Villermin, Joseph, Albert

Biographie


Né vers 1804. Premier clerc chez Me Lafrogne, notaire à Blâmont (Meurthe). Le 6 novembre 1831, il adressa la lettre suivante au préfet de la Meurthe : « Depuis les glorieux événements de Juillet, il a sollicité plusieurs fois mais en vain une perception dans le département de la Meurthe. En décembre dernier, il demandait la perception d’Azerailles devenue vacante par le décès du titulaire ; il était présenté par monsieur le receveur particulier de Lunéville mais monsieur Merville, alors préfet du département présentait le sieur Carrier, frère du défunt, qui, fortement appuyé par quelques membres de notre députation, fut nommé à ma place. Quelque temps après, j’écrivais à l’honorable monsieur Maréchal pour le prier de s’employer pour moi. Il me répondit qu’il ferait tout ce qui dépendrait de lui pour m’obliger mais que, travaillant seul à cela, ses efforts seraient impuissants et que je ne pourrais obtenir une place que par une présentation régulière. Je reconnais, aujourd’hui, que c’est là le seul moyen de réussir. Mais quand on est sans protection et sans fortune il est difficile même à présent d’obtenir de l’emploi et je pourrais m’appliquer ces vers de votre illustre père, dont je lis les charmantes fables :

« Prétendons-nous au même office

»Aspirons-nous au même

»Sous-lieutenance ou bénéfice

»Trône ou fauteuil, en ce projet

»Merle ont amis que dieu nous serve

Chaque fois que j’ai postulé quelque place, j’ai trouvé des rivaux plus heureux que moi. La modique fortune de mes parents m’oblige à quitter la partie du notariat après sept ans de stage. Il faut que je puisse obtenir la création d’une étude à illisible, gros village du canton de Lorquin, à proximité de la montagne, qui en désire un depuis longtemps. La population de ce canton est au moins de six mille habitants, plus forte que celle du canton de Blâmont, et il n’y a que trois notaires, pareil nombre qu’ici. Sur de l’appui de M. le receveur particulier de notre arrondissement, s’il vient à vaquer une perception dans le pays, je ne le suis pas du vôtre, monsieur le préfet, n’ayant pas l’honneur d’être connu de vous et je ne veux point adresser de pétition au ministre sans être certain d’obtenir votre bienveillance protection. Je n’ai jamais rien demandé sous le gouvernement déchu, au contraire ; en plus d’une circonstance, par mes principes, mes opinions et ma façon de penser, exprimés franchement devant les sbires de la Restauration, j’ai plus d’une fois fait craindre à mon père pour sa place (il est directeur des postes. A l’époque des élections, lorsque le ministère déplorable mettait toutes machines en jeu pour avoir des députés complaisants ou serviles, je mettais à profit les lettres que mon patron recevait du Comité libéral de la Meurthe. Lors du passage de Benjamin Constant dans cette ville, huit jours avant l’arrivée au pouvoir de Polignac et consorts, personne n’osait aller le complimenter ; je me suis mis à la tête d’une députation de jeunes gens ; j’ai été le félicité pendant que par mes soins une musique d’amateurs exécutait des fanfares sous ses fenêtres. Enfin, monsieur le préfet, n’ayant pu me trouver à Paris à l’époque des glorieuses journées, j’ai voulu payer mon tribut d’admiration aux héros des trois jours et, sans m’être jamais essayé à ces sortes de composition, j’ai fait des chansons que j’ai distribuées plutôt que je ne les ai vendues, pour lesquelles Sa Majesté a daigné m’accorder une gratification. Je les ai dédiées à la garde nationale, dans le but de stimuler son zèle et afin que vous n’en doutiez pas je joins à la présente quelques exemplaires que je vous prie d’agréer. Il n’y a pas beaucoup de modestie à parler de soi, il est vrai ; mais vous le pardonnerez à un jeune homme sans fortune, qui brûle d’être utile aux autres et à lui-même. S’il arrivait, Monsieur le préfet, que vous pussiez m’occuper dans les bureaux de la préfecture j’accepterais le plus modique emploi ; je le remplirai avec honneur et probité et ferai tous mes efforts pour vous plaire. Il me tarde de ne plus être à charge à mes bons parents. De grâce faites quelque chose pour un jeune homme qui vous en conservera une reconnaissance éternelle. Monsieur le maire de Blâmont, monsieur le sous-préfet de l’arrondissement, qui connaît ma famille, peuvent donner sur moi tous les renseignements désirables. Agréez etc. »

Un exemplaire imprimé des Chansons patriotiques dédiées à la garde nationale, imprimées à Nancy chez Richard-Durupt.

Je suis Français, je suis soldat (sur l’air de Pour aller venger la patrie).

»Vieux défenseur de la patrie,

»Soldat, qui courut dans les camps

»Lorsque la liberté chérie

»Etendait ses rameaux naissants

»A notre bannière immortelle,

»Qu’un tyran menace l’Etat !

»Tu diras : je reviens fidèle,

»Je suis Français, je suis soldat ! Ter

»Soldat de la nouvelle armée,

»Tu volerais au champ d’honneur ;

»Déjà la patrie opprimée

»A vu quelle était ton ardeur.

»Comme à tes aînés la victoire

»Deviendrait ton certificat.

»Tu chanterais ce cri de gloire :

»Je suis Français, je suis soldat ! Ter

»Héros de notre indépendance,

»Défenseurs de nos libertés,

»Vous aves délivré la France

»De ces septemvirs déhontés ;

»Pour ne pas devenir esclaves,

»Vous avez livré cent combats,

»Vous avez dit : Mourons en braves,

»Soyons Français, soyons soldats ! Ter

»Et nous, prenons-les pour modèles,

»Ces martyrs de la liberté ;

»Comme eux, soyons toujours fidèles

»Au drapeau qu’ils ont replanté.

»Et malgré que l’hydre sommeille,

»Amis, ne nous endormons pas ;

»La liberté qui nous surveille

»Nous dit : Français, soyez soldats ! Ter

Je suis Charlot (sur l’air de Je suis Janot).

»Je suis Charlot ; mes actions comiques

»Ont fait jaser tout le peuple français ;

»Je suis des lois l’infracteur jésuitique,

»C’qu’est ben plus sûr, c’est qu’je n’changerai jamais,

»Un jour, la nuit Jul’vint aux Tuileries,

»Mon roi, dit-il, il faut des coups d’Etat ;

»Si contre nous les chambres sont unies,

»N’avons-nous pas Raguse et les soldats… ? Les deux derniers vers bis

»J’entre en passant chez mon fils d’Angoulême

»J’lui dis Dauhin, vite, dépêche-toi ;

»Mets le chapeau sur ta tête à système,

»Et puis d’un pas, un saut jusque chez moi.

»Il trouva mal cette pauvre princesse,

»C’est que Latil l’avait par trop bourré

»D’un gros sermon comm’ma têt’ de p’titesse

»Qui v’nait d’Tharin qui l’avait préparé. Les deux derniers vers bis

»Vint Peyronnet, Montbel, Gernon-Ranville,

»Et Chantelauze, et Capelle et d’Haussez ;

»Lorsqu’on s’assit ; Jules d’un air tranquille

»Dit : pour la France on a trop de bontés.

»Si nous voulons rester au ministère,

»Il faut sévir contre les libéraux ;

»A ces mutins qu’on déclare la guerre,

»Et que Mangin s’empare des journaux ! Les deux derniers vers bis

»Ne v’la-t’il pas qu’en vrai ganache

»Je renversai tous vos droits d’un seul coup ;

»Je fis des tach’ à mon règne sans tache,

»De mes sujets je bravais le courroux,

»On se battait… j’exerçais mon adresse

»A mitrailler lapins, lièvres, faisans ;

»N’insultez pas à ma triste vieillesse ;

»Adieu, Français, je m’en vais… pour longtemps. » Les deux derniers vers bis

Le Roi des Français

(sur l’air de T’en souviens-tu ?)

»Réjouis-toi, chère patrie,

»Le despotisme est tombé de nouveau,

»Chez tes enfants la liberté chérie

»A reconquis son antique drapeau.

»Après quinze ans passés dans l’esclavage

»Ils sont enfin plus libres que jamais ;

»Ils ont reçu le prix de leur courage,

»Louis-Philippe est le roi des Français. (Les deux derniers vers bis)

»Louis-Philippe est-il roi sur la terre,

»Environné d’un plus profond respect ?

»Roi-citoyen, monarque populaire,

»La liberté sourit à son aspect.

»On peut sans crainte approcher sa personne,

»Les vils flatteurs bannis de son palais,

»On cessé d’être un fardeau pour le trône :

»Louis-Philippe est le roi des Français. (Les deux derniers vers bis)

»Rendons hommage aux journaux, à la presse,

»Aux habitants de la grande cité,

»A nos tribuns, leur immortelle Adresse

»Fut le signal de notre liberté.

»La vérité si facile à comprendre

»Près des Bourbons n’avait aucun accès ;

»Mais un bon prince est digne de l’entendre :

»Louis-Philippe est le roi des Français. (Les deux derniers vers bis)

»Trembles tyrans, votre sceptre chancèle

»Il n’est plus temps de vous justifier ;

»Le coup porté par la ville éternelle

»A retenti dans l’univers entier.

»La liberté confondant l’imposture

»Dans tout pays veut régner désormais,

»La loyauté remplacer le parjure :

»Louis-Philippe est le roi des Français. (Les deux derniers vers bis)

Le Drapeau tricolore.

(Air du Prince Eugène)

»C’est toi qui fus drapeau sans tache,

»Drapeau français aux trois nobles couleurs,

»C’est à ton nom que la gloire s’attache

»A ton aspect tressaillissent les cœurs

»Noble drapeau dont la France s’honore,

»Vieil étendard rempli de souvenirs,

»Régénéré par le sang des martyrs

»Salut, ô drapeau tricolore ! (ces deux derniers vers bis)

»Celui qui fut longtemps l’idole

»Des rois vaincus et du soldat français,

»Le héros d’Ulm, D’Austerlitz et d’Arcole

»Te dut vingt ans sa gloire et ses succès !

»Il s’est éteint ce brillant météore,

»Mais la victoire a consacré son nom ;

»Ne fut-il pas en dépit d’Albion

»L’orgueil du drapeau tricolore. (ces deux derniers vers bis)

»Poussé par des hordes barbares,

»Un Bourbon vint, et prétendit régner ;

»Quels droits, grands dieux ! et quels titres bizarres !

»Le droit divin… le fer de l’étranger… !

»Non, non jamais ; je suis Français, j’abhorre

»Ce droit divin qui fit couler nos pleurs !

»Il renversa, pour déchirer nos cœurs,

»Le noble drapeau tricolore. (ces deux derniers vers bis)

»Charles survint… ce roi parjure

»Au nom du ciel captiva notre foi ;

»Il abolit la hideuse censure

»Et nous jura de respecter la loi

»Mais il brisa la charte à son aurore,

»Le traître… Il fuit !... son trône ensanglanté

»Croule ; et soudain, au cri de liberté,

»Surgit le drapeau tricolore. (ces deux derniers vers bis)

»Drapeau sacré ! soleil de France !

»Brille partout à l’heure du danger !

»Un d’Orléans te reconnaît, s’avance,

»Et roi du peuple, accourt pour t’embrasser.

»Si quelque jour il faut combattre encore,

»Ce roi, bientôt redevenu soldat,

»Dirait : Français, marchons tous au combat ;

»Voilà le drapeau tricolore. (ces deux derniers vers bis)

»Voles au temple de mémoire,

»Nobles enfants de la grande cité !

»Mânes chéries ! vos trois jours de victoire

»Retentiront dans la postérité.

»Qu’un monument de vos noms se décore !

»Sur le fronton qu’on y grave ces mots :

»Ici repose un peuple de héros,

»L’orgueil du drapeau tricolore. (ces deux derniers vers bis)

Lafayette.

(Air de La Bouteille et l’amour)

»Quel est le vieux soldat sans tache

»Qui fut le même en tous les temps,

»Le héros que le blanc panache

»A vu fidèle à ses serments ?

»C’est le vertueux Lafayette

»C’est l’ami de l’égalité,

»Qui porte sur sa noble tête

»Les lauriers de la liberté.

»Qui voulut que le nouveau monde

»Fût libre comme son pays ?

»Qui courut au travers de l’onde

»Affranchir les Etats-Unis ?

»C’est le vertueux Lafayette

»C’est l’ami de l’égalité,

»Qui porte sur sa noble tête

»Les lauriers de la liberté.

»Qui, pour prévenir l’anarchie,

»Affronta le fer des bourreaux ?

»En holocauste à sa patrie

»Qui fut plongé dans les cachots ?

»C’est le vertueux Lafayette

»C’est l’ami de l’égalité,

»Qui porte sur sa noble tête

»Les lauriers de la liberté.

»Qui, las de subir l’esclavage

»Et de voir immoler nos droits,

»Alla visiter le rivage

»Jadis témoin de ses exploits ?

»C’est le vertueux Lafayette

»C’est l’ami de l’égalité,

»Qui porte sur sa noble tête

»Les lauriers de la liberté.

»Qui de l’Isère au bords du Rhône,

»Porté sur des chars triomphants,

»Donnait une leçon au trône,

»Un bel exemple aux courtisans ?

»C’est le vertueux Lafayette

»C’est l’ami de l’égalité,

»Qui porte sur sa noble tête

»Les lauriers de la liberté.

»De la garde nationale,

»Quel est le noble protecteur ?

»Qui, de la grande capitale,

»Fut aussi le libérateur ?

»C’est le vertueux Lafayette

»C’est l’ami de l’égalité,

»Qui porte sur sa noble tête

»Les lauriers de la liberté.

»Quel est du trône populaire

»Le défenseur et le soutien ?

»A tous ses titres qui préfère

»Celui de soldat-citoyen ?

»C’est le vertueux Lafayette

»C’est l’ami de l’égalité,

»Qui porte sur sa noble tête

»Les lauriers de la liberté.

»Français, honorons sa vieillesse,

»Chérissons-le ce vieux soldat ;

»Comme aux beaux jours de sa jeunesse,

»Il irait encore au combat.

»Que le vertueux Lafayette

»Que l’ami de l’égalité,

»Porte encore longtemps sur sa tête

»Les lauriers de la liberté !

Les Doléances de l’ex-roi.

(Air connu)

»Je viens chez vous, bons Angalais

»J’ai perdu ma place,

»On m’a chassé pour jamais ;

»Que voulez-vous que j’y fasse ?

»J’avais bien le nom de roi,

Mais les fils d’Ignace

»Etaient plus maîtres que moi ;

»Que voulez-vous que j’y fasse ?

»J’ai renvoyé de Paris

»Les Chambres en masse ;

»On a jeté des hauts cris ;

»Que voulez-vous que j’y fasse ?

»Les députés libéraux

»Faisant la grimace ;

»J’ai supprimé leurs journaux,

»Que voulez-vous que j’y fasse ?

»Avec le septemvirat

»J’ai perdu ma race,

J’ai voulu des coups d’Etat ;

»Que voulez-vous que j’y fasse ?

»Pendant que le sang coulait

»J’étais à la chasse ;

»Mon désastre fut complet ;

»Que voulez-vous que j’y fasse ?

»Aux conseils de Mortemart

»Je fus coriace ;

»J’en ai pleuré, mais trop tard ;

»Que voulez-vous que j’y fasse ?

»Polignac et Peyronnet,

»Pour leur folle audace,

»Iront peut-être au gibet ;

»Du despotisme à présent

»Partout on se lasse ;

»On veut être indépendant ;

»Que voulez-vous que j’y fasse ?

»Mon cousin des Pays-Bas

»Marche sur mes traces ;

Il se met dans l’embarras ;

»Que voulez-vous que j’y fasse ?

»Que le peuple est inconstant !

»Naguère en Alsace

»Il m’a prodigué l’encens ;

»Que voulez-vous que j’y fasse ?

»Sur le trône mon cousin

»S’est mis à ma place ;

»C’en est fait du droit divin !

»Que voulez-vous que j’y fasse ?

»Le repentir aujourd’hui

»Est inefficace,

»Mon entêtement m’a nui ;

»Que voulez-vous que j’y fasse ?

»Mon petit-fils est savant,

Cela me tracasse ;

Il ira dans un couvent ;

»Que voulez-vous que j’y fasse ?

Il sollicita dans ces termes, en décembre 1831 et auprès du président du Conseil et ministre de l’Intérieur, la décoration de Juillet : « A l’honneur de vous exposer que depuis un an il sollicite en vain un modique emploi, qu’il croit avoir mérité par sa conduite lors de l’immortelle révolution de Juillet. En vain a-t-il écrit à M. Laffitte, alors président du Conseil, à M. Marchal, alors administrateur des lignes télégraphiques, et à bien d’autres personnages. Sans protection, sans fortune, il n’a jamais pu rien obtenir. Je viens de lire dans les journaux une ordonnance du roi, de l’exécution de laquelle vous êtes chargé, qui dit que “les réclamations à titre de récompenses nationales pour des faits relatifs aux événements de juillet 1830, qui se seraient passé autre part que dans le département de la Seine seront reçues jusqu’au 10 décembre 1831 et qu’à partir de cette époque il ne sra plus admis aucune réclamation”. Je m’adresse donc à vous en toute confiance, M. le ministre. Vous jugerez si j’ai mérité quelque chose. A peine le roi avait-il dissous la Chambre des 221 pour en convoquer une nouvelle, qui devait lui être plus hostile que la première, que je prévis ce qui allait arriver. Trois semaines avant les événements, je formai le projet d’aller à Paris, j’en parlai à un de mes amis, qui voulut y aller aussi, mais nous ne devions pas partir ensemble. Je devais aller passer quinze jours chez un de mes parents en Bourgogne et le rejoindre ensuite dans la capitale. Je partis en effet ; mais au moment où je me disposais à me rendre à Paris, je reçois à Arvray-le-Duc une lettre de mes parents, qui, informés de ma résolution, me sommèrent de revenir et de ne pas mettre mon projet à exécution. Je dus obéir à la volonté paternelle et j’eus le regret de n’avoir pu combattre dans les rangs de ces braves Parisiens auteurs de notre régénération politique. Que fis-je alors ? Je voulus payer mon tribut d’admiration aux défenseurs de nos libertés, chanter le roi-citoyen a que la France venait de se choisir, rendre hommage au vertus de Lafayette et châtier le roi parjure du fouet de la satire. N’ayant pu combattre avec l’épée, je combattis avec la plume et, à mon arrivée à Nancy dans les premiers jours d’août 1830, je fis imprimer les chansons patriotiques que vous trouverez ci-jointes comme pièces justificatives et que je vous prie d’agréer. Voulant stimuler le zèle de la garde nationale, je les lui ai dédiées. Je les ai distribuées plutôt que vendues. J’en ai adressées au roi et à la famille royale, et, au bout de quelque temps une lettre signée Lassagne est venue m’annoncer que Sa Majesté avait daigné m’accorder une gratification. J’en ai fait tenir mille exemplaires à M. le général Jaqueminot pour être distribuées à la garde nationale de Paris. J’ai eu le chagrin de ne pas recevoir de réponse du général : mes peines n’ont pas même été récompensées d’un remerciement. Je crois, monsieur le ministre, avoir mérité quelque chose par ma conduite, non seulement dans cette circonstance mais dans bien d’autres. Je joindrai aux pièces justificatives La Relation du passage de Benjamin Constant dans cette ville, Le Logogriphe Polignac, envoyé à quelques journaux et la lettre que j’ai écrite dernièrement à M. préfet de la Meurthe. Je ne suis pas un ambitieux ; je ne veux qu’un modique emploi qui puisse me faire vivre et m’empêcher d’être à la charge de mes parents. [manque deux lignes] charge dans la partie que j’ai suivie jusqu’à présent et, si vous jugez que je la mérite, cette nouvelle décoration, cette Croix de Juillet que j’eusse infailliblement obtenue si j’eusse refusé d’obéir à mon père. Voilà, monsieur le ministre, voilà les dernières démarches que je fais. Si je e réussis pas, mon intention est de m’expatrier, d’aller sur quelque plage lointaine déplorer mon malheureux sort et faire des vœux pour le bonheur et la gloire de ma chère patrie. Agréez, etc. P.S. J’apprends à l’instant que M. le préfet fait prendre des renseignements sur ma moralité et sur les faits contenus en ma demande (tous mes concitoyens en garantiraient au besoin l’exactitude) et qu’il est disposé favorablement pour moi. » Il joignait à sa demande plusieurs pièces justificatives. La deuxième, la copie de l’article qu’il avait fourni au Journal de la Meurthe et à plusieurs journaux de Paris, qui relatait le passage de Benjamin Constant à Blamont et ainsi rédigé : « Le 3 août 1829 a été un jour de fête pour les habitants de la ville de Blâmont. Ils ont eu le bonheur de posséder quelques instants au milieu d’eux un de ces grands citoyens dont s’honore la France : le respectable et vertueux Benjamin Constant, se rendant aux eaux de Bade avec son épouse. Cet honorable député est arrivé à 6 heures du soir et est descendu à l’hôtel de la Poste. Bientôt toute la ville en a connaissance ; les jeunes gens se réunissent et d’un mouvement spontané décident qu’à 9 heures il lui sera donné une sérénade sous les croisées de son hôtel, pendant qu’une députation de six d’entre eux ira le complémenter. A l’heure convenue, nous nous rassemblons sur la place principale ; des amateurs exécutent des symphonies ; les membres de la députation sont introduits. Je fus chargé de porter la parole : “Monsieur, dis-je à l’illustre député, les jeunes gens de la ville de Blâmont me chargent d’être près de vous l’interprète de leurs sentiments. Je viens féliciter en leur nom le zélé défenseur des libertés publiques, l’ennemi juré de la fraude, de la corruption et de l’arbitraire, le protecteur, l’ami de la jeunesse française. Recevez les témoignages sincère de notre amour, de notre reconnaissance et de notre profond respect. Monsieur Benjamin Constant répondit avec l’affabilité qui le caractérise qu’il redoublerait d’effort pour obtenir la consolidation des libertés qui nous étaient si chères ; qu’il avait toujours été l’ami de la jeunesse est qu’il espérait que nous jouirions un jour en paix des droits achetés au prix de tant de sacrifices et tant de combat.” Il nous serra cordialement la main et vint ensuite sur la porte remercier les musiciens. A sa vue retentissent les cris mille fois répétés de Vive Benjamin Constant ! Vive le loyal défenseur de nos droits ! Vive la charte ! répondit le grand homme Vivent les bons jeunes gens de la ville de Blâmont ! Il rentra à l’hôtel. Ce n’était point pour se dérober à nos hommages mais pour répondre a nos vœux et à ceux du public en se montrant aux croisées avec son épouse. Les musiciens continuaient d’exécuter des symphonies et l’honorable député ne cessait de donner des marques de sa satisfaction et de témoigner sa reconnaissance. Il était 10 heures, il avait besoin de repos ; on ne voulut pas abuser de ses bontés ; on se sépara donc aux cris de Vive la charte ! vive Benjamin Constant ! Cet illustre publiciste a couché à Blâmont. Les jeunes gens de la ville, ayant résolu de l’escorter à cheval le lendemain jusqu’à 2 lieues sur la route de Sarrebourg demandèrent et obtinrent son assentiment. Le mardi 4 à 5 heures et demie du matin, nous étions rassemblés sur la place. A 6 heures, monsieur Benjamin Constant est venu s’excuser de nous avoir fait attendre et il est monté en voiture. Sur toute la route il n’a cessé de s’entretenir ainsi que madame son épouse avec ceux d’entre nous qui avaient le bonheur d’être les plus rapproché, parla de tout, prenant intérêt à tout et principalement aux souvenirs historiques qui se rattachent à notre antique cité, nous a promis de passer par Blâmont à son retour et d’y rester plus longtemps. Heureux si nous avons le bonheur de le posséder encore ! Ah ! qu’ils sont préférables à ces vaines grandeurs, à ces hommages d’un jour, les élections exprimées par toute une population, ces témoignages d’estime et de reconnaissance qui suivent partout l’homme de bien, le député fidèle à ses serments, le défenseur des droits du peuple ! Nous avons quitté Benjamin Constant, en lui souhaitant un heureux voyage et en lui faisant part des vœux que nous faisions tous pour son bonheur ; et les cris de Vive Benjamin Constant ! Vive madame son épouse ! ont suivi ces illustres personnages jusqu’à ce que nous avons cessé de les apercevoir. »

» La troisième un Logogriphe, envoyé par l’auteur qui avait gardé l’anonymat à M. de Polignac, un mois avant les journées de Juillet et ainsi rédigé :

« Le rusé Metternich et le fier Wellington

»M’ont fait, ami lecteur, déserter Albion

»Pour venir en leur nom administrer la France

»Tout le monde connaît ma force et ma puissance

»Je possède huit pieds, tout en marchant sur deux

»Je t’offrirai d’abord certain fleur fameux (sic)

»Un oiseau renommé par son charmant plumage

»Une cité longtemps réduite à l’esclavage

»Celui des animaux que l’on dit le plus fort

»Ce qui d’un bon soldat rend plus heureux le sort ;

»Le petit habitant d’une froide contrée,

»Ce qui calme la faim d’une troupe affamée

»L’arme dont chez l’Anglais se sert un vil boxeur ;

»Un terme de mépris ; ce qui tente un joueur

»Certain département composé de la Bresse,

»Un dieu qu’on vénérait autrefois dans la Grèce,

»De Mahomet premier le favori puissant

»Le nom que d’ordinaire on donne au jeune enfant,

»Un petit quadrupède, un fleuve d’Italie

»Un meuble fort commun dans une pharmacie

»Ce qu’il faut que l’on soit dans la société

»Ce qu’est celui qui fait preuve de lâcheté ;

»Un adverbe de lieu qui marque la distance.

»Une espèce de pomme et deux villes de France

»Que t’offrirai-je encore ? Certain ambassadeur

»Qui sur nos vieux guerriers déversant sa fureur

»Voulait leur contester leurs titres et leur gloire

»… ? recueillir de tels faits à l’histoire

»Trouve ce végétal qui sert à t’habiller

»Ce qui sur tes habits peut fort bien le former ;

»Un arbre qui se plaît au haut d’une montagne

»Un ancien mot français du temps de Charlemagne

»Ce qui couvre le corps de bien des animaux ;

»Une note, un prénom, un de ces généraux

»Qui firent avec nous la guerre d’Ibérie

»Un amas d’eau dormante, un mot qui signifie

»Complaisant ou civil, élégant ou bien clair

»Une fille qu’aima le puissant Jupiter

»Ce qu’aucun citoyen ne doit jamais enfreindre

»Ce qu’on ne peut gravir sans trembler et sans craindre

»Un végétal commun d’une très forte odeur

»Enfin, un nom porté par plus d’un laboureur. »

Réunie le 10 janvier 1832 à Nancy, la Commission des récompenses nationales pour le département de la Meurthe, « considérant que la demande susdite ne repose sur aucun fait mais sur des sentiments communs à la presque unanimité des habitants du département et sur des publications qui n’ont pu avoir aucune espèce d’influence à l’égard des événements de Juillet, estime, tout en approuvant le zèle patriotique de M. Villermin, qu’il n’y a pas lieu de donner aucune suite à sa demande ».

Le 23 décembre 1831, le préfet de la Meurthe faisait savoir au ministre de l’Intérieur que le pétitionnaire était « digne d’intérêt », qu’il saisirait « la première occasion qui se présentera de le placer dans quelque administration du département, mais ses titres à la décoration de Juillet se réduisent aux vœux qu’il a faits pour le succès de la cause nationale et à des chansons qu’il a composées pour la célébrer. Ses prétentions sont évidemment inadmissibles et sa demande étant la seule produite à l’effet d’obtenir une des récompenses promises à l’occasion des événements de Juillet, je pense qu’il est inutile de réunir la Commission ». Il demeurait à Blâmont (Meurthe) en 1830-1831. Archives nationales F/1dIII/80, Meurthe.

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