Villenave, Bertrand
Biographie
Né à Dax (Landes). Coutelier. Il adressa d’abord, le 10 mai 1831, au roi cette demande afin de faire valoir ses droits à une récompense honorifique : « Je prends la liberté d’exposer à Votre Majesté que je suis un de ceux qui dans les mémorables journées de Juillet ont concouru au triomphe de la liberté. Le 28 juillet, je faisais partie d’un détachement de citoyens qui combattait pour la plus sainte des causes. Après plusieurs heures d’un combat acharné, je fus fait prisonnier, les armes à la main, par le 3e régiment (garde royale) et conduit au poste du Palais-Royal (château d’eau) et de là je fus transféré dans les caves du Louvre, où je passais une nuit fort cruelle sans doute mais dont les souvenirs me sont encore agréables. Je ne fus délivré qu’à la prise dudit château par nos braves camarades. Mes certificats, Sire, attestent la vérité de ce que j’avance. Sorti de prison, je ne me crus pas quitte envers la patrie. Je me rendis dans mon quartier et sur ma demande le sieur Robert, directeur du Théâtre royal italien mit à ma disposition un corps de garde du théâtre. J’organisais sur-le-champ un poste d’environ quarante citoyens. De ce nombre était deux de mes anciens camarades et chefs de l’ancienne garde nationale MM. Champeaux et M. Cordier. Ce dernier a l’honneur d’être aujourd’hui coiffeur de la reine. Ces messieurs, à mon instigation, reprirent le grade qu’ils avaient autrefois dans la milice citoyenne. Quant à moi, Sire, en ma qualité de caporal, je fis patrouille toute la nuit. Enfin, accablé de fatigues, ce ne fut que le lendemain que je pus prendre un léger repos qui m’était très nécessaire, ma tâche étant bien remplie, la patrie était hors de danger. Depuis cette époque, Sire, j’ai toujours été un des premiers à voler partout où l’ordre a eu besoin d’être maintenu ou rétabli. Mon capitaine, M. Pepin Lehalleur, rue de Richelieu n° 89, ainsi que tous les officiers de ma compagnie peuvent attester de mon exactitude et de mon zèle dans l’exercice de mes fonctions de sergent. J’ose me flatter, Sire, qu’étant du nombre de ceux qui avaient bien mérité de la patrie, je serai appelé à prendre part aux nobles récompenses dont Votre Majesté va bientôt les honorer. Vain espoir ! Mon nom ne figure plus sur la liste des braves. Je me présentais le 14 février chez M. Guinard (voir ce nom), président de la Commission et chez M. Berger (voir Berger, Jean-Jacques), maire du ancien IIe arrondissement pour faire valoir mes titres auprès de ces messieurs. Je fus si mal accueilli, je me retirais en disant Le roi le saura. Je viens aujourd’hui, Sire, solliciter de votre justice d’être admis à participer à vos bontés. J’appuie ma demande des certificats ci-joints sur lesquels je supplie Votre Majesté de jeter les yeux, ne doutant nullement qu’elle fasse droit à ma juste réclamation. » Il lui fut répondu par le cabinet de roi que seule la Commission des récompenses nationales pouvait, selon la loi, faire valoir ses droits. Il déposa un dossier à la Commission des Réclamants ([ancien] IIe arrondissement), sise 10, rue Bourg-Labbé puis 6, rue Dalayrac, afin d’obtenir la Croix de Juillet. Il déposa à cette Commission une copie de la lettre qu’il avait adressée au roi. Il est indiqué dans son dossier que « M. Pelvilain (voir Pelvilain, Achille, Stanislas) donnera sur M. Villenave les renseignements nécessaires sur sa conduite en juillet ». Il joignait à sa demande la lettre suivante, envoyée de Beauvais, en date du 28 janvier 1831 (sic, la rédaction est respectée) : « Je suis très flatté que votre lettre ressemblait à celles que je reçois ordinairement d’un de mes amis pour ne pas l’avoir refusée comme celle que vous me parlez comme celle que vous me parlez l’a peut être été à cause de la taxe. J’ai été forcé de prendre cette mesure à cause d’un grand nombre de lettres qui m’étaient adressées pour des causes tout à fait étrangères et qui n’avaient pas de rapport à mon service. Veuillez croire , monsieur, que je n’aurais pas attendu aussi longtemps pour vous adresser le certificat qui fait le sujet de votre lettre. Le patriotisme est trop d’accord avec ma manière de voir pour vous refuser de certifier les dangers que vous avez courus le 28 juillet dernier pour la défense de nos libertés. Vous devez vous rappeler la conduite que j’ai tenue, l’intérêt tout particulier que je prenais à ceux de mes concitoyens que la garde royale arrêtait et consignait à mon poste. Vous m’avez entendu plusieurs fois recommander aux gendarmes sous mes ordres de ne pas faire feu sur le peuple. J’ai la satisfaction de n’avoir pas fait couler une seule goutte de sang pendant les heureuses journées de Juillet. Ci-joint, vous trouverez le certificat que vous me demandez. Je regrette beaucoup que votre première lettre n’aie pas été affranchie. Vous auriez eu le lendemain ce que je vous adresse aujourd’hui. Je désire qu’il vous soit utile et que vous obteniez ce que vous sollicitez. J’ai l’honneur, etc. P.S. M. Dauthuile, commis marchand rue de Richelieu, m’a écrit à Amiens pour le même motif et il ne m’a pas mis son adresse. Je ne sais si ma lettre lui est parvenue, elle est à la date du 23 octobre dernier ; il pourrait la trouver à la poste à Paris. Si vous le connaissez, faites-lui-en part. » Lenglier. Lenglier délivra en effet le certificat suivant à Villenave : « Je, soussigné, Lenglier, lieutenant commandant l’arrondissement de gendarmerie de Beauvais, certifie que M. Villenave, marchand coutelier, rue de Marivaux n° 4, à Paris, a été arrêté par des militaires de l’ex-garde royale le mercredi 28 juillet dernier vers 3 heures de l’après-midi sur la place du Palais-Royal pour l’avoir trouvé armé. Il a été conduit au poste du château d’eau, que je commandais pendant ces trois mémorables journées par des militaires et déposé au violon dudit poste, d’où il est sorti le même jour à 11 heures pour être conduit à l’hôtel Marbeuf au Carrousel accompagné de M. le commissaire de police de Mazuge du quartier des Tuileries. » Signé à Beauvais le 28 janvier 1831. Villenave était aussi porteur du certificat suivant : « Nous, commissaire de police soussigné, certifions que le sieur Villenave, Bertrand, coutelier, demeurant place des Italiens, a été l’un des prisonniers faits par la garde royale le 28 juillet dernier et conduit à l’état-major d’où il n’est sorti libre que le lendemain 29. Le sieur Villenave avait été pris les armes à la main rue des Bons-Enfants. » Signé, le 18 août 1830 : de Mazug, commissaire de police. Villenave demeurait 4, rue de Marivaux, au coin du boulevard des Italiens, puis 7, rue des Fossés-Montmartre en 1831. Archives de la préfecture de police AA 417.