Villot, François, Eugène
Biographie
Né le 10 mai 1809 au 24, rue Villeneuve, quartier Bonne-Nouvelle à Paris, d’un marin, « ancien républicain, ayant plusieurs blessures ». Peintre sur porcelaine. Il déposa un dossier devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février, et qui nous donne quelques indications sur sa participation à la révolution de Juillet. Il adressa en effet la lettre suivante à la Commission : « Victime du gouvernement déchu et ne pouvant dans ma position avoir des certificats à faire valoir je vous prierais donc d’avoir la patience de me lire. […] Je suis peintre sur porcelaine, ayant exposé en 1831 deux tableaux dans ce genre, dont le portrait d’Armand d’Audilly me valut des éloges de la part des citoyens Gros, Guérin, Gérard, Monvoisin et de plusieurs autres artistes de première ligne, ainsi que du citoyen Brogniard, directeur général de la manufacture de porcelaine à Sèvres, qui garda ledit tableau près de deux mois pour le montrer comme l’œuvre d’un jeune homme de vingt ans. En 1831, manquant de tout, j’eus l’intention de m’engager dans le génie, ce qui m’était facile par les connaissances qui s’intéressaient à moi, et, là, pour l’étude que j’avais en mathématiques, je vis le directeur de la manufacture de Sèvres et le citoyen Vilermet, qui est encore le chef des peintres quoique créature avouée du passé. Je leur communiquai mes intentions mais loin de m’approuver ils se récrièrent en me disant que j’étais le plus jeune et le plus avancé des peintres de Paris en ce genre et que je serai le premier admis à la manufacture, que je n’avais qu’à prendre patience. A cette époque, il était question de détruire partie du manuscrit brûlé des gloires nationales car les fabricants demandaient à la manufacture, qui comme vous le savez ne peut marcher sans subventions de l’Etat. Attendre cela leur était facile à dire car les hommes de la veille étaient devenus du lendemain, ils étaient les heureux du siècle. Dans la seconde visite que je leur fis, je ne leur cachais pas la part active que mon père et moi avions pris à la révolution de Juillet. Mon père, qui s’était battu en 1814 et 1815 organisa avec ses voisins la défense de la rue Villeneuve, défense si bien organisée que les gardes royaux n’osèrent y pénétrer. De plus, je leur dis que j’étais membre du comité et professeur de dessin à la Société pour l’instruction gratuite du peuple. Je ne fus professeur de dessin qu’en récompense des services que j’avais rendus à la société car à cette époque j’étais un bien mauvais professeur, qui du reste ne professa pas. C’est à dater de ce jour que, plus clairvoyant, j’aurais dû m’apercevoir que j’étais pour eux un objet de répulsion. Et me berçant toujours d’illusion et pendant ce temps je m’imposais des privations pour étudier, manquant souvent du nécessaire tandis qu’ils recevaient leurs créatures n’ayant pas même exposé. Du reste leur conduite ne s’est jamais démentie et quoique j’ai exposé depuis en 1838, 1840, 1841, je n’ai pas été jugé digne d’y être admis. Lorsque le directeur avait un tableau chez lui, il me donna à titre d’encouragement une plaque que je peignis en 1833 ou 1834. Ma peinture fut abîmée à la manufacture au dernier feu et le chef des peintres, le chef Vilermet, me dit qu’il croyait que c’était une ébauche, comme s’il était possible de se tromper aussi grossièrement surtout après que le citoyen Monvoisin, qui l’avait vu devant l’original, m’en avait fait compliment (c’était le portrait de Poussin). Le citoyen Victor Lechevalier, ancien secrétaire de la Société d’instruction du peuple, et qui depuis se trouva avoir des relations à être parent par alliance de Montalivet, qui à l’époque était ministre de l’Intérieur, s’intéressa à moi, voyant les injustices dont j’étais victime il me demanda un de mes tableaux pour le montrer à Montalivet. Je lui portais une copie de la Courtisane, que j’exposais depuis et que je possède encore, laquelle resta plus de deux mois chez le ministre. De là, elle fut chez le comte de Bondy, qui était intendant général de la liste civile, toujours dans l’intention de me faire entrer à la manufacture mais après que lesdits personnages eurent doute partie du manuscrit brûlé de moi au citoyen Brogniard, qu’ils dérangèrent tout exprès il me fut répondu par l’organe du citoyen Lechevalier qu’on ne pouvait faire du bien à ses ennemis. Il y a six ans, les gardiens du Louvre me commandèrent une plaque de porcelaine, que je commençais à peindre. Le citoyen de Cayeux (voir Cailleux, Alphonse, Achille, Alexandre), directeur du musée du Louvre s’entendit avec le directeur de la manufacture de Sèvres pour que partie du manuscrit brûlé me fût remplacé puisque je n’avais pas les moyens de supporter cette perte. C’était déjà beaucoup pour moi d’avoir perdu mon temps. Il est sous-entendu que ce furent les gardiens qui la payèrent mais je n’étais pas au bout de mes peines car étant allé à la manufacture de Sèvres un des employés, en attendant le directeur, qui était occupé, me montra des plaques de porcelaine de diverses dimensions. Lorsqu’il vint, il me dit qu’il n’y en avait pas et qu’il faudrait que j’attende la première fournée. Sur l’observation qu’on lui fit que j’en avais vues qui me convenaient, il répondit qu’il en avait besoin. A chaque cuisson nouvelle, il disaient qu’elle étaient trop belles pour moi ; ainsi on me remettait toujours et je perdais mon temps à attendre. Enfin, après plus de trois mois de patience et ayant dépensé la presque totalité de mes économies, je fus trouvé le citoyen Brogniard au musée de minéralogie. Comme j’attendais l’heure où il terminait ses travaux, il vint par hasard dans le musée. M’apercevant et venant au-devant de moi, croyant sans doute que j’étais un des professeurs distingués qui s’y promenaient, il fut très poli mais lorsque il sut le but de ma visite, il me répondit d’un ton très insolent qu’il n’y était pas et que je n’avais qu’à aller à Sèvres. Humilié comme un mendiant devant tout le monde, je sortis, bien décidé à tout perdre. Quelques semaines après, j’eus besoin à Sèvres, j’ai partie du manuscrit brûlé à la manufacture le citoyen Vilermet me dit que le directeur partie du manuscrit brûlé donné une plaque, il me la montra et je reconnus une de celles qui m’avaient été présentées trois mois avant, d’autant plus remarquable qu’elle a une couche d’émail de plus que les autres ; de plus c’est un morceau de porcelaine partie du manuscrit brûlé. Ainsi donc on me fit perdre volontairement trois mois de mon temps, on me remplaça une bonne plaque par une partie du manuscrit brûlé qui est le double de celle cassée, ce qui me nécessite le double de temps pour la terminer et diminue la chance de vente, en augmentant le prix, ce qui est pour moi une chose essentielle. J’avais obtenu, par l’intermédiaire du citoyen Lechevalier du citoyen Montalivet, qui était revenu à l’intendance, une permission de travailler au Louvre deux heures plus tôt que les autres, facilité d’autant plus nécessaire que la poussière des visites est un obstacle à bien faire dans ce genre de peintures. Mais lorsque je voulus commencer ladite plaque, au lieu de me donner des facilités pour me récompenser du temps perdu le directeur du musée me retira ma permission et sur partie du manuscrit brûlé je me plaignais de cette injustice le sieur Duvin, son secrétaire et intime confident, me dit que j’étais toujours à réclamer à me plaindre, ce qui fit que je fus forcé d’effacer mon fond au premier comme au second feu. Cependant on accorda une permission à la coterie budgétaire et à des femmes qui en fait de capacités étaient d’une nullité complète. Je fus tellement découragé de toutes ces injustices que même après les encouragements du citoyen Droling, membre de l’Institut, qui vit ma peinture à la maison, en venant pour un nouveau genre de peintures sur ivoire dont je suis inventeur, je n’eus pas, dis-je, le courage de la continuer. Maintenant ce serait peut-être plus facile, je pourrai encore espérer de l’avenir mais étant sans ressources et n’ayant que le travail de ma femme pour vivre, somme qui n’est présentement que de neuf francs par semaine et qu’elle est menacée de perdre d’un moment à l’autre, n’ayant l’espoir de vendre aucun tableau tout en ayant de la valeur, il m’est de toute impossibilité de faire les sacrifices nécessaires pour la terminer. Citoyens, bien que vous connaissiez ma pénible situation, ne croyez pas que je viens vous demander des secours pécuniaires. Si vous m’en croyez digne et que peux être utilisé dans n’importe quel emploi, tel minime qu’il soit et le plus tôt possible, en attendant que la manufacture puisse me rendre mes droits bien que je sente partie du manuscrit brûlé l’avenir que j’avais étant plus jeune. En attendant, dis-je, vous me rendrez un éminent service pourvu toutefois qu’il ne partie du manuscrit brûlé que des jambes car la force physique est anéantie par une maladie chronique dont je relève depuis la révolution des privations que je me suis imposé. Pour étudier comme pour paraître dans le monde, espérant me créer une existence indépendante et conserver ma liberté de conscience mais je fus obligé de partie du manuscrit brûlé car mes principes était trop en opposition avec lui. Je le répète, si vous en croyez digne celui qui a sacrifié ses intérêts pendant dix-huit mois en faisant de la propagande partout et quand même, voir même dans les musées du Louvre et du Luxembourg où je suis très connu des anciens gardiens, ce dont il vous serait facile d’avoir des renseignements, veuillez accélérer mon entrée en fonction et croire à mon dévouement sincère. J’ai demeuré 24, bd Saint-Denis, de là 61, rue Meslay, de là 110 et 112, rue Richelieu. Maintenant je sors du 6, partie du manuscrit brûlé Denis ; partout les concierges peuvent attester que je me suis fait des ennemis plutôt que des amis rapport à mes opinions républicaines ; je ne parle pas de mes autres habitations car je crois y être inconnu maintenant, sinon les anciens voisins de la rue où je suis né. » Il ne se présenta pas aux convocations de la Commission. En 1848, il était séparé d’un premier mariage et avait une fille alors âgée de douze ans, qui n’était pas à sa charge ; son père était alors âgé de soixante ans et « ne pouvant plus travailler comme par le passé ». Il demeurait 374, rue Saint-Denis en 1848. Archives de la préfecture de police AA 417.