Violard, François, Léon

Biographie


Né le 3 juin 1812 à Courseulles-sur-Mer, (Calvados), fils de Violard, Nicolas, Thomas, chirurgien de marine et de Mirey, Françoise, Marie, Madeleine son épouse. Commis au magasin du Grand Condé (65, rue de Seine). Il fut, à titre de récompense nationale, autorisé à naviguer pour être nommé volontaire quand il aura douze mois de mer. Son frère Violard, G., fabricant de ??? illisible, demeurant à Caen et provisoirement à Paris, 58, rue des Vieux-Augustins, adressa la lettre suivante à la Commission des récompenses nationales : « Pour appuyer la demande que j’ai faite en déposant la copie d’un certificat qui a été délivré aux Tuileries au sieur Léon Violard, mon frère, ci-devant commis au Grand Condé et maintenant a bord de la Frégate la Victoire, faisant le service de Toulon à Alger, où il remplit les fonctions d’aspirant, avancement qu’on lui a bien voulu accorder en raison de sa conduite pendant les journées de Juillet.

»Je joins ici plusieurs certificats de personnes qui sont témoins du zèle et du dévouement qu’ils lui ont connus pendant les trois jours.

»La marque de bienveillance qu’a déjà bien voulut lui accorder le nouveau gouvernement et un des points où je m’appuis pour vous prier de vouloir bien lui accorder la récompense que sa conduite honorable vous paraît lui avoir méritée.

»Son absence, messieurs, m’empêche de pouvoir vous faire attester les engagements dans lesquels il a pris part ; je vais seulement vous citer les faits qu’un rapport fait par lui à M. Plougoulm m’ont pu indiquer.

»Le mardi, il s’est trouvé à un engagement qui a eu lieu rue des Bons-Enfants ; chassé les gendarmes de la Bourse et y être resté pour empêcher le feu d’y gagner. Le mercredi, battu contre les gendarmes de Mangin sur le quai des Augustins à la préfecture ; battu quatre heures contre la Grève, manquant de poudre, être allé porter notre drapeau sur les tours Notre-Dame, où on a tiré sur eux avec un boulet ; le soir, avoir été au pont des Arts tirer sur le Louvre et essuyé plusieurs bordées à mitraille et un boulet. Le jeudi, avoir été au Louvre où ses pistolets ont crevé après avoir tiré une dizaine de coups, y avoir empêché de tuer un prisonnier (et des blessés), avoir pris de lui les renseignements possibles et l’avoir envoyé à l’Hôtel de ville. Vous avez un certificat qui vous fait connaître le reste de sa conduite, il lui a été délivré aux Tuileries. Un ouvrage fait par M. Million doit vous le distinguer mais son nom a été mal énoncé et M. Million a (illisible) oublié d’en faire la rectification. » Il joignait à sa lettre plusieurs certificats. Le premier, en date du 6 août 1830, signé de Carrel (voir ce nom), commandant les postes des Tuileries : « M. Léon Violard […] a commandé le 29 juillet jusqu’au 5 août comme un vieux vétéran le poste des Cent-Suisses. Il est entré le quatrième au château du Louvre, il a tué plusieurs Suisses qui se défendaient encore. Le porte-drapeau a été tué à ses côtés, il s’est saisi de son drapeau et a été le placer sur la façade du Louvre au milieu des balles. Ce jeune homme, à peine âgé de dix-huit ans, a montré que les sentiments désintéressés s’allient chez lui à la bravoure. Il a placé une sauvegarde dans les appartements intérieurs du château des Tuileries, a sauvé une partie de l’argenterie et l’a fait remettre à M. le commissaire chargé de faire l’inventaire de tous les effets. » Le deuxième, signé de Surpon, demeurant 58, rue des Vieux-Augustins qui attestait que Violard, le 27 juillet à 6 heures du matin, était venu chercher les clés de la chambre de son frère, clés dont il était le dépositaire, pour y prendre les pistolets que celui-ci possédait, expliquant : « Je m’y suis d’abord opposé vu son extrême jeunesse et dans l’intérêt de sa famille, mais […] ayant vu dans ce jeune homme une résolution ferme et inébranlable, je me suis décidé à la lui donner. […]. » Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) XIe arrondissement. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) XIe arrondissement. En 1831, il était aspirant de marine, embarqué sur le Nageur. Sa croix et son brevet furent remis à Violard, demeurant 2 bis, rue de Choiseul, à qui il avait donné pouvoir. Violard signait sa procuration de Violard, de Courseulles, ex-commandant aux Tuileries, dépositaire des biens de la couronne. Violard fut proposé, le 17 septembre 1830 pour recevoir la Légion d’honneur, comme novice matelot. Le Constitutionnel, en date du 1er janvier 1832, rapportait à son sujet : « Monsieur Léon Violard, élève de marine de première classe et décoré de Juillet, vient d’être désigné pour aller prendre le commandement du navire en station à Dunkerque. La conduite de ce jeune officier de marine qui déjà, à Toulon, s’est fait distinguer par son zèle et son courage, à bord de la frégate la Victoire, en contribuant à éteindre l’incendie dont était menacé son navire, justifie le choix que le gouvernement a fait de lui et prouve que le Roi des Français compte sur le dévouement de ceux qui, dans les trois journées ont su chasser le despotisme et reconquérir nos libertés. » On trouve sur Internet au site lma.thomas.pagesperso-orange.fr/site_memoire_famille_robert.html les indications biographiques suivantes : « Il avait fait ses études classiques au séminaire de Villiers-le-Sec et se trouvait à Paris à la fin de Juillet 1830, sans doute chez son frère Georges, alors âgé de 29 ans, quand se déroulèrent les Trois Glorieuses (26, 27, 28 Juillet) qui devaient amener la fin du règne de Charles X. Il n’était pas possible qu’avec son tempérament ardent le jeune François-Léon assistât impassible aux événements dont le hasard d’un voyage à Paris le rendait témoin et qu’il laissât les jeunes gens républicains, les étudiants et les élèves de l’Ecole polytechnique descendre dans la rue sans se mêler à eux pour aider les insurgés à s’organiser. Il fut donc sur la barricade avec ceux qui arboraient le drapeau tricolore. On rapporte qu’il prît une part importante dans l’envahissement des Tuileries, conduisant une des colonnes populaires qui devaient y arborer et y maintenir définitivement les couleurs tricolores avec lesquelles la Révolution de Paris devait être annoncée dans toute la France. On ajoute que, l’ordre rétabli, le Roi, sur le rapport de la Fayette, accorda à ceux qui avaient servi sa cause pendant les trois journées des récompenses libérales et que François-Léon Violard, sur le vœu qu’il en exprima, reçut une commission d’élève de marine. A ce titre, il navigue d’abord sur les bâtiments de l’Etat pour sa formation et le 26 novembre 1831 il est nommé élève de 1re classe. Un élève de marine, corvéable à merci, se voit généralement bousculé d’un bâtiment à l’autre selon les besoins du service. François-Léon passe successivement de la gabarre la Mayenne, stationnaire à Rochefort, sur la corvette la Camille puis sur la frégate l’Hermione et ne conquiert quelque stabilité d’embarquement que sur la corvette la Dordogne avec laquelle il fait la campagne des Antilles. II est promu lieutenant de frégate le 22 Janvier 1836 et de congé en congé, passe environ une année à Courseulles. Il est alors embarqué sur la corvette le Tarn et, avec elle, prend part aux événements maritimes importants de cette époque : le forcement des passes du Tage, l’occupation d’Ancône dans l’Adriatique et les premières opérations pour la conquête de l’Algérie. Le 25 janvier 1840, il embarque sur le vaisseau le Scipion et en fin d’année se trouve sur les côtes du Levant où la diplomatie française intervenait alors entre le sultan et son victorieux vassal, Méhémet Ali, pacha d’Egypte. Passé le 6 septembre 1841 sur le vaisseau le Jemmapes il revient dans le Levant et après dix-huit mois d’embarquement passe l’année 1843 entière en congé. Promu lieutenant de vaisseau le 17 octobre 1844 et affecté au service à terre à Cherbourg puis à Toulon il embarque le 1er décembre 1847 sur le vaisseau le Friedland. C’est au cours de cet embarquement qu’il viendra à Naples, à l’occasion de la révolution qui devait délivrer l’Italie du joug étranger, et qu’il sera autorisé (le 9 novembre 1848) à épouser Elisabeth Miceli. Deux ans après il était nommé chevalier de la Légion d’honneur. Débarqué du Friedland et après un congé de huit mois il ralliera Cherbourg le 17 décembre 1849, six semaines après la naissance de son fils Gaston, y prendra le commandement provisoire du Darien et, plus tard, le commandement du Transport le Bucéphale, stationnaire de Cherbourg. C’est dans ces fonctions qu’il mourut le 4 décembre 1851 après une carrière qui comme on vient de le lire fut activement remplie et qui pouvait normalement lui assurer l’accès aux grades supérieurs de la hiérarchie. Sa santé avait toujours été assez délicate. Assez frêle de constitution il était sujet à des maux de tête violents qui l’obligeaient à interrompre son service et à garder le lit. La correspondance que nous possédons de lui laisse entrevoir un cœur généreux et sensible, une touchante piété filiale, un esprit de famille profond, un attachement exceptionnel au foyer natal et à ses dépendances, des convictions solides et de l’enthousiasme dans les idées autant que dans les expressions. Le 21 mai 1843 il écrivait, sur papier timbré : “Nous Léon Violard, officier du corps royal de la Marine, décoré de l’ordre spécial, voulons donner à notre bien-aimée sœur Alexandrine Violard, femme Robert, notre part entière de tout ce qui peut nous revenir en meubles, linge et accessoires appartenant à nos bien-aimés père et mère que Dieu conserve le plus longtemps possible, faisant cette donation du vivant de tous ceux qui nous sont chers pour la remercier de ses bons soins et tendresse, pour empêcher de diviser l’avoir de nos bons parents et savoir que tout ce qui leur a appartenu sera conservé religieusement, et de temps en temps pouvoir encore tout voir si le ciel, bien cruel envers nous, venait les ravir à notre tendresse et nous infliger la plus cruelle des peines d’ici-bas ; ne pouvant pas nous même rien garder à cause de notre profession nomade et étant condamné à des chagrins bien cruels (l’éloignement de tout ce qui nous est cher) nous avons fait cette donation de grand cœur pour prouver à tous notre résignation aux volontés de Dieu en nous y préparant et le désir de prouver également que jamais un mot d’intérêt sortira de notre bouche ou de notre plume et que la paix de famille et l’amitié seront toujours dans notre cœur. En foi de quoi nous avons signé, Léon Violard, enseigne de Vaisseau.” Et pour finir cette lettre écrite à sa mère, le jour de son mariage : “Naples le 26 décembre 1848. Ma bien-aimée Maman. Ma destinée est accomplie, je suis marié Dieu soit loué, car je suis le plus heureux des mortels. J’ai un avant-goût du Ciel par la tendresse, la bonté, les vertus et la religion de ma bien-aimée Elisabeth. Je ne voulais pas me marier et pour que Dieu ait changé mon sort, si loin de vous, j’ai dû respecter ses desseins et le remercier pour tout l’amour et le bonheur qu’il a mis dans mon cœur. Pendant que je vous écris ma bien-aimée en fait autant à sa nouvelle mère ; elle n’a pas besoin de moi pour cela, son cœur est si riche en affection qu’elle trouvera, même en français, le moyen de vous manifester toute son affection comme vous le méritez ma bonne Maman. C’est un enfant de plus à vous aimer en attendant que d’autres suivront notre exemple et notre respect pour vous. J’attendrai qu’il fasse un peu moins froid pour aller avec ma bien-aimée me jeter à vos pieds et recevoir de vous la bénédiction de deux enfants qui, vous aimant, réclament pour leur bonheur. Je voulais me marier jeudi 21 pour avoir une protection de plus au ciel mais la pauvre enfant malade, sans forces, n’a pu satisfaire à ce désir qu’elle eût voulu autant que moi voir s’accomplir, ayant au cœur la tendresse et la mémoire pour celui qui n’est plus, qu’elle ne connaîtra pas et que néanmoins elle pleure avec moi. Je ne suis donc plus seul, à l’étranger à aimer sa mémoire. Je me confesserai exprès le 21 et la bonne petite communion le lendemain n’ayant pu le faire la veille. Vous dire, ma bonne maman, la modestie et la candeur de cette enfant est impossible. Dieu a été bien prodigue envers moi et je ne cesse de l’en remercier. Je ne croyais pas que la terre fût assez favorisée de Dieu pour y laisser et pour me donner à moi un ange dont ceux qui sont près de lui au ciel doivent demander à chaque instant l’âme et la piété car elle doit être désirée au Ciel pour la gloire et le bonheur de Dieu. Hère, ma bonne maman, ce que je vous dis là n’est dicté par aucune pensée de bonheur terrestre; je ne vois et ne conçois mon bonheur que par le cœur, l’âme et la douce piété de ma bien-aimée Elisabeth... Embrassez ma bien-aimée sœur pour moi et les petits enfants. Adieu ma bonne maman. Votre respectueux fils qui vous aimera toujours de toutes ses forces et qui vous embrasse de tout son cœur. Léon. P.S. Quand vous m’écrirez je ne serai plus seul à lire vos bien-aimées lettres.” On lira d’autre part sous le titre La Tante de Naples le récit d’une visite faite en 1918, soixante-dix ans après que fut écrite la lettre qui précède. En la rapprochant du récit en question on comprendra sans doute mieux l’intensité du souvenir, laissé, éternellement, dans le cœur de “sa bien-aimée Elisabeth” par son premier mari. Et on pourra mieux analyser également, comme nous nous le sommes proposé la générosité de tempérament qui a été, de la révolution de 1830 jusqu’à sa mort prématurée, la marque caractéristique de François-Léon Violard. “La Tante de Naples. Je suis allé le jour de la Pentecôte (19 mai 1918) saluer la signera Marvasi et Gaston Violard. Celui-ci habite la Riviera di Chiaia qui borde la Villa Nazionale, ce très beau parc planté de palmiers et de chêne-liège qui est situé en bordure de mer sur la route du Pansilippe. Il était absent. La santé de sa femme, éprouvée par des troubles nerveux, le conduit quelquefois à faire, dans un hôtel des quartiers élevés de Naples, de courts séjours. La signora Marvasi, qui jusqu’en ces derniers temps habitait aussi la Riviera di Chiaia, vient de s’installer à peine non loin de là, dans la via Vittoria. En recevant ma carte, la cameriera a spontanément manifesté la joie que ma visite attendue allait causer. L’appartement est encore en désordre. Les meubles n’ont pas trouvé leur place définitive et les tableaux nombreux attendent çà et là qu’on leur destine le panneau qui mettra le mieux en lumière le caractère propre et la valeur de chacun d’eux. Dans cette ambiance, propre à jeter un voile de tristesse sur les pensées d’une vieille dame, obligée à 89 ans de changer le cadre de sa dernière retraite, se tient, au fond de la pièce la plus retirée et dans l’ombre que l’éclatant soleil napolitain oblige à garder jusqu’au soir, persiennes closes, la signora Marvasi. Assise dans son fauteuil familier, la tête reposant un peu lasse sur les coussins, la figure émaciée, le profil fin, les paupières alourdies, le creux des orbites accusé et le regard extrêmement doux, la tante Marvasi m’accueille avec une joie que sa fatigue générale empêche de rendre très démonstratives, mais qui ressort nettement de la caresse de son regard et de toute la douceur de ses premières paroles. Et tout de suite, me faisant asseoir tout près d’elle, ma main dans les siennes, elle me parle de sa bonne famille de France, « si bonne », de l’abbé Robert, « si bon », et des lettres de France si affectueuses, dont elle vient de faire un paquet pour le remettre à son fils et les sauver plus sûrement ainsi de tout ce désordre de ses choses les plus chères. Admirablement conservée jusqu’en ces dernières années, la tante Marvasi à la suite d’une luxation du fémur droit a dû vivre plus retirée et sa santé générale s’en est ressentie. Une hypertrophie du foie influe enfin sur l’ensemble de sa constitution et apporte aujourd’hui des troubles fréquents dans son organisme resté longtemps si robuste sous des apparences délicates. Ce dimanche de pentecôte 1918 elle était à ce point de vue dans un de ses mauvais jours. Mais la joie de voir quelqu’un de France, d’avoir près d’elle le marin de sa famille d’autrefois eut vite raison de ces influences hépatiques et se traduisit par un besoin de raconter les conditions dans lesquelles elle épousa en 1848 ce « pauvre Léon mort si jeune » et qui a laissé dans sa mémoire un impérissable souvenir. La Révolution dominait Naples. Sous le commandement de l’amiral Boudin une escadre française venait de mouiller sur rade. La famille Miceli, comme beaucoup de Napolitains, décida d’aller visiter le Friedland battant pavillon amiral. Elle y fut reçue par l’officier de quart, le lieutenant de vaisseau François-Léon Violard, qui lui fit les honneurs du bord et qui, la reconduisant à la coupée, sollicita l’autorisation d’aller le lendemain présenter ses hommages à la signora Miceli et à ses deux filles. Son empressement donne à croire que le charme de l’une d’elles, Elisabeth, avait déjà produit sur le tempérament de l’ardent révolutionnaire de 1830 un décisif effet. Il avait 36 ans. L’escadre resta cinq mois à Naples. François-Léon se confirma lui-même dans ses premiers projets et cela d’autant plus nettement que la jeune Napolitaine, âgée de dix-huit ans, semble avoir été comme un petit oiseau fasciné dès l’instant que le regard volontaire du marin conquérant se fut posé sur elle et, en somme, heureuse de lui confier ses destinées. Aux raisonnements de sa mère qui lui représentaient quelle folie ce serait d’épouser ce marin étranger, de partir si loin de sa patrie, d’aller vers ces régions brumeuses que, sous le soleil de Naples et à cette époque surtout, l’on devait considérer comme habitées par d’autres races humaines, Elisabetta répondait invariablement : « Mia Madre, sono senza forze. – Ma Mère je suis sans force. » Cependant le lieutenant de Vaisseau Violard s’ouvrait de ses projets à l’amiral Baudin. Il l’avait connu pendant l’expédition de Saint Jean d’Ullon où l’amiral, sous les ordres du prince de Joinville, avait perdu un bras. Il semble bien également que Madame l’amirale Baudin, venue à Naples pendant le séjour de l’escadre française, ait été elle aussi mise dans la confidence et qu’elle ait joué un certain rôle quand la demande de mariage fut présentée à la famille Miceli. Mais même sous ces hauts patronages, les démarches n’aboutirent pas. Le conflit entre les raisons, à la vérité excellentes de la signora Miceli et l’abandon consentant de la signorina demeurait persistant. De son côté le signor Miceli, préférait ne pas intervenir. On convint donc que le prétendant repartirait avec l’escadre sans insister davantage, et qu’après un délai de six mois, destiné à éprouver les sentiments de chacun, on verrait à prendre la décision opportune. Ainsi partit François-Léon, jetant sans doute un long regard d’espoir sur la cité Parthénopée avant qu’Ischia et le promontoire du cap Misène n’eussent dérobé aux yeux des Napolitains les hautes voilures des vaisseaux français se perdant un soir dans la lumière du couchant. Il écrivait beaucoup. Peut-être alla-t-il à Courseulles conter sa flamme à son père Nicolas-Thomas, le vieux chirurgien de la Marine, qui pouvait avoir connu Naples et qui, par caractère devait être plus accessible que sa femme à l’enthousiasme de leur fils. Deux mois après, comme Elisabetta toujours pensive rentrait de la promenade avec sa mère, sa sœur, de la fenêtre, lui fit signe de se hâter. Elle partit en courant pour recevoir plus vite croyait-elle la lettre désirée ; mais sa surprise devait être d’une autre nature. François-Léon était là, n’ayant pas pu se résigner à attendre les délais fixés. Devant lui, vaincue par l’émotion de son cœur et la précipitation de sa course, Elisabetta s’effondra sur le tapis du salon. Tout émue elle-même la signora Miceli jugea dès lors que le cœur a bien ses raisons que la raison ne connaît pas toujours et elle reçut dans ses bras François-Léon plein de reconnaissance et de joie. Le pacte d’alliance était scellé. Le mariage se fit à Naples sans délai. Peu de jours après, les jeunes mariés prirent le paquebot des Messageries maritimes pour Marseille et regagnèrent Paris où ils furent les hôtes des Georges Violard. C’était encore le temps de la splendeur des Violard de Paris, bien que la fortune leur distribuât ses derniers sourires. Madame Georges Violard née Despérières de Staal de Queran avait alors un train de maison à la hauteur de sa fierté native. Et si la morgue qu’elle manifestait à tous ne plaisait pas toujours à sa belle-sœur d’Italie, la cuisinière qui officiait devant les fourneaux avait su, en savant cordon bleu qu’elle était, mériter les éloges de la jeune napolitaine et laisser, soixante-dix ans plus tard, un souvenir encore très frais dans sa mémoire. A la fin de son congé le lieutenant de vaisseau Violard fut désigné pour exercer le commandement du Bucéphale, stationnaire de la rade de Cherbourg. C’était le temps des grands travaux entrepris pour l’amélioration du port militaire et que Napoléon III devait solennellement inaugurer en 1855. Le commandant du Bucéphale, responsable de la sécurité de la rade avait établi des consignes interdisant l’accès des travaux en cours pour lesquels l’emploi de la mine était fréquent. Il arrivait quelquefois que, désireuse de venir le voir à bord, sa jeune femme, insouciante du danger, violait la première ces consignes. C’était une enfant, d’un caractère extrêmement jeune, aimant à faire des tours dont la maturité de François-Léon prenait aisément de l’inquiétude. Tantôt elle se cachait dans un recoin de leur maison à l’heure où il rentrait et lui, vite tourmenté, appelait de tous côtés, parcourait fiévreusement les chambres jusqu’à ce qu’elle soit sortie de sa cachette avec de grands éclats de rire. Tantôt elle montait sur un meuble et semblait vouloir se laisser tomber à terre tandis qu’il jetait hâtivement près du meuble tous les coussins qu’il trouvait sous la main et se précipitait pour prévenir sa chute. Ils habitaient alors Cherbourg, rue Corne-du-Cerf, une maison du type classique dans ce port, pourvue d’un petit jardin au fond duquel, sous une remise, était le tonneau de cidre caractéristique de la région. La propriétaire de l’immeuble, Madame Poulain, s’était réservée le premier étage, laissant le rez-de-chaussée et le second à ses locataires qu’elle avait pris en grande affection. A la mort de François-Léon, enlevé par une congestion à 39 ans, cette excellente Madame Poulain fut d’un grand secours moral pour la pauvre jeune veuve, la gardant chez elle pendant ces jours de détresse, la prenant la nuit dans son lit et la consolant de son mieux. Gaston, son fils, avait alors deux ans. Il était né à Courseulles, dans la maison qui fut plus tard celle des Georges Robert. La tante se rappelle avec d’amusantes précisions la chambre qui lui fut alors réservée, au-dessus du bureau et qu’on a appelé pendant quelques années la chambre de Gaston. La tapisserie en était bleue... On apercevait l’église tout près..., et on entendait si bien les cloches ! C’est là que la pauvre veuve, après son malheur, vint passer quelques mois avant de regagner Naples et sa famille. Elle se rappelle qu’en revenant de Cherbourg avec son enfant, à travers ces verdoyantes prairies du Cotentin, celui-ci disait en les montrant : « Tout à Gaston, tout à Gaston. » Souvenir fait de mélancolie puisque cette Normandie qui avait abrité les courtes années de mariage de ce ménage lui échappait à ce moment même pour jamais. Si heureuses, en effet avaient été ces années qu’elles avaient laissé inaperçues aux yeux de cette Napolitaine, fille du soleil, les rigueurs d’un climat dont les pluies fréquentes, le ciel gris, l’âpre brise et les lointains embrumés étaient de nature à défavorablement impressionner ses regards et à rester fixés dans son souvenir. A Courseulles, pendant les séjours qu’y fit quelquefois le jeune ménage, il retrouva les Georges Violard dans leur propriété du Marais qu’on appelait alors en riant le château des Grenouilles, ces gracieux amphibies faisant le soir fréquemment entendre aux alentours leur coassement plaintif. Un jour, du haut de la terrasse qui domine la toiture, Léon fit admirer à sa jeune femme la mer voisine. La semaine, suivante, comme ils regagnaient cet observatoire : Eh bien, quoi ! dit Léon, malicieusement inquiet et jouant l’effroi, la mer n’est plus là. Que se passe-t-il donc ? Elisabetta était émue et surprise. La Méditerranée ne connaît pas ces phénomènes du flux et du reflux ; les eaux profondément bleues du golfe de Naples couvrent éternellement de la même épaisseur de transparence nacrée la richesse de leur coraux. Que se passait-il donc en effet et d’où venait son hallucination ? Il fallut aller à la plage, voir de près cette apparente révolution de la nature, et, chemin faisant, la tante de Naples, apprit ce qu’était le régime des marées, ses lois et ses effets. Et son initiation à ces mystères de la science nautique fut une cause de grande joie enfantine. Rentrée dans sa ville natale en 1851, la tante de Naples y reprit sa place au foyer paternel. Elle occupa les loisirs que lui laissait l’éducation de son fils à développer les dons artistiques qui étaient en elle. Excellente musicienne, douée d’une voix de contralto qui avait souvent charmé à Cherbourg ceux qui, quelquefois, en soirée, eurent la bonne fortune de l’entendre, elle se donna plus spécialement à la peinture. Au centre même de cette école napolitaine qui eut à son époque une influence considérable dans toute l’Italie, au voisinage des autres écoles italiennes si brillamment représentée dans les trésors d’art de Naples, la jeune élève trouva des maîtres qui lui assurèrent une éducation artistique très développée en peinture. Aussi, dans sa belle collection de tableaux signés des maîtres les plus célèbres de la peinture napolitaine, peut-on voir deux portraits du signor et de la signora Miceli remarquablement exécutés par leur fille et qui sont à leur place dans cette galerie de choix. Ainsi les années passèrent. A Garibaldi qui en 1860, du haut du balcon de l’hôtel des Doria adressait ses ardentes paroles à la foule de la via Toledo, la tante de Naples présenta son fils qui avait alors douze ans. « C’est un Français lui dit-elle. » Et le grand tribun, posant sa main sur l’épaule de Gaston, répondit : « Mon enfant aime ta patrie comme j’aime la mienne. » Si la révolution de 1848 n’avait pas réussi à renverser les Bourbons de Naples, celle de 1860, à la voix de Garibaldi allait cette fois décider du sort de la famille régnante et aussi, chose étrange, des destinées de la tante de Naples. Elle devait en effet, cette révolution, favoriser le retour à Naples de celui qui allait peu de temps après demander la main de la jeune veuve. II y a là des coïncidences extrêmement curieuses. Tandis que François-Léon Violard était à Naples en 1848, plus préoccupé des mouvements de son cœur que de ceux de la foule, on apporta un soir, à bord du Friedland, pour y être soigné à l’infirmerie du bord, un jeune Napolitain, ardent révolutionnaire lui-même qui venait d’être blessé sur la barricade. C’était Marvasi. Remis aux autorités royales après sa guérison, il fut envoyé en exil dans le Piémont et ne rentra, triomphalement, qu’après l’heureux aboutissement du mouvement de 1860 pour se voir nommer, par le nouveau régime, procureur général du roi et bientôt sénateur du royaume. Il eut la joie de rencontrer, dans ses relations avec la famille Miceli, la gracieuse napolitaine sur laquelle il ne tarda pas à jeter les yeux et pût bientôt réaliser son vœu de l’épouser, heureux lui dit-il ensuite de constater combien elle avait conservé entier son caractère d’enfant et tout le charme de la jeune fille. C’est ainsi qu’elle put garder au doigt les deux alliances, qui, comme le dit cette femme au tempérament si doux, marquent son mariage avec deux révolutionnaires : le Français de juillet 1830 et son émule d’Italie de 1848. De Marvasi mort à 47 ans vers 1872 elle eut quatre fils : Roberto, Gustavo, Vittorio, et Sylvio, aujourd’hui capitaine de frégate de la marine royale. Cependant, tandis que Gaston Violard grandissant, marquait son désir d’entrer dans la marine française, sur les traces de son père, sa mère se refusait de se séparer de lui. Il fut convenu que Gaston se préparerait au collège naval à son entrée dans la marine italienne et que, grâce aux influences dont disposait Marvasi, on obtiendrait, à sa majorité de le faire entrer dans la marine française avec le grade qu’il aurait alors en Italie. C’était une façon de gagner du temps, la tante Marvasi ne se résignant pas à l’idée de voir s’éloigner son fils et lui, de son côté, se refusant à perdre sa nationalité de Français. La majorité venue, ce fut la mère qui l’emporta et telle était l’affection maternelle de Gaston qu’il renonça dès lors à toute carrière maritime et se contenta d’exploiter dans la vie civile à Naples le titre d’ingénieur que lui conférait de droit en Italie sa qualité d’officier de marine. Aujourd’hui que je vais quitter Naples, tout ému de l’accueil touchant que j’ai reçu dans cette famille si profondément fidèle à ses attaches normandes, je laisse la tante de Naples dans un état de faiblesse qui cause à son entourage de justes inquiétudes. Sur son lit, très affaiblie par la lourde température du moment la chère tante, l’esprit toujours lucide, exprime avec des sentiments élevés toute sa résignation. Elle trouve encore la pensée de s’excuser d’être dans un état de santé si précaire pendant mon séjour à Naples et celle, infiniment touchante, de se dire heureuse que quelqu’un de sa bonne famille de France soit là, près d’elle, au moment où elle va quitter la vie. C’est une grande figure qui va disparaître à mes yeux et que ma génération n’aura pas connue. C’est pourquoi, j’ai pensé devoir jeter sur le papier ces quelques notes hâtivement écrites afin que ceux de ma famille qui les liront puissent comme moi se faire une idée de ce que fut la « tante de Naples » et quelle grande place il convient de lui garder dans notre souvenir.” » Il demeurait à Toulon en 1831. Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la Croix de Juillet du (ancien) XIe arrondissement ; Archives de Paris, VD6 631 n° 1 ; Archives de Paris VD6 92, liste des décorations du (ancien) Ier arrondissement (sous le nom de Viollard) ; Archives de Paris VD6 633 n° 1, Etat des citoyens décorés de la Croix de Juillet, absents de Paris ou non trouvés au domicile indiqué, auxquels n’ont pu parvenir les lettres d’avis qui leur ont été adressées pour les inviter à retirer leurs décorations, prestations de serment et autorisations de retirer des brevets, reçus de brevets, convocations des décorés à la mairie, idem liste des décorés qui n’ont pas retiré leurs croix ; Archives nationales F/1dIII/33 état des personnes qui ont obtenu des emplois ou de l’avancement dans le département de la Marine sur les demandes de la Commission des récompenses nationales (sous le nom de Violard, Léon) ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) XIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIV/L/8, récompenses honorifiques.

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