Vernhes
Biographie
Avocat à Rabatens (Tarn). Il adressa, le 3 décembre 1831, la lettre suivante à la Commission des récompenses nationales instituée pour le département du Tarn : « Domiciliés dans une ville où la noblesse, puissante de ses richesses, tient l’artisan sous la dépendance de son or, le soleil de la révolution de 1830 aurait tardé à briller sur notre pays si, investis de la confiance de la classe ouvrière, nous n’avions pas, les premiers, appelé les amis de la liberté à l’apothéose glorieuse de la grande nation. L’élan comprimé par la considération dont les ouvriers pressentaient déjà les tristes effets se montra à la vue des trois couleurs nationales, que mon frère et moi, dès le moment les premiers de la ville, nous avons promené au grand étonnement de tous les partis. Ces promenades faites au cri de Liberté ! auquel venaient se mêler des allocutions respirant un véritable amour pour la nouvelle patrie ayant appelé les patriotes du pays au bienfait d’une résurrection tant souhaitée. A peine installés dans nos nouvelles fonctions, mon frère et moi, investis de la confiance de nos concitoyens, nous nous sommes de suite occupés à organiser un nouveau conseil municipal et une garde nationale forte de son patriotisme et entièrement dévouée au roi-citoyen et à nos libertés. Pendant sept mois de nos fonctions publiques, nous nous sommes occupés sans relâche de tout cœur, quand je dis nous, monsieur, ce n’est pas que dans les temps difficiles je fusse revêtu d’aucun caractère public mais à raison de la petite santé de mon frère, de ses travaux comme médecin, alors trop multipliés, de la maladie d’un maire que son incapacité fit interdire, notre commune encore se trouvant sans second adjoint je crus dans un but d’intérêt public devoir joindre mes efforts à ceux de mon frère et, sans vanité, je puis dire que jamais commune ne fut mieux administrée. L’effervescence des deux partis, tous les jours en présence, devint calme, tempérée par cet ordre légal que nous étions jaloux de faire régner parmi nos concitoyens. Mais à cause des occupations sans nombre qui nous empêchaient de continuer la chose publique, personne ne venant nous aider à supporter un fardeau qui pesait sur nous seuls, mon frère fit sa démission pour entrer dans la vie privée, plus convenable à sa profession et à une santé toujours chancelante, que les travaux administratifs avaient sensiblement affaiblie. Sorti de son emploi au grand regret des autorités supérieures du département, il était loin de s’attendre que la patrie jetterait un jour ses regards sur les citoyens qui dans le département aurait secondé de leurs efforts la révolution des trois journées. Aussi, content d’avoir fait le bien pendant son administration, il pensait que le bon patriote n’avait besoin d’autre récompense. Cette pensée nous consolait de tous les sacrifices que nous avions faits pour le bien public ; mon frère même, en son particulier, n’a jamais demandé d’autre honneur. Mais, ayant concouru avec lui à l’accomplissement des nombreux travaux qui ont signalé le commencement de notre nouvelle ère politique, je pensais et j’avais d’abord cru que la patrie reconnaissante aurait accueilli une première demande fondée sur des titres que je ne craignais pas d’exposer l’an passé entre les mains du ministre de la Justice. Issu d’un sang dont je ne craindrais pas d’indiquer l’origine, fier de voir en 1830 la conséquence d’une révolution datant de 89, je me trouvais heureux comme mon père, comptant en 1815 vingt-neuf ans de fonction publique, d’occuper dans l’Etat un emploi que pouvaient me mériter mes talents et mon noM. Car vous ne devez pas ignorer, monsieur, que dans notre famille nous avons le plus grand éloignement pour ce qui tient de la faveur ; nous voulons tout devoir à la justice. C’est pour quoi, monsieur, nous ne viendrons jamais par l’intermédiaire du flatteur de cour vous demander des grâces mais au nom du sentiment qui éclaire notre conscience appeler vos sollicitudes sur les qualités qui distinguent l’honnête homme du mauvais citoyen. » Il demeurait à Rabastens en 1831. Archives nationales F/1dIII/81, dossier Tarn.