Varnet, Victor
Biographie
La chronique de l’époque rapportait les faits suivants sur sa participation aux combats : « Dans la journée du 29 juillet, le nommé Victor Vernier, dit le Rouennais, tambour, a battu la charge au milieu de la rue Saint-Honoré et sous une grêle de balles, depuis neuf heures du matin jusqu’à une heure après midi ; sa mort paraissait certaine, et cependant le feu meurtrier, qui faisait tant de victimes, respecta son courage. » Dans sa séance du 11 avril 1831, le comité des renseignements, chargé de recueillir des informations sur les différents candidats aux récompenses honorifiques et sur les contestations qu’il pouvait y avoir sur chacun des cas, demandait l’ajournement de toute décision sur son compte, en attendant qu’on prît des renseignements supplémentaires sur sa participation réelle aux événements. Son nom est compris sur la liste des décorés de la Croix de Juillet du (ancien) IIe arrondissement. Le 19 décembre 1830, sur le rapport de la Commission des récompenses nationales, il fut compris dans la liste des cent neuf citoyens nommés au grade de sous-lieutenant (dans la proportion de deux par régiment), pour s’être « particulièrement distingués dans les journées de juillet ». Il fut affecté au 15e léger. Il reçut cinq cents francs auprès de la mairie du (ancien) IIe arrondissement, comme secours et somme à valoir sur son indemnité de première mise d’équipements. Il déposa un dossier à la Commission des Réclamants, sise 10, rue Bourg-Labbé puis 6, rue Dalayrac, faisant parvenir, le 10 août 1831, la lettre suivante à Frédéric de Neuville (voir Frey de Neuville), « président de la nouvelle Commission des récompenses nationales » : « Ayant appris par la voix du journal que vous aviez été nommé président de la nouvelle Commission, je m’empresse de m’adresser à vous pour que vous ayez la bonté de me faire rendre droit à la réclamation que j’ai l’honneur de vous adresser. Votre philanthropie et votre dévouement à la cause sacrée sont trop connus pour que vous ne vous empressiez pas de faire octroyer la demande d’un ancien militaire qui a versé son sang pour reconquérir notre liberté. (Blessé le 28 juillet, rue de la Monnaie au coin de la rue des Prouvaires et pansé rue de la Bondieau illisible n° 10, par M. Piollet, chirurgien-major au 15e léger). Depuis que le travail de la Commission des récompenses nationales a paru, j’ai vu avec plaisir que l’on a rendu justice à la conduite que j’ai tenue pendant les trois mémorables journées, mais n’étant plus à Paris, il m’a été impossible de faire les démarches nécessaires pour obtenir le brevet qui m’autorise à porter la décoration de Juillet dont on m’a honoré (sous quel nom ? il n’est ni dans les journaux ni dans la liste de la Commission des récompenses nationales in Archives nationales F/1dIII/39). Ma position de militaire me l’empêche. D’après ce, j’ai l’honneur de vous prier, monsieur, que vous ayez la bonté de me faire obtenir le brevet où que vous m’indiquiez les moyens à employer pour me mettre à même de jouir le plus promptement possible de ma récompense. J’ai l’honneur de vous faire passer une lettre qui m’a été adressée pour rectification de mes noms ; j’y ai fait réponse sur-le-champ attendu qu’à la Commission on a écrit mon nom de cette manière Varnet, tandis qu’il s’écrit Vernay. Vous serez à même de le voir sur les pièces ci-jointes. En attendant que vous daignez m’honorer d’une réponse, veuillez agréer etc. » On trouve dans son dossier trois certificats. Le premier certificat, ainsi rédigé : « Nous, soussignés, volontaires patriotes, certifions à tous ceux à qui il appartiendra que le nommé Victor Vernay dit le Rouennais, ancien militaire, demeurant à Paris, rue du Faubourg-Poissonnière n° 51, était avec nous lorsque nous nous sommes emparé d’une pièce de canon, rue Saint-Honoré en face celle du Rempart dans la journée du 29 juillet dernier, qu’il a constamment battu la charge pendant tout le temps qu’il a été avec nous et que nous avons pris cette même pièce ; qu’il y a eu plusieurs personnes tuées et que ce n’est qu’au plus grand hasard qu’il doit la conservation de son existence. » Signé, le 18 août 1830 : Benoit Majean (voir Majan, Benoît, Charles, Joseph), « le premier qui est arrivé sur la pièce » ; Tremblet, Louis (voir Tremblez, Louis, Pierre, Mathurin) ; Palmier (voir ce nom), commandant de la batterie de l’Ecole militaire, présent à l’affaire ; Cablé, Jean, Eugène, légionnaire ; Deschamps ; Billiet, Le deuxième certificat, ainsi rédigé : « Nous, soussignés, patentés de Paris, certifions avoir vu le nommé Vernay, Victor dit le Rouennais, battre la charge pendant cinq heures pour prendre les gardes royaux qui étaient embusqués dans la maison de M. Moizard (voir ce nom), chapelier, et Gourbeaux, qui habitent tous deux le coin des rues Rohan et Saint-Honoré. » Signé : Cluny, demeurant 56, rue des Vieux-Augustins ; Tarin, demeurant au café Minerve, 8, rue de Richelieu ; Lafond, demeurant 11, rue du Rempart ; Huerne, demeurant 8, rue de Richelieu ; Jalnies ou Jaluies, demeurant 8, rue de Richelieu ; Barbichon, A. (voir Barbichon, Alexandre), demeurant 8, rue de Richelieu ; Lepelletier, « présent à l’affaire », demeurant 28, rue Feydeau ; Chaumerot (voir Chaumerot, Jean-Baptiste), libraire, grenadier, « présent à l’affaire », demeurant galerie d’Orléans ; Bécaux « présent au café Minerve » ; Dudouy, demeurant 8, rue de Richelieu ; Degreville-Billot, demeurant 7 ou 9, rue de Richelieu ; Caron, coiffeur du roi, demeurant galerie de Nemours, « présent à l’affaire » ; Lemade, Léon, artiste au Théâtre de la Gaîté ; Roche, demeurant 25, galerie d’Orléans au Palais-Royal ; M. Saint-Martin, demeurant 12, rue de Richelieu ; Gaurot, inspecteur général du Théâtre-Français, « présent à l’affaire » ; Blaise, concierge, demeurant 8, rue de Richelieu. Le troisième certificat, ainsi rédigé : « Nous, soussigné, commandant la batterie de l’Ecole-Militaire, déclare que le sieur Vernay, Victor dit le Rouennais, dont j’ai parlé dans tous mes rapports, notamment dans celui adressé à M. le ministre de la Guerre le 19 courant, et ce jour d’hui à M. le général Gourgeaux et ceux signés par moi et par Dussouix, s’est conduit le 29 juillet avec un courage que je pourrais décrire. Bravant les balles, il frappait la caisse avec un couteau et excitait par la charge et de sa voix ceux l’entourant ; il se rendait ainsi de la rue Beaujolais à partie du manuscrit endommagée. Je l’ai ensuite aperçu sur le moment où je cherchais à gagner la rue Saint-Honoré, frappant sa caisse sous la porte du passage Saint-Guillaume, ce qui servait à rallier les combattants et les animait. » Signé, le 27 août 1830 : Palmier (voir ce nom). Il signa le certificat suivant en faveur de Potevin, Charles, François : « Les habitants du quartier et de la rue Saint-Honoré certifient et attestent qu’il est à leur parfaite connaissance que le 27 juillet à 5 heures du soir environ, au moment où des citoyens désarmés et inoffensifs ont été chargés et poursuivis à coups de sabre jusque dans les maisons de ladite rue, le sieur Potdevin (sic) a été reconnu par eux pour être l’un des citoyens qui ont repoussé avec le plus d’intrépidité, à coups de pierres, les satellites de l’autorité, qu’il animait de la voix et des gestes les illisible, que malgré le feu de la garde royale placée au coin de la rue du Lycée dans celle Saint-Honoré, il a aidé à enlever le cadavre de l’une des premières victimes de la liberté contre le despotisme, en criant Vive la charte ! et Aux armes ! et qu’il les a fait circuler dans Paris, afin de donner l’alarme et d’appeler les patriotes au secours de leurs frères lâchement assassinés. Qu’il a également conseillé à faire des barricades avec des voitures qui passaient et avec des planches du chantier du Louvre, afin de garantir et de protéger contre les charges des gendarmes et les fusillades la retraite du peuple qui encombrait le quartier et qui se trouvait cerné. Qu’il a en outre conseillé de s’armer afin de repousser l’agression et les massacres. Que le 28 et notamment le 29 juillet, ils l’ont encore vu derrière les barricades, combattant avant la prise des maisons occupées par la garde royale, rue de Richelieu et rue Saint-Honoré, quoiqu’il eût une foulure au pied, qui le faisait boiter. » Il ajouta l’apostille suivante : « J’atteste avoir vu M. Podevin (sic) le mardi soir sur le quai de la Mégisserie, excitant à prendre les armes pour la liberté et je lui ai moi-même donné les mains (? mains est illisible). Je l’ai également vu, le mercredi 28, sur la place de l’Hôtel-de-Ville au moment où elle a été occupée par les troupes. » Il lui délivra aussi le certificat suivant : « Je certifie que, le 29 juillet, au moment où je battais la charge rue de Richelieu afin de soutenir et d’animer le courage des combattants qui repoussaient la garde royale malgré le feu et la mitraille, j’ai vu M. Potdevin (sic), embusqué près du Français et que, plus tard, lorsque nous allions nous emparer de la pièce de canon rue Saint-Nicaise, il m’a, malgré le feu, donné son mouchoir pour rattacher ma caisse. Il a également, en ce moment, pansé ma blessure à la jambe ; il a aussi souvent cherché à me garantir en se mettant devant moi. » On trouve la note suivante le concernant rédigée par la Commission du (ancien) IIe arrondissement : « Cet homme, nommé sous-lieutenant sur la proposition de la Commission, est un des combattants de Juillet qui se sont le plus bravement conduits. C’est lui qui battait la charge, rue de Richelieu, sous le feu des troupes royales, et, sous les rapports militaires, c’est un des plus méritants. La seule objection qui soit faite à l’égard de cet individu repose sur son immoralité. Il est constant qu’il a passé sa vie dans les mauvais lieux, qu’il vit avec les filles publiques. Il paraît que cette déshonorante conduite ayant été connue au corps où il a été envoyé, on l’a forcé à donner sa démission, fait qui toutefois mérite confirmation. » Cependant on trouve bien un Varnet, Victor, capitaine au 15e régiment dans l’Annuaire militaire de France pour l’année 1847. Il demeurait 51, rue du Faubourg-Poissonnière (parfois 50, rue du Faubourg-Poissonnière par exemple dans une lettre envoyée par le National) en 1830 ; à Strasbourg et à Wissembourg (Bas-Rhin) en 1831. Révolution mémorable des journées des 27, 28 et 29 juillet 1830, Cousin d’Avalon, Paris, Stahl, imprimeur-libraire, quai des Augustins, n° 9, p. 30 (sous le nom de Vernier, Victor, dit le Rouennais) ; Souvenir glorieux du Parisien, précis historique des journées des 26, 27, 28, 29, 30 et 31 juillet 1830, par P. G. Prosper L***, nouvelle édition revue et augmentée, Paris, chez l’auteur, place Saint-André-des-Arts, n° 26 et chez les principaux libraires, p. 115 (sous le nom de Vernier, Victor, dit le Rouennais) ; Le Moniteur universel, 20 décembre 1830 ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la Croix de Juillet du (ancien) IIe arrondissement ; Archives de Paris VD6 173 n° 1 in dossier Potevin, Charles, François ; Archives de Paris VK3 29, séance du 11 avril 1831 ; Archives de Paris VK3 54 ; Archives nationales F/1dIII/33 état des sous-lieutenants nommés sur la présentation de la Commission des récompenses nationales ; Archives nationales F/1dIII/34, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) IIe arrondissement et dossier sous-lieutenants ; Archives de la préfecture de police AA 409 in dossier Potdevin, Charles, François ; Archives de la préfecture de police AA 416 (aussi sous le nom de Vernay) ; Annuaire militaire de France pour l’année 1847, veuve Levrault, Paris, 1847, p. 262. C’est qui sur la liste des journaux ? ou peut-être est-il sur une liste de croix et de sous-lieutenants ? A priori changer son nom...