Verny, Eugène

Biographie


Les circonstances dans lesquelles fut blessé Léon Morin, élève en médecine, révèlent la participation de Verny aux combats de Juillet : « Lettre adressée à M. le doyen de l’Ecole de médecine. Les soussignés, tous élèves en droit ou en médecine, ont l’honneur d’appeler votre attention sur le jeune Léon Morin, étudiant en médecine, dont ils se plaisent à reconnaître unanimement et l’intrépidité et la noble conduite. Il est à leur connaissance et ils affirment tous que leur condisciple Morin : Le 28 juillet dernier, à 10 heures du matin, sortit en armes pour voler au secours du peuple qu’on égorgeait près du Palais de justice, et qu’arrivé au pont Saint-Michel, il renversa d’un coup de feu un des lanciers postés à la tête du pont ; qu’après ce premier succès, accompagné de Petit Dugour, étudiant en médecine, il se rendit à Bercy, dont il souleva les habitants, s’empara d’un poste et saisit dans une maison particulière dix fusils desquels il arma dix nouveaux défenseurs de nos droits qui, une heure après, en même temps que lui, et sur différents points, attaquèrent les divers postes de la Grève ; que le 29 il se trouva à l’attaque de la caserne de Babylone, s’avançant aux premiers rangs, et animant ses camarades par ses discours et surtout par l’exemple de son courage, jusqu’à ce que, frappé d’une balle à la région du foie, il tomba presque mourant entre les bras de son ami Verny, et fut transporté rue de Sèvres, à l’hôpital Necker, où, malgré la gravité de sa blessure, on est rassuré sur son état. Sachant qu’il a plus au prince généralissime du royaume de mettre à votre disposition les récompenses destinées aux plus courageux élèves de l’école, les soussignés prennent la liberté, M. le doyen, et regardent comme un devoir de porter à votre connaissance les faits ci-dessus, afin d’éclairer votre justice, et d’appeler votre bienveillance sur celui qu’ils en jugent digne. » On retrouve le nom de Verny à l’occasion du procès qui eut lieu le 25 mai 1831 devant la cour d’assises de la Seine contre dix accusés (dont quatre décorés de Juillet) pour des troubles qui eurent lieu, le 15 février 1831, au moment du pillage de l’archevêché, et au cours desquels un poste de la garde nationale fut enlevé et un poste de la troupe de ligne, attaqué. Les dix accusés étaient : Chinouffre, Charles, né en 1802, ancien membre du jury de la Commission des récompenses nationales ; Broissin, René, Emile, né vers 1801, ancien militaire, compromis dans le complot de Bidassoa en 1823 ; Sciard, François, Victor, né vers 1797, avocat ; Dumas, Jean-Louis (voir Dumas, Jean-Louis, Antoine), né vers 1803, conducteur de travaux, décoré de la Croix de Juillet ; Durand, François, né vers 1811, ouvrier corroyeur, tambour dans la IIIe légion de la banlieue ; Lepage, Jean, Bernard (voir ce nom), né vers 1803, ouvrier sur les ports, décoré de la médaille de Juillet ; Lelièvre, Antoine (voir ce nom), né vers 1806, décoré de la Croix de Juillet, coiffeur et tambour de la garde nationale de Vaugirard ; Delachambre, Louis, né vers 1791, ouvrier serrurier ; Maillin, Alphonse, Fidèle, Marie, né vers 1803, contremaître chapelier ; Charny, Pierre, né vers 1807. L’acte d’accusation, après être revenu sur le récit de la dévastation de l’archevêché et sur les troubles du pont de l’Archevêché et de la rue Bellechasse, continuait en ces termes : « Le même jour, 15 février, cent cinquante jeunes gens, paraissant être en partie des étudiants, venant du côté de l’Odéon, traversèrent la place de l’Ecole-de-Médecine, passèrent par la rue Hautefeuille ; à leur tête étaient deux ou trois individus en uniforme d’artilleurs de la garde nationale et d’autres en bourgeois, armés de sabres et de pistolets ; arrivés sur la place Saint-André-des-Arts, ils s’avancèrent vers le corps de garde, placé à l’entrée de la rue du Cimetière-Saint-André-des-Arts ; sur les dix gardes nationaux composant le poste, six étaient allés dîner. M. Cardinal (voir Cardinal, Bernard, Alexandre, François ou son fils, Cardinal, Louis, François, Charles), caporal, se trouvait dans le corps de garde, et M. Devéria [peintre de son état, N.D.A] étaient en faction ; M. Legrand et Delmont se promenaient sur la place. Les jeunes gens ne parurent pas d’abord avoir d’intentions hostiles ; mais quand ils furent près du factionnaire, ils s’écrièrent Vive la liberté ! il nous faut vos armes ! M. Devéria, entouré subitement, se vit arracher son fusil. MM. Delmont et Legrand avaient couru prendre leurs armes ; mais le premier fut saisi par plusieurs individus qui le poussèrent contre le mur, un pistolet sur la poitrine ; il reçut sur la main un coup violent qui lui fit lâcher son fusil, qu’on lui enleva, ainsi que son sabre ; les six fusils des absents furent enlevés malgré la résistance du caporal Cardinal, qui fut maltraité par cinq à six personnes. Quant à M. Legrand, il feignit de suivre volontairement les agresseurs, et d’embrasser leur parti, son arme lui fut laissée ; il marcha quelque temps avec la troupe, qu’il abandonna à la première occasion. Plusieurs individus chargèrent leurs armes sur la place même ; l’un d’eux enleva le drapeau du corps de garde, et ils partirent en criant Allons au Petit-Pont désarmer le poste. Ils se dirigèrent effectivement par la rue Saint-André-des-Arts et suivirent le quai Saint-Michel. Ils étaient alors vingt à vingt-cinq individus armés. Arrivés vers le milieu du quai Saint-Michel, ils rencontrèrent M. Peulvé (voir Peulvé, Stanislas), garde national à cheval, en uniforme ; on l’entoura en criant : A l’eau ! voici un gendarme ! Tu ne vas pas sans doute nous charger comme tu l’as fait dans la rue de Grenelle, dit un des individus qui se trouvaient dans le groupe ; on lui arracha son sabre avec la dragonne en or, et on ne le quitta que lorsque la troupe, arrivée du Petit-Pont se mit en mesure de marcher sur le poste. Ce poste était composé de huit grenadiers du 19e régiment de ligne, commandés par le sergent Balay ; ce sous-officier, pour rendre la lutte qu’il prévoyait, moins inégale, fit retrancher la troupe dans le corps de garde et se prépara à soutenir un siège ; le factionnaire fut entouré et désarmé malgré ses efforts. Un des individus qui figuraient dans le rassemblement s’écria Vive la ligne ! il faut nous livrer vos armes ! et sur le refus du sergent, un cri s’éleva Vos armes ou la mort ! Alors plusieurs individus s’approchèrent de la porte et se mirent en devoir de l’enfoncer à coups de crosse, tandis que plusieurs autres, ayant cassé les carreaux, menaçaient les soldats de leurs pistolets. Cependant M. Mallesaigne, sous-lieutenant de la garde nationale, qui se trouvait avec une partie de sa compagnie dans la rue Neuve-Notre-Dame, ayant appris cette attaque, s’y transporta aussitôt. A l’arrivée de ce renfort, une partie des assaillants s’écarta, le poste sortit et se forma en bataille devant le corps de garde ; le sergent Lefèvre arracha un fusil chargé à l’un des assaillants ; Lelièvre et Lepage furent saisis près du poste, ayant chacun un fusil chargé. Le sous-lieutenant Mallesaigne s’avança avec les gardes nationaux du côté de la rue Saint-Jacques ; arrivé au milieu du Petit-Pont, il vit en face de lui trois individus vêtus en artilleurs, et deux jeunes gens armés de fusils et de pistolets, qui, en s’éloignant, se retournèrent plusieurs fois en les couchant en joue, puis enfin firent une décharge de trois coups de fusil et deux coups de pistolet qui ne portèrent pas ; ces individus prirent aussitôt la fuite. M. Biffi, garde national, arrivant par le quai Saint-Michel, vit au coin du pont un homme qui à trois pas à peu près lui tira un coup de fusil, dont la bourre noircit sa buffleterie, mais qui ne l’atteignit pas ; M. Biffi mit aussitôt le sabre à la main, poursuivit l’agresseur, l’atteignit au coin d’une rue, le frappa d’un coup de sabre sur les reins, et s’empara de lui avec le secours du grenadier Renard ; cet homme est le nommé Delachambre, il avait jeté en fuyant son fusil à terre ; un voltigeur le ramassa, et il n’a pu être retrouvé. M. François, garde national, étant du côté de la rue Saint-Jacques, aperçut un homme en redingote et en chapeau rond, qui allait tirer dans la direction du Petit-Pont ; il lui présenta la pointe de son sabre, et l’homme abandonna le fusil qui était chargé à balle ; depuis il a été reconnu pour un de ceux enlevés au poste de la rue du Cimetière-Saint-André-des-Arts ; il n’était pas chargé au moment où il fut enlevé. » Au cours du procès, La Gazette rapportait ensuite que plusieurs personnes avaient affirmé peu avant l’audience au sujet du témoin Peulvé S’il ne se rétracte pas, nous verrons à la sortie de l’audience. Le président interrogea Verny, Eugène, étudiant en médecine, soupçonné d’avoir prononcé des menaces équivalentes. Verny répondit : « Voici l’explication de ce fait : M. Peulvé a dit hier qu’il avait pris le sabre dont il était porteur à un officier de lanciers, rue Saint-Honoré. Le fait est faux ; M. Peulvé a acheté ce sabre à un vigneron à Issy (Neuilly, Jean, André ? ou Bichard, Louis, Cloud ? ou Farreau, Jean ?, ce sont les seuls vignerons habitant les environs et recensés dans ce dictionnaire). Le témoin Delaloy, qui a déjà été entendu, avait abattu l’officier d’un coup de fusil ; il a pris les épaulettes et le vigneron a pris le sabre. C’est à ce fait que se rapportait notre conversation. » Sur sa présence au jugement, Verny donnait les explications suivantes : « Je suis étranger à tous ces messieurs ; j’ai seulement fait connaissance avec M. Broissin depuis sa captivité, en allant voir plusieurs de mes amis à Sainte-Pélagie ; c’est à cause de lui que je suis venu ici. » Au cours de l’audience la plupart des témoins déposèrent que les accusés soient n’étaient pas sur les lieux soit qu’ils y étaient sans arme ou inoffensifs, et ne reconnurent personne parmi les accusés. L’affaire tourna au fiasco pour l’accusation, et selon la Gazette des tribunaux : « Les réponses du jury ayant été affirmatives sur les faits généraux mais négatives sur chacun des accusés, ils ont tous été acquittés. Quand l’audience a été levée, de vifs applaudissements se sont fait entendre. Pendant la délibération, une quête faite au profit de Delachambre et Lelièvre a produit soixante-dix francs. La cour y a contribué. La plupart des témoins ont abandonné, au profit de ces malheureux, le montant de leur taxe. » Les Enfans de Paris ou les Petits Patriotes, scènes de courage, de présence d’esprit, de magnanimité, de grandeur d’âme et de désintéressement de la jeunesse parisienne pendant les journées des 27, 28, 29 juillet 1830, A. de Saintes, chez Nepveu libraire, et Eymery, Fruger et Cie, libraires, Paris, 1831, p. 84-85 ; Gazette des tribunaux, 27 mai 1831 ; Gazette des tribunaux, 28 mai 1831 ; Gazette des tribunaux, 29 mai 1831.

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