « Séparé, le mercredi, par l’impossibilité de traverser certaines rues, de Valsemey et des amis, avec qui nous agissions depuis l’apparition des ordonnances, j’affirme néanmoins que toutes les choses dites ici par lui sont vraies. Valsemey, que j’ai vu longtemps tenir des livres de commerce, est capable de travailler dans une administration quelconque. » La septième apostille signée de Runard illisible, qui était présent avec lui. La huitième apostille signée de Bompau illisible, Augustin et de Petel (voir Petel, Honoré, Delphin). D’autre part, son oncle, Valsemey, ancien capitaine de dragons en retraite, chevalier de la Légion d’honneur, demeurant à Poissy, expliquait que son neveu avait quitté son emploi de commis aux écritures pour prendre part au combat des trois jours, qu’il en était résulté « que son absence et la stagnation du commerce le mettent aujourd’hui dans la nécessité de désirer la carrière des armes » et sollicitait pour lui une sous-lieutenance dans l’infanterie légère (à cause de sa taille, précisait-il), comme officier payeur ou employé dans quelque état-major. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie d’au moins trois arrondissements : celle du (ancien) Ier arrondissement, celle du (ancien) II arrondissement et celle du (ancien) XII arrondissement. Il est répertorié (sous le numéro 1291) dans la liste des demandes concernant le ministère de la Guerre (sous-lieutenant) posées auprès de la mairie du (ancien) XIIe arrondissement, après la révolution. Son nom est sur une liste alphabétique du (ancien) XIIe arrondissement de blessés qui comparurent devant le jury médical. Le registre des délibérations du jury de la Commission des récompenses nationales du (ancien) XIIe arrondissement, en date du 12 février 1831, contient les indications suivantes sur sa participation aux combats : « Le 27 soir, a fondu des balles pendant une grande partie de la nuit. Sur la place de la Bourse, fit partie avec M. Flocon (voir Flocon, Louis, Auguste, Ferdinand), qui fit un appel au peuple. Le 28, fut chercher un fusil chez M. Laffitte, a distribué des balles, des capsules et des cartouches dans le quartier de la Bourse. Faisait partie de ceux qui avaient transformé la maison n° 7 en arsenal. Le 29, dès 3 heures du matin, tirait de la rue du Coq contre les Suisses, au Louvre du côté de la place Saint-Germain-l’Auxerrois, est entré par la grille en face ; il était au bas du petit mur ; au Carrousel, a transporté un blessé à la rue Montesquieu ; a combattu depuis la rue des Boucheries jusque dans le Théâtre-Français, où il a combattu jusqu’à la fin. » Le jury de la Commission des récompenses nationales du (ancien) XIIe arrondissement, chargé d’examiner les droits de chacun à une récompense, se prononça, dans sa séance du 12 février 1831, à aucune voix pour la croix, deux voix pour la médaille et cinq voix pour une mention. Il reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) Ier arrondissement (sous le nom de Valseney, Pierre, Guillaume sur les listes du Bulletin des lois et sur les listes de la Commission des récompenses nationales in Archives nationales F/1dIII/39), et aussi la médaille auprès de la mairie du (ancien) IIe arrondissement (sous le seul nom de Valsemey sur les listes de la Commission des récompenses nationales in Archives nationales F/1dIII/39 et sous celui de Valseney sur les listes du Bulletin des lois). Il déposa un dossier à la Commission des Réclamants ([ancien] IIe arrondissement), sise 10, rue Bourg-Labbé puis 6, rue Dalayrac. Le 6 juillet 1831, il faisait parvenir la lettre suivante à cette dernière Commission, par l’intermédiaire de D’Acosta (voir Da Costa, Jean, Xavier, Tiburce, Leite) « faisant partie des bureaux de réclamation pour la décoration spéciale » : « Par suite du travail peu suivi de la Commission des récompenses nationales, je ne fus pas peu surpris [lire sans doute je ne fus pas surpris, N.DA.] de n’être compris qu’au tableau de ceux qui ont obtenu la médaille, tandis que je devais figurer, comme mes amis, au nombre des décorations spéciales. Il s’est ouvert une société qui a bien voulu redresser tous ces torts et faire que ceux qui devaient être appelés soient élus. A cet effet, je transcrivis la demande, que j’adressai à cette Commission et la fis signer de nouveau par ceux avec lesquels j’ai combattu, au nombre desquels se trouve le blessé Richard (voir Richard, Victor, Claude) (particulièrement connu de vous). Lorsque je croyais avoir obtenu le but de la société de laquelle vous faites partie, je me présentais dans les bureaux de votre nouvelle société, je fus surpris que l’on me demandât la légalisation des noms de ceux qui avaient signé ma première demande ! Enfin, je me résignai, je fis une démarche auprès de la grande Commission pour obtenir l’original de ma demande. Il me fut refusé à cause de l’accordé de la médaille. Ensuite je me présentai auprès du commissaire de mon quartier. Il lui fallut la présentation des signataires, chose qui me fut impossible étant absents de Paris, d’autres par leurs affaires furent empêchés de se rendre à des heures données, de sorte que ma pièce n’atteint pas tout à fait le but que se propose la nouvelle Commission bien qu’elle soit sincère et véritable. Si des antécédents de ma vie politique sont des titres suffisants pour me recommander auprès de vous, je ne doute nullement que vous ferez la part des circonstances depuis que je me suis vu forcer de réclamer auprès d’autorités, qui, le pouvoir en main, ne craignent pas de fermer leur porte à de zélés patriotes. Comme mon nom n’est pas inconnu de M. Frey de Neuville (voir ce nom), qui a connaissance des faits mentionnés en ma demande. Je ne doute pas que d’accord avec lui, vous ne parveniez à faire agréer ma demande qui tend à obtenir la décoration spéciale. Pardon trois fois si je viens vous importuner de mes jérémiades mais un voyage que je suis forcé de faire me contraint à arrêter là le cours de mes démarches. Espérant que vous ferez tous vos efforts pour me mettre à même d’obtenir ce que mes amis ont obtenu, je vous prie etc. P.S. Si en définitive vous ne pouvez rien faire pour moi, obligez [moi] de m’écrire ce qui sera résulté de vos démarches mais quoiqu’il puisse arriver j’aurai toujours à vous remercier sincèrement de ce que vous aurez pu faire pour moi. » » Il signait comme membre des Amis de la vérité, et agrémentait sa signature des trois points maçonniques. Suivaient plusieurs apostilles, toutes rédigées par des décorés de Juillet. La première apostille, ainsi rédigée : « La première expédition de cette pièce a été par moi remise, il y a six mois, à M. Martin-Maillefer (voir Martin-Maillefer, Pierre, Daniel). J’ai la certitude qu’il l’a remise à la Commission centrale puisque d’autres, apportées en même temps, ont été accueillies. J’atteste en outre qu’après la prise du Louvre Valsemey m’a aidé à conduire chez un chirurgien de la rue Neuve-des-Petits-Champs Richard (voir Richard, Victor, Claude), blessé d’une balle à la jambe. Il s’est rendu ensuite au combat de la rue de Rohan, où il a fini comme il avait commencé le combat, c’est-à-dire en bon et brave citoyen. » Signé : Cahaigne (voir Cahaigne, Louis, Joseph, Antoine), homme de lettres, demeurant rue de l’Aiguillerie. La deuxième apostille, ainsi rédigée : « J’atteste la vérité des faits énoncés dans cette lettre. Je désire que la décoration, qu’il a méritée autant qu’aucun de nous lui soit accordée. » Lebon, Aimé (voir Lebon, Napoléon, Aimé), négociant, demeurant 147, rue Saint-Martin. La troisième apostille, ainsi rédigée : « J’atteste que le citoyen Valsemey s’est très bien conduit au Louvre et au Palais-Royal, le jeudi 29. Je le certifie avec d’autant plus d’assurance que dans ces deux combats, j’étais à même de voir comment il se comportait. Si l’attestation d’un témoin oculaire peut être de quelque prix auprès de la Commission, je la prie d’avoir égard à la mienne. » Signé : Flocon, Ferdinand (voir Flocon, Louis, Auguste, Ferdinand), homme de lettres, demeurant rue Thévenot. Et les signatures de : Bernard (voir sans doute Bernard, Louis ?), capitaine. Chabanne (voir Chabanne, Louis, Mathieu), demeurant 160, rue Saint-Denis ; Boniface, Augustin (voir Boniface, Augustin, Jules), courtier de commerce, demeurant 64, rue de Cléry ; Richard (voir Richard, Victor, Claude), étudiant en droit. Il reçut sa médaille le 30 juillet 1831, et son brevet le 17 octobre de la même année auprès de la mairie du (ancien) Ier arrondissement. En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut, en tant que décoré, auprès de la mairie du (ancien) Ier arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. Dans les Mémoires de Gisquet, préfet de police, le nom de Valsemey apparaît, comme membre, en 1831, de la Société des Amis du peuple. Le passage concernant Valsemey est ainsi rédigé : « Le 3 juin [1831], plusieurs d’entre eux écrivirent une lettre insérée dans les journaux, pour réclamer contre la fermeture de leur local et l’arrestation de leurs amis. Ces actes étaient à leurs yeux une violation des droits consacrés par plusieurs décisions du jury, qui, en pareilles circonstances, les avait déjà acquittés ; il y avait donc chose jugée ; la mesure qui les frappait était arbitraire, etc. Cette lettre était signe de MM. Rittier, Flatters, Petel, Mouteix, Adam, Plagniol, Cuvillier, Bernard, Lebœuf, Thirion, Duchatellet, Danton, Charles Madet, Félix Avril, A. Roche, Bravard, Cahaigne, Boulanger, Bergeron, Imbert, Fortoult, Ch. Teste, Lecomte, Dellecluse, Anglement, Aug. Caunes, Pascal, Sugier, Dumont, Aimé Lebon, Valsemey, Cangloff, Sabbatier. Comme on le pense bien, cette protestation n’arrêta point les magistrats dans l’instruction judiciaire ; deux procès furent dirigés à la fois : l’un contre les auteurs du bris de scellés, l’autre contre la société pour violation de l’article 291. Dès ce moment le club des Amis du peuple fut dispersé et dissous de fait, en attendant qu’il le fût de droit, ce qui n’eut lieu que huit mois plus tard, par arrêt de la cour royale. Les affiliés se joignirent aux sections créées sous différentes dénominations, et là, je le répète, ils étaient infiniment moins importants, moins dangereux, que dans la position qu’ils avaient prise : nous les retrouverons presque tous dans la société des Droits de l’homme. » Il demeurait 16, rue Vivienne en juillet 1830 ; 24, rue de la Paix, maison Ashley (par exemple in Archives de la préfecture de police AA 416 dans la lettre qu’il signe, in Archives de Paris VK3 34 et in Archives de Paris VK3 33 jury pour l’examen des demandes de récompenses honorifiques) en 1830-1831 (mais à Poissy en 1831 in Archives de Paris VK3 25 liste alphabétique des décorés de la médaille de Juillet). Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis (sous le nom de Valseney, Pierre, Guillaume et sous celui de Valseney) ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 (sous le nom de Valseney, Pierre, Guillaume et sous celui de Valseney) ; Archives de Paris VD6 91 (deux dossiers à ce nom) ; Archives de Paris VD6 92, Mairie du (ancien) Ier arrondissement, Bordereau des sommes payées aux décorés de la croix et de la médaille de Juillet, non blessés, pour l’indemnité qui leur a été accordée à l’occasion de l’anniversaire des trois jours, par décision de la Commission des récompenses nationales en date du 23 juillet 1831 ; Archives de Paris VD6 639 n° 5, liste générale alphabétique ; Archives de Paris VD6 639 n° 5, liste générale alphabétique (sous le numéro 1291) ; Archives de Paris VD6 682 n° 3, liste des demandes concernant le ministère de la Guerre (sous le numéro 1291) ; Archives de Paris VK3 24, département de la Seine, (ancien) Ier arrondissement, contrôle nominatif des citoyens décorés de la médaille de Juillet ; Archives de Paris VK3 25 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille, (ancien) Ier arrondissement (sous le nom de Valsemey, Pierre, Guillaume) et aussi même référence une liste de remise des brevets accompagnant la médaille de Juillet (sous le nom de Valsemey, Pierre, Guillaume), idem même référence liste alphabétique des décorés de la médaille de Juillet ; Archives de Paris VK3 33 Commission des récompenses nationales, mairie du (ancien) XIIe arrondissement, le 12 février 1831, jury pour l’examen des demandes de récompenses honorifiques, idem états nominatifs et listes de noms soumis à la Commission des récompenses nationales (1830-1831) (XIIe arrondissement ancien), en date du 12 février 1831 ; Archives de Paris VK3 34, liste de 829 noms, accompagnés d’observations sur les exploits des impétrants (sous le nom de Valsemey, Pierre, Guillaume) ; Archives de Paris VK3 54 ; Archives nationales F/1dIII/34, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la mairie du (ancien) Ier arrondissement (sous le nom de Valsemecq, Pierre, Guillaume), F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) Ier arrondissement (sous le nom de Valseney, Pierre, Guillaume) ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) IIe arrondissement (sous le seul nom de Valsemey) ; Archives de la préfecture de police AA 416 ; Mémoires de M. Gisquet, ancien préfet de police, écrits par lui-même, Paris, chez Marchant, 1840, tome 1, p. 172-173.

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