Vincent, Théodore
Biographie
Ancien négociant in Archives nationales F/1dIII/39 mais ébéniste en 1831 in Archives nationales F/1dIII/34. Il adressa à la Commission des récompenses nationales un “Rapport sur les barricades de la rue Saint-Denis en novembre 1827, adressé en dernier au Constitutionnel et à M. Girod de l’Ain, préfet de police, par M. Théodore Vincent, rue Buffault n° 9 à Paris” et ainsi rédigé : « Tant de faits héroïques ont illustré les braves Parisiens que je n’ose vous faire connaître la part que j’ai prise à notre glorieuse révolution ; mais il est un autre fait, plus ancien, dont il m’est permis de revendiquer l’honneur et de me glorifier, parce que je suis persuadé que son souvenir a puissamment porté aux mêmes moyens pour abattre nos stupides oppresseurs. Je veux parler des barricades de la rue Saint-Denis, en novembre 1827, sur lesquelles, mieux que tout autre, je puis fournir les renseignements les plus exacts, puisque je fus le premier, à cette époque, qui en donnait l’idée au peuple. Tant de gens de ma connaissance et même un commissaire de police, M. Tison, l’ont su dans le temps que j’ai été toujours surpris que le gouvernement l’ait ignoré. Mon aveu n’absout pas la police du rôle exécrable qui la signala dans cette horrible provocation, car (sic) ce que je conçus dans un moment d’indignation, après avoir échappé comme par miracle aux poursuites de quelques gendarmes ivres de sang et de vin et pour mettre à l’abri des charges de la cavalerie un peuple qui se livrait paisiblement à la joie que lui inspiraient les événements du jour je vis des illisible de police qui semblaient présider à nos travaux et s’en réjouir comme d’un prétexte qui allait faire commander la fusillade, tandis qu’avec vingt-cinq hommes de troupe il leur eût été facile de les empêcher. La police fut encore plus coupable, le lendemain, de ne pas les avoir prévenus en plaçant des sentinelles devant les maisons en construction, où elle avait fait rentrer les matériaux pendant la nuit ; mais non, elle venait d’être vaincue dans la bataille des élections, c’est dans notre sang qu’elle devait assouvir sa vengeance. Ce fut avec une douzaine de voitures de porteurs d’eau déposées dans le cul-de-sac des Peintres, où nous trouvâmes un refuge contre plusieurs gendarmes qui nous poursuivaient, que je fis commencer les barricades. C’était, à ce que je crois, le 19 ou 20 novembre à 9 heures du soir. Plus bas, en face le passage du Grand-Cerf, ayant remarqué un grand tas de pavés, je les fis disperser dans la rue et dresser une seconde barricade. Plus loin encore, on n’en construisit une troisième, à notre exemple devant l’église Saint-Leu. Ceux qui me virent dans cette circonstance diriger le peuple et qui me désignèrent ensuite, dans les journaux, comme un agent de la police se sont donc bien trompés puisque je n’agissais qu’en haine de l’oppression et pour nous débarrasser de l’odieux régime qu’il nous a fallu supporter encore trois ans. Le public connaît tous les autres détails de ces horribles guet-apens. Mais qu’on me permette de saisir cette occasion pour mieux démontrer combien dans un moment d’exaspération on doit se défier des soupçons auxquels les passions se livrent facilement. Le 29 juillet dernier, à 8 heures du matin, ayant été chercher du renfort au poste de la rue Cadet pour nous emparer de la caserne du 5e de ligne et des armes qu’elle renfermait, je fus, après une courte harangue, pris pour un mouchard et j’allais à l’instant être traité comme tel sans un brave Rouennais, dont la raison paraissait plus calme, qui se précipita vers moi et me sauva en s’écriant (je rapporte ici ses propres expressions) que j’avais l’air trop honnête homme n’être pas un bon patriote. Je dois probablement la vie à ce généreux défenseur car tout le monde sait avec quelle énergique activité le peuple procéda dans nos trois grandes journées. » Ce rapport était certifié véritable par de nombreux signataires : « Je, soussigné, certifie avoir connu le lendemain même des événements de la rue Saint-Denis les faits y relatifs tels qu’il sont exposés par le sieur Vincent dans l’exposé ci-contre. » Signé : Méquillez illisible, D., négociant, demeurant 1, rue de la Corderie-du-Temple. « Je certifie l’exposé des faits détaillés ci-dessus des événements de la rue Saint-Denis véritables et en avoir une connaissance particulière puisque j’accompagnais M. Théodore Vincent, dont je n’ai été séparé qu’après plusieurs charges de la gendarmerie. » Signé : Baron, demeurant 3, rue Pavée au Marais. « Je, soussigné, certifie que M. Vincent, le lendemain des événements de la rue Saint-Denis, a affirmé à ma table en présence d’une trentaine de commis (illisible) que c’est lui qui a donné le premier idée des barricades et qu’il a prêté la main à les former. » Steinheil, L. aîné, demeurant 6, rue des Jeûneurs. « Je, soussigné, certifie que les faits exposés ci-dessus sont véritables et que j’en ai eu, dès le lendemain, une parfaite connaissance. » Signé : Germain, A. (voir Germain, Gabriel, Achille), chirurgien à l’hôpital du Gros-Caillou, demeurant 39, rue Sainte-Marguerite. « Je, soussigné, certifie que les faits rapportés dans la relation ci-jointe m’ont été communiqués le soir même et j’ai toujours pensé que leur souvenir avait donné l’idée de renouveler les barricades en 1830. » Signé : Gauthier, docteur en médecine, demeurant 24, rue des Blancs-Manteaux. « Je, soussigné, déclare avoir connaissance des faits énoncés dans la lettre signée par M. Vincent et n’hésite pas à croire que les barricades de la rue Saint-Denis ont donné l’idée de celles qui furent renouvelées dans les trois mémorables journées de Juillet. » Signé, le 24 janvier 1831 : Glandaz, avoué près la cour royale, demeurant 24, rue des Blancs-Manteaux. « Je, soussigné, déclare avoir eu, à l’époque des faits relatés ci-devant, pleine connaissance et même des preuves matérielles de toutes leurs circonstances, qui sont autant de marques du courage, du sang-froid et du patriotisme de M. T. Vincent. » Signé, le 24 janvier 1831, Massé, H., demeurant 22, rue Louis-le-Grand. « Il est à ma connaissance que M. Théodore Vincent, tant au mois de novembre 1827 qu’aux 27, 28 et 29 juillet dernier, a tenu la conduite la plus honorable et que tous les faits consignés dans le présent certificat ainsi que dans les autres certificats dont M. Vincent est porteur sont d’une exacte vérité. » Signé Le Noble, Alexandre, demeurant 3, quai d’Anjou. Les certificats qui reprenaient sa participation aux combats de Juillet étaient ainsi rédigés. Le premier : « Nous, soussignés, certifions que le sieur Théodre Vincent, se trouvant à la tête de quatre à cinq cents hommes du peuple, qui paraissaient l’avoir adopté pour chef, se présenta en parlementaire le 29 juillet dernier à 7 heures du matin, à la caserne du 5e régiment de ligne, rue du Faubourg-Poissonnière, pour disposer les troupes qui l’occupaient à embrasser la cause nationale. Le patriotisme qu’il montra et une proclamation qu’il lut déterminèrent les soldats à donner leurs armes aux bourgeois, pour lesquels ils avaient déjà montré tant de sympathie. De ce moment, fut accomplie entre la troupe et les braves Parisiens une fusion qui décida dans la journée du triomphe de la liberté. » Fait, le 6 août 1830 : Villeneuve, commandant dudit poste à la caserne du 5e de ligne ; Faed, sergent ; Payet, sergent ; Claude ; Bouissson, caporal ; Vidal ; Gobert, sergent ; Requert, sous-lieutenant ; Henry, sous-lieutenant ; et d’autres signatures illisibles. Le deuxième : « Je, soussigné, lieutenant au 5e régiment d’infanterie de ligne, commandant le poste Bonne-Nouvelle le 27 juillet dernier, certifie avoir vu vers les 7 heures du soir sur le boulevard de ce nom, une masse de peuple forte d’environ cinq à six cents hommes ayant en tête et porté sur une espèce de civière le cadavre d’un jeune homme qui venait, dit-on, d’être tué par un détachement de la garde royale à hauteur de la porte Saint-Denis et qu’elle promenait ainsi à l’effet d’exciter la courageuse population de Paris à une juste vengeance. Cette masse, qui paraissait être sous l’influence d’un monsieur mieux vêtu que les autres et que j’ai su depuis se nommer Théodore Vincent, vint s’arrêter devant mon poste, déposa le cadavre aux pieds de mes soldats et ledit sieur Vincent leur adressant alors la parole les exhorta à ne point se servir de leurs armes contre leurs frères, contre le peuple. La masse se mit en marche de nouveau sous les ordres de son chef et aux cris de Vive le 5e de ligne ! Vive la charte ! » Signé, le 10 janvier 1831 à Givet : Fleuriot. Le 27 janvier 1831, sans ouvrage, il fit une demande de secours auprès du roi. Le 19 mars 1831, il expliquait qu’alors qu’il avait été réformé pour défaut de taille (il ne mesurait qu’1,56 m) le 10 octobre 1818 à la légion de la Creuse à La Rochelle, il venait de s’enrôler dans les volontaires dirigés sur Alger, « trouvant qu’il y a plus d’honneur à servir sa patrie qu’à solliciter des secours » parce que la nouvelle réglementation abaissait à 1,54 m la taille des soldats ; il avait toujours travaillé dans les bureaux du quartier maître jusqu’à présent et sollicitait une sous-lieutenance ou à défaut « une décoration nationale, cela lui donnerait un grand avantage pour son avancement ». Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) IIe arrondissement. Il reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) IIe arrondissement. En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut, auprès de la mairie du (ancien) IIe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. Il demeurait 9, rue Buffaut en 1830 ; 60, rue Coquenard en 1831 in Archives nationales F/1dIII/34 ; à Lapalice le 20 février 1831, en marche pour Toulon, où il prévoyait d’arriver le 16 mars 1831. Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Archives de Paris VD6 173 n° 1 ; Archives nationales F/1dIII/34, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) IIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) IIe arrondissement.