Very

Biographie


Médecin. La demande qu’il fit, en 1848, de la décoration de la Légion d’honneur pour « le dévouement courageux » qu’il avait montré « pendant les événements de juin, en recueillant les blessés, sous le feu des insurgés », nous laisse quelques indications sur sa participation à la Révolution de Juillet. Il motiva, en effet, sa demande par la lettre suivante : « Depuis dix-neuf ans, je n’ai cessé de propager les saintes idées d’affranchissement, dont le bonheur de la France me semblait dépendre. En 1830, j’étais sur les barricades. Je me battis pendant les trois journées ; je pourrais dire pendant les quatre car le 31 j’allais encore à l’affaire du pont de Sèvres. De 1830 à 1848, je me suis trouvé à toutes les manifestations patriotiques qui ont eu lieu. Enfin Février me trouva de nouveau au feu, non plus en qualité de combattant il est vrai, mais comme chirurgien : mes principes et ma profession m’imposaient alors deux devoirs à remplir : celui d’encourager et cet autre non moins sacré, d’appliquer aux blessés les secours de mon art. Le combat fini, je passais la journée entière du 26 et une partie de celle du lendemain à l’Hôtel de ville pour aider à l’embaumement de quatre-vingt-quatre victimes qu’on y avait transportées. Depuis le mois de février, j’ai pris part à tous les mouvements qui ont eu lieu pour le soutien de notre gouvernement républicain. Le 15 mai, à l’acte infâme de l’envahissement de l’Assemblée nationale, j’étais accouru sur la place du palais, afin d’essayer d’arrêter les envahisseurs dans leur coupable entreprise. J’aurais peut-être payé cher mon intervention ; sans une personne que je connaissais à peine, M. Mazellery, qui, s’élançant à mon secours, me fit voir toute la témérité d’une tentative dans laquelle je ne pouvais que succomber tant l’effervescence des assaillants était grande ! Arrêté de ce côté, je me dirigeai sur un autre point, rue Saint-Dominique devant le ministère de la Guerre. Je fis remettre la baïonnette au bout du fusil à une compagnie de la garde nationale qui s’était laissé intimider par une bande de ces malheureux. Puis, m’emparant d’un représentant du peuple qui se trouvait dans une position assez critique, je le plaçai au milieu de la compagnie et je le fis reconduire à l’Assemblée. Le soir, je me rendis avec un de mes amis, le docteur Defer, délégué de la ville de Metz, à l’effet d’offrir mes services à la mairie du (ancien) IIIe arrondissement, où nous passâmes la nuit. Aux journées de juin, dès le vendredi matin, à peine les barricades commencèrent-elles à s’élever, je me jetai au milieu des insurgés dans l’intention de les éclairer sur les malheurs que je présageais. Je parcourus les quartiers Saint-Jacques et de l’Hôtel-Dieu, allant de barricade en barricade et faisant de vains efforts pour ramener ces hommes égarés. Près du parvis Notre-Dame, occupés à construire une barricade considérable, ils venaient de s’emparer d’un cabriolet. Après de longs efforts, je fus assez heureux pour délivrer le cocher et sa voiture. Au même instant, une compagnie de la garde nationale, IXe légion, débouchait sur la barricade et j’eus la douleur de voir qu’au lieu de s’opposer aux travaux des insurgés, l’officier fraternisa avec eux et commanda aux hommes qu’il conduisait de se débander, ce qu’ils exécutèrent immédiatement. Les insurgés continuèrent paisiblement leur besogne. Il était cependant d’autant plus facile de s’emparer de la barricade sans aucune effusion de sang que sur quatre-vingts hommes à peu près d’insurgés qui s’y employaient, douze seulement étaient armés. C’est alors que je vis le danger qui menaçait la société ; je retournai immédiatement dans mon quartier, qui devint bientôt à son tour le théâtre des combats les plus sanglants. A partir de ce moment, je me livrai exclusivement à mon devoir chirurgical. A l’ambulance de la place Saint-Michel n° 8, j’ai fait le service pendant cinq jours et quatre nuits et pendant les douze heures qu’a duré l’épouvantable feu du Panthéons et des barricades environnantes, je ne quittai l’ambulance que pour suivre au feu nos braves soldats ; car pour moi la place des hommes de l’art n’est pas seulement aux ambulances mais encore sur le champ de bataille, pour obvier par exemple à une hémorragie foudroyante qui tue souvent le blessé en quelques instants. Le commandant Cipoline du 16e bataillon de la mobile a été frappé mortellement à mes côtés ainsi que le capitaine adjudant-major du même bataillon, que je relevai et rapportai moi-même ; plusieurs autres victimes ont également succombé autour de moi, atteintes par les balles fratricides de l’insurrection. » Very était porteur du certificat suivant : « Les soussignés déclarent que le citoyen Very, jeune médecin, demeurant rue d’Enfer n° 7, s’est rendu le vendredi au soir 23 juin 1848 à l’ambulance de la place Saint-Michel n° 8, où il est resté jusqu’au 27 à midi. Ils attestent qu’il ne quittait l’ambulance que pour suivre nos braves tirailleurs à travers les balles ennemies, d’où nous l’avons vu plusieurs fois ramener et rapporter lui-même les blessés ; et que pendant les douze heures qu’a duré l’épouvantable combat du Panthéon et des barricades environnantes, le citoyen Very n’a cessé de donner aux blessés ses soins les plus empressés. Le commandant du 16e bataillon de la mobile a été tué près de lui, place Saint-Michel, et un capitaine, également de la mobile, est tombé à ses côtés lors du feu du Panthéon. Ils pensent qu’une conduite aussi généreuse et de tels actes doivent obtenir leur récompense. » Signé, le 24 juillet 1848 (pour les noms lisibles) : illisible, chirurgien de l’hôpital du Midi, chirurgien de la XIe légion de la garde nationale ; Bassereaux, L., de la XIe légion de la garde nationale ; Puymayen, interne des l’hôpitaux civils et de l’ambulance Saint-Michel ; ...owa... médecin ayant fait le service de l’ambulance de la place Saint-Michel ; Theil, chef du 2e bataillon ; Derozier, pharmacien, demeurant rue des Francs-Bourgeois-Saint-Michel, garde national à la 4e compagnie du 3e bataillon de la XIe légion de la garde nationale ; Noël, A, capitaine commandant la 6e compagnie du 2e bataillon de la XIe légion de la garde nationale ; Menessier, sous-lieutenant la 6e compagnie du 3e bataillon de la XIe légion de la garde nationale ; Armand aîné, garde national à la 6e compagnie du 2e bataillon de la XIe légion de la garde nationale ; Armand jeune, garde national à la 6e compagnie du 2e bataillon de la XIe légion de la garde nationale, demeurant 8, place Saint-Michel ; Larcher, demeurant 10, place Saint-Michel ; Bonnemain, propriétaire de la maison 8, place Saint-Michel ; Leguerrier, garde national à la 6e compagnie du 2e bataillon de la XIe légion de la garde nationale, demeurant 8, place Saint-Michel ; Duval, garde national à la 6e compagnie du 2e bataillon de la XIe légion de la garde nationale, demeurant 12, place Saint-Michel ; Briet, sergent à la 6e compagnie du 3e bataillon de la XIe légion de la garde nationale ; Troisvallet, garde national à la 6e compagnie du 2e bataillon de la XIe légion de la garde nationale, demeurant 8, place Saint-Michel ; Lacabe, demeurant 8, place Saint-Michel ; Viduas ; Carlier, demeurant 1, rue d’Enfer ; Bertrand, capitaine à la 6e compagnie du 3e bataillon de la XIe légion de la garde nationale ; Guillier, chasseur à la 6e compagnie de la XIe légion de la garde nationale ; Carbonnier, T., capitaine retraité, demeurant 8, place Saint-Michel ; Leguay, Louis, architecte ; Ménard ; Noël, Léon, garde national à la 6e compagnie du 2e bataillon de la XIe légion de la garde nationale, demeurant place Saint-Michel ; Challe, avocat, demeurant 8, place Saint-Michel ; Martineau, demeurant 8, place Saint-Michel ; Gravier, garde national à la 6e compagnie du 2e bataillon de la XIe légion de la garde nationale, demeurant 7, rue Neuve-des-Poirées. On trouve aussi dans son dossier une lettre de remerciement de Quemard, ex-maréchal des logis instructeur dans l’armée et qui avait été blessé à l’attaque du Panthéon, lettre ainsi rédigée : « Je prends la liberté de vous écrire attendu que deux fois je suis allé chez vous pour avoir le plaisir de vous voir et vous exprimer conjointement avec quelques camarades du corps toute la reconnaissance des soins désintéressés que vous nous avez prodigués durant les terribles journées de juin à l’ambulance du 8, place Saint-Michel. Si je ne vous ai pas écrit plus tôt c’est parce que j’espérais vous voir chirurgier (sic) ; au corps il en était fortement question mais vous ne vous êtes plus montré et chose que je ne puis me rendre compte c’est de n’avoir pas vu votre nom figurer dans les journaux mais bien celui de N..., qui en bonne conscience en rendra compte à Dieu. Je vous dirai que notre corps est dissous par l’ambition et l’incapacité reconnue de nos chefs. […]. J’éprouve une grande faiblesse encore dans le poignet et une raideur dans les doigts. J’irai chez vous demain, ainsi que quelques camarades qui vous sont obligés. » La Commission des récompenses nationales, date du 21 août 1848, fit au sujet de Very la délibération suivante : « Reconnaît que par sa conduite en juin 1832 et depuis jusqu’en 1848 le citoyen Very s’est conduit de manière à mériter la reconnaissance des patriotes et du gouvernement républicain, et le recommande à l’affection de ses concitoyens et à la protection de l’autorité. » Il fut fait chevalier de la Légion d’honneur le 26 septembre 1848. Il demeurait 7, rue d’Enfer en 1848. Archives nationales F/1dIV/V/3 Récompenses honorifiques. Il n’est pas dans la base Leonore.

Soumettre une suggestion sur la notice

Votre adresse email
Numéro de téléphone


Tous droits réservés - © 2026 Laurent Louessard / Camille Maillet (Torii Kōdo) - Mentions légales - Politique de confidentialité - Contact
An unhandled error has occurred. Reload 🗙

Rejoining the server...

Rejoin failed... trying again in seconds.

Failed to rejoin.
Please retry or reload the page.

The session has been paused by the server.

Failed to resume the session.
Please reload the page.