Vincent, Pierre, Chéri
Biographie
Né le 15 août 1798 à Ruffec (Charente). Entré volontaire au régiment du train d’artillerie de la garde royale le 10 février 1816 comme bourrelier à la 4e compagnie, libéré le 20 février 1822, devenu blanchisseur. Châteaugiron (voir Château Giron de, René, Charles, Hyppolyte), faisait parvenir, depuis Aulnay, le 6 novembre 1830, la lettre suivante (le destinataire ne nous est pas connu), le concernant et expliquant à son sujet : « […] M. de Lafayette nous avait promis quatre décorations pour quota des gardes nationaux de notre IIIe légion (celle de Sceaux). M. le colonel et moi nous avons été chargés de les choisir et nous les avons pris exclusivement parmi ceux qui s’étaient distingués dans les journées de Paris. Nous l’avons fait, je vous le jure, avec conscience. Nous avions choisi, entre autres, comme officier, M. Vincent, chef de bataillon à Montrouge, qui, dès le 27, s’est mis à la tête de ses concitoyens et a combattu avec un courage auquel chacun des assistants a rendu justice. Il a contribué puissamment à la prise de la caserne de la rue de Babylone. Nous tenions beaucoup à lui faire obtenir la seule récompense qu’on pût lui accorder et les mauvais choix faits à Paris ont empêché que la mesure bonne chez nous eût lieu. Pour le dédommager, la Commission des récompenses nationales ne pourrait-elle le porter pour la croix sur son tableau ? Personne ne l’a mieux méritée que lui. Si vous y pouvez quelque chose, je vous prie de m’aider à faire cette bonne œuvre. M. Vincent, quoique peu fortuné et ayant besoin de se livrer à son commerce pour vivre, se livre entièrement à la formation de la garde nationale et néglige chaque fois ses propres intérêts […]. » Il était porteur de plusieurs certificats. Le premier, signé par les officiers de la garde nationale de la commune de Vanves, faisant partie du 2e bataillon de la IIIe légion, (extra muros), ainsi rédigé et adressé à la Commission des récompenses nationales : « Nous certifions, messieurs, qu’il est à notre connaissance, comme témoins oculaires, que M. Vincent, chef de notre bataillon, a réuni à peu près deux cent cinquante hommes, dont nous faisions partie, qu’il nous conduisit au secours de Paris, en nous dirigeant d’abord où il devait prendre des ordres. En arrivant rue de Condé, il fut fait une décharge sur notre colonne ; notre premier peloton y répondit ; un instant de confusion jeta le désordre parmi nous mais notre brave commandant nous rallia, bien qu’il fût resté seul et de pied ferme au milieu de la rue. D’après de nouveaux ordres reçus, notre commandant se transporta sur la caserne de Babylone, où nous contribuâmes, par le zèle et la tactique de cet officier à la reddition de cette caserne. Enfin, messieurs, nous osons affirmer que le courage et le sang-froid ont toujours accompagné ce partisan de nos libertés et que la patrie reconnaissante n’oubliera pas un tel défenseur. » Signé, à Vanves, le 21 octobre 1830 : Collet, capitaine ; Joly, lieutenant ; Chevallier, capitaine ; Levier, sergent ; Moreau, grenadier ; Guignon, grenadier ; Chaire, tous de la compagnie de Vanves. Le deuxième, signé le 22 octobre 1830, par Zimmer (voir Zimmer, Joseph) colonel en chef de l’état-major de la garde nationale de Paris, et ainsi rédigé : « Je me plais à reconnaître que M. Vincent, ex-officier de l’armée, chef de bataillon de la garde nationale de Vanves, s’est dévoué dans les mémorables journées pour la défense de Paris, avec deux cent cinquante hommes qu’il a réunis sous son commandement, qu’il est impossible de déployer plus de zèle, d’intelligence et d’activité pour exécuter avec succès les missions que je lui ai données le 30 juillet et le 1er août. Je recommande d’une manière particulière M. Vincent à l’esprit de justice qui caractérise la Commission des récompenses nationales. ». Le troisième était signé, le 22 octobre 1830, de De Chateaugiron, membre du conseil municipal de Paris, ayant exercé les fonctions de sous-préfet de Sceaux pendant les mois d’août et de septembre, et ainsi rédigé : « J’éprouve un grand plaisir à certifier la vérité des faits contenus dans la demande de M. Vincent. Ils m’ont été connus aussitôt après les journées de Juillet, lorsque j’exerçais les fonctions provisoires de sous-préfet à Sceaux. J’ajouterai que depuis cette époque, M. Vincent, choisi par ses concitoyens pour commander le bataillon de Montrouge, a montré le zèle le plus actif pour l’organisation de la garde nationale et qu’il seconde de tous ses pouvoirs l’action de l’autorité municipale. M. Vincent, par son patriotisme et les services qu’il a rendus à son pays et qu’il lui rend encore journellement, mérite tout l’intérêt de l’administration. » Le 26 octobre 1830, chef du 2e bataillon de la IIIe légion de la banlieue, grade qu’il avait accepté « à la sollicitation unanime de tous les officiers et sous-officiers dudit bataillon », mais sans fortune, père de famille, ne pouvant plus « supporter plus longtemps le poids que nécessite cet emploi par l’effet d’une activité non interrompue », il sollicitait un grade d’officier dans la garde municipale. Il reçut un total de cent francs de secours auprès de la sous-préfecture de Sceaux. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la sous-préfecture de Sceaux. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de l’arrondissement de Sceaux. Il comparut, le 28 mars 1831 et en tant que chef du 2e bataillon de la IIIe légion de la garde nationale de la banlieue, devant le juge de paix du canton de Sceaux, pour attester avoir bien connu Teigneux, Charles, Laurent, François et savoir qu’il était « parti de Vanves le mercredi 28 juillet dernier avec un grand nombre d’habitants de Vanves pour se réunir à Paris aux braves qui combattaient pour reconquérir la liberté si brutalement enlevée aux Français par les ordonnances du 25 du mois de juillet ; que ledit Teigneux a fait partie d’un détachement qui s’est porté sur la place de Grève et que dans une retraite opérée dans la direction de la rue de la Mortellerie il a été atteint d’un coup de feu qui lui a traversé la poitrine ; que de suite il a été transporté à l’Hôtel-Dieu, où il est mort le 4 août suivant, par suite de cette blessure ». Il signa un certificat en faveur de Neuilly, Louis, François, Victor, pour attester que ce dernier s’était porté « à la défense de la ville de Paris, […] à la tête d’un peloton de vingt-cinq hommes et sous les ordres de M. Vincent, commandant ». Il signa, comme chef de bataillon, le 8 septembre 1830, le certificat suivant en faveur de Labillois, Charme, Jean-Baptiste : « Je certifie que la colonne de Vanves s’est jointe à celle de M. Labillois dite de Vaugirard, le 29 juillet et attestons les faits ci-dessus. » En 1831, il était lieutenant à la 3e compagnie du 1er bataillon mobile de gendarmerie à Angers. II avait reçu sept cent cinquante francs comme indemnité de première mise. Il semble pourtant que son indemnité de première mise fut refusée malgré la demande de la Commission des récompenses nationales du (ancien) Xe arrondissement, parce que ancien officier à réintégrer et non nouvellement promu sous-lieutenant. En 1831, les officiers et les sous-officiers de la IIIe légion de la banlieue demandèrent pour lui la décoration de la Légion d’honneur : « […] Lors des journées de Juillet, un brave s’est mis à notre tête et grâce à son sang-froid, à son instruction militaire et surtout à son courage, nous avons pu porter un secours efficace à nos frères de Paris. Lorsque après la victoire vint le moment de manifester notre estime, ce fut lui qui fut choisi pour commander notre bataillons. Nous fûmes glorieux d’obéir à qui s’était montré si digne. Une autre récompense, chérie à tous les vieux soldats, lui fut encore promise ; lorsque vous daignâtes, Sire, faire espérer quelques croix aux légions parisiennes, colonel, officiers, gardes nationaux, nous avions tous désigné le chef de bataillon Vincent, par un sentiment unanime de justice. Nous venons aujourd’hui supplier Votre Majesté de réaliser l’espoir que nous avions conçu. Si notre conduite vous a paru digne de quelque bienveillance, récompensez-nous, Sire, en faisant briller l’étoile d’honneur sur le plus digne d’entre nous, sur notre commandant. Cette faveur, Sire, n’est pas sans antécédent. Déjà plusieurs officiers de la garde nationale l’ont obtenue et nous osons vous l’affirmer, Sire, aucun n’y avait plus de droit que notre chef de bataillon. D’honorables services dans l’armée, une habileté militaire et un dévouement remarquables dans les grandes journées, où, par sa conduite, il a contribué plus que personne à la prise de la caserne de Babylone. Enfin, un zèle sans borne pour la formation et l’instruction de nos compagnies, voilà, Sire, les titres que nous avons à faire valoir en faveur de notre chef. » Signé (pour les noms lisibles) : Desgranges, colonel de la IIIe légion de la banlieue ; Bourget, lieutenant des grenadiers ; Moreau ; Prost, capitaine adjudant-major du 2e bataillon de la IIIe légion de la banlieue ; Moreau ; Collet, capitaine de grenadiers ; Rondel, sous-lieutenant de grenadiers ; Dorange (voir sans doute Dorange, Jean, François, Joseph), capitaine de la 4e compagnie ; Colas ; Boutard, lieutenant ; Chevallier, capitaine ; Blain, grenadier ; Mathieu-Prinvault, lieutenant et secrétaire du conseil de discipline ; Pedoux, capitaine de la 7e compagnie ; Gilles, tambour ; Cécille Dinant, sous-lieutenant ; Noël, sous-lieutenant et membre du conseil de discipline ; Billois, lieutenant ; Chapeau, sergent-major ; Bourgeois, sous-lieutenant ; Gilles, grenadier ; Joannes, caporal ; Délille ; Bomard, sergent ; Chemin, J. L., sergent ; Gogne, sergent ; Georges, sous-lieutenant. En 1847, lieutenant dans la compagnie de gendarmerie de l’Indre, il fut nommé capitaine, il fut nommé chevalier de la Légion d’honneur en date du 23 juillet 1847. Le 15 juillet 1852, il fut nommé chef d’escadron dans la gendarmerie impériale de Paris. En 1855, il était chef d’escadron dans la gendarmerie impériale de Paris. Il fut nommé officier de la Légion d’honneur le 13 décembre 1856. Il mourut le 6 juin 1883. Il demeurait à Ruffec en 1816 ; à Vanves en 1830-1831. Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris DM13 1, état, en date du 28 août 1831, des citoyens de l’arrondissement de Sceaux, décorés non blessés et appartenant aux différents corps de l’armée, qui n’ont pas encore touché les vingt-cinq francs accordés à l’occasion de l’anniversaire des journées de Juillet ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la Croix de Juillet de l’arrondissement de Sceaux ; Archives de Paris VK3 13, département de la Seine, sous-préfecture de Sceaux, récompenses nationales arrondissement de Sceaux, Etat nominatif des citoyens auxquels la Commission des récompenses nationales a décerné la Croix de Juillet et qui, appartenant maintenant à des corps, ont été inscrits sur l’état envoyé au sous-préfet de Sceaux ; Archives de Paris VK3 37, Récompenses nationales, arrondissement de Sceaux, état nominatif des citoyens auxquels la Commission des récompenses nationales a décerné la Croix de Juillet et qui, appartenant maintenant à des corps, ont été inscrits sur l’état envoyé au sous-préfet de Sceaux, arrêté à la date du 15 juillet 1831 ; Archives de Paris VK3 47 in dossier Labillois, Charme, Jean-Baptiste ; Archives de Paris VK3 49 in dossier Neuilly, Louis, François, Victor ; Archives de Paris VK3 54 ; Archives nationales F/1dIII/33 lettre du ministère de la Guerre en date du 29 août 1831, adressée au ministre de l’Intérieur et aussi lettre du ministère de la Guerre en date du 30 avril 1831 ; Archives nationales F/1dIII/37, Commission des récompenses nationales, (ancien) XIVe arrondissement, état des sommes payées aux combattants blessés ou non blessés pour le compte de cette Commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la sous-préfecture de Sceaux ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, arrondissement de Sceaux ; Archives nationales F/1dIII/77 in dossier Teigneux, Charles, Laurent, François ; Archives nationales F/1dIV/V/5 Récompenses honorifiques ; Archives nationales LH/2726/2 ; Journal militaire officiel, Bulletin des nominations et promotions, 1847, n° 4, Paris, chez Anselin successeur de Magimel, p. 54 ; Annuaire militaire de l’Empire français pour l’année 1854, chez Berger-Levrault veuve et fils, Paris et Strasbourg, 1854, p. 110 ; Annuaire militaire de l’Empire français pour l’année 1855, chez Berger-Levrault veuve et fils, Paris et Strasbourg, 1855, p. 133.