Vicard
Biographie
Commis. Dans l’exposé de la conduite qu’il avait tenue pendant les journées de Juillet, intitulé Journées des 29, 30 et 31 juillet 1830, Bailly, Louis, Antoine indique un nommé Vicard, comme ayant participé avec lui aux combats. Les passages où Vicard est mentionnés sont ainsi rédigés : « […A la prise du Louvre] A peine étions-nous sortis par la porte en face du Carrousel qu’une fusillade nous assaillit du côté de la bibliothèque. Nous courons vers la petite porte, à côté de celle du musée. Plusieurs braves y étaient déjà. Une douzaine de gardes royaux sortent par la même porte. Ils mettent bas les armes. On les leur prend. Je m’en empare d’une. Chacun les embrasse et fraternise avec eux. Au même moment, un jeune homme en blouse, que je n’ai pas eu le temps de reconnaître, me dit : « Reste sur la place avec les hommes, en cas de surprise, je vais poursuivre dans la bibliothèque et tu me retrouveras au Carrousel. » Je fis ranger mes hommes mais le temps me sembla bien long. Tout à coup, j’entends des cris du côté des Tuileries, je me porte aussitôt vers cet endroit, avec les braves qui ne me quittaient pas. Nous arrivons. L’on entrait dans le château. Nous y pénétrâmes par la rue de Rivoli, dont les portes étaient ouvertes. Je perdis mes hommes dans la foule qui s’y portait. J’avance au milieu du vestibule. Là, on tirait encore des coups de fusil sur les fuyards qui se sauvaient à travers le jardin. Je me retourne et vois à quelques pas derrière moi mes hommes qui me cherchaient. Nous continuâmes de marcher en avant. En sortant par la porte qui conduit au pont Royal, j’aperçois le jeune homme en blouse que je connaissais de vue, c’était un commis, nommé Vicard ; il m’aborda, en me disant : « Entends-tu quelque chose à l’état militaire ? fais le service, établis un corps de garde dans cette salle basse, nous remplacerons les Cent-Suisses et nous ferons le service aussi bien qu’eux. » Trente-quatre hommes sont à ma disposition, tous braves et s’étant distingués ; ils étaient bien armés ; un d’entre eux avait deux pistolets de cuirassiers, une épée, un fusil et une trentaine de cartouches dans son mouchoir. Il était coiffé d’un chapeau à trois cornes. Un autre, dont le nom bizarre me le fera toujours rappeler, il se nommait Malcuit (voir ce nom ?) ; je l’ai toujours vu aux endroits les plus périlleux. Je fis une liste des hommes que je commandais, je leur assignais à tous un numéro, je plaçais des factionnaires à toutes les issues et même à la grille qui donne sur le quai. Tout étant établi le jeune Vicard revint, il était monté à l’entresol ; il me dit avoir trouvé un peu de vaisselle d’argent, consistant en couteaux, plats et autres. « Il faut les cacher, lui dis-je, aux yeux de ces hommes que nous ne connaissons pas, parce qu’ils pourraient se révolter et s’emparer de ces objets ». Nous les laissons dans le même endroit. Mes soldats ont faim, quelques bocaux de liqueurs qu’ils ont trouvés ne peuvent les rassasier. Il me restait vingt-cinq francs dans ma poche, j’en donne dix pour avoir du pain et cinq autres francs pour des provisions. Tous me remercient, plusieurs se détachent pour aller aux provisions ; ils sont bientôt de retour. Je ne comptais plus guère sur eux, je fus détrompé. Je fis la distribution, j’envoyais des vivres aux factionnaires. Pendant que tous les hommes sont occupés à manger, je monte avec Vicard à l’entresol, nous cachons le peu d’argenterie qu’il avait trouvée dans une armoire au bas de l’escalier, je rentre dans la salle et j’envoie chercher du vin, j’en distribue un verre à chacun et je place le broc dans un cabinet en face de celui où est l’armoire. Je place un nouveau factionnaire entre les deux portes et lui fais défense de ne laisser approcher personne de ces cabinets, sans leur dire que c’était pour la garde de l’argenterie que je les plaçais là. Tout étant disposé, Vicard me dit : « Je vais aller dîner chez mes parents », et pour qu’il ne soit pas dans l’inquiétude, « Vas, lui répondis-je, lorsque tu seras revenu, j’en ferai autant que toi. » Pendant son absence, je fais nettoyer le corps, j’envoie chercher des matelas et les faisant placer les uns près des autres, les plus fatigués se couchèrent dessus. Vicard, qui alors avait mangé, revient, il avait une redingote brune, un pantalon rougeâtre et un petit chapeau à la Bonaparte. Il me demande mon épée, je la lui prête jusqu’à mon retour et, laissant mon fusil entre les mains d’un factionnaire, je sortis et le gagnai la place du Palais-Royal, où je reconnus quelques braves que j’avais vu dans la matinée. Je causais un instant avec eux. [plus tard, après le retour de Bailly] J’y retrouvais Vicard à son poste. Nous parlâmes de différentes choses. « J’ai déjà fait huit lieues ce matin, lui dis-je, et la fatigue commence à se faire sentir. » Il m’engagea alors à rentrer chez moi pour prendre du repos. Je ne voulais pas le quitter mais il me répondit qu’il pouvait se passer de moi. Alors je repris mes armes, je relevais les factionnaires et m’en allais. La faim commençait à se faire sentir. Depuis deux jours je n’avais pas mangé. Je proposais à M. Bravat (voir sans doute Bravard, Toussaint, Jean, Jacques) de venir dîner avec moi. Il accepta volontiers ; mais le traiteur où j’allais habituellement étant fermé, nous en cherchâmes un autre. Mais, n’en trouvant point, nous résolûmes d’entrer chez un marchand de vin que je connaissais, au coin de la place de l’Ecole et du quai. Je le prie de me faire des côtelettes. Nous ne pouvions manger, la fatigue nous ôtait l’appétit. M. Bravat (voir sans doute Bravard, Toussaint, Jean, Jacques) me dit qu’il était bien fatigué. Je lui offris mon lit, il me remercia en me disant qu’il irait chez son correspondant qui demeurait rue des Bons-Enfants. Après avoir un peu mangé, il me donna son nom sur un morceau de papier, me disant que si je voulais le revoir que je pourrai le faire demander à l’école. En même temps, nous nous souhaitâmes le bonsoir et j’allais me coucher, ne pouvant plus me tenir sur mes jambes.
»Journée du 30 juillet. Je me réveillai le lendemain à 8 heures. Je m’habillai à la hâte. Ce jour-là, je mis un habit bleu et ne pris que mon épée. Je cours aux Tuileries, où je trouve Vicard, endormi dans un fauteuil. Je le réveille et lui demande s’il a besoin de mes services. Il me répond que non. Je sortis pendant environ une heure. J’allais voir plusieurs personnes de connaissance. A mon retour, Vicard me présenta comme chef à plusieurs braves qui étaient venus renforcer le poste et tous ces hommes me demandèrent si je pouvais leur procurer des vivres. Je ne savais que leur répondre, n’ayant plus d’argent à leur offrir. Je demandai conseil à Vicard ; il se trouva aussi embarrassé que moi et ne savait quel parti prendre. Je me disposais à en envoyer à la Ville (lire Hôtel de ville, N.D.A.) mais il me fit observer que dans ce moment on ne pouvait s’occuper de cela. Je proposais de faire des bons. Vicard applaudit à l’idée que je donnais. Il en fit plusieurs, qu’il signa. Nous les envoyâmes chez un boulanger, un charcutier et un marchand de vin, qui vinrent avec les hommes chargés de comestibles. Ils nous demandèrent seulement des reçus de la fourniture qu’ils venaient de faire, disant qu’ils en seraient sans doute payés à la mairie. Ils nous remercièrent encore de nous être battus pour eux. Nos soldats sautèrent de joie à la vue des provisions. Je fis la distribution. Ils étaient environ quarante. « Qu’ils viennent maintenant les Suisses et les gardes royaux, me dirent-ils, nous sommes maintenant prêts à les recevoir. » « Cela pourrait bien arriver », leur dis-je. Tous parurent le désirer. Alors je leur parlais des circonstances de la veille. Je leur racontai la quantité d’individus qui s’étaient fait massacrer pour la défense de la liberté. Ils se mirent tous à crier Vive Lafayette ! Vive l’Ecole polytechnique ! et me serrant la main, Nous ne vous oublierons pas non plus commandant. Je fis relever les factionnaires, chacun s’offrait de bonne volonté, à l’exception de quelques-uns qui, trop fatigués, restèrent couchés. Je restais une partie de la journée au poste. Sur les 3 heures, trois élèves de l’Ecole se présentèrent. Ils nous dirent qu’il fallait aller à Saint-Cloud. Ils demandèrent un tambour. Il n’y en avait pas. Un élève à cheval, qui portait un pantalon blanc, d’une figure pâle, me demanda du papier et de l’encre. Il n’y en avait plus. Je lui prêtai un crayon et du papier. Il écrivit un mot et envoya trois hommes à la ville. Quelques moments après, une troupe d’hommes commandés par un pompier arrivèrent tambour battant. C’est ce qu’il nous fallait. Nous n’attendîmes pas les autres. Vicard resta pour garder le poste. Je pris la moitié des hommes et nous partîmes par le pont Royal. […]. » Archives de Paris VD6 277 in dossier Bailly, Louis, Antoine.